CHAPITRE IX
Des lieux, auxquels se i-attaclie, en Gaule et dans le I»arîsîs « la mémoire de saint Denys notre premier évêque.
Le présent, pour l'homme, n'est qu'un point où il saute, mais ne se tient pas ; l'avenir ne lui apparaît que comme une espérance aussi fragile qu'incertaine ; le passé est tout pour lui. Est-il étonnant qu'il y mette ses plus chères complaisances? « Quand j'étudie les anciens, je me fais ancien moi-même, disait Tite-Live. » On aime dans l'antiquité à s'arrêter devant les grands noms, à ressusciter ceux qui les ont portés, à voir par la pensée et à parcourir par l'imagination les lieux qu'ils ont habités ou qu'ils ont rendus illustres par leur souvenir. Comme Antigone conduisait jadis le vieil Œdipe dans Colone près d'Athènes, parmi les monuments d'un autre âge, la science dirige la marche du genre humain à travers les siècles écoulés, pour l'instruire par des leçons utiles et le façonner par des enseignements agréables. Qu'elle nous accompagne aujourd'hui dans les Gaules, au milieu des habitants du Parisis, à travers les quartiers solitaires de la vieille Lutèce ; sous ses pas elle soulèvera la poussière du passé, peut-être y trouverons-nous les traces glorieuses du premiei' évêque de Paris.
Arles. — Rouen. — Évreux. — Meaux.
Nous avons dégagé des questions précédentes, ou du moins nous nous sommes contenté de toucher, chemin faisant, quelques points accessoires qui auraient embarrasse notre marche dans une discussion compliquée de textes qu'il fallait étudier, de témoignages dont nous ne pouvions ne pas examiner la valeur. Il nous a semblé meilleur de traiter séparément des lieux auxquels se rattache le souvenir de saint Denys de Paris.
Confessons tout d'abord que nous rencontrons sur ce terrain une multitude de traditions légendaires qui reposent en petite partie sur des fondements respectables, mais dont le plus grand nombre apparaissent dépouillées de toute vraisemblance. Nous croyons de notre devoir de raconter les unes et de ne poiftt passer entièrement les autres sOus silence, afin de ne rien négliger qui se rapporte aux origines d'une Eglise aussi illustre que celle de Paris.
Plusieurs diocèses de la Gaule ont fait gloire à saint Denys du premier établissement de la foi dans leurs villes épiscopales. Ceux-ci le plaçaient en tête de la liste de leurs évoques, ceux-là lui attribuaient le choix et Fordinaiion de leur premier pontife. Nous ne reviendrons pas sur ce que nous avons déjà dit des traditions, de nos jours à peu près abandonnées, de l'Église d'Arles, qui décernait à saint Denys de Paris une place d'honneur sur ses anciens dipty-
ques (1). Il est possible, observer ons-Dous encore, qu'en abordant sur la terre des Gaules, notre apôtre se soit arrêté dans la Narbonnaise. De Lyon, la persécution de l'empereur Sévère avait étendu ses ravages sur les Églises établies, dès l'origine du christianisme, dans les villes principales de la province romaine, par les Crescent, les Paul, les TropMme. Les chrétiens, dispersés par la crainte des supplices, attendaient à se réunir sous de nouveaux pasteurs. Denys fut touché de compassion pour les fidèles de l'Église d'Arles; il ranima par ses prédications leur foi défaillante et leurs courages abattus. Après avoir quelque temps occupé le siège épiscopal de cette ville, il y fit asseoir à sa place un évêque du nom de Trophirae (2), mais différent du disciple de saint Paul, distinct du fondateur de cette insigne Église, d'où, suivant l'expression du pape Zozime, les ruisseaux de la foi s'étaient répandus sur toutes les Gaules (3). Alors il les quitta pour s'avancer dans l'intérieur du pays, vers les peuples situés dans la partie septentrionale de la contrée.
Est-ce là de l'histoire ou simplement une légende sans valeur? Les anciens diptyques publiés par Mabillon sont les seuls documents qui présentent un Denys parmi les évêques d'Arles. Nous ne pensons pas, sur la foi de ce témoignage unique, quelque respectable qu'il soit, pouvoir décider la question et affirmer qu'il s'agit bien ici de saint Denys de Paris.
