‹ Les origines de l'Église d'Édesse et la légende d'AbgarChapitre 63 sur 129 · llist. d'Arm., II · texte numérisé non relu

llist. d'Arm., II

4. Cette conclusion a sa valeur indépendamment de l'opinion que l'on adopte sur l'origine de la légende de la sainte Image. Cette dernière question sera traitée plus bas.

admettre encore sur ce point des remaniements du texte qui a servi à l'auteur grec.

J'ai déjà signalé1, dans la partie commune d'Eusèbe et de la Doctrine, deux additions de tendance évidemment dogmatique introduites dans le document syriaque, et relatives à la divinité et à l'éternité de Jésus-Christ. Mais dans le premier discours d'Addaï, rapporté par ce dernier écrit, ce ne sonl pas seulement quelques épithètes isolées, c'est toute la doctrine sur le paganisme et sur Jésus-Christ qui, par l'insistance surtout avec laquelle elle est formulée, nous reporte à la théologie antiarienne du ive siècle.

Cette observation ressortira davantage, si nous remarquons à quoi s'arrêtait principalement la controverse de Nicée.

Au concile de 325, il s'agissait de savoir si Jésus-Christ est vraiment Dieu. Les Ariens lui en donnaient le nom, mais, en réalité, lui refusaient ce que ce nom signifie. Pour eux, Jésus-Christ était une créature, plus parfaite sans doute que les autres, mais enfin une créature (y-xfo^a -/.ai rceir^x); il n'était donc pas éternel, il y avait eu un temps où il n'était pas pjv T.z-.i i-.i ojy. v) ; il n'était donc pas non plus de la même substance que le Père (suts âpoioç xarc' oisfav), mais avait été fait de rien (i; o>/. cvtmv briv). — A ces assertions, Nicée oppose la divinité vraie, réelle et propre de Jésus Christ (ôssv h. Bsgj... Oecv àXYjôivov èx Oeou àXï)6ivou), engendré, non fait (ysvvYjôév-a, si r.z'.rtH-/-x) . 11 anathématise ceux qui disent qu'il fut un temps où il n'était pas, ou qu'il est d'une autre substance que le Père (è; Mpaç l>zoa-i;n»; yj eùffia? — ô^soûaio;). Ces trois idées, la non-création de Jésus-Christ, son éternité, sa consiibstantialité sonl les trois idées fondamentales de Nicée.

Ouvrons maintenant la Doctrine d'Addaï : nous y trouverons ces mêmes idées, les deux premières surtout, accentuées avec une précision que la controverse seule a pu donner. Addaï commence (texte, p. 24, 25, trad., p. ,45) par nettement poser la question, et écarter indirectement la conception arienne

i. V. plus haut. p. 91, note 4, p. 92.

d'un être intermédiaire entre Dieu et les créatures, auquel on accordait le nom et les hommages attribués à Dieu sans qu'il lui fût semblable en substance; puis il fait à Jésus-Christ l'application de ces principes. Mais il faut citer cette page tout entière. « Ne vous laissez pas, dit l'apôtre aux Édesséniens, ne vous laissez pas captiver par l'éclat des luminaires (il vient de parler de l'adoration des astres) et par l'étoile brillante : car maudit est devant Dieu tout homme qui adore les créatures. Bien que, en effet, parmi les créatures, il y en ait qui paraissent plus grandes que leurs compagnes, elles ne sont que les servantes de leurs compagnes, comme je vous l'ai dit. Car c'est un mal cruel et pour lequel il n'est point de guérison, que les choses qui sont faites adorent les

choses qui sont faites ()» ,'^s), et que les créatures honorent leurs semblables : car, de même que celles-ci ne peuvent subsister par leur propre force, mais par la force de celui qui les a créées, ainsi elles ne peuvent être adorées avec lui ni être honorées avec lui ; car c'est là un blasphème contre les deux : contre les créatures qui sont adorées, et contre le Créateur avec lequel on fait entrer en partage les créatures étrangères à la nature de son être (c$Jo^)? )Ll^l\ ^OûJ). Car toute la prophétie des Prophètes et notre prédication à nous, qui venons après les Prophètes, est que les créatures ne soient point adorées avec le Créateur, et que les hommes ne soient plus attachés au joug d'un paganisme corrompu. Mais ce n'est pas [seulement] parce que nous voyons les créatures que je dis qu'elles ne doivent point être adorées; mais tout ce qui est fait est une créature, qu'il soit visible ou invisible : c'est une grave impiété de lui imposer le nom glorieux de Divinité. Car nous ne prêchons pas et nous n'adorons pas, comme vous, les créatures, mais le Seigneur des créatures: car ce tremblement qui les agita à la croix témoigne que tout ce qui a été fait est dépendant, et subsiste parla vertu de Celui qui l'a fait, Lui qui était avant les siècles et les créatures. Lui dont la nature (oM-^3) est incompréhensible, en ca que sa nature est

invisible ( )jl~A-*> )J), et qui, avec son Père, est sanctifié dans les hauteurs suprêmes, parce qu'il est Seigneur et Dieu dès l'éternité ()ooA2o ^io). C'est là notre doctrine en tout lieu et dans toutes les contrées. »

On pourrait citer bien d'autres passages où cette divinité de Jésus-Christ est affirmée en termes aussi énergiques. Ainsi (texte, p. 20, trad., p. 19) : « 11 (Jésus-Christ) est adoré par les [esprits] supérieurs et par les [êtres] inférieurs, Lui qui est adoré dès son éternité : car, quoique son apparence fût celle des hommes, cependant son pouvoir, sa science et sa puissance étaient d'un Dieu... Son corps est le pur vêlement de sa Divinité. » Et encore (texte, p. 29, trad., p. 28) : « Car 11 (Jésus-Christ) est le Dieu des Juifs qui le crucifièrent, et les Gentils aveugles l'adorent sans le savoir, parce qu'il n'y a point d'autre Dieu [que Lui] dans le ciel et sur la terre, et vers Lui monte la louange des quatre côtés du monde. » Ces dernières expressions rappellent celles de Jéhovah dans le Deutéronome ' : Videte quod ego si m soins, et non sit alius Deus prêter me. Mais le passage le plus concluant se trouve page 27 du texte (trad., p. 26, 27), à la suite précisément du morceau cité d'abord sur l'adoration des créatures : « Fuyez par conséquent, s'écrie l'apôtre, fuyez par conséquent, comme je vous l'ai dit, les choses faites et créées, qui parle nom seulement sont appelées dieux, alors qu'elles ne sont point dieux dans leur nature, et approchez-vous de Celui qui est Dieu dans sa nature (of 1 é 1 -^ = oûcr(a) de tout temps et de toute éternité

()a^A ^£>o )oo^io ^io), et qui n'est point un ouvrage ()».rA = r.oir^xy.) comme vos idoles, ni une créature ()A~m»=> = è; oùx. svtwv) et une fabrication j\ \ ool = /,-i'a^a) comme les images en qui vous vous glorifiez. Parce que, bien qu'il ait revêtu ce corps, 11 était Dieu avec son Père: car les créatures qui tremblèrent à son supplice, et furent terrifiées à la passion de sa mort, témoignent que c'est Lui qui créa les créatures. Car ce n'est pas pour un homme que la terre trembla, mais pour Celui qui af-

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