‹ Les origines de l'Église d'Édesse et la légende d'AbgarChapitre 54 sur 129 · Je reviendrai là-dessus plus loin · texte numérisé non relu

Je reviendrai là-dessus plus loin

(TAdddi réalise complètement les caractères extérieurs qu'Eusèbe nous indique ou nous laisse deviner comme étant ceux de son document, et que je viens de résumer *.

Comparons maintenant le contenu de nos deux sources, et commençons par les citations textuelles d'Eusèbe.

Ces citations semblent, à première vue, reproduire exactement le texte correspondant de la Doctrine d' Addaï, et une étude minutieuse ne modifie pas notablement cette première impression.

Dans la lettre d'Abgar à Jésus, les variantes entre Eusèbe et la rédaction syriaque sont au nombre de vingt, mais dont cinq seulement méritent attention. Sur ce dernier chiffre, la Doctrine nous présente quatre fois des additions non contenues dans le texte d'Eusèbe2; une fois, au contraire, Eusèbe présente une addition non contenue dans le document syriaque3.

Dans la seconde lettre, celle de Jésus, les variantes sont au nombre de quatorze. Elles peuvent toutes être négligées, sauf la dernière qui est considérable : il s'agit de la promesse faite par le Sauveur, qu'Édesse ne sera jamais prise : cette promesse manque dans l'historien grec.

Enfin, dans la citation qui suit les lettres, je compte cent vingt-deux variantes. Sur ce nombre, cinquante-quatre environ peuvent être regardées comme de simples négligences de traduction : c'est, par exemple, le pronom mis à la place du nom, un mot ajouté pour compléter la pensée : « Addaï lui dit », au lieu de « Addaï dit », etc. On ne saurait évidem-

1. Il est môme probable, comme je l'ai remarqué (p. 89, note 3), qu'Eusèbe u'a connu que par la clausule de la Doctrine la circonstance des pièces concernant Abgar et les temps anciens qui accompagnaient le document. Ce détail, provenant dès lors d'une source apocryphe, peut être faux.

2. Ce sont les additions suivantes : a) ... de venir à moi qui t'adore, b) ... le mal dont je souffre, suivant ta foi que j'ai en toi. c) ... murmurent contre toi et te persécutent, qu'ils cherchent à te crucifier, d) ... suffisante à tous deux pour ij habiter en paix.

3. C'est l'addition xai touç h pocxpovoaîcç pa<raviÇo|jiivouî BepowrsOeiç : le mot paaavtÇojiivouç a cependant son équivalent dans « ceux qu'ils tourmentent ». —On ne peut rien conclure de la variante « à Jésus bon Sauveur » (Eus.), et « à Jésus bon médecin » (Doct. d'Add.). V. Heinicheu, Comment, in Eus. Hist. Eccl., Melet. XIII, p. 707.

ment en tenir compte. — Une seconde catégorie, cinquantesept environ, peuvent provenir de l'inattention des copistes, ou de leur manie de vouloir éclaircir ou reloucher légèrement certaines phrases, mais ne témoignent du reste d'aucune préoccupation dogmatique. Ce second groupe de variantes ne saurait infirmer non plus sensiblement l'identité des deux textes1.

Restent donc, dans ce morceau, onze variantes notables. Sur ce nombre, cinq consistent en des développements ou additions plus considérables contenus dans l'un des deux textes: deux se trouvent dans la Doctrine d'Addaï2, et trois dans Eusèbe;t. Les six autres sont, si l'on veut, des variantes de tendance ou qui peuvent nous renseigner sur la question que nous traitons4.

1. Il ne faut pas oublier qu'Eusèbe, malgré ses protestations de fidélité, cite quelquefois ses sources un peu largement. V., par exemple, Hist. EccL, II, 10, 6 (Heinich., Comm. in Eus. Hist. EccL, Melet. III, p. 654 et suiv.), et IV, 16, 9.

2. Les voici : a) Doct. d'Add., texte, p. 5, 1. 12 et suiv., trad., p. 6 : « Et l'un des princes d'Abgar dont le nom était 'Abdou bar 'Abdou, un des grands qui Rasseyaient devant Abgar en ployant te genou, entra et dit [eu parlant] d'Addaï. » - Dans Eusèbe cette phrase est simplement représentée par les mots I^svjôyj tù 'Agyapu. b) Doct. d'Add., texte, p. 5, cleru. ligne, trad., p. 6 : « Peut-être ai-je trouvé un bon espoir de guérir par lui. » — Ces mots manquent complètement dans Eusèbe.

3. a) I, 13, 11 : "HpSaxo o-jv o ©aSSaïo; Èv Suvafist 6eo0 Ôepaueûîtv 7iâoav vôaov xa\ (Ao^axi'av, usk uâvta? OauixâÇêiv. — Ces mots ne se trouvent pas dans la Doctrine d'Addaï. b) I, 13, 12 : 'E/.Ôiov Zï à Tw6:a; Ttapà ®a88aîw emiev osÙtû" 'O to- 7câpx*)« "A6yapo; (A£Tay.aA£<7dc[isvô; [xs eiusv àvayaysïv az rcap' a-Jxù, îva %zoci.7:z-'j>jy, aÙTÔv. Kai ô 0ao3aïo;' 'Avaêaivw, e<pvj, Eiïei8if)7CEp 8uvâ{i.e! rcaû'aO-râ) à7t£(7TaX(Aai. — Ces derniers mots seuls znz:ortnzp y., t. a. se retrouvent équivalemment un peu plus bas dans la Doctrine d'Addaï. c) I, 13,20 : 'Exéasuo-sv o5v ô "A6yapoç ttj I'wôev auvâ£ai to-jç Ko^tTaç cwtoO àxoOaai tt|V y/ip'jç'.v 0a6Saioy. — Cette phrase ne se trouve pas dans la Doctrine d'Addaï en cet endroit, mais plus bas (trad., p. 17) et sous une forme différente.

Page 1