(1) Voir ci-dessus, p. lZi9, le fac-similé avec nos observations sur les diptyques, p. l/j6.
(2) Id.,j), S6.
(3) Id., p. 130.
Les traditions qui concernent l'Église de Rouen ne sont guère moins obscures. On a aussi prétendu qu'elle comptait saint Denys parmi ses évoques, ou du moins qu'il y avait annoncé la parole de Dieu et, par suite de ses prédications, exercé les fonctions épiscopales. Dans des actes anciens de sainte Glotilde (1) nous lisons : « Cette pieuse reine rebâtit depuis les fondements un grand monastère qui avait été construit près des murs de la ville de Rouen,^ du temps du bienheureux Denys, et dédié par ce saint évêque, sous l'invocation des douze apôtres, le premier septembre, ainsi qu'on le trouve sculpté sur une pierre placée au pied de l'autel. » Celte pièce, qui ne fait pa& grande autorité, prouve à peine que l'on a pu découvrir h Rouen quelques vestiges de saint Denys. La construction de ce monastère au temps du premier évêque de Paris parait dénuée de toute vraisemblance. Mabillon, qui avait publié l'ancienne vie de sainte Clotilde, et qui citait lepassage que nous venons de rapporter (2) , pense qu'il y a une erreur manifeste en ce qui est dit de saint Denys (3). C'est saint Victrice, évêque de Rouen vers la fin du quatrième siècle, qui fît construire une église en l'honneur des douze apôtres. Le monastère qui tenait à cette église aurait, dans la suite des temps, reçu le nom de Saint-Ouén.
Nous admettons avec plus d'assurance que l'un des dis-
(1) Mabillon a publié cette ancienne vie de sainte Clotilde dans ses Acta Sanctorum Ordinis S. Benedicti.
(2) Mabillon, Annales Ordinis S. Benedicti, t. I, p. 123.
(3) Voir les Boliandistes, Acta Sanctorum, au 3 juin, p. 288. — Malgré le sentiment de Mabillon, le nouveau bréviaire de Paris a inséré dans la légende de saint Denys le document fourni par la vie de sainte- Clotilde.
ciples de saint Denys de Paris, Nigaise, accompagné de quelques autres ouvriers évaugéliques , est venu prêcher ]a parole de vie dans la partie du diocèse de Rouen qui forma ce que l'on appelait le Vexin français , aux environs de Pontoise et de Meulan.
Quant aux souvenirs de Fécamp (1 ) , encore dans le diocèse de Rouen, ils semblent des plus légendaires. Là s'élevait une ancienne abbaye où depuis bien des siècles on vénérait le précieux sang, c^est-à-dire de la terre imbibée du sang même qui a coulé des plaies du Sauveur suspendu à l'arbre de la croix. D'après un vieux poëme (2), dont une copie manuscrite remonterait au treizième siècle, cette relique avait été apportée par Bosc et Saurin, envoyés par saint Denys annoncer l'Évangile au pays de Gaux (3) ou des Calâtes.
L'Eglise d'Evreux , dans la même province, a toujours regardé saint Taurin comme son premier évêque, et Ton a cru longtemps qu'il avait été consacré par saint Denys de Paris. Aucun récit ne serait plus intéressant que la vie de saint Taurin , si elle pouvait paraître à nos yeux revêtue de quelque autorité. Né à Rome, baptisé par saint Clément et confié par ce pontife aux soins de Denys l'Aréopagite, Taurin aurait sui\i l'apôtre des Gaules dans sa lointaine mission. Au temps de la persécution de Domitien , Denysi, sachant surtout qu'il ne saurait échapper davantage aux recherches dirigées contre lui par le préfet Sisinnius, con-
(1) Le nom latin de cette abbaye est Fiscanensis, de Fiscano ou JFYscamnum,
(2) Fallue, Histoire de Fécamp, p. 37 et 77.
(3) Leroux de Liney, Essai sur Pabbaye de Fécamp.
— MO — fera l'onction épiscopale à celui qu'il regardait comme son fils. Puis il le prépara à la lutte et aux longues épreuves que son âge allait lui permettre de supporter, tandis que luimême, nonogénaire, n'avait plus qu'à mourir. Taurin était âgé de quarante ans ; il prit le chemin d'Evreux , tandis que son frère Gauderic ou Gaugeric (1 ) , également ordonné par saint Denys, dirigeait ses pas plus avant vers le nord, du côté de Cambrai.
