‹ Les origines de l'Église d'Édesse et la légende d'AbgarChapitre 41 sur 129 · Cod. Vindob · texte numérisé non relu

Cod. Vindob

3. Suivant la Lettre à l'empereur Théophile et Léon le diacre, c'est aussi Thaddée qui u porté l'image à Edesse. Dans Hamartolus il y a, ce semble, une contradiction entre ce qu'il dit, liv. III. 115, et ce qu'il dit, liv. IV, 248. Là c'c?l le peintre, ri ici Thaddée qui porte la relique.

î. Le fond de cette tradition parait se retrouver dans Léon !«■ diacre. U dit que Thaddée avait été envoyé a Àbgarafin de le guérir par l'image théandrigue, Stà toO ôeavSptxoO ÈxTUTOo[/.aTo;. Bar-Hebrœus attribue simplement la guérison au baptême.

nous présentant dans le baptême d'Abgar la cause au moins partielle de sa guérison est à remarquer, car elle nous montre comment la légende édessénienne, qui, comme nous le verrons, a produit celle de l'empereur lépreux Constantin le Grand, s'en est peu à peu rapprochée dans la forme. — Continuons maintenant l'histoire d'Addaï.

Du séjour de l'apôtre à Édesse et de ce qu'il a fait dans cette Église les auteurs postérieurs ne disent rien de plus que la Doctrine d'Adddi, ou plutôt ils en disent infiniment moins. Il n'en est pas de même de son activité extérieure. Le document syriaque nous a bien parlé, d'une manière générale, d'une certaine part prise par Addaïàl'évangélisation de toute la Mésopotamie et même de l'Assyrie, mais son but était de nous raconter surtout les origines de l'Eglise d'Édesse. Il s'en est tenu là ', et il est possible du reste qu'il n'en sut pas davantage. Les écrivains syriens se sont peu éloignés de cette tradition, et s'ils parlent de missions extérieures de l'apôtre, ils sont tidèles, en général, à le ramener à Édesse sur la fin de sa vie. D'après Jacques de Sarug, Babylone aurait été évangélisée au temps d'Addaï, mais il ne dit pas si c'est par lui. Suivant Mares Salomonis, l'apôtre est envoyé d'abord par saint Thomas en Orient, et y fait faire au christianisme de rapides progrès; il arrive à Édesse, guérit et baptise le roi et construit des églises; puis il dirige vers l'Est ses deux disciples Mares2 et Achaeus, et les suit bientôt lui-même. 11 revient cependant à Édesse, y meurt avant Abgar, et est inhumé avec pompe dans la grande église. Son apostolat avait duré douze ans. — Un ms. du ixc siècle, le ms. addiU 14601 du Musée Britannique, dans un passage cité par Cureton 3, est le premier à faire d'Addaï un martyr. 11 aurait été tué,

1. C'est à peu près aussi ce que nous trouvons sur Addaï, dans l'apocryphe intitulé Doctrine des Apôtres (Cureton, Ane. syr. doc. texte, p. 34, trad., p. 34).

2. .Mares, ou Mari, est regardé par les Orientaux comme le fondateur de l'Eglise de Séleucie. J'ai meutionué ici plusieurs fois ses Actes.

3. Ane. syr. doc., texte, p. 110, trad., p. 109. Sur le ms. v. Wright, Caln/.. II. p. 788. Au jugement de M. Wright, le ms. est du ix1' siècle, et non du vin0 comme l'avait pensé Cureton.

d'après ce ms., pendant qu'il était en Sophène, à Aghel Ilasnâ, sur l'ordre du fils d'Abçar nommé Sévère. Salomon de Bassora copie cette tradition, mais il donne au fils d'Abgar le nom d'Hérode1. Le corps de l'apôtre, ajoute-t-il, fut ensuite transporté à Rome; quelques-uns disent qu'il fut déposé à Édesse. Bar-Hebraeus se rapproche davantage de Mares Salomonis; il fait cependant aussi d'Addaï un martyr. Celuici part d'Édesse pour l'Orient avec deux disciples, Aglueus et Mares, et y prêche l'Évangile. A leur retour, ils trouvent Abgar mort et, à sa place, son fils idolâtre, ennemi des chrétiens. Le 30e jour du mois de Tamouz (juillet), l'apôtre est mis à mort par ses ordres : on l'ensevelit dans l'église qu'il avait lui-même construite. — La confusion commise par ces auteurs est évidente : ils ont transporté à Addaï l'histoire de son successeur A£°:aï\ Avec Amrus nous retrouvons l'ancienne tradition : ses renseignements sont à peu près ceux de Mares Salomonis : il ajoute seulement qu'Addaï, de concert avec l'apôtre saint Thomas qui allait aux Indes, ordonna Mares comme patriarche de tout l'Orient 3.

La tradition syrienne, on le voit, est unanime à mettre à Édesse le tombeau de l'apôtre4. La traduction arménienne de la Doctrine d'Addai nous représente peut-être le premier effort pour arracher cet honneur à la ville d'Abgar. Le dernier discours d'Addaï y est rapporté non comme celui d'un mourant, mais comme celui d'un homme qui part pour un

1. Cetti' variante est le fait d'un copiste : la confusion des deux noms est assez facile dans l'écriture syriaque.

2. Quant au nom de Sévère, nous savons qu'il fut porté comme surnom par un >\r~ derniers rois d'Édesse (Assem., B. 0., 1, p. 423).

