L'énumération en est chez lui eu partie différente
2. Editée par Guriel, Grammatica chaldaica, Romae, 1S60, p. 148.
3. Assemani B. 0., III, I ce part., p. 611), d'après un calcul basé sur les données de .Mares Salomonis et d'Auirus, ue le fait survivre que trois ans à Addaï. — La relation de Salomon de Bassora présente quelque particularité. Ne sachant probablemenl commenl identifier Y Addaï des Syriens avec le Thaddée îles Grecs, il a nommé comme successeur d'Aggaï, dont il rapporte simplement la mort daus
les circonstances traditionnelles, un certain Thaddée (^*.,4h martyr aussi sous le même lils d'Abgar.
voyer l'apôtre, ou du moins de lui expédier un rapport fidèle des choses accomplies par lui à Edesse. Le document syriaque ajoute bien qu'Abgar envoya en effet à Nersai une relation complète de tout ce qui concernait Addaï; mais il ne nous donne aucun texte de rapport ou de lettre.
Moyse de Rhorène nous a transmis le texte de deux lettres écrites par Abgar, l'une à Nersai, et l'autre à Ardaschès, roi des Perses. En voici la traduction d'après Langlois.
« Il (Abgar) écrivit ensuite au jeune Nersès (Nersai), roi d'Assyrie, à Babylone (sic).
Lettre d' Abgar à Nersès.
« Abgar, roi des Arméniens, à mon fils Nersès, salut.
« J'ai reçu ta lettre ; j'ai brisé les fers de Bérose et je lui ai remis ses offenses. Si cela te convient, nomme-le gouverneur de Ninive. Quant à ce que tu m'écris de t'envoyer ce médecin qui fait des miracles et prêche un autre Dieu supérieur au Feu et à l'Eau, afin que tu puisses le voir et l'entendre, [sache que] ce n'est point un médecin selon l'art des hommes, mais qu'il est un disciple du fils de Dieu, Créateur du feu et de l'eau, et destiné à venir [évangéliser] les contrées de l'Arménie. Toutefois un de ses principaux compagnons, appelé Simon, est envoyé dans les contrées de la Perse. Cherche-le et tu l'entendras, toi, ainsi que ton père Ardaschès. 11 guérira tous vos maux, et vous conduira dans le chemin de la vie. »
« Abgar, continue Moyse, écrit encore à Ardaschès, roi de Perse, la lettre suivante :
Lettre d' Abgar à Ardaschès.
« Abgar, roi des Arméniens, à Ardaschès, mon frère, 'roi des Perses, salul.
« Je sais que tu as entendu parler de Jésus-Christ, fils de Dieu, que les Juifs ont crucifié, qui est ressuscité d'entre les morts et qui a envoyé ses disciples par tout l'univers pour instruire les hommes. L'un de ses principaux disciples,
nommé Simon, se trouve dans les Elals de la majesté. Cherche-le, tu le trouveras ; il vous guérira de toutes vos maladies, il vous conduira dans le chemin de la vie, et tu croiras à ses paroles, toi, les frères et tous ceux qui sont soumis à ton autorité. Il m'est bien doux de penser que mes parents, selon la chair, seront aussi mes parents et mes amis selon l'esprit. »
« Abgar, ajoute Moyse, n'avait pas encore reçu la réponse à ces lettres, lorsqu'il mourut après trente-huit ans de règne. »
Ces deux lettres, comme on le voit, mettent en rapport la légende d'Addaï et celle de l'apôtre Simon. Ce rapport trouve déjà un fondement dans la Doctrine d'Addaï, car Nersai, le roi d'Assyrie qui envoie le message à Abgar. paraît être le même que le Xerxès ou Xersès des Actes de Simon '. Quant aux lettres, elles sont très probablement l'œuvre de Moyse de Ivhorène*. Selon lui, en effet, Ardaschès (Artaban lit) ne mourut qu'après Abgar3: c'était donc lui, et non point son fils Nersai, qui devait avoir correspondu avec le roi d'Édesse. Mais, d'autre part, la légende d'Addaï nommait bien Nersai. Moyse n'a trouvé moyen de faire concorder cette donnée avec sa propre chronologie qu'en supposant Nersai établi à Babylone comme vice-roi du vivant même de son père Ardaschès'. De là la lettre à ce dernier. iMais comme il eût paru singulier de donner une lettre d' Abgar à Ardaschès que la Doctrine ne nomme pas , sans en donner une à son fils qu'elle nomme, Moyse a été amené à fabriquer aussi la lettre cà Nersai. Le titre de roi d'Arménie qu'y prend Abgar, et l'idée qu'Addaï a été envoyé pour
1. Abdias, Hist. apost., ap. Fabricius, Cocl. apocr. N. T., II, p. 008 cl suiv. — V. Gutschmid. Die KÔnigsnamen, etc., Rhein. Mus., ueue Folge, XIX, .'S, p. 382.
2. Ou peut remarquer que la première est modelée, dans sa marche générale. sur la réponse de Jésus à Abgar.
3. V. liv. II, ch. xxxiii sup. et ch. xxxvi. C'est à tort que Gutschmid {/oc. cit.) dit que Moyse a puisé dans la légende d'Abgar ce renseignement. Cette légende, dont Gutschmid, m 1864, n'avait point le texte, ne nomme pas Ardaschès.
4. Sur les luises historiques de cette combinaison, v. Gutschmid, lue. cit.. p. 382, 383.
évangéliser ce pays sont tout à fait dans le système de cet historien '.
Passons à la correspondance d'Abgar et de Tibère.
J'ai donné plus haut2 le texte de cette correspondance. La lettre d'Abgar à Tibère est reproduite par la traduction arménienne assez fidèlement, et par Moyse de Khorène avec de notables, mais peu importantes additions dans la seconde moitié. Outre ces deux reproductions, nous en trouvons dans l'apocryphe intitulé Transitifs Mariœ (texte B) une troisième ainsi conçue :
« De la part d'Abgar, roi de la ville d'Édesse : Paix profonde à ta Souveraineté, notre Seigneur Tibère. Afin que ta Souveraineté ne s'offensât point contre moi, je n'ai point traversé le fleuve de l'Euphrate, alors que je désirais marcher sur Jérusalem et la dévaster, parce qu'elle a mis à mort le Christ, sage médecin. Mais toi, comme roi puissant qui domines sur toute la terre et sur nous, envoie, et fais-moi justice contre le peuple de Jérusalem. Car sache ta Souveraineté que je désire que tu me fasses justice contre ces meurtriers [littêr. contre ces cruci fleurs). »
La forme de cette lettre, on le voit, diffère à peu près complètement de celle qui est donnée par la Doctrine d'Addaï. Quelle est la plus ancienne ? — M. Lipsius ;; incline à croire que c'est celle du Transitus Mariœ. M. Matthes* opine au contraire pour celle de la Doctrine, et je suis de son avis. Il est difficile d'abord de voir dans ce dernier texte undéveloppement de celui du Transitus. L'expédition d'Abgar n'y est pas mentionnée ; la demande de justice contre les Juifs y est beaucoup moins accentuée et particularisée. Quant au passage sur les miracles de Jésus-Christ, il s'en trouve d'analogues dans la
1. Moyse invoque bien (ch. xxxiv) des écrits antérieurs; niais nous ignorons ce que contenaient précisément ces écrits, et, en particulier, s'il y était question d'Ardaschès.
3. Die Edess. Abgs., p. 36; Die upokryph. Apostelgesch, If, 2° part., p. 192.