Les Bollandistes rapportent ces faits en les déclarant indignes d'aucune confiance (2); ils se fondent sur une ancienne épitaphe pour renvoyer à la fin du quatrième siècle la mort de saint Taurin. Nous croyons inutile de discuter la phrase d'un ancien auteur écrivant (3) : « Aucuns disent que saint Gaugeric, disciple de saint Denys, fut le premier qui éclaira les Cambrésiens des rayons de la foi. » Cette assertion ne repose que sur la vie de saint Taurin , et ne mérite pas qu'on en fasse meilleur état.
L'Église de Meaux, à son tour, s'honore, de toute antiquité, de placer saint Denys de Paris au premier rang sur la liste de ses pontifes. Ici du moins nous n'avons pas que la légende pour point d'appui. Hildagaise, au neuvième siècle, écrivait la vie de l'un de ses prédécesseurs, saint Faron , évêquede Meaux , et il lui assignait le dix-neuvième rang à partir de saint Denys (4) . Mais presque tous les do-
(1) Le manuscrit de la bibliothèque d'Arras, n° S73, du xui' siècle, Sa7ictoruni vitœ, dont nous avons déjà parlé, contient une vie de saint Gaugeric, Vila sancti Gaugerici episcopi, qui ne rappelle aucune de ces circonstances.
(2) Acta Sanctorum, t. II Augusti, p. 63.
(3) Carpentier, Élat de Cambrai, p. 31 S.
(4) a Nonus decinius ordo a sancto Dionysio primo anlistite in Iiac urbe. n
cuments attestent que saint Denys a établi son siège à Paris: aussi ne peut-on accepter sa présence dans l'Église de Meaux qu'au sens où son ministère apostolique ne s'est pas renfermé dans les limites du Parisis , et qu'il a porté ses fruits sur le territoire voisin, habité par les Meldes. C'est pourquoi les tables les plus accréditées (1) nous offrent comme premier évêque de Meaux saint Sanctin, disciple de saint Denys de Paris.
On a encore attribué à saint Denys la fondation ou du moins le développement dé l'Église de Chartres (2) . Nous n'en trouvons aucune preuve. Si les anciens actes de saint Savinien et de saint Potentien, de Sens, pouvaient être pris eu considération, ce serait plutôt aux disciples de ces saints martyrs qu'il faudrait rapporter les origines de l'Église de Chartres. A cette époque devraient également se rattacher les travaux apostoliques et le martyre de saint Chéron. Mais ce ne sont là que des conjectures (3), et il est difficile d'arriver à autre chose sur ces temps anciens,
Saint-Benoît. — Saint-Étienne des Grès. — Notre-Dame des Champs. — Noire- Dame. — Saint-Demjs du Pas.
— Saint-Denys de la Chartre. — Saint- Symphorien.
— Montmartre. — Saint-Denys.
Nous avons vu dans les anciens actes de saint Denys que le pontife, ayant fixé dans Lulèce le lieu de sa rési-
(1) GalUa Chrisliana, u VIII, p. •lî)97, . (2) Butler el Godescard, Vies des saints, saint Deoys. (3) Gallia Christiana, t. Vllf, p. 2.
dence, « construisit la première église, établit des clercs qui devaient la servir, régla leurs offices suivant l'usage, et prit soin d'élever au second degré du sacerdoce des hommes d'une vertu éprouvée. » L'auteur de ces actes ajoute (1) : « Confiant dans l'avenir et encouragé par la construction d'une basilique, il ne cessait de prêcher le vrai Dieu aux gentils. » C'est dans le même sens que la prose d'Adam de Saint-Victor, telle qu'elle nous est encore aujourd'hui présentée par la liturgie parisienne, célèbre saint Denys construisant à Lutèce le temple du Christ (2). Mais quand on accepterait ces documents comme revêtus d'une incontestable autorité, il ne faut point donner au passage que nous en détachons un sens plus large qu'il ne convient. Cette basilique, ce temple, cette église ne signifient pas autre chose qu'un fort modeste sanctuaire où le saint apôtre, assisté de ses compagnons, offrait d'abord les saints mystères, au premier moment de sa prédication dans le Parisis.