3. Ebedjesu, dans la partie de son Catalogue des auteurs syriens consacrée a ses propres œuvres, uous a transmis un trait de la tradition sur l'activité extérieure d'Addaï. Pour accorder au monastère de Saint-Michel le privilège île l'exemption de la juridiction patriarcale, il s'appuie sur ce qu' « il avait bien plu autrefois à l'apôtre Addaï d'exempter l'église de Sciahargarde, et à l'apôtre Mares(son disciple) le monastère et l'école de Dôr-Qôni. » Assem., B. 0.. III. drc part., p. 343 et 344.

4. On pourrait encore à ces témoignages ajouter celui de Jesujabus. Daus un traité anonyme, Liber demonstrationis de verd fide, p. :v, c. 2, qu'Assemani lui attribue, on trouve mentionné à Édesse le tombeau d'Addaï. B. 0.. III, impart., p. 306.

voyage dont il ne pense pas revenir. Il avait, dit-elle. « pris la résolution d'aller prêcher dans les pays de l'Orient et en Assyrie, d'y enseigner la nouvelle doctrine du Christ, et d'élever des églises dans toutes les provinces et dans tous les villages de l'Orient. » Il part en effet un jeudi, le 14" jour du mois de Maréri (Avril), suivi de la multitude qui veut l'accompagner quelque temps encore, et meurt martyr « de la main des impies habitant du côté de l'Orient ». — Ici nous ne trouvons plus la mention du tombeau à Édesse ; peut-être cependant est-ce une simple omission. Mais Moyse de Khorène, qui transforme en une mission en Arménie le voyage d'Addaï en Orient, écarte formellement l'hypothèse d'une translation du corps en Osrhoène. Laissant Addée (Aggaï) pour gouverner à sa place son Église, l'apôtre va trouver Sanadroug, neveu d'Abgar, que ce prince avait établi comme chef du pays et de l'armée. Cependant le roi meurt, et l'Arménie (dont Édesse, suivant Moyse, faisait partie) est divisée en deux principautés : Ananoun, fils d'Abgar, règne à Édesse, et Sanadroug en Arménie. « Ce qui se passa de leur temps, ajoute Moyse, a été écrit antérieurement par d'autres : l'arrivée de l'apôtre en Arménie et la conversion de Sanadroug, son apostasie par crainte des satrapes arméniens, le martyre de l'apôtre et de ses compagnons dans le canton de Schavarschan, appelé aujourd'hui Ardaz, la pierre s'entr'ouvrant pour recevoir le corps de l'apôtre, l'enlèvement de ce corps par ses disciples, son inhumation dans la plaine, le martyre de Santoukhd, fille du roi, près de la route, l'invention des reliques des deux saints, et leur translation dans les grottes \ faits relevés par d'autres [écrivains] avant nous, ainsi que nous l'avons dit, et que nous n'avons pas cru nécessaire de rappeler en détail.* De même aussi, ce qui a trait au martyre d'Addée (Aggaï), disciple de l'apôtre à Édesse, ordonné par le fils d'Abgar, a été raconté par d'autres avant nous2.»

1. Un ms., sur le chemin. — La légende de rr^ saints dit : dans la montagne. (Note de Langlois.)

2. V. aussi 1. Il, ch. lxxiv. — Zénob de Glag, mort vers l'an :\l-\ ou 324, dans

Quelles sont les sources auxquelles Moyse fait ici allusion? — A la fin de tout son récit1, il ajoute bien : « Léroubna (Laboubnâ), fils du scribe Apschatar, a recueilli tous les faits qui se sont passés du temps d'Abgar et de Sanadroug et les a déposés dans les archives d'Édesse » ; mais ni dans l'ouvrage de Laboubnâ (la Doctrine d'Addai), ni dans sa traduction arménienne, on ne trouve ces détails. 11 a donc dû exister, peut-être sous le nom de Léroubna, des additions d'origine spécifiquement arménienne faites à la légende syriaque et où Moyse a puisé; la traduction semble ne pas les connaître; au moins ne les a-l-elle pas suivies.

Maintenant, bien différent est le récit des Acta Thaddœi.*. L'activité de l'apôtre à Édesse y est décrite en une demi-page ; puis on le voit, après qu'il a imposé les mains à un de ses disciples et organisé l'Église, partir pour Amida. Arrivé dans cette ville, il entre, le jour du sabbat, dans la synagogue, avec ses compagnons. Vàpxizpehç lui demande d'où il est. Thaddée répond en racontant brièvement la passion et la résurrection du Sauveur, et en faisant connaître le pouvoir qu'il a donné à ses apôtres de rendre la santé aux malades. On lui amène aussitôt des infirmes et des démoniaques qu'il guérit. Les peuples accourent de toutes parts ; beaucoup croient et sont baptisés. Thaddée bâtit une église et reste cinq ans au milieu d'eux; puis il leur donne un évêque, des prêtres et des diacres, et se met à parcourir les villes de Syrie, prêchant la doctrine de Jésus-Christ et guérissant les malades. Sa prédication a un succès considérable. Enfin il se rend à Bérythe en Phénicie, où, au milieu de ses travaux apostoliques, il meurt et est enseveli le 20 août3. Des malades recouvrent la santé sur son tombeau, et jusqu'à présent,

son Histoire de baron, parle du tombeau de l'apôtre Thaddée dans le canton d'Ardaz (Langlois, Collection..., I, p. 343); mais l'ouvrage de Zénob a reçu des remaniements postérieurs notables (Ibid., p. 336).

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