‹ Les origines de l'Église d'Édesse et la légende d'AbgarChapitre 64 sur 129 · XXXI I · texte numérisé non relu

XXXI I

fermil la terre sur les eaux; et ce n'est pas pour un homme que le soleil s'obscurcit à la croix1, mais pour Celui qui fit les grands luminaires; et ce n'est pas en fia vertu d']un homme que les saints et les justes furent ressuscites, mais en [la vertu de] Celui qui donna le pouvoir de ïa mort 2 dès le commencement; et ce n'est pas en [la vertu d']un homme que fut déchiré le voile de la porte du temple des Juifs depuis l'extrémité jusqu'à 1' [autre] extrémité, mais en [la vertu de] Celui qui leur dit : Voilà que votre maison est laissée désolée. »

Ces textes sont, je crois, assez clairs, et il nous indiquent déjà suffisamment ce que l'auteur de la Doctrine d'Adddi pensait de l'éternité du Verbe. On trouve six fois cette éternité affirmée3. Mais une circonstance à remarquer, c'est le rapport presque constant qui est établi entre celle éternité de Jésus-Christ et son séjour auprès de son Père \ 11 semble que l'on soit en présence d'une de ces formules dont une parlie appelle nécessairement l'autre. Ainsi (texte, p. 6, 7, trad., p. 7) : « Et quant 11 (Jésus) a eu accompli la volonté de son Père, Il a été élevé vers son Père, et 11 s'est assis avec lui dans la gloire, Lui qui (Hait dans son Père* dès T éternité. » Texte, p. 8. trad., p. 9 : « 11 (Jésus) descendit seul, et remonta avec un grand nombre vers son Père glorieux, Lui qui était avec son Père dès r éternité dans une seule sublime divinité. » Texte, p. 19, trad., p. 19: « 11 (Jésus) a humilié la grandeur de sa divinité sublime, Lui qui était près de son Père de tout temps et de toute éternité. » Texte, p. 25, trad., p. 25: « ... Lui (Jésus) dont la

1. Le texte de M. Cureton porte « dans le rie/ », leçon plus vraisemblable.

2. C'est-à-dire: qui donna à la Mort son pouvoir. M. Phillips me parait mal traduire •< who gave /mirer over death <■ ; M. Cureton mieux :« who hadnranted the power of death from the beginning. »

3. Eu comptant les deux endroits mentionnés plus haut, p. 91, note i, p. !I2.

Voilà les expressions : )o.\\ ^iû texte, p. 7), ^oo^LSû^O (p. 8 , SooA.^3 6.^ (p. 2ï), ^.Ojû-iOoA-iO çJO (p. 20), )<AX OûO )OOAJO ^*> p. 1!), 27).

4. C'est l'idée de Joan., XVII, :i : K%\ vOv SôÇacov |i: ffù, Tiâxzp, Ttapà asa-j-rù tr Z'i\ri \ î'./ov 7:po toO tbv y.6ff|J.ov stvoc. Ttapx soi.

o. Je traduis plutôt dans son Père (oJls), et non pas avec son Père comme

M. Phillips (wittt whom) ; mais le texte suivant doit se traduire avec son Père

nature est incompréhensible, en ce que sa nature est invisible, et qui, arcr son Père, est sanctifié dans les hauteurs suprêmes, parce qui! est Seigneur et Bien dès l 'éternité. »

En ce qui concerne la consubstantialité, la Doctrine d'Addai est moins explicite, il est vrai : on n'y trouve pas expressément l'éiAsoùffioç syriaque, le (.1^ *-=> '; on l'y trouve toutefois équivalemment: Jésus-Christ est Dieu dans sa nature (o)AjJi^)\ Il est avec son Père dès l'éternité dans une seule sublime divinité ()à.V> a» \r> )2oo^» )» » ->). On ne saurait du reste rien conclure de l'absence de Yb^ooûcoq. D'autres documents syriaques sûrement postérieurs à 325, la Doctrine des Apôtres2 et la Doctrine de Simon Pierre3, ne le contiennent pas non plus, et cependant, dans ce dernier écrit surtout, les plus belles occasions s'offraient à l'auteur d'y insérer la tessère nicéenne.

Si d'ailleurs il restait encore quelques doutes sur l'époque à assigner à ces formules théologiques de ]el Doctrine d'Addai, ils devraient disparaître devant une comparaison attentive de ces formules avec celles qui se rencontrent dans les Actes de S/iarùil'* et cette Doctrine de Simon Pierre que je viens de nommer. La ressemblance est tellement frappante que l'on serait tenté d'attribuer ces passages au même auteur. Quelques rapprochements rendront le fait sensible : je me borne aux fragments déjà cités :

Actes de Scharbil,

Doctrine d'Addai, texte, p. 24, 25. trad., p. 25.

Ne vous laissez pas captiver par l'éclat des luminaires et par l'étoile brillante : car maudit est devant Dieu tout homme qui adore les créa-

texte, p. 57, trad., p. 57.

Le juge dit : Votre doctrine vous apprend-elle ainsi à insulter même les luminaires qui éclairent toutes les faces de la terre? — Scharbîl dit :

i, V. P. Smith, Thesaur. syr., I. p. 589.

2. Dans Cureton, Ane. syr. doc, texte, p. 24-35, trad., p. 21-35.

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