Dans ces conditions, on peut très-bien admettre que le fondateur de l'Église de Paris a pu posséder un édifice consacré au culte du Seigneur, et qu'il y a même exercé un ministère assez régulier, à peu près semblable à celui que nous savons avoir été en usage aux temps apostoliques et pendant la période des persécutions.
Où, dans Lutèce, pouvons-nous espérer de découvrir les
(1) B Ecclesiam, illis quœ necdum in locis erat, et populis illis novam construxit. » Et un peu plus bas : « Cinclus ergo fide, et jam conslructione basilicœ roboralus. n
(2) Hic coiisiructo Christi templo Verbo docet et exemple, Coruscat miraculis.
traces de ce lieu vénérable? «Il est certain, dit André Duchesne (1), que saint Denys non -seulement consacra les deux églises de Notre-Dame des Champs et de Saint- Étienne de Grès, mais encore celle de la Trinité, aujourd'hui de Saint-Benoît, l'une des collégiales ou paroisses de l'université. Voici comhient en parle Raoul de Presles (2) : « Monsieur saint Denys fonda à Paris trois églises : la pre- « miére, de la Trinité, en l'église qui est à présent Saintce Benoist, et y mit moynes; la seconde, de Saint-Etienne, « qui, par corruption, est appelée des Grès, et y fit une pe- « tite chapelle en laquelle il chantait ; la troisième, Notre- « Dame des Champs, en laquelle il demeurait et y fut prins.» Mais pour le siège épiscopal, continue Duchesne, je ne doute pas, quant à moi, qu'il n'a été de tout temps en l'église de Notre-Dame de la Cité... Il est vrai que ce n'était pas un si grand et si somptueux temple comme il est... » L'église de Saint-Benoît, que l'on avait appelée Saint- Benoît le Bien-Tourné, et qui porta jadis le titre de la Trinité, ne subsiste plus (3) . Chaque jour en emporte les derniers vestiges, et il n'en reste maintenant de traces que dans la rue du Cimetière-Saint-Benoît, derrière le collège de France. De l'aveu de tous les savants, l'ancienne tradition qui attribuait la construction de cette église à
(1) André Duchesne, Antiquités et Recherches des villes, châteaux, p. 36 et 49.
(2) II y eut deux Raoul de Presles : le père, qui fut secrétaire de Philippe le Bel et mourut en 4319 ; le fils, maître des requêtes sous Charles V, célèbre avocat et connu par plu^'eurs écrits. 11 mourut en 1381; il est sans doute l'auteur des paroles citées par Duchesne.
(3) Lebeuf, Histoire de la ville et du diocèse de Paris, t. II, édition Cocheris, ch. vi, de l'église de Saint-Benoist, p. 45.
saint Denys ne repose sur aucun fondement ; il est encore moins vraisemblable de croire que le premier évêque de Paris y ait établi des moines.
L'église de Saint-Étienne des Grès s'élevait dans la rue Saint-Jacques, entre la rue Saint-Étienne des Grès et celle des Grès ; elle est également démolie. On prétendait que son nom venait des Grecs, et que c'était par corruption, comme le disait Raoul de Presles, qu'on l'avait appelée des Grès. » Saint Denys, observe encore André Duchesne (1), bâtit, près du champ qu'il cultivait, un sanctuaire surnommé des Grecs, en mémoire de ce que le saint évêque avait honoré la Grèce de sa naissance, où il baptisait, catéchisait, et recevait les vœux et offrandes des nouveaux chrétiens. » Cette étymologie plaisait dans Je temps où l'on confondait le premier évêque de Paris avec saint Denys l'Aréopagite ; ce n'était qu'une conjecture complètement dénuée de preuve. « Je suis bien éloigné, dit l'abbé Lebeuf (2), d'en remonter l'origine au siècle de saint Denys, puisque ceux qui l'ont cru n'ont été fondés que sur l'usage de la surnommer des Grès, qu'ils s'imaginent venir du latin de Gi'cecis, et en quoi ils trouvaient un rapport évident avec saint Denys l'Aréopagite. « Il est plus simple et plus naturel de faire dériver le nom de cette église des degrés qu'il fallait monter pour y arriver, ou encore de ce qu'elle se trouvait sur la voie qui conduit à Sainte-Geneviève. Aucun document d'ailleurs ne permet d'en rapporter l'origine à saint Denys.
(1) André Duchesne, Antiquités et Recherches, p. 35.
