Die apokrypli. Ajioslclgesch., II, 2e p., p. 188 et suiv
franque : car elles supposent, l'une et l'autre, que l'on croyait, au iii° ou au commencement du îv" siècle, posséder à Édesse l'Image de Jésus-Christ, et cette croyance n'existait pas. Une autre explication est donc nécessaire. En voici une que je propose, sans la croire définitive. Le point de départ est le fait rapporté par Eusèbe sur la sculpture de Panéas. D'après une légende ancienne, antérieure à l'auteur grec, l'hémorroïsse était originaire de cette ville '. Une statue d'Esculape, érigée en ex cola par quelque païenne, y fut transformée par la fantaisie populaire en une statue de Jésus- Christ, et attribuée à la miraculée de l'Évangile2. Le nom de cette femme n'est donné ni par le texte sacré, ni par Eusèbe ; mais on ne tarda pas à lui en trouver un, en l'identifiant avec la fille de la Chananéenne 3, que les Homélies clémentines appellent Bérénice (Bepvfew))*. Cette légende parvint donc à Édesse, et l'identité des situations d'Abgar et de l'hémorroïsse 5 y fit imaginer, pour le premier, un épisode semblable a celui qui avait cours sur la seconde0. La communauté de patrie de Bérénice et d'Addaï, l'apôtre de l'Osrhoène, put aider à cette fiction. Quoi qu'il en soit, il n'y eut pas précisément substitution d'un personnage à l'autre (le livre d'Eusèbe était trop connu), mais imitation dans la création d'un fait ana-
1. Anaphora Pilati, texte B, dans Tischendorf, Evang. apocr., lrc éd., p. 422. Le texte A [Ibid., p. 416) lui fait habiter Capharnaum.
2. Lipsius, Die Edess. Abgs., p. 63. Sur la valeur et le sens précis de la narration d'Eusèbe, v. Heinichen, Comment in Euseb., Melet. XIII, p. 698 et suiv.
3. Mattli., xv, 22 et suiv. V. Acta Pilati, cap. vu, ap. Tischendorf, Evang. apocr., lre éd., p. 226, note, 277, 335 : l'hémorroïsse y est nommée Bepvsxr), Bspovîxy], Veronica. Les Acta Pilati, dans leur première rédaction, remontent vers le milieu du ive siècle, mais la confusion des personnes a dû commencer plus tôt, car Eusèbe parle sans hésiter de l'hémorroïsse comme d'une païenne, ce que l'Évangile ne suppose nullement.
4. III, 73; IV, 1, 4, 6. Cette identification aurait- elle été, comme le pensait d'abord M. Lipsius (Die Edess. Abgs., p. 63), occasionnée par les rapports que certains gnostiques avaient établis entre l'hémorroïsse et leur éon Ilpo-jvt/.o; '.'... S. Irônée, Cont. livres., comp. 1. I, c. 3, u° 3; 1. II, c. 20, n° 1 ; c. 23 avec 1. I, c. 29, n° 4; c. 30, n°s 3, 7, 9.
•:i. Comparez le udcOEi %o cmu.x ôetvw xoù où 6spxiT£'jT<î>, 8<rov lit'àvOpwTiEta 8uvâ(ist d'Eusèbe (I, 13, 2) avec le ïJtiî, il: IctTpoùç ■KÇ/oay.rj.'iuyrjxrjy. o/.ov xbv (3£ov oùx iGyruozv ûit'oùSsvbç 0epaireu8rjvat de saint Luc, vin, 43.
6. Il est à remarquer que, dans le récit même sur l'hémorroïsse, Eusèbe (VII, 18) dit avoir vu des images de Jésus-Christ oià -/pwjAâTwv èv ypa^aïç aoÇopiva; : des lors quoi de plus naturel que d'en supposer une à Édesse?
logue. C'est de la synthèse de ces deux légendes, celle de Bérénice et celle d'Abgar, qu'est sortie l'histoire racontée par Macarius Magnes. Bérénice est restée l'hémorroïsse, mais elle est devenue princesse édessénienne \ C'est de cette même synthèse qu'est sorlie l'histoire d'Hypatiâ. La ville de Césarée dont il est question est Césarée de Philippe, Panéas, la patrie de Bérénice ; l'image de Jésus-Christ trouvée dans Peau et se reproduisant sur le vêtement dont Hypatiâ l'essuie, c'est le Sauveur imprimant sa face sur le linge avec lequel il essuie son visage2. C'est enfin d'une synthèse pareille qu'est sortie l'histoire de Véronique, conservant de la femme de Panéas le nom, mais suivant dans les détails la légende d'Abgar. — L'épisode de la Doctrine d'Adrien, d'après cette explication, serait donc une copie de celui d'Eusèbe, et ainsi s'expliquerait l'isolement de cet épisode dans le document et aussi le silence relatif des auteurs syriens sur cette histoire3. Les écrivains nationaux se sont peu intéressés à cette contrefaçon de la légende grecque.
Si la filiation de ces récits est telle que je viens de l'indiquer, celui de la Doctrine cVAdddi doit se placer entre Eusèbe, dont Y Histoire fut peut-être traduite en syriaque avant sa mort, et Macarius Magnés, c'est-à-dire environ entre les années 340-400. Cette date peut s'accorder avec celle que nous avons déduite plus haut du silence de la pèlerine.
Mais si la pèlerine s'est lue sur la sainte Image, en revanche elle a parlé de la promesse de Jésus assurant à la ville qu'elle ne serait jamais prise*. Cette promesse se trouvait dans le texte de la lettre qu'on lui a lu : elle y avait donc été introduite avant son voyage. Eusèbe, de son côté, ne l'a pas connue : elle n'a donc été introduite qu'après lui : c'est entre Y Histoire ecclésiastique etla Père grinatio qu'il faut mettre son apparition. Le moment
1. On peut encore supposer que la transformation de Bérénice en princesse édessénienne s'est faite en dehors d'Édesse, par une combinaison directe du récit d'Eusèbe sur l'hémorroïsse avec la légende primitive d'Abgar.