Tat. Diat., p, 381 et suiv
Barsamyâ nous interdit, au reste, de faire commencer plus tôt son épiscopat. Mais, d'autre part, les faits historiques mentionnés dans le premier chapitre de ce travail vont à nous montrer qu'une Église organisée existait à Édesse avant cette époque. En 190, Bardesane et Abgar VIII devaient être bien près de devenir chrétiens s'ils ne l'étaient déjà. Le premier élait âgé de trente-six ans ; le second en avait régné quatorze : ils n'ont pas été les premières conquêtes de la hiérarchie ecclésiastique. — Vers l'an 197, les Églises de l'Osrhoène se réunissent en concile : elles étaient dès lors assez considérées pour qu'on demandât leur avis dans une question d'intérêt général. Il est difficile que, en si peu de temps, l'Église d'Édesse ait pu essaimer ainsi, et conquérir, avec les Églises fondées par elle, celte considération. — Vingt années auparavant, vers 172 ou 173 au plus tard, Tatien arrive en Mésopotamie, y trouve des chrétiens, et écrit pour eux une concordance évangélique. Il faudrait donc supposer qu'une ville considérable comme l'était alors Édesse, la capitale d'un royaume à demi indépendant, éloignée des grands centres ecclésiastiques, est restée trente ans environ sans évêque, alors qu'on tendait, en Orient, à les multiplier partout. Cette hypothèse est du tout improbable. Palout n'est pas le premier évêque d'Édesse : il y en a eu au moins un autre avant lui. Mais qui? — La tradition locale nous répond : « Aggaï. » Il faut accepter son témoignage. Maintenant, Aggaï a-t-il été réellement martyr? C'est un fait qui reste incertain. A ce moment, c'est-à-dire depuis la guerre des Parthes (162-165), Édesse, tout en ayant un roi, se trouvait sous la domination romaine1. 11 est toutefois peu probable que la persécution de Marc-Aurèle (161-180) l'ait atteinte directement. Il faudrait plutôt songer à une persécution de Ma'nou VIII rétabli sur son trône (163-176) 2,
1. Marquardt, Rôrrï. StaàtStiérwali., 2e éd., p. 436. — Tillemont, Hist. desemper., II. Marc-Aurèle, art. VIIF.
2. Denys de Telrûahar, dansAssem., B. 0., 1, p. 422, 423. Il y a dans la donnée du chroniqueur une légère contradiction relativement aux années du règne de ce prince.
qui aurait interrompu quelque temps la succession épiscopale1. Mais on peut aussi croire que nous avons là une circonstance de pure invention, imaginée comme une conséquence nécessaire de l'infidélité des successeurs d'Abgar2. Aggaï est donc un personnage historique. — Mais alors, pourquoi pas Addaï? .Nous n'avons aucune raison de faire entre les deux une différence. Le document mentionnant le second est même beaucoup plus ancien que celui qui mentionne Aggaï. Ce document est tout au plus d'un siècle postérieur à Palout. Si celui-ci avait vraiment fondé l'Église d'Édesse, il eut peut-être alors été difficile de lui substituer, dans la tradition, un personnage complètement imaginaire. Au moins, si l'on voulait inventer et faire du nouveau, fallait-il désigner comme fondateur du premier siège de l'Osrhoène un apôtre ou un disciple connu par l'Évangile. Au lieu de cela, on nous présente un disciple inconnu, qu'on fait naître dans une bourgade de la Palestine : on lui crée un nom qui ressemble à s'y méprendre à celui d'un apôtre, et la tradition locale s'obstine à l'en distinguer3. Cette contradiction dans une ambition qui, d'un côté, veut rattacher par des rapports spéciaux l'Église d'Édesse à Jésus-Christ, et qui, d'autre part, alors que raisonnablement elle pourrait viser plus haut, désigne pour remplir les promesses divines un personnage ignoré; cette contradiction, dis-je, ne s'explique que par la nécessité imposée par les faits. Le premier évèque d'Edesse s'appelait bien réellement Addaï : son nom était trop en possession de la langue et de la mémoire des fidèles pourqu'il fût possible de lui en substituer un plus célèbre. Force a été de le maintenir, et de transformer la personne en un des disciples que l'Évangile ne nomme pas*.
{. Moyse de Khorène donne au persécuteur d'Aggaï le nom d'Ananouu (= Ma'nou. — tiist. dWnn., II, 34).