(2) Lebeuf, Misi. de la ville et du diocèse de Paris, u II, ch. vr, de l'église de Sainl-Elienne des Giez, p. 5S.
L'église de Notre-Dame des Champs doit nous intéresser davantage , car dans les lieux qu'elle occupait on rencontre encore un reste d'antiquité religieuse qui mérite toute notre vénération (1) . Ce sont les vestiges de son ancienne crypte, dans le monastère des carmélites du quartier Saint- Jacques, rue d'Enfer, 65, « On assure, dit l'abbé Lebeuf, par tradition, dans le couvent des carmélites qui a succédé aux bénédictins, qu'il y a sous la crypte sur laquelle est le fond de l'église une autre cave plus basse, ce qui marquerait encore des restes de sépulcres romains, et peut-être fût-ce dans quelques-uns de ces lieux souterrains que saint Denys assembla d-'abdrd quelques fidèles, n Après avoir été loiîgtemps occupée par des moines, Téglise de Notre-Dame des Champs fut, en 160ii, cédée par l'ordre de Saint-Benoît, puis achetée par la bienheureuse Marie de l'Incarnation (2), pour y établir la première maison des carmélites à Paris. Le couvent devint très-célèbre. Une église appropriée . aux besoins de l'ordre remplaça l'ancienne ; elle fut souvent Hlustrée par des cérémonies imposantes, et retentit à diverses reprises de la voix des plus illustres orateurs (3), Fléchier, Mascaron et Bossuet. Les
(1) Lebeuf, Hist. de la ville et du diocèse de Paris, t. II, ch. vi, Notre-Dame des Champs, p. 59.
(2) Mai-ie Guyard ou M"' Accarie. Voir la Vie de la bienheureuse Marie de ^Incarnation,- écrite par l'abbe Boucher, curé de. Saini- Merry et supérieur, des carmélites du quartier Saint-Jacques, sur les mémoires de leur bibliothèque.
(3) Fléchier prononça, le i2 août 1675, dans la chapelle des carmélites, l'oraison i'unèbre de la duchesse d'Aiguillon, et le 12 août 1690, celle du duc de Moniausier. Mascaron, le 30 octobre 1675, fit dans la même chapelle l'oraison lunèbre de Turenne, et le grand Bossuet, le 9 août 1685, celle de la princesse palatine Anne de Gonzagûe de Clèves.
origines de ce sanctuaire furent pour ainsi dire oubliées, et les auteurs des derniers siècles en parlent peu. Ils nous apprennent seulement qu'elle avait été bâtie sur le haut de la montagne située vers le midi, et formant une vaste plaine, campi, où commençait la route rom^iine qui conduisait à Orléans. Il ne reste de cette église que le nom de Notre-Dame des Champs donné à la rue qui venait y. aboutir.
Pendant la révolution, le couvent des carmélites fut vendu et leur église détruite ; puis, lorsque l'orage se fut apaisé, quelques anciennes religieuses de la communauté rachetèrent une partie fort restreinte de la maison. Elles y firent bâtir une modeste chapelle. La crypte de Téglise Notre-Dame des Champs se retrouva dans la portion qu'elles avaient acquise. Elle était toute dévastée. Auparavant elle paraissait, en partie du moins, taillée dans le roc ; mais les nouveaux propriétaires, afin d'agrandir les souterrains, s'étaient servi de la mine pour s'ouvrir un passage. La piété des carmélites les porta, sitôt que la chose leur fut possible, à restaurer ce lieu demeuré vénérable aux yeux des habitants du Parisis. Une chapelle souter^ raine marqua la place de la crypte.
Nous ne voyons ici rien qui vienne démentir une tradition d'âge en âge religieusement gardée par les Parisiens. Le fondateur de l'Église de Paris a très-bien pu choisir, dans la campagne voisine de la cité, des souterrains, des espèces de catacombes où il se retirait au moment de la persécution, en compagnie de ses disciples et de son petit troupeau. Il s'y tenait caché lorsque, suivant le récit de Raoul de Presles, les bourreaux vinrent le surprendre et le charger de chaînes.
