TONGRES
Servatius, iV s.
Servatius, v' s.
Narboa'se.
Paul, I" s.
Paul, m' s.
brillaient dans le saint évêque encourageait et fortifiait ceux que sa parole avait convertis à la religion du Christ (1). Toutefois sa vie, animée de l'esprit le plus apostolique, ne put échapper à la calomnie : quelques-uns des siens, sentant un reproche continuel à leur indignité dans le zèle et la ferveur du pontife, tentèrent de flétrir sa réputation. Dans la haine qu'ils avaient conçue contre lui, deux diacres ne reculèrent point devant des accusations infâmes contre leur évêque. Paul ne se laissa point abattre par cette douloureuse épreuve ; fort du témoignage de sa conscience, et ne voulant pas qu'un souffle impur vînt, ne fût-ce qu'en passant, faire tache sur son nom, il pria ses collègues des Gaules de s'assembler pour le mettre en jugement. Mais Dieu prit la défense de son serviteur et ne tarda pas à lui venir en aide : la calomnie tomba honteuse et impuissante, et les ennemis de l'évèque se virent contraints de rendre eux-mêmes hommage à sa sainteté.
L'Église d'Arles passait par d'autres agitations plus dangereuses pour la foi des chrétiens. Là, comme Paul à Narbonne, Trophirae s'était livré avec succès aux soins de son ministère apostolique; les conversions se multipliaient, les fidèles récompensaient le zèle du pasteur par leur amour et leur estime. La persécution de Dèce troubla cet heureux état de choses. Trophime, appelé à confesser le nom de Jésus-Christ dans les tortures et devant la mort, n'eut pas la force de rendre ce témoignage; il faiblit, et, sans se détacher au fond du co^ur de la religion qu'il devait mieux soutenir, il céda en présence des boun-eaux et offrit de l'encens aux idoles.
(1) BoUand., Acla Sanctorum, 22 mart.
La défaillance du pasteur jeta le désordre dans les rangs du troupeau ; un nombre considérable de chrétiens fut entraîné par ce triste exemple et se laissa tomber dans l'apostasie. Dèce disparut vite de la scène du monde ; la persécution dont il avait publié les édits cessa, et Trophime s'empressa de fiiire pénitence publique de sa faute (1). Il implora son pardon du pape saint Corneille, qui, suivant la coutume, le déposa de l'épiscopat et ne l'admit qu'à la communion laïque.
Quelques esprits austères plus que de raison blâmèrent le pape d'avoir si facilement pardonné à Trophime, entre autres un certain Antonien, qui écrivit dans ce sens à saint Cyprien. L'évêque de Carthage lui répondit (2) : « Vous désirez que je vous dise dans cette lettre pourquoi Corneille communique avec Trophime et ceux qui ont offert de l'encens aux idoles. La chose, en ce qui regarde Trophime, n'est pas telle que. vous l'ont fait connaître le bruit public et le mensonge des méchants.
n Comme un grand nombre de nos prédécesseurs, notre très-cher frère a obéi à la nécessité. La plus grande partie du peuple était tombée avec Trophime. Or celui-ci voulait revenir à l'Église ; il confessait sa faute, se soumettait à la pénitence et aux satisfactions qu'elle mérite, implorait avec humilité le nom de frère qu'il avait perdu ; on a eu égard à sa prière, et on a reçu dans l'Église du Seigneur,
(d) Saint Grégoire de Tours ne s'est souvenu que des travaux apostoliques et des vertus de Trophime ; il n'a point jugé a propos de rappeler la défaillance de l'évoque d'Arles et de le séparer de ses collègues Catien, Paul, Siréaioine et Martial, dans l'éloge qu'il fait de leur sainteté. Hist. Franc, lib. i, c. 28.
(2) S. Cypriani opéra, Epist. lu ad Autonianum.
non pas tant Trophime que le grand nombre de frères qui étaient avec lui, et ne seraient pas, sans lui, rentrés dans le sein de l'Église.
« Corneille tint donc conseil avec plusieurs autres évoques, etadmit Trophime, pour lequel satisfaisaient le retour et le salut de nos frères. II ne fut cependant reçu qu'à la communion laïque, et non aux honneurs du sacerdoce, comme on vous l'a faussement et méchamment écrit. »
Marcien fut élu à la place de Trophime et mis en possession du siège épiscopal d'Arles. La faiblesse de son prédécesseur, les funestes effets de cette défaillance parmi les fidèles exaltèrent la vertu âpre et dure du nouvel évèque. Il adopta les opinions exagérées de Novatien, et montra, dans sa conduite envers ceux qjii avaient failli durant la persécution, une rigueur qui touchait à la cruauté. L'intolérance de Marcien indigna les autres évêques des Gaules, et, en leur nom, Faustin, évêque de Lyon, le dénonça au pape saint. Etienne. Comme il ne recevait point de réponse, Faustin s'adressa à saint Cyprien, comme auparavant Antonien, et l'évêque de Carthage écrivit en ces termes au souverain pontife (1) :
« Cyprien à son frère Etienne, salut.
