‹ Les origines de l'Église d'Édesse et la légende d'AbgarChapitre 52 sur 129 · Ch. 6 et · texte numérisé non relu

Ch. 6 et

6. Gutschmid a prouvé qu'il n'y avait rien ou à peu près rien dans la relation de Moyse de Khorène sur Abgar qui pût provenir de Jules Africain (Die Glaubwùrdigk. des Moses v. Khor.; Separatabd., p. 22 et suiv.). — Dans la mention d' Abgar Vlll par le Syncelle (Routh, Reliq.sacrœ, II, p. 307, 2« édit.) : Aspixxvb; "Agyapov ipY)<riv lepbv à'vopa, tov TtpwYjv 'Aëyâpo-j ô(Ut>vu(iov, ^aaiXeOew Eo;<7<rr,: /.%-.% toutovç xoùç -/pôvo-j;, nous ignorons si les mots toO 7tpw/;v 'ASyâpov Ô[aojvj[aov ne sont pas une addition du Syncelle. et si Jules Africain, en supposant qu'il ait écrit ces uints, avait en vue Abgar Ouchamà.

1. On peut se demander si c'est Eusèbe lui-même qui a fait la traduction. C'est peu probable. Il l'aurait dit clairement, ce qu'il ne fait nulle part, et ses connaissances en hébreu étaient fort restreintes (V. Heinichen, Comment, in Lus. lhst. Ecoles., I, 13, 5, p. 2a et suiv. — Die/, of. christ, biog., II, p. 8o9 et suiv.).

les rapports de Jésus-Christ et d'Abgar et l'activité de Thaddée, et composé exprès dans ce but.

2° Cet écrit avait été tiré des archives publiques ' d'Édesse, où il se trouvait avec d'autres documents concernant les événements anciens et Abgar lui-même.

Comme les points qui précèdent ne font aucune difficulté, je ne m'y arrête pas.

3° Cet écrit comprenait deux parties, des lettres et un récit.

Mais ces deux parties formaient-elles un tout continu ? Y avait-il un document, ou deux documents distincts, l'un composé des lettres, l'autre représentant le récit'1.

Il n'y en avait qu'un, comprenant à la fois des lettres et un récit ; et la preuve m'en semble péremptoire quoique assez subtile. La voici. Dans le passage d'Eusèbe qui sert de transition entre les lettres et la reprise du récit2, Ttj-v.z oï -*.;

k-<.7'Shïî; h'. 7.x. -xj-'x wr-.-o vfi Sûpwv so>v?;, le mol -aO^a ne doit

pas s'entendre évidemment du document matériel contenant la citation qui va suivre, mais de la citation elle-même ou des événements qui en font l'objet3. Dès lors, l'union (wv^to) qui existait entre cette citation et les lettres ne saurait s'entendre non plus d'un rapprochement purement matériel de deux manuscrits trouvés ou même cousus ensemble, mais de l'union qui existe entre deux passages de la même histoire et du même manuscrit. La phrase d'Eusèbe signifie donc : « Ces lettres étaient suivies du récit que je vais rapporter, toujours en syriaque » : lettres et récit étaient contenus dans un seul document4. — Et la manière dont Eusèbe parle de ses lettres

1. Et non point dans les archives de l'Église, comme le dit M. Lipsius (Die Edess. Abgs., p. 13): èv yoOv xolz, a-JTÔ6t or.ij.oo'ioc ; -/âp^ai;.

3. 11 faut se rappeler que cette citation d'Eusèbe n'est qu'une partie du récit dont l'auteur a déjà analysé le commencement.

4. C'est la seule preuve de ce fait qui me semble valable. Celle que .M. Zahn tire du singulier ypaa-r,, et celle qui résulterait du sens qu'il attache au mot âp- -/eswv (= document — Tat. Diat., p. 354, 355 n'ont aucune force décisive. Le mot ypaçr, (II, 1, 6) peut ne désigner que le récit, et il n'est pas certain que le mot àpysitov ne soit pas synonyme de ypa|.iu.aTo:p\j)>a-/.£Ïu)v que nous avons pluhaut. Il n'est pas nécessaire, pour expliquer àpyr.Mv dans ce sens, de supposer que le document a été pris à Kilesse par Eusèbe lui-même ou /«//• commission expresse reçue de lui (àrco tov àp/sîwv r,jj.ïv àvaAr,?6cioù)v) ; il suffit qu il lait ete

n'infirme pas cette preuve ; car il ne résulte pas de ses expressions que les lettres formassent un document à part : elles pouvaient être comprises dans le document unique dont elles étaient la partie principale quoique non pas la plus étendue.

