‹ Les origines de l'Église d'Édesse et la légende d'AbgarChapitre 89 sur 129 · Matth., xi, S: Luc. vu · texte numérisé non relu

Matth., xi, S: Luc. vu

Diaiessaron ou dans la version curetonienne rémunération dont il s'agit. Or il est remarquable que, dans cette dernière version, Matth., xi, 5, au lieu de l'ordre « les sourds entendent, les morts ressuscitent , les pauvres sont évangélisés » que présente le texte grec , nous trouvons l'ordre « les sourds entendent, les pauvres sont évangélisés , les morts ressuscitent1. » Le commentaire de saint Éphrem suppose que le Diaiessaron offrait également cette seconde disposition2. Le fabricateur, après avoir copié la première partie du texte, s'est donc trouvé en présence du « pauperes evangelizantur » ; ce détail ne convenait ni au but de la lettre, qui était d'obtenir que Jésus vînt guérir le roi, ni au roi qui ne pouvait se ranger parmi les pauvres évangélisés. L'auteur l'a donc supprimé, mais, afin de remplir le vide, il a fait un emprunt au verset qui précède celui-ci dans saint Luc, et l'a introduit dans sa composition : « Et à cette heure même, dit l'évangélisle, [Jésus] en guérit plusieurs de maladies, de plaies et d'esprits mauvais \ »

Il est donc avéré que la lettre d'Abgar contient une citation de l'Évangile : c'est assez pour qu'on doive rejeter son authenticité. Mais, de plus, n'est-il pas singulier que des miracles qu'il rapporte Abgar conclue précisément que Jésus-Christ est Dieu (6 Oeoç), ou le fils de Dieu (f, ulcç s! tou 6sou) 4 ? Il est en réalité l'un et l'autre ; mais pourquoi ne pas conclure simplement qu'il est un thaumaturge, ou un dieu, ou même le fils à' un dieu descendu du ciel, comme on le rapporte des dieux du paganisme ? Cela était beaucoup plus conforme aux idées polythéistes d'Abgar".

i. On ne sait pas l'ordre présenté par la version dans le passage parallèle de saint Luc, vu, 22 : il y a une lacune à cet endroit dans le texte de Cureton.

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