‹ Les origines de l'Église d'Édesse et la légende d'AbgarChapitre 45 sur 129 · Die Edess. Abgs. aafihre Fortbild. ùnters., p. i · texte numérisé non relu

Die Edess. Abgs. aafihre Fortbild. ùnters., p. i

■2. Voici le texte de Tertullien : Wiberius ergo, cujus tempore nomen Christianum in sseculum introivit, adnuntiata sibi ex Syria Paùestina, quœ illic veritatem ipsius divinitatis revelaverant, detulit ad senatum cum prserogativa suffragii sut. Senalus, quia non ipse probaverat, respuit, Cmsar in sententia mansit, comminutus ■periculum accusatoribus Christianorum. —Que Moyse n'ait emprunté à Tertullien que par l'intermédiaire d'Eusèbe, c'est ce qui est évident par les autres emprunts faits à ce dernier. Difficilement d'ailleurs Moyse eût-il connu l'auteur latin dans son ouvrage même.

3. Voici le texte d'Eusèbe : Kcù 8t) tîjç 7tapaS6|ou toO (rwxvipo; r,[Afi>v àvaariffEw; te xcù si; oûpavoùç ava),r,^swç toï; i&eîffTOi; r.ôïj 7isp'.6oifJTO"j xa8e<JTw<JY]ç, ■k'jIi.wj xexpaT7)xÔTo; £8ou; toï; twv sOvwv &px°v<"> T« rcapà a? (ai xaivoTo^oûiASva ta» Tr,v PaaiAeiov àpxv ÈmxpairoOvTi ffrjftaivetv, wç av (iy)3èv aÙTOV GiaSiopâaxoi twv yivojilvwv, Ta itep'i xîjç sx vExpwv àvaarâaEwç toû aioTr)poç y,|jiwv 'lYjaoû eiç TrâvTaç i\8v\ X7.0 oXyj; tîjî IlaXaiaTtvv); pe6ot]jtlva IIiXàTo? Tigsplw fiaai),£ï xoivoûxat, oç xâ; te âWa; «vtoO 71'jOÔ(xe;oç TEpaTEÎa;, xai wç OTt (J-Exà OâvaTov Èx vsxpwv àvaffTaç, ^8ï] 6soç Elvai napa toîç rcoXXoïc TîETxiaTE-JTo, àvsvsyxsîv [xkv TÎ) ayyxXvÎTw, èxe:vï)v t' àuwaaaOai çacrt tov X6yov, tw [j.kv ooxeîv, 8ti tiï) TtpoTSpov aùrr] toOto ôoxitiâaaaa Y]V, rcaXaioû vg^ov xExpaTYjXoxo:, [xr, aUw; Ttvà rcapà ePa>{taîotç 8EoiïOiEÏa8ai, (J-t, oCr/t ^Y|?w xai ôôy(J.xu <r-jyx).r,Tou, t?, 8' àXv)8s(a, 5tt [xï)5è t?,; s; àv6pw7nov siuxptaswç te xat dUffTaaewç ») ffWT^pioçTOû'8î£oy xr,p-jy|j.aTo; eôuto 6t8aaxaXta. — La pensée d'Eusèbe w; av [M)8èv aùYov StaStSpàaxoi twv 'yivofiivtov se retrouve dans le texte de la lettre d'Abgar à Tibère de la Doctrine d'Addaï: « Sachant que rien dans ion royaume n'est caché [pour toil ».

Moyse nous le donne, n'est qu'un plagiat dans lequel il a ajouté bout à bout des morceaux tirés de l'historien grec et de la Doctrine d'Addaï.

Cependant Moyse n'avait pas fait entrer dans ce texte tout le contenu de celui que présente le document syriaque. Avec ce qu'il lui en restait et un nouveau morceau emprunté à la citation de Tertullien au même chapitre d'Eusèbe, il nous a fabriqué une seconde lettre d'Abgar à Tibère, qui est censée une réponse à celle de l'empereur. La voici :

« Abgar, roi des Arméniens, à son seigneur Tibère, empereur des Romains, salut.

« J'ai reçu la lettre écrite de la part de ta Majesté, et je me suis réjoui des ordres émanés de ta sagesse. Si tu le permets, mon avis est que la conduite du sénat est ridicule; car, pour les sénateurs ', c'est d'après le jugement des hommes que se confère la divinité. Ainsi donc, si Dieu ne convient pas à l'homme, il ne peut être Dieu, car il faut de toute nécessité que Dieu soit accepté par l'homme. Donc, mon seigneur pensera qu'il est juste d'envoyer un autre gouverneur à Jérusalem, en place de Pilate qui doit être chassé avec ignominie de l'emploi élevé où tu l'avais appelé; car il a fait la volonté des Juifs et crucifié le Christ injustement et sans ton ordre. Je souhaite que tu conserves la santé. »

« Abgar ayant écrit cette lettre, ajoute Moyse, en déposa la copie avec celle des autres dans les archives. »

Le dernier tiers de ce texte, comme on le voit, est emprunté à la Doctrine dA ddcii; seulement l'auteur arménien, mettant dans la bouche d'Abgar les paroles de Tibère, a transformé en un réquisitoire contre Pilate l'énoncé des mesures que l'empereur dit avoir prises contre lui. Le reste n'est que la reproduction de l'argument de Tertullien cité par Eusèbe : Facit et hoc ad causam nostram, quod apud vos de

1. La traduction de Langlois porte: » suivant la raison »; le contre-sens est manifeste : j'ai corrigé d'après la traduction de Le Vaillant. Tertullien : apud vos; Eusèbe : itap' ûiaîv.

humano arbitratu divinitas pensitatur. Nisi homini deus placuerit, deus non erit; homo jam deo propitius esse debebit. Nous sommes donc encore une fois simplement en présence d'un remaniement de la Doctrine d'Addai opéré par Moyse de Khorène à l'aide d'un chapitre d'Eusèbe1. M. Matthes* remarque toutefois que le document syriaque, en indiquant une réponse faite par Abgar à Tibère, réponse dont il ne précise pas davantage la nature 3, a donné occasion à la fabrication de la seconde lettre.

Telles sont les principales variantes et les principaux développements qu'a subis dans le cours des temps la légende d'Abgar \ Un coup d'œil suffit à faire reconnaître les caractères qui distinguent dans cet exposé la tradition orientale de la tradition byzantine. La première a pour centre la correspondance d'Abgar et de Jésus; la sainte Image n'y paraît qu'un épisode. La seconde, au contraire, a pour centre la sainte Image ; elle en connaît longuement l'histoire et les pérégrinations3. La première conserve à Addaï sa physionomie d'apôtre national : c'est l'apôtre d'Édesse ou même de l'Orient; il est toujours distingué de Thaddée, l'un des Douze. La seconde le ramène à l'Occident, et tend à le confondre avec ce dernier dont elle lui donne le nom. Entre ces deux grands courants traditionnels, les Arméniens, voisins d'Édesse, .se sont naturellement ralliés au premier, tout en y ajoutant les particularités capables de flatter leur amour-propre national ; les Latins semblent s'y rattacher aussi, bien que la

1. Il ne faut pas songer à un emploi des Acta Pilati par Moyse (Gutschmid, Ueber die Glaubwilrdigkeit der armen. Gesch. des Moses v. Khor., Separatabdr. ans den Bericht. der phil. hist. Classe der Kônigl. Sachs. Gesellsch. der Wissensch..

Page 1