‹ Les origines de l'Église d'Édesse et la légende d'AbgarChapitre 120 sur 129 · Die Edess. Abf/s., p · texte numérisé non relu

Die Edess. Abf/s., p

ce rapport primitif entre les deux récits, la note qui les relie dans le ms. 12174 '. D'après cette note, qui termine celui de la première Invention, la Croix découverte par l'épouse de Claude est conservée à Jérusalem jusqu'au règne de Trajan. Mais, sous cet empereur, une persécution s'élève contre les chrétiens. Les juifs s'emparent de la relique, et l'enterrent à

une profondeur de vingt hauteurs d'homme (^1oû o). Elle reste ainsi ensevelie depuis le temps de Siméon, second évêque de Jérusalem, jusqu'à celui de Judas, quinzième évêque, sous qui elle est retrouvée. Puis commence dans le ms. la relation de la seconde découverte d'Hélène. M. Lipsius rapproche avec raison les vingt hauteurs d homme indiquées ici de la profondeur à laquelle, suivant les Actes de Cgriacus, Judas trouve la Croix, et qui est de vingt hauteurs d'homme dans le syriaque, et de vingt pas dans le latin. Il en conclut que ce détail, dans les Actes, a été reproduit de la note qui rattache les deux légendes, et que, par conséquent, ces deux légendes ont été en rapport dès le principe. — Mais cette conclusion n'est nullement certaine. Il faudrait, pour la rendre telle, prouver que la note dont il s'agit n'est pas une addition postérieurement faite au récit de la première Invention, et c'est bien plutôt le contraire qui est vraisemblable. Le ms. 12174 (daté de 1196) est relativement récent ; son texte de l'histoire de Protonicé est moins ancien que celui de la Doctrine cFAddaï'2; enfin le ms. de Paris qui contient séparément cette histoire ne présente pas l'addition. Je verrais donc simplement dans cette note un lien factice imaginé plus tard dans le but d'unir les deux écrits. C'est elle qui a reproduit, sur la profondeur de l'enfouissement, la donnée des Actes de Cgriacus, et non point les Actes qui ont reproduit la sienne 3.

Cet argument écarté, rien, dans leur texte, n'établit entre

1. Elle se trouve aussi dans le ms. arménien et dans la vieille traduction de Dublin.

2. Il n'en est qu'un abrégé d'après M. Wright (Lipsius, Die Edess. Abgs., p. 70, note).

3. C'est aussi l'opinion de M. Nestlé (Giilt. Gel. Anz., 1880, p. 1528 et suiv.).

les deux légendes l'existence d'un rapport au moins immédiat1. Mais on peut d'ailleurs raisonnablement admettre que l'auteur de la plus récente, celle de Judas, a connu celle de Protonicé, si l'on observe qu'elles ont toutes deux pour patrie commune la -Mésopotamie.

Le fait est évident pour la dernière nommée. Si l'on excepte le vague renseignement de saint Cyrille d'Alexandrie, toutes nos sources, manuscrits et citations, sont syriaques, ou, ce qui est ici presque la même chose, arméniens. — On peut aussi le prouver solidement pour la légende de Cyriacus.

Il est remarquable d'abord que cette histoire a été fort en vogue dans le monde oriental. Jacques de Sarug l'a prise pour sujet d'une homélie, Lazare de Pharbe la cite, et les Églises de langue syriaque l'ont largement accueillie2. Nous en avons trois manuscrits de cette langue dont deux très anciens, et un manuscrit arménien. Dans le monde grec, au contraire, elle a été peu goûtée3. Sozomène, le premier qui la connaisse, en parle par ouï-dire, et ne s'en montre pas sa-, tisfait. Chez les Latins, elle paraît s'être répandue davantage, mais plus tard1. Le décret pseudogélasien ne lui est guère favorable : le terme même de novella relatio dont il la qualifie prouve que, de son temps, elle n'avait pas encore conquis pleine confiance à Rome. La mention qu'en fait le Liber Ponti/ïcalisne dutpaslui être d'un petit secours pour l'accréditer dans le haut moyen âge.

Il est impossible d'ailleurs que la confusion, visible dans cet écrit, entre Eusèbe deNicomédie et le pape Eusèbe (18 avril- 17 août 309) au sujet du baptême de Constantin ait été commise par un auteur latin ou grec. Un Latin n'aurait pas fait partir le pape pour Constantinople et pour Jérusalem : un

1. Les efforts de M. Zahu pour faire cette preuve [Tat. Diat., p. 371, 372) ne donnent rien de bien clair, et s'appuient en partie sur un faux supposé.

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