La source où Eusèbe a puisé ne formait donc qu'un seul écrit. Maintenant quelle était, dans cet unique écrit, la disposition relative du récit et des lettres?

On peut croire, à la rigueur, que ces deux parties n'étaient pas fondues l'une dans l'autre, et que, les lettres, par exemple, se trouvant en tête, le récit suivait comme une sorte d'explication et de complément. L'expression Taiixaiç lï -*X; l-'.—z'/rr.z Iv. xal ■zx'j-'x z-jrr-.-s ne répugne pas absolument à cet arrangement. Il est beaucoup plus naturel cependant de croire que les lettres étaient enchâssées dans la narration, et que leur place y était à peu près celle que leur donne Eusèbe, la première occupant le commencement de I, 13, 3, avant les mots 'O ok [j-y; -ï-.z •/.. t. a., la seconde occupant le commencement de I, 13,4, avant les mots Où/, v.q papxàv •/.. t. a., ou même faisant suite simplement à la première l. Le récit se trouvait par là divisé en deux parties, l'une servant d'introduction, l'autre expliquant comment les promesses de Jésus s'étaient réalisées2.

4° Quelle était l'étendue du document d'Eusèbe? Celui-ci nous L'a-t-il analysé ou traduit en entier?

M. Lipsius, comme je l'ai fait remarquer plus haut3, croit

pour iui, ou, d'une manière plus générale, •pour la bibliothèque de Césarée. De là, le vague des indications Xï]<p9sî<jav .... eûprçTat (1, 13, 5) ... z\>çzbv.tri\z (II, 1, 6). — Quaut à la traduction donnée par M. Zahu (p. 333) du membre de phrase ex tô>v xa-rà "EÔEffaav xoTr,vixâo£ QoLaù.vjo^hrp irâXtv Ypa[x.(xaTOçuXaxe:wv Xï^Oetcrav, d'où il résulterait que le document a été pris à Édesse du temps des rois, cette traduction est pour le moins douteuse, et en contradiction du reste avec l'opinion de M. Zahn sur L'âge du document. Entre les années 270 et 290 il n'y avait plus de rois à Édesse (Bayer, Hist. Osrh. et Edess., p. 207).

1. Toutes deux pourraient encore se placer après leur résumé, en tète de I, 13, 4.

2. M. Lipsius (Die apokryphen Apostelgesch., II, 2e p., p. 181) objecte à cela que le cod. Vindob. 313 commence immédiatement par la lettre d'Abgar. L'objection est sans valeur.

que le document finissait avec la citation d'Eusèbe I, 13, et qu'ainsi nous le possédons tout entier1. — C'est ce qu'il est impossible d'admettre.

11 n'y a pas lieu d'insister sur le commencement du texte d'Eusèbe : M. Lipsius2 avoue que ce n'est qu'un résumé3. Le texte original était donc plus développé4. — D'autre pari rien n'autorise à soupçonner Eusèbe d'avoir mutilé les lettres et la partie du récit qu'il affirme nous communiquer mot à mot °. Toute la question se concentre donc sur la fin du document. Se terminait-il avec les mots 'E-pr/Sv] cl -:xï-x •/.. -.. X., qui semblent, dans Eusèbe, en former la souscription?

Je ne le crois pas : car, en admettant même que les mots E-payOï; II xaoxa •/.. -.. a. formassent réellement la conclusion du récit, et qu'ils y aient été pris mot à mol par l'auteur grec6, il y a lieu de se demander si rien ne s'intercalait entre eux et ce qui précède. Or il est invraisemblable d'abord que le récit même se terminât par une interrogation : « Nous avons abandonné nos propres biens, répond Tbaddée, comment accepterions-nous ceux des autres? » De plus, le commencement de la conversion d'Édesse nous est raconté, mais la fin, non7. L'apôtre promet pour le lendemain un discours; il en détaille même l'objet; Abgar donne des ordres pour qu'on

1. Die Edess. Abgs., p. 26. Je constate cependant que son dernier ouvrage, Die apokryphen, etc., ne reproduit pas cette opinion.

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