Ces souvenirs sont des plus respectables. Semblable à Rome, Paris a aussi ses catacombes, berceau glorieux des origines de son Église, où les premiers chrétiens se réfugiaient pour prier aux jours d'affliction, où le premier évêque, dans les élans de la ferveur primitive, offrait à Dieu l'Agneau sans tache, au sang duquel il allait mêler le sien. Pourquoi donc ce sanctuaire n'est-il pas plus connu, plus visité, surtout aux jours où le diocèse de Paris célèbre la fête de son apôtre? Dès le commencement du douzième siècle, l'église de Notre-Dame des Champs s'illuminait durant l'octave de saint Denys (1), et pour en couvrir les frais, le roi Louis le Gros avait assigné une rente à prendre sur le douaire de la reine Adélaïde son épouse (2) .
Peut-on supposer que l'apôtre de Paris a établi dans la Cité même une première église où il aurait placé sa chaire épiscopale? Est-ce cette même église qui, à travers les vicissitudes des temps, a été l'égUse cathédrale de ses successeurs? Faut-il^ttribuer la même antiquité soit à la basilique de Saint-Étienne, soit à une église dédiée à la sainte Vierge, qui toutes les deux ont été remplacées par la métropole de Notre-Dame? Ainsi le splendide monument dont cinq siècles travaillent à faire un chef-d'œuvre d'architecture religieuse, devrait à saint Denys sa première origine.
Rien ne nous sourit mieux, rien ne pénètre plus avant dans notre esprit, que ces hypothèses sages et réfléchies ; elles ne sont point le fruit avorté d'une imagination sans
(1) Lebeuf, Hist. de la ville et du diocèse de Paris, t. II, ch. vi, p. 63.
(2) Chartul. B, Marise de Campis, fol. 14. Ce cartulaire est conserré au séminaire d'Orléans.
frein. L'histoire de la fondation des églises épiscopales dans les autres cités du monde chrétien atteste, par d'illustres exemples, que l'apôtre de Paris a dû chercher au centre même de Lutèce un premier sanctuaire où lés fidèles aimaient à s'assembler autour de leur pasteur, au moins aux jours de joie et de tranquillité. C'est pourquoi nous ne saurions deviner sur quel fondement s'appuie l'abbé Lebeuf pour dire (1) « que saint Deuys n'a célébré les saints mystères que dans le dehors, et plus probablement dans les faubourgs qui étaient situés du côté qu'il était arrivé de Rome, c'est-à-dire vers le midi. »
Mais il faut le confesser, quelque agréables que soient ces hypothèses, nous ne pouvons leur changer de nom et les donner pour la vérité. Aucun document positif ne permet d'affirmer que telle est bien l'origine de l'église métropolitaine de Paris.
Trois autres églises, dont il ne reste presque plus de trace, s'élevaient jadis dans la Cité, rappelant encore la mémoire de notre premier évêque. Au nord de la Cité, à l'endroit où se termine aujourd'hui le pont Notre-Dame, l'ancienne église de Saint-Denys de la Chartre (2) associait à l'idée de prison le souvenir de l'apôtre du Parisis. On a conclu que c'était le lieu où il avait été mis aux fers avant son martyre. Les enthousiastes reconnaissaient là cette prison Glaucia (3) où, selon le récit de Visbius, le saint pontife aurait subi une dure captivité.
(1) Lebeuf, t. I, p. 2.
(2) Sanclus Dionysiiis de Carcere. — Lobeuf, id., t. Il, ch. x, Saint- Denys de la Charlre, p. 499.
(3) Carcer Glaucini.
