‹ Les origines de l'Église d'Édesse et la légende d'AbgarChapitre 56 sur 129 · Lipsius, Die Edess. Abgs., p · texte numérisé non relu

Lipsius, Die Edess. Abgs., p

plus tard par* un copiste désireux de mettre le comput de l'ouvrage en conformité avec le comput en vigueur de son temps. Ce qui le prouve, c'est que la traduction arménienne a conservé, comme Eusèbe, le chiffre de 340 \ L'original portait donc aussi cette date.

Il est difficile de supprimer de même la variante qui regarde la promesse faite à la ville par Jésus. Sans doute, on concevrait très-bien qu'Eusèbe eût à dessein négligé de transcrire cette promesse : il croyait à la vérité de la légende et à l'authenticité de la lettre du Sauveur : il lui était dès lors impossible d'y maintenir une prédiction dont les événements avaient déjà prouvé la fausseté 2, et dont une vanité nationale expliquait trop facilement l'introduction dans le texte. Mais enfin ce sont là des conjectures ; le fait certain est que l'addition ne se trouve pas dans Eusèbe. Procope ne l'y a pas lue, non plus que dans les historiens qu'il a pu consulter sur cette époque3. D'autre part, son origine s'explique fort bien par une extension d'abord de la bénédiction personnelle d'Abgar à tous les citoyens et à toute la ville, puis par une détermination plus précise des effets de cette bénédiction4. Il y

1. « L'an S'iO de l'ère des Grecs, sous les règnes de Tibère, empereur des Romains, et d'Abgar, fils de Manova, roi de la ville d'Édesse en Mésopotamie de Syrie, la 32e année, le 12e jour du mois de Dré, le roi Abgar ... etc. » Cette 32e année est une addition du traducteur. Elle se rapporte probablement au règne d'Abgar, dont le commencement se trouve ainsi placé en l'an 308 (— 4/3 av. J.-C).

2. M. Zahu (Tat. Diaf., p. 360) cite comme contraire à la promesse la destruction du royaume en 216. 11 aurait pu citer encore et mieux la prise d'Édesse, en 116, par Lu'sius Quietus. Alors la ville fut bien littéralement prise et saccagée (Xiphiliu, LXVIII, 30). La traduction de la Chronique d'Eusèbe par saint Jérôme mentionne, à cette dernière époque, la réduction de la Mésopotamie en province romaine.

3. De bello persico, II, 12 : ToOto tîj; êitiaroXïjç tô cocpoTSAsyTiov o\ (xev èxetvou toO 7pôvo'J tt,v loroptav H'jvypâ'^/avTî? oùSau.-?, eyvaxrav o-j yàp ovv ovSém) auTOÙ ejav»jo'9ïja,av.

4. La transition s'est faite par les mots toïç <rùv <rot de la fin de la lettre : c'est ainsi que le cod. Vinclob. XLV et le cod. Paris, grec portent : Eîp/jvr, ao\ xa\ rîj irôXet to'j, le cod. Vindob. 315 : Mâxapto; et A'jyape y.at T| ttoXiç coy r,Tt; -xaXetTat "ESeatra. Dans la Doctrine d'Addaï elle-même (texte, p. 28, trad., p. 28), les paroles de Jésus à Abgar sont rapportées par l'apôtre comme dites à tous les Édesséniens, et présentent le privilège octroyé à la ville comme une conséquence de la bénédiction que Jésus-Christ leur a envoyée : « Heureux êtes-vous d'avoir cru en moi sa?is m' avoir vu ; et parce que vous avez cru ainsi en moi, la ville dans laquelle vous habitez sera bénie, et l'ennemi ne prévaudra jamais contre elle. » (V. Lipsius, Die Edess. Abgs., p. 18 et suiv.)

a donc lieu d'y voir un développement du texte primitif.

La conclusion qui ressort de cette exacte comparaison des citations rcpoç Xé£iv d'Eusèbe avec la Doctrine d'Addaï est donc celle-ci : la Doctrine d'Addaï est le texte vu par Eusèbe, mais légèrement retouché et interpolé.

Arrivons aux passages simplement analysés par l'auteur grec.

Ici, on le comprend, la comparaison devient beaucoup plus difficile. On peut se demander cependant si la narration de la Doctrine d'Addaï se trouve bien représentée dans l'analyse d'Eusèbe, et ne contient pas des circonstances que celui-ci aurait relevées s'il les avait lues dans son texte.

La partie du récit qui précède les lettres nous offre sept variantes dans le détail des faits rapportés. Sur ce nombre, quatre peuvent être écartées, comme à peu près insignifiantes1. 11 en reste donc seulement trois dont il faut bien apprécier la valeur.

La première est relative à la circonstance qui a mis en rapport Jésus et Abgar. Il semble, d'après Eusèbe, que ce soit la rumeur publique qui ait appris à Abgar l'existence et le pouvoir merveilleux du Sauveur ; d'après la Doctrine d'Addaï, ce serait l'ambassade d'Abgar qui, en revenant de Beth-Gubrîn, aurait vu Jésus à Jérusalem et l'aurait fait connaître au roi. De là, dans le document syriaque, deux voyages de Ilannan, au lieu d'un seul dans Eusèbe. et toute une histoire des rapports entre Abgar et Sabinus, gouverneur de Syrie et de Mésopotamie, que l'auteur grec a l'air d'ignorer complètement2.

1. Ce sont les suivantes : a) Eusèbe dit que les pèlerins qui accouraient vers .Ic'sns à Jérusalem étaient mus par l'espoir de la guérison (vôcrwv tî xoct 7ravcoc'wv Ttafjcov ï/.T.;.ry. Beparaîaç, I, 13, 1) ; ta Doctrine d'Addaï n'a pas ce détail (trad., p. 2). — b) Eusèbe fait l'éloge de la sagesse d'Abgar (Èiuff/j^ÔTaxa o-jvao--£-j(i>v, I, 13, 2); la Doctrine n'offre pas cette épithète. — cj Eusèbe appelle la maladie d'Abgar oîtvà) xa\ où <kpx7ic-jTto offov 1% àvOpwTtsca o'jvâfiei (I, 13, 2); la Doctrine la signale seulement comme invétérée (texte, p. 7, 1. 6 et suiv., trad., p. 7). — d) Enfin Eusèbe dit qu'Addaï était des soixante-dix disciples (|v àp'.On'o ... tûv Éooo^xovtx, I, 13, 4); la Doctrine dit qu'il était des soixante-douze disciples (texte, p. 5, 1. 9, trad.. p. 5 .

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