‹ Les origines de l'Église d'Édesse et la légende d'AbgarChapitre 9 sur 129 · llxres., XL VI · texte numérisé non relu

llxres., XL VI

M. Zahn ajoute bravement : à Edesse, l'unique centre alors du christianisme dans ces contrées. Geile dernière affirmation serait pour nous un peu hâtée. Contentons-nous pour l'instant delà donnée plus générale de saint Épiphane, confirmée d'ailleurs par ce que nous savons de l'origine de Tatien1. 11 est naturel que l'apologiste ait désiré revoir sa patrie, ou du moins s'en rapprocher autant que possible.

Tatien, à son retour de Rome, s'établit au delà de l'Euphrate, et y composa le Diatessaron. La Mésopotamie était donc en ce moment chrétienne ou en train de le devenir, car il ne se fût pas fixé dans un pays entièrement idolâtre, et n'y eût pas composé un livre qui n'eût pas rencontré de lecteurs. Dans ce pays, d'ailleurs, il trouva une version syriaque des Évangiles, apportée là parles missionnaires venus de l'Ouest, la version dite curetonienne, que son propre ouvrage devait bientôt supplanter'2.

Quand Tatien vint en Mésopotamie, Édesse, qui en est la clef, était donc évangélisée, et dès lors rien n'empêche de croire avec M. Zahn qu'il choisit cette ville pour s'y établir. Un chrétien qui avait vécu à Rome et qui avait cultivé les lettres devait naturellement chercher, pour y vivre, une ville où il trouvât des relations à la fois religieuses et littéraires. Édesse pouvait lui procurer les unes et les autres3.

Maintenant, à quelle époque eurent lieu ce retour de Tatien en Mésopotamie et la composition du Diatessaron ? C'est le point important de la question, et qui a, avec quelques autres, divisé M. Harnack et M. Zahn. Les difficultés sont de plus d'une sorte ; mais une des principales consiste à expliquer comment Tatien, qui, depuis l'an 180, est connu comme hérétique en Occident et en Egypte par Rhodon, lrénée,

i. Zahn, Tul. DiuL, p. 268 et suiv.

2. M. Zahu (Tat. Diat., p. 233 et suiv.) a prouvé que Je Diatessaron dépendait de celte version.

3. V. Moyse de Khor., Ilist. d'An»., 11,38. — D'après saint Épiphane, doni L'autorité est faible, Bardesaue aurait été instruit dans 1rs deux langues syriaque el grecque [Hser., LVI, 1). Suivant Théodoret {Hœret. fab., I. 22). sôu fils Harmoniu? aurait étudié le grec à Athènes. V. ;ius~i Sozomènc, Hist. eccl., III, 16.

Tertullien, Clément d'Alexandrie et Origène, comment, disje, Tatien a tellement passé dans l'Église syrienne pour orthodoxe, que l'on y a effacé des livres la qualification d'hérétique qui lui était décernée1. N'est-il donc devenu hérétique que plus tard et ailleurs? C'est la conclusion de M. Harnack2, qui, en conséquence, place son voyage en Mésopotamie entre l'an 152 et l'an + 105, et le fait ensuite retourner et peutêtre mourir à Rome, M. Zahn3, au contraire, ne croit pas que Tatien, une fois revenu en Mésopotamie, en soit reparti. Il adopte le renseignement de saint Épiphane, d'après lequel ce voyage aurait eu lieu après la mort de saint Justin (163-167), et, transformant en la douzième année de Marc-Aurèle la douzième année d'Anlonin-le-Pieux donnée par l'évêque de Salamine, il fixe à l'an 172/173 le départ de Tatien pour l'Orient. Quant à la réputation d'orthodoxie qu'il y conserva, M. Zahn 4 s'efforce de l'expliquer en nous représentant Tatien non comme un hérétique ayant fondé une secte, ou ayant appartenu à une secte définie, mais comme une âme naturellement indépendante et fière, à laquelle le sentiment des difficultés de l'Écriture et le zèle de l'austérité chrétienne durent faire émettre des propositions hardies sans doute et dangereuses, mais qu'une orthodoxie un peu étroite qualifia trop sévèrement. Dégoûté du séjour de Rome par cette opposition, il se retira en Mésopotamie, et, devenu plus sage, il s'appliqua tout entier à aider dans son développement cette jeune Église nationale d'Édesse qui venait depuis peu de se fonder.

J'ai déjà dit que ces calculs et ceux qui s'y rattachent ne sont pas satisfaisants. Dans cette incertitude, ce qu'il y a de mieux à faire est de prendre comme dates extrêmes entre

1. Ainsi la mention qu'en fait la Chronique de saint Jérôme, à l'an d'Abrah. ^ÎSS (Marc-Aur. 12), Talianus hxreticus agnoscitur, n qui» Enkratitœ, et qui appartient certainement au texte primitif d'Eusèbe, n'existe pas dans la traduction arminienne et dans YEpitome syriaque. (Schône, Euseb. chronic, p. 216.)

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