«Au neuvième siècle, observe l'abbé Lebeuf, Hilduin, abbé de Saint-Denys, écrivit que le saint évêque avait été enfermé dans la prison de Glaucin, appelée, dans quelques exemplaires des Gestes de Dagoberl, Arx ou Carcer Glaucini. Ces Gestes sont d'un moine contemporain de cet abbé, s'ils ne sont pas de lui. L'auteur, quel qu'il soit, i-apporte l'extrait d'une, charte par laquelle Dagobert avait donné au monastère de Saint-Denys des places tant dedans que dehors la cité de Paris, proche cette forteresse ou prison, et pi'ès d'une porte gardée par un nommé Salomon (i) . C'était Là une occasion de parler de la détention que les païens y auraient faite de saint Denys. Cependant Dagobert n'y a fait aucune allusion. »
Différentes raisons permettent de douter s'il y a vraiment eu là une prison avant le sixième siècle. « Ceux qui n'examinent point, dit l'abbé Lebeuf, sur quoi sont établies certaines traditions du peuple, croient que les prisons de Paris étaient, du temps de saint Denys, à l'endroit où est cette église; et ils ajoutent que c'est parce que ce saint y fut enfermé qu'on y bâtit depuis une église sous son nom, et que c'est pour cette raison que les titres l'appellent S. Dionysius de carcere. Mais il est plus vraisemblable que les prisons de Lutèce étaient alors ailleurs. »
Nous apprenons par la vie de sainte Geneviève qu'outre l'église que la vierge de Nanterre engagea les Parisiens de bâtir sur le tombeau de saint Denys, à six milles de la ville,
(1) Gesla domini Bagoherli, c. 33. « Areas quasdam infra extraque civiiaiem Parisii, et portam ipsius civhalis, quœ posita est juxta carcerem Glaucini, quam negotialor suus Saloraon eo tempore prœvidebat, cura omnibus teloneis, ad eorum raarlyrium Dionysii sociorumque ejus basilicam tradidit. w — Migne, Patrol lai., t. XGVI, p. 1409.
— 4S0 — il y en devait avoir dans la Cité une autre, où elle se rendait pour les vigiles, toutes les nuits du samedi au dimanche, avec d'autres vierges qui demeuraient avec elle dans la même Cité. Cette église pouvait être celle qui nous occupe, sans avoir pour cela été bâtie sur le cachot où fut enfermé saint Denys avant son martyre. La prison de Paris fut plus tard construite dans les environs, car il est certain que sous le roi Robert, vers l'an 1000, ce qu'on appelait en latin carcer parisiacus s'élevait à peu de distance d'une église du titre de Saint-Denys, qui, à cause du voisinage de cette prison, avait reçu le nom de Ecclesia S. Dionysii de Parisiaco carcere.
Comme l'église ne subsiste plus, et que les derniers vestiges sont à la veille de disparaître, nous ne croyons pas devoir essayer plus longtemps de jeter la lumière dans ces obscurités.
L'église de Saint-Symphorien (1), qui n'était séparée de Saint-Denys de la Chartre que par une rue étroite, rappelait les mêmes souvenirs. Lorsque ce sanciuaire fut bâti au commencement du treizième siècle, par les soins de l'évêque de Paris Eudes de Sully, et grâce aux libéralités du comte de Beaumont, les fondateurs le firent par dévotion pour saint Denys, que l'on disait avoir été en prison dans ce lieu, et le comte donna pour la construction nouvelle le terrain, qui n'était séparé que. par une rue de l'église de Saint-Denys de la Chartre. Aussi les fidèles le tenaient-ils en grande vénération, se souvenant que l'illustre martyr y avait été jeté après les premières tortures, et que Notre-
(1) Lebeuf, Hist. de la ville et du diocèse de Paris, t. lî, cli. x, saint Symphorien, p. 303.
Seigneur lui était apparu, pendant qu'il célébrait le saint sacrifice, pour le réconforter en le communiant de sa propre main. Nous apprenons ces choses d'une lettre d'Eudes de Sully (1) et d'une charte en date du mois de décembre 1206 (2). L'évêque ne fait en cela que suivre la légende empruntée par Hilduin au vrai ou faux Visbius, sans lui communiquer pour cette raison une plus grande force, une meilleure autorité. L'autre pièce témoigne qu'au dire de quelques-uns, la chapelle de Sainte-Catherine qu'on y voyait n'était qu'un reste d'une ancienne chapelle de Saint- Denj''s, bâtie autrefois par la dévotion des fidèles.
Nous devons toutefois remarquer que ces documents ne font aucune mention du nom de Saint-Symphorien ; ce titre ne fut donné à la nouvelle église que pour la distinguer de Saint-Denys de la Chartre, qui lui était adjacente, car l'une et l'autre avaient été construites en l'honneur de l'évêque martyr. De cette façon, le voisinage de la prison de Paris, qui avait valu à la première une dénomination spéciale, fit, pour le même motif, appeler la seconde de la
(1) Ceue lettre d'Eudes de Sally se trouve dans Dubois, Hist. Eccles. Parisiens., i. II, p. 231. « Quod cum esset in civilate Parisiensi locus quidam reverenlia et religionis antique in quo gloriosus martyr Dionysius in carcere tradilur fuisse detentus, quem etiam Dominus Ihesus Rriste sua perhibetur prœsentia honorasse, cum eidem niariiri corporls sui sacramentum propinavit ibidem, ubi etiam olim devotio fidelium capellam erexeral, que poslmodum per incuriam ad solitudinem redacta fuerat et neglectam. » Arch. de l'emp.. S., 3Zi26.
