‹ Les origines de l'Église d'Édesse et la légende d'AbgarChapitre 75 sur 129 · Trad., p · texte numérisé non relu

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6. Lorsque Abgar demande à Addaï de lui parler de Jésus-Christ, l'apôtre, dans Eusèbe (I, 13, 19), répond que pour le moment il gardera le silence parce qu'il a été envoyé pour prêcher en public et à tous, mais qu'il parlera le lendemain au peuple réuni : Nûv \s.vi <7cwmrjc-o[i.at, lyrr ètceiSy) xïjpûijat tov Xôyov oltczi-Ht-/, auptov Se ■/.. -z. I. (v. la note de Heinichen ad h. 1.). Ces mots excluent naturellement tout discours avant l'instruction du lendemain, et par conséquent celui des pages 9 et 10 de la Doctrine d'Addaï (trad. angl.). L'interpolateur, gêné par cette déclaration pour l'histoire de Protonicé, a simplement introduit dans le texte syriaque une négation qui lui laissait le champ libre : « Maintenant je ne air tairai point » (texte, p. 7). Mais dès lors, il a dû aussi composer ce passage de transition, pour montrer comment l'apôtre avait répondu à la demande du roi. — On peut remarquer, dans ce morceau (texte, p. 9, trad., p. 9, 10), une pensée sur la résurrection et le jugement qui se retrouve, semblable [ r le fond et l'expression, dans le premier discours d'Addaï (texte, p. 30, trad., p. 30).

7. Comparez, trad., p. 10 et p. 37, 38, ce qui concerne Claude et la guerre d Espagne. — La lettre d'Abgar à Tibère a un type plus ancien dans la lettre de Pilate à Claude rapportée par les Acta Pétri cl Pauli (Tischendorf, Acta Apost. apocr., p. 16. Cf. Thilo, Cod. apocr. Nov. Test., p. 796, sut: Tischendorf, Evang. apocr., lrc édit., p. 392, 411) : le libellé toutefois eu est différent.

8. Comp. trad., p. 7 et p. 37, 38. Il est question dans 1rs deux endroits d'un traité dt; paix fait avec Tibère par Abgar et ses prédécesseurs; v. plus haut, p. 91, texte et note 4.

tion des canons apostoliques, offre encore des traces de remaniements théologiques1.

Il est aisé de voir par là que le mauvais goût d'amplifier et de retoucher les textes n'a point épargné celui de la légende d'Abgar, et que les auteurs postérieurs dont le chapitre précédent a exposé les développements et les variantes ont travaillé sur des données elles-mêmes de seconde main. Afin de signaler davantage cette distinction entre la Doctrine d'Addài et le document primitif, et vu l'importance des additions, M. Lipsius a donné à ce document le nom d'Acta Edessena: ce sont les Actes dont Eusèbe s'est servi. On peut, pour la commodité du langage, adopter cette appellation.

§ II. — LA DATE DE LA DOCTRINE d'aDDAÏ

Nous venons de constater que la Doctrine d'Addài est un texte amplifié et remanié, et nous avons dit un mol sur la mesure de ces interpolations. Il faut maintenant examiner à quelle époque les retouches, ou du moins les plus récentes d'entre elles ont été faites, et déterminer ainsi l'âge de ce document.

L'ensemble des additions discutées nous reporte, comme nous l'avons vu, au ivc siècle ; mais nous devons fixer un terminus a quo plus précis. La légende de la sainte Image va nous le fournir.

La pèlerine franque qui, entre les années 380-395, est allée à Édesse n'y a pas vu la sainte Image : on ne la lui a pas montrée : on ne croyait pas généralement la posséder : voilà un fait qui paraît certain. Mais, d'autre part, il est évident que la Doctrine d'Addài suppose cette image existante et

IComp par exemple texte, p. 27, 1. 1 et suiv. avec p. 43, dern. ligne, et 44 (trad , p. 26 m fine et 41 in fine, 42). - Je dois ajouter que 1rs rapprochements minutieux auxquels je .ne suis livré mont révélé, dans la parti, propre a la Doetnne dAddai,une unité de pensées et de style entre tous les morceaux qui concernent directement I Eglise d'Edessc, c'est-à-dire les trois discours de fanôtre 1 organisation de l'Eglise et l'histoire d'Aggaï.

vénérée dans la ville. Au moment où l'auteur écrivait, on pouvait la visiter ou dans un des palais d'Abgar1, ou dans l'église où on l'avait transportée. Comme d'ailleurs, ainsi que je l'ai remarqué2, il n'était question à ce moment ni de disparition ni d'invention de la relique, il faut bien admettre que la mention qui en est faite dans la Doctrine est postérieure au pèlerinage, et par conséquent à l'an 380 ou môme 390 3 Ce simple raisonnement fixe immédiatement très bas notre point de départ. Les autres considérations que l'on peut présenter ne nous conduisent pas tout à fait aussi loin. Elles nous rapprochent cependant de cette date, et il est bon de ne pas les omettre.

La première s'appuie sur l'origine même de cette légende de la sainte Image à Édesse. Il est vrai qu'ici nous ne pouvons arriver qu'à des conjectures et à des probabilités.

La Doctrine d'Adddi n'est pas le seul document qui nous parle d'une image du Sauveur. Outre l'histoire de Véronique dont il a été déjà question4, et qui dérive, au moins dans sa forme, de la légende édessônienne, nous avons le récit d'Eusèbe5 concernant l'hémorroïsse (Matth., ix, 20etsuiv.}. Cette femme, originaire de Panéas (Césarée de Philippe), en reconnaissance de sa guérison, avait fait élever devant sa demeure un groupe où elle était représentée à genoux devant Jésus-Christ qui lui tendait la main. — Nous avons encore les renseignements de Macarius Magnes (vers 400) G. L'hémorroïsse, d'après lui, était une princesse d'Édesse nommée Bérénice, qui immortalisa par le monument dont nous venons de parler7 le bienfait qu'elle avait reçu. — Nous avons enfin

1. On montrait encore, sous Théodose, les deux palais d'Abgar : Peregrin. ad loca sancta, p. 65, 67, 68.

3. Car la légende orale a dû précéder de quelque temps la légende écrite.

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