Die Edess. Abgs. auf ihre Fortbild. unters., p. S
Doctrine d'Adda'i l, el rien n'obligea y voir un développemenl du « sage médecin » du Transitas Marias. Au contraire, ce dernier document nous présente une forme de la légende plus avancée que celle que l'on trouve dans la Doctrine. D'après celle-ci, Abgar aurait eu simplement le projet d'aller attaquer les Juifs; d'après le Transitus, il aurait exécuté son projet, et ne l'aurait abandonné qu'au moment de franchir l'Euphrate 2. Or la lettre, telle que le Transitus la produit, dépend précisément de cette dernière forme de la légende. Le texte en est donc plus récent que celui qui est donné par la Doctrine d' A ddài. D'aulre part, le trait de la fin est, comme je l'ai déjà remarqué, plus accentué dans le Transitus que dans la Doctrine. Ici Abgar insinue à Tibère qu'il y aurait une mesure à prendre contre les Juifs : comme il ne s'est point mis en cause dans le courant de la lettre, il ne s'y met pas à la fin 3. Là, au contraire, Abgar réclame énergiquement justice pour lui: le roi, ayant paru au commencement de la lettre comme ennemi des Juifs, a dû reparaître aussi à la fin comme demandant personnellement vengeance contre eux. Ainsi, dans le texte du Transitus Mariœ, la conclusion, outre qu'elle est plus pressante dans sa forme, répond au fait énoncé d'abord, et le fait lui-même répond à un état de la légende plus avancé. Ce texte est donc moins ancien que celui de la Doctrine d'Addaïk.
\. Par exemple p. 8, 18 de la trad. augl., et dans la lettre même d'Abgar à Jésus.
2. i El lorsque le Christ mourut, et que le roi Abgar apprit que les Juifs l'avaient mis en croix, il en eut une grande douleur: et Abgar se leva, monta à cheval, et vint jusqu'au fleuve de l'Euphrale, désirant marcher sur Jérusalem el la dévaster; et quand Abgar eut atteint le fleuve de l'Euphrate, il réfléchit... etc. »
3. « Et maintenant ta [Majesté] impériale suit ce qu'il est juste qu'elle ordonne relativement au peuple juif qui a agi de la sorte. »
4. Je m'en tiens à cet argument; on pourrait peut-être en trouver d'autres. H est clair, par exemple, que le ton de la lettre dans la Doctrine est plus naturel et plus raisonnable que dans le Transitus. Dans ce dernier écrit, l'intervention d'Abgar n'est pas motivée pour Tibère. Comment comprendre qu'un roi aille saccager une ville qui ne lui appartient pas, parce qu'elle a fait mourir « un sage médecin » avec qui ce roi ne dit pas qu'il ait eu aucun rapport? — Quant à l'objection que l'on pourrait tirer de la plus grande brièveté du texte dans le Transitus Murix, il suffit de remarquer que les rédactions les plus courtes ne sont pas toujours les plus anciennes.
La recension arabe du Transitus (v. plus haut, p. 2i, note 1) nous présente un texte de la lettre beaucoup plus développé. On y a fait entrer sur Addaï et Absrar
La réponse de Tibère à la lettre d'Abgar, d'après la Doctrine, a été donnée plus haut1. La traduction arménienne l'a reproduite sans modification bien sensible. Mais Moyse de Khorène nous présente un texte très différent :
« Tibère, empereur des Romains, à Abgar, roi des Arméniens, salut.
