‹ Les origines de l'Église de Paris [microform]; établissement du christianisme dans les gaules; Saint Denys de ParisChapitre 13 sur 48 · PAUL DE NARBONNE ET TROPHIME D ARLES · texte numérisé non relu

PAUL DE NARBONNE ET TROPHIME D ARLES

Telle nous paraît être la vérité sur les origines des Églises de Toulouse, de Tours, de Clermont, de Limoges et de Bourges. Nous donnons ainsi pleine et entière confiance au récit de Grégoire de Tours confirmé par'Sulpice- Sévère et expliqué par les actes de saint Saturnin. Nous ne pouvons croire que l' évêque de Tours, ayant conçu le dessein d'écrire l'histoire des Francs, ait négligé, dès les premières pages, d'acquérirune connaissance aussi exacte que pos-

sible des événements dont il voulait conserver la mémoire. L'étrange monument que celui qui s'élèverait par les soins d'un pareil architecte! Que trouverions-nous en pénétrant dans l'édifice, si dès le vestibule nous sommes arrêtés par tant de ténèbres et si peu de solidité?

Surtoutnous ne concevons pas que, racontant l'établissement du christianisme dans sa patrie, l'évêque historien ne se soit pas empressé de faire remonter au premier siècle la fondation de nos principales Églises, quand même il n'aurait eu que des témoignages équivoques, des documents contradictoires, des actes apocryphes pour appuyer une opinion qui devait, en flattant son patriotisme, intéresser en lui la foi du chrétien et remuer doucement le cœur de l'évêque. Il est certain, dit l'auteur des Monuments inédits (1) , que les persécutions amenèrent l'extinction ou au moins l'interruption du sacerdoce dans plusieurs villes, Arles, Bourges, Toulouse, Narbonne, Trêves. « 11 n'est pas du tout invraisemblable, observe le même auteur, que dans plusieurs de ces villes où le ministère sacerdotal avait été interrompu et où les chrétiens avaient à peu près disparu, le souvenir de leurs premiers apôtres ait pu s'affaiblir insensiblement et même s'éteindre tout à fait, et qu'ensuite, longtemps après, de nouveaux ouvriers évangéliques ayant été envoyés de Rome dans ces mêmes villes, on n'ait rien su de certain sur les autres qui étaient venus auparavant. C'est ce qui est arrivé à plusieurs Églises des Gaules, à celle de Tours en particulier, dont pour cela saint Grégoire n'a pas connu la véritable origine. » Nous ne pouvons

(1) Monuments inédits sur l'apostolat de sainte Madeleine, t. II, p. 378.

accepter une pareille ignorance dans notre vieil évêque, et forts des témoignages de l'histoire, de la tradition des Églises de la Gaule au sixième siècle et des découvertes de l'épigraphie, nous tenons pour vraie la date fixée par Grégoire de Tours à la fondation des Églises de Paris, de Toulouse, de Clermont, de Limoges, de Tours et de Bourges.

Certains adversaires de cette opinion se sont surtout appuyés sur l'établissement des Églises d'Arles et de Narbonne au premier siècle, pour refuser d'ajouter foi au récit de saint Grégoire. L'évèque de Tours, disent-ils, s'est évidemment trompé sur l'origine de ces deux Églises, donc il ne mérite aucune confiance en ce qu'il rapporte des autres. C'est là, il faut l'avouer, une singufière façon déraisonner, et si d'une erreur partielle, d'une fa;ute particulière on est fatalement amené à ces conséquences radicales, que devient la science, voire même la vertu ?

Et d'abord y a-t-il vraiment, de la part de notre historien, erreur sur les commencements de ces deux Églises delà Gaule Narbonnaise ? Plusieurs l'ont dit, d'autres l'ont cru, et leurs efforts réunis tendent à excuser Grégoire de Tours en expliquant son ignorance ou l'inexactitude de ses renseignements. 11 n'y aurait, à les entendre, eu rien d'étonnant à ce que l'évèque de Tours n'ait point parfaitement connu les origines d'une Église qui avait, comme Narbonne, si longtemps fait partie du royaume des Visigoths, ou bien qui était, comme Arles, située à l'extrémité des Gaules, dans un temps oii il n'y avait encore rien d'écrit sur ces questions et où les communications étaient plus difficiles et plus rares qu'elles ne le sont aujourd'hui, les

S. Ursicin, qui fut ordonné à Rome par les successeurs des apôtres et envoyé dans les Gaules comme premier évêque de Bourges. » Usuard ne change pas un mot à cette commémoration, et le Martyrologe romain la reproduit dans les mêmes termes, en donnant aru saint évêque le nom d'Ursin. De plus, nous avons dans \ Histoire des Francs un livre d'une authenticité irrécusable, et dans Grégoire de Tours un écrivain dont la véracité est attestée par la concordance des témoignages les plus anciens, Sulpice- Sévère, les actes de saint Saturnin, la lettre des évêques de la Narbonnaise, l'autorité du pape Zosime, celle des sept évêques du Nord écrivant à sainte Radegonde ; il nous est impossible d'ajouter la même foi à des actes d'ailleurs, si l'on veut, fort respectables, mais dont la rédaction primitive n'a point de date précise, et qui sont arrivés à notre connaissance en feuilles manuscrites copiées par des mains d'une fidélité suspecte.

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