‹ Les origines de l'Église d'Édesse et la légende d'AbgarChapitre 122 sur 129 · III. — LA LÉGENDE DE PROTONICÉ ET LES RÉCITS CONCERNANT HÉLÈNE · texte numérisé non relu

III. — LA LÉGENDE DE PROTONICÉ ET LES RÉCITS CONCERNANT HÉLÈNE

Nous sommes arrivés à la partie la plus délicate de cet examen. Laissant de côté les Actes de Ci/riactis, nous nous

\. On en a deux recensions syriaques, trois grecques au moins, et une latine. V. Duehesue, Le Lib. Pontifie, texte, introd. et comm., I, Introd., p. cix, ex.

2. L'homélie de Jacques de Sarug sur cette légende (Assera., Bibl. or., 1, p. 328, a été éditée par M. Frothingham, L'Omelia di Giacomo di Sarûg sul ba'ftesimo di Conslantino imperat., dans les Memorie délia r. Aecademia dei Lincei, classe di scienze morali, etc., t. VIII ,1882). Il y en a aussi un tirage à part.

.'!. Hist. d'Arménie, II, 83.

4. Par exemple nous ignorons si. dans la légende du baptême de Constantin, 1 original, ou du moins le récit syriaque primitif ne nommait pas comme auteur du baptême Eusèbe de Rome au lieu de Silvestre (Jacques de Sarug ne nomme personne;. Au contraire, plusieurs mss. des Actes de Cyriacus désignent Silvestre a la place d'Eusèbe : ainsi Le ms. 14644 dans le récit du martyre (Cureton, Ane. s>/r. doc, p. 150), bien que dans le récit de l'Invention il nomme le dernier: ainsi encore un ,ns. latin {Acta S*.. Maii I, p. 448, note h) qui, plus bas, nomme, lui aussi, Eusèbe. Il est clair cependant que la substitution du pape Silvestre à Eusèbe de Nicomédic s'est faite par l'intermédiaire d'une première confusion de celui-ci avec Eusèbe de Rome. — Les deux légendes paraissent avoir cheminé ensemble.

5. V., sur toute cette question de la légende de Silvestre, M. Duchesne (Le Ld>. Pontifie, I, Introduct., p, cix el suiv. donl la critique, faite sur uu texte plus ancien que celle de M. Lipsius {Die Edess. .1%?., p. 81 et suiv.), doit la modifier un peu.

demandons dans quel rapport se trouvent la légende de Protonicé et les récits des auteurs sur Hélène. Ces deux traditions dépendent-elles l'une de l'autre , et à laquelle accorder la priorité ?

D'abord, qu'il y ait entre ces traditions une dépendance, c'est ce qui me paraît incontestable. Le parallélisme des faits racontés, sans être absolu, ce qui se conçoit, étant donnée la différence des personnes et des temps, est trop marqué pour qu'on y voie la simple rencontre d'imaginations travaillant à part. Dans les deux cas, il s'agit d'une princesse, épouse ou mère d'un empereur ami des chrétiens1, entreprenant le voyage de Jérusalem pour visiter les saints lieux. Mais l'accès en est défendu ici par les constructions des païens, là par la violence des Juifs. Dans les deux cas, on trouve les trois croix. La guérison ou la résurrection d'une femme noble par le contact de la troisième révèle quelle est celle du Sauveur. Dans les deux cas, nous voyons intervenir l'évêque de Jérusalem, Jacques ou Macaire 2. Le bois sacré, en tout ou en partie, est laissé dans cette ville et précieusement conservé. Sur le lieu de la découverte, les deux impératrices font élever une basilique. Des coïncidences si multipliées et dans d'aussi minces détails ne sauraient s'expliquer par le hasard. Que l'on admette ou que l'on repousse la réalité d'une Invention en 326, il faut nécessairement accepter une dépendance entre les deux récits.

Mais de ces deux récits quel est le plus ancien ? Quel est le type primitif?

Je crois, avec M. Lipsius, que c'est celui qui regarde Hélène.

Les auteurs grecs et latins en effet, la chose est claire, sont les premiers à nous rapporter cette histoire d'Hélène. Si donc elle n'est chez eux qu'une transformation ou une copie de l'histoire de Prolonicé, ils ont du connaître celle-ci;

1. L'antiquité chrétienne a regardé Claude comme favorisant le christianisme. L'histoire même de Protonicé en est une preuve.

Page 1