‹ Les origines de l'Église d'Édesse et la légende d'AbgarChapitre 118 sur 129 · II. — LA LÉGENDE DE PROTONICÉ ET CELLE DE CYRIACUS · texte numérisé non relu

II. — LA LÉGENDE DE PROTONICÉ ET CELLE DE CYRIACUS

Dans quel rapport, maintenant, se trouve la légende de Protonicé vis-à-vis de celle de Judas-Cyriacus?

Les premiers témoignages explicites que nous ayons sur Judas-Cyriacus, ceux du Liber Pontificalis , de Jacques de Sarug1 et de Lazare de Pharbe, reportent immédiatement ses Actes au commencement du vie siècle2. Mais on peut remonter plus haut. Il est manifeste en effet que Sozomène, s'il n'a pas lu ces Actes, connaît au moins le fond du récit. Le Juif qu'il mentionne comme ayant, au dire de quelquesuns, découvert le lieu de la vraie Croix, c'est Judas3. Cette légende, dans sa formation, sinon dans sa rédaction, est donc antérieure à l'an 450 environ'.

Mais, d'autre part, il ne faut pas l'oublier, les deux parties qui la composent actuellement sont étroitement unies5. Or, la seconde partie nous raconte tout au long le martyre de Cyriacus sous Julien l'Apostat avec des circonstances telles qu'il faut nécessairement en retarder la composition assez

1. L'homélie de Jacques de Sarug sur cette légende est encore inédite. Outre le ins. du Vatican, il s'en trouve un au Musée Britannique, addit. 12 16o, fol. 337b (Wright, Cala/.. II, p. 820), et un autre à la Biblioth. nation, de Paris, n° 196, fol. 422 (Zotenberg, CataL, p. 144).

2. Le Pseudo-Gélase connaît aussi les Actes de Cyriacus: car on ne saurait voir dans la novella relatio dont il parle ni l'histoire de Protonicé, ni les récits des auteurs sur Hélène. — Dans l'édition de Moyse de Khorène par Whiston, il est question II, 84, de Judas-Cyriacus, mais pas dans les éditions de Le Vaillant et de Langlois, II, 87.

3. Y. plus haut, p. 1G0. texte et note 6. L'écrit de famille (Ttarptôa ypaç^) signalé

par Sozomène peut être les gesta (syr. } fo V> « i SOÛ-3o) = {inojivrjjiaTa) dont parle Judas [Acta SS., Maii I, p. 446, n» 8), c'est-à-dire un écrit national, propre, à sa nation (■rcaTpwo; a aussi ce sens). Ce qu'ajoute l'historien, que ce Juif demeurait à l'Orient, ne s'expliquerait-il pas par la provenance de la légende ? V. plus loin.

4. Il est déjà question des Juifs dans Paulin de Noie (v. 403) : v. plus haut, p. 168, 169.

o. Acta SS., Maii I, p. 445 C. Il est clair, par exemple, que le martyre de Cyriacus sous Julien qui remplit la seconde partie est préparé dans la première par la prédiction du démon annonçant à Judas qu'au milieu des tourments il reniera Jé?u?-Christ sons un prince apostat tp. 447 D).

longtemps après la mort do cet empereur (363) *. Julien y paraît comme le successeur immédiat de Constantin2; il assiste au martyre à Jérusalem où on ne voit pas qu'il soit jamais venu. On ne trouve pas, du reste, à celte époque, d'évêque de Jérusalem du nom de Judas. Celui qu'on nous donne ici, et que le ms. 12174 désigne comme le quinzième de la liste3, est le dernier évêque de la circoncision, le quinzième en ordre à la vérité, mais qui a vécu au temps d'Hadrien (117-138)4. D'après une tradition, il aurait été martyr sous ce prince5. De pareilles confusions ne sauraient évidemment être le fait d'un auteur placé un peu près des événements, même en supposant cet auteur étranger au monde grec. L'œuvre que le nôtre a produite représente d'ailleurs un développement parrapport aux récits plus simples de saint Jean Chrysostome et de saint Ambroise. En somme, la légende de Cyriacus appartient à la première moitié du ve siècle6.

Que si maintenant on la rapproche de la légende de Protonicé, celle-ci paraîtra vraisemblablement la plus ancienne: mais il est impossible de décider par la comparaison des textes s'il y a entre elles quelque dépendance. Une partie des éléments de l'histoire de Cyriacus a dû être empruntée directement aux traditions relatives à Hélène : l'autre partie lui est propre. Le rôle de Judas n'a pas de précédent dans la légende de Protonicé7. M. Lipsius8 invoque inutilement, pour établir

i. Je ne puis malheureusement vérifier ici ce que contient le texte syriaque de cette seconde partie.

2. L'anachronisme est si fort que le ms. de Saint-Maximin de Trêves a cru devoir le corriger en changeant la phrase (Acta SS., loc. cit., p. 451, note b).

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