. « Très-cher frère, notre collègue de Lyon, Faustin, m'a écrit deux fois pour m' apprendre ce qu'il vous a déjà fait connaître à vous-même, de concert avec les autres évêques de cette province. Marcien d'Arles a pris parti pour Novatien : se séparant de l'unité de l'Église et de notre corps sacerdotal, il a adopté les opinions dui'es et perverses de l'hérésie, au point de refuser d'admettre à guérison les (1) S. Cypriani opéra, Epist. Lxvn ad Stephanum.
pauvres blessés, et de les abandonner à la dent des loups et du démon, sans espérance de paix et de communion.
u C'est pourquoi vous devez écrire à nos frères les évêques des Gaules de ne pas supporter plus longtemps l'insulte que fait au corps sacerdotal l'impitoyable orgueil de Marcien , l'ennemi de la vérité, de Dieu et du salut de nos frères.
(( Envoyez aux évêques de laprovince et au peuple d'Arles des lettres par lesquelles vous déposerez Marcien et ordonnerez d'en élever un autre à sa place. Que le troupeau du Christ, dispersé et maltraité par lui jusqu'à ce jour, soit enfin rassemblé. C'est bien assez que, pendant ces années passées, beaucoup de nos frères soient morts sans avoir reçu la paix. Secourez ceux qui restent, qui ne cessent de gémir nuit et jour, implorant la paternelle miséricorde de Dieu et notre charité.
« Veuillez nous dire celui qui aura été mis à la place de Marcien , afin que nous sachions à qui écrire nos lettres et envoyer nos frères. »
Tous ces faits concordent et s'expliquent de la façon la plus plausible. Saint Grégoire de Tours nous montre, vers l'an 250, un évêque du nom de Trophime sur le siège d'Arles. En ce temps, un prélat du même nom manque de courage pendant la persécution de Dèce, et Antonien écrit à ce sujet à saint Gyprien ; il ne dit pas, il est vrai, que ce Trophime soit évoque d'Arles; si nous tenions un pareil aveu de sa bouche, la question serait vidée. Mais la chute de Trophime, les conséquences de ce mauvais exemple parmi les fidèles ne sont-elles pas la meilleure explication de la conduite de son successeur Marcien ? Dans le pre-
mier cas Antonien, dans le second Fauslin ont recours l'un et l'autre à saint Cyprien pour le prier d'intervenir en usant de sa sagesse et de son influence, afin de remédier aux maux de l'Église d'Arles.
En terminant, nous ajoutons une courte observation : nul ne peut contester qu'il régnait, dès une époque trèsreculée, une grande obscurité sur les commencements de l'Eglise d'Arles. Si les origines de nos différents diocèses offrent toutes des traditions confuses, celles qui concernent Arles sont encore plus embarrassées, plus ténébreuses que les autres. Nous admettons que son fondateur est saint Trophime, disciple de saint Paul ; mais à côté de cette opinion, que d'autres n'ont pas trouvé place! Quelques-uns ont rattaché saint Trophime d'Arles à la mission asiatique qui donna saint Pothln et saint Irénée à Lyon au deuxième siècle. Dans des légendes fort anciennes, saint Denys de Paris est présenté comme le premier évêque d'Ai'les : l'apôtre se serait d'abord arrêté dans cette ville à son arrivée en Gaule, soit pour y restaurer le règne du Christ détruit par les persécuteurs, soit pour réparer les désastres amenés par l'hérésie (1). En quittant Arles pour courir à d'autres travaux, saint Denys aurait confié le gouvernement de l'Église d'Arles à un de ses disciples nommé Trophime selon les uns, Régulus ou Rieul selon les autres. S'il était possible de donner quelque confiance aux actes de saint Martial , l'apôtre de l'Aquitaine aurait commencé par exercer son ministère dans la ville d'Arles. Nous avons
(l) Dans la première de ces hypothèses, saint Denys aurait nommé Trophime évoque d'Arles en 2b0 ; dans la seconde, il aurait donné Régulus ou Rieul pour successeur a Marcien, vers l'an 234.
déjà discuté l'autorité de ce document apocryphe (1) et la valeur du manuscrit qui contient la liste des évêques missionnaires envoyés de Rome dans les Gaules (2), manuscrit interpolé, où le nom de saint Valère se trouve substitué à celui de saint Denys.
Ainsi, quelle qu'ait été la violence de l'orage suscité contre Grégoire de Tours, son sentiment a prévalu. L'évêque d'une des Eglises que l'on voudrait faire remonter au premier siècle n'a point tenu à l'honneur de cette antiquité supposée ; rien dans son récit ne prête à ces pieuses fictions; il a raconté simplement et sans longueur d'apprêts ce qu'il savait de la mission apostolique partie de Rome, vers l'an 250, pour venir dans les Gaules travailler à la restauration ou à l'établissement du christianisme. C'est pourquoi Grégoire demeure le guide sûr de ceux qui ne veulent point se perdre dans un dédale de traditions incertaines et de légendes invraisemblables, et qui préfèrent marcher dans la voie tracée par l'histoire, s'éclail'ant de la critique et s' appuyant surl'épigraphie. La tempête a passé , ses derniers éclats retentissent encore, mais ils vont s' assourdissant et se perdent déjà dans les airs. Le vieil historien des Francs est demeuré ferme, pareil à ces chênes antiques dont le vent peut détacher les feuilles sèches , briser quelques branches mortes , . mais dont il ne saurait rompre la tige ni ébranler les racines
(1) Voir ci-dessus. Saint Martial de Limoges, p. 108.
(2) Id., Saint Ursin de Bourges, p. 121.