« On a lu devant moi ta lettre amicale, et on t'adresse de ma part des remercîments. Ouoiquenous ayons déjà entendu raconter ces faits par plusieurs, Pilate, de son côté, nous a officiellement informé des miracles opérés par Jésus. C'est ainsi qu'étant ressuscité d'entre les morts, plusieurs l'ont reconnu pour être Dieu. En conséquence, j'ai voulu, moi aussi, faire ce que tu proposes 2; mais, comme il est d'usage chez les Romains de ne pas admettre un Dieu [nouveau] sur l'ordre du souverain seulement, tant que le sénat ne s'est pas réuni pour discuter l'affaire, j'ai donc dû proposer l'admis-
les détails qui sont simplement racontés dans le Transitus syriaque ; quelques autres mots paraissent avoir été empruntés directement au texte donné par la Doctrine d'Addaï: enfin il semble aussi (car la chose n'est pas bien claire dans la traduction que j'ai sous les yeux) qu 'Abgar, suivant cette receusion, n'ait pas exécuté son projet de marcher sur Jérusalem. N'ayant pu me procurer la publication de M. Euger, je donne ici le texte entier d'après Migne, Dict. des apocr., II, p. 511 : « Il y a chez nous un disciple qui s'annonce comme un des soixantedouze disciples de Jésus-Christ, et il a guéri beaucoup de malades, et il a fait des merveilles au nom de ce Christ ; il a construit une église, et beaucoup lui ont donné leur foi, et ils m'ont enseigné quel a été ce Christ et quels miracles 11 a accomplis chez vous, de sorte que son amour est venu en mon cœur, et j'aurais voulu le voir auprès de moi ou dans mes États, et j'ai éprouvé une grande douleur de ce que les Juifs lui avaient fait et de ce qu'ils l'avaient mis en croix, quoiqu'ils ne trouvassent aucun sujet de reproche contre lui, car il a fait parmi eux beaucoup de choses bonnes et miraculeuses. Et je suis venu avec tous mes compagnons à Jérusalem pour la ravager et faire périr tous les Juifs qui y sont, afin que tu tires d'eux une vengeance complète. Mais lorsque l'expédition était préparée, une pensée m'est venue dans l'esprit et j'ai craint que. toi, Tibère, mon souverain, tu ne t'irritasses contre moi et que la guerre ne s'élevât entre nous ; c'est pourquoi j'ai jugé bon de t'écrire afin de te demander, comme il convient entre souverains, de punir les Juifs et de les châtier' de ce qu'ils ont fait. Car si tu avais su cela avant que Jésus-Christ n'eût été crucifié, la chose se serait passée bien différemment, mais tu ignores pourquoi j'ai agi comme je te le dis; je préfère que ce soit toi qui accomplisses l'obligation que j'avais contractée et que tu châties les coupables en faisant ce à quoi j'étais préparé. J'en ai la confiance et je t'en rends grâces. »
2. Dans Moyse, la lettre d'Abgar à Tibère, dont je n'ai pas donné le texte plus haut, se termine par ces mots : " Ta majesté... sait si elle doit publier par tout l'univers l'ordre d'adorer le Christ comme le Dieu véritable. Sois en santé. »
sion de ce Dieu au sénat qui l'a rejeté avec mépris, parce qu'elle n'avait pas été examinée d'abord par lui. Toutefois nous avons donné ordre à tous ceux à qui cela conviendra de recevoir Jésus parmi les dieux; et nous avons menacé de mort quiconque parlera en mal des chrétiens. Quant aux Juifs qui ont osé crucifier Jésus, qui, ainsi que je l'ai appris, ne méritait ni la croix, ni la mort, mais était digne d'être honoré et adoré, j'examinerai l'affaire quand j'aurai apaisé la révolte des Hispaniens, et je traiterai ces Juifs selon leur mérite. »
M. Matthes ' remarque avec raison que les termes de cette lettre nous reportent plutôt au syncrélisme d'Élagabal, ou à l'éclectisme d'Alexandre Sévère, qu'au courant d'idées régnant à l'époque de Tibère. Moyse a mis dans la bouche de l'empereur les sentiments que Tertullien lui attribue dans son Apologie, ch. 5, et que Fauteur arménien a connus parles emprunts d'Eusèbe (Hist. Ecc/és., II, 2, 6) 2. Comme, d'autre part, il a pris encore dans ce même chapitre d'Eusèbe tout le commencement de la lettre à partir des mots :« Quoique nous ayons déjà entendu, etc.3 », il s'ensuit que ce texte, tel que