‹ Les origines de l'Église d'Édesse et la légende d'AbgarChapitre 125 sur 129 · V. Surius, 31 décembre, p. :J70 et suiv · texte numérisé non relu

V. Surius, 31 décembre, p. :J70 et suiv

2. Édit. d'Oxford, 1658, p. 408. Cf. Lipsius, Die Edess. Abgs., p. 89, note.

3. Constance Chlore était par sa mère le petit-neveu de l'empereur Claude II; mais cette circonstance n'a pas dû contribuer à faire paraître dans la légende le nom de Claude.

4. La première forme } A . t /<^ Q se trouve trois fois dans le ms. de Saint- Pétersbourg de la Doctrine d'Addaï, et aussi probablement dans le ms. 14.G54, car M. Phillips, qui a collationné ce ms. avec le premier, n'indique pas de variante. La seconde forme . . (\ *)f\ 1 o't °> se trouve une fois dans le texte du ms. de Paris. Ce dernier ms., dans le titre, porte . « A .. ?a 7^-9 le ms. 12M4 porte deux fois i . A ^ tpf, A. Q La vieille traduction anglaise de Loftus donne Patronica; la traduction arménienne de la Doctrine d'Addaï: Patronicia: une autre source arménienne (Alishan, Lettre d'Abgar, p. 19) : Parthunike.

5. C'est la pensée de M. Noldeke. Lilerur. Cenlralbl., 1876, n" 29, p. 937. — M. Zahn [Gôtt. Gel. Ans., 1877, p. 177) adopte la l'orme Petronicè du ms. 12174, et y voit une allusion aux victoires spirituelles de saint Pierre, plusieurs fois nommé dans la légende. M. Nestlé (Gôtt. Gel. Anz., 1880, p. 1529) inclinerait aussi vers cette opinion.

qu'il en soit, la confusion signalée au commencement du ve siècle en Mésopotamie entre la reine d'Adiabène et l'impératrice romaine nous met encore une fois sur la voie pour juger du rapport qui existe entre nos deux traditions. La légende de Protonicé n'est qu'une reproduction et une copie des récits qui avaient cours en Orient sur Hélène.

Comparons maintenant le contenu de nos textes. Saint Ambroise, le premier qui nous raconte en détail la seconde Invention, non plus que saint Jean Chrysostome ne parlent de guérison comme moyen de reconnaître la vraie Croix. Rufin est le plus ancien auteur qui en fasse mention. Cette circonstance au contraire se rencontre, mais encore plus accentuée, dans la relation de la première découverte : c'est la fille même de Protonicé qui vient là mourir tout exprès afin que sa résurrection manifeste la vertu du bois sacré. Or, il est clair que, si cette dernière relation avait donné naissance à l'autre, nous devrions retrouver dans saint Ambroise et dans saint Chrysostome le miracle modifié sans doute un peu1, mais conservé quant à la substance : car il eût alors appartenu à la tradition primitive, et des orateurs ne l'auraient certainement pas négligé. Reste donc à voir dans ce prodige la reproduction déjà développée et embellie de celui qui, d'après les récits grecs, fut accompli sur la noble dame de Jérusalem 2. — Ajoutons à cela que le discours du fils de Protonicé et les prières que l'impératrice adresse au ciel offrent tout à fait l'aspect d'une amplification par rapport à la narration plus simple de Rufin, par exemple1.

1. Hélène ne paraît pas avoir eu d'autre enfant que Constantin.

2. Ceci prouverait, s'il en était besoin, que la légende de Protonicé dépend des récits grecs plutôt que latins. Dans ces derniers (ou peut considérer Rufin comme Grec), il s'agit non de la guérison d'une femme, mais de la résurrection d'un homme mort.

3. On pourrai! faire valoir, il est vrai, dans l'autre sens que, dans la légende • le Protonicé, il n'est question ni d'inspiration divine, ni de l'invention du titre et des clous. Je réponds, pour les clous, qu'ils semblent (d'après saint Ambroise et surtout La légende de Cyriacus) avoir fait l'objet d'une invention à part. Le titre étail plutôt un embarras pour le narrateur, désireux de présenter la résurrection de la princesse comme le signe unique qui eûl fait distinguer la Croix dû Sauveur (Cf. Rufin). Quant à l'inspiration qui poussa Hélène, c'est là un bien mince détail qu'on a pu négliger.

Autre détail. La basilique dont l'épouse de Claude aurait ordonné l'érection est, comme nous l'avons dit, un souvenir des constructions constantiniennes. Gela seul rejette assez longtemps après l'an 335 la composition de la légende. Sans doute, on pourrait soupçonner ici une interpolation subséquente. De fait, l'histoire de Protonicé nous apparaît enchâssée dans un autre écrit reconnu pour être fortement interpolé. Elle a été ainsi enchâssée par l'auteur même de ces retouches. Rien d'étonnant dès lors à ce qu'elle eût subi, elle aussi, un traitement analogue1. Toutefois, c'est là un point dont nous n'avons aucune preuve, et que nous ne devons pas gratuitement supposer. Ce récit de la première découverte de la Croix est donc postérieur à Constantin. Il est dans la dépendance des églises dédiées par cet empereur. Mais, alors, est-il à croire qu'il ne le soit pas également des traditions qui regardent Hélène? L'esprit est-il allé confondre immédiatement c°s constructions avec les pyramides élevées par la reine de l'Adiabène, pour les attribuer d'abord à cette princesse, et ensuite à l'épouse de Claude? La personne de l'impératrice Hélène n'était-elle pas plus rapprochée des édifices conslantiniens2, et n'est-il pas plus naturel de penser que c'est la similitude des noms qui a plus tard occasionné la confusion? La légende grecque enfin, si légende il y a, n'esl-elle pas plus vraisemblable que la légende syrienne, et devons-nous admettre que l'esprit s'est porté d'abord à l'invraisemblable, même en Mésopotamie?

Encore un dernier argument. Le récit de la seconde Invention paraît dans la littérature avec saint Ambroise, saint Jean Chrysostome et la relation de la pèlerine franque, vers la fin du ivc siècle. Mais pour que saint Ambroise, e.n

1. La place même occupée par le passage sur la basilique, à la fin d'un paragraphe, favoriserait cette hypothèse.

2. La mère d'Izate avait, il est vrai, élevé un monument funéraire à Jérusalem ; mais celle de Constantin avait bâti les deux églises du mont des Oliviers et de Bethléem, se rattachant bien mieux par leur signification à VAnastasis et au Martyrium.

395, dans une circonstance aussi solennelle que celle où il parlait, le panégyrique de Théodose devant Honorius, rapportât le fait elle commentât, il fallait qu'on y donnât déjà en Occident une foi indiscutée. La pèlerine, beaucoup moins explicite, semble aussi en écrire à ses sœurs comme d'une chose connue. On n'est pas téméraire en concluant que, vers les années 370-380, cette croyance commençait à s'établir dans les pays latins1. Or, la légende de Protonicé, nous l'avons vu2, ne remonte pas au delà du dernier tiers du ive siècle. Si donc on en fait dépendre la tradition des auteurs sur Hélène, cette tradition a dû, en quinze ans environ, se former d'abord en Orient, puis se répandre jusqu'en Italie et en France3. L'intervalle, à la rigueur, est suffisant, mais nous sommes bien à l'étroit. — La réciproque, en revanche, n'offre aucun embarras, car on peut supposer plus ancien encore le récit qui concerne la mère de Constantin, et abaisser jusque vers l'an 400 celui qui concerne l'épouse de Claude. La présomption d'antériorité est donc toujours en faveur du premier : le second n'en est qu'une copie.

On voit dès lors la place qu'il convient, selon moi, d'attribuer à la légende de Protonicé parmi les diverses relations de l'Invention de la vraie Croix. Elle se trouve entre les traditions classiques sur Hélène et les Actes de Judas-Cyriacus. Vers les années 370-380 au plus tard, on fait honneur à la mère de Constantin d'une découverte de la Croix et des basiliques élevées aux lieux de la Passion. Ces traditions passent en Mésopotamie, où une similitude de nom et de circonstances historiques occasionnent une confusion entre l'impératrice romaine et la reine juive de l'Adiabène. Le désir de reporter aux origines du christianisme la possession du bois

1. Il est difficile, si, en admettant la priorité du récit de la seconde Invention, on n'admet pas la réalité des faits, de dire où a pris naissance cette fable. M. Nestlé qui en place l'origine en Occident (Gôlt. Gel. An:., 1880, p. 1529, li>30) ne donne aucune preuve de son affirmation.

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