(2) « Locum illum in quo Incarceratus diciiur beaUis Dionisius qui dicitur capella sancti Caiheline et edificium quod in eodem loco situm est, scilicet a pratello exteriore usque ad stratum anteriorem, que inter ipsum locum et ecclesiam sancli Dionysii de carcere ducit, ad edificandam ecclesiam, in qua sacerdotes Ueo et beato Dionysio in perpetuum deservient. » Lebeuf, 'Hisl. de la ville et du diocèse de Paris, t If, cl). X, p. S09.
même manière, église de Saint-Symphorien de la Chartre (1), sans qu'aucune des deux ait entre ses murailles tenu enchaîné le martyr dont elle portait le nom.
Il en est cependant qui persistent à regarder la chapelle de Saint-Symphorien comme le lieu où saint Denys aurait été jeté en prison. Un savant, qui a étudié cette question avec beaucoup de soin (2) , croit que c'est sur le carcer Glaiicini que l'on avait élevé Saint-Symphorien, « dont le plan avait tout d'une prison et rien d'une chapelle. » L'église de Saint-Symphorien a aujourd'hui complètement disparu.
La troisième église était Saint-Denys du Pas, située au chevet de Notre-Daaie (3) . Launoy, si souvent téméraire dans ses conjectui'es, conclut du nom latin que porte ce sanctuaire, que saint Denys avait consommé là son martyre; il multiplie les sophismes contre la tradition qui vénère Montmartre comme le théâtre des derniers combats du saint évêque. Personne n'a suivi Launoy dans cette opinion hasardée. Des actes authentiques rapportent la fondation de cette église à une date antérieure au neuvième siècle [h). Si elle est une nouvelle preuve de la dévotion des fidèles de cette époque pour saint Denys, il n'y a pas à chercher d'origine à son nom ailleurs que dans l'étroit espace qui la séparait de la cathédrale, ou encore dans le degré qu'il fallait franchir pour entrer dans l'église, ou
(1) Ecclesia S. Symphoriani de carcere, tel est le nom qui lui est donné dans un acte de l'an 12lZj, concernant un bien qui lui avait été vendu. Lebeuf, IHst. de la ville et du diocèse de Paris, p. 504.
(2) A. Berly, les Trois Ilots de'la Cité, p. 44 et suiv.
(3) Lebeuf, id., t. II, ch. i, Saint-Denys du Pas, p. 23. (/») Lebeuf, id., p. 67.
— 4S3 — mieux peut-être dans le passage de la rivière en cet endroit.
Des témoignages plus certains, des titres plus authentiques rattachent à la colline de Montmartre le souvenir de saint Denys et de ces compagnons. Depuis bien des siècles, l'opinion commune admet que c'est là qu'ils eurent la tête tranchée ; ce sentiment se trouve confirmé par le moine anonyme de Saint-Denys qui a composé les Gestes de Dagobei't, vers le commencement du neuvième siècle. Suivant cet auteur, saint Denys a souffert le martyre à Montmartre, sur la colline qui dominait la cité (1). Hilduin ne dit pas autre chose dans ses Aréopagitiques (2).
Personne n'ignore que c'était, chez les Romains, la coutume de faire exécuter en dehors des villes les sentences capitales portées par les préfets, proconsuls ou présidents. Toutefois, il faut reconnaître que Montmartre ne s'est pas toujours appelé montagne des Martyrs (3) : cette colline a été désignée par quelques anciens sous le nom de montagne de Mars [h) , entre autres par Abbon dans son poëme sur la guerre des Normands; d'autres, comme Frédégaire (5j, la nomment montagne du Vent du nord-est ou encore montagne de Mercure.
(1) Gesta domini Dagoberti, c. 3. « Pro Chrisli nomine, in prospecta ipsius civitalis interemptos. » — Migne, Patrol. lat., t. XCYI, p. 1396.
(2) ililduin, Areopagitica, c. 31. — Migne, Patrol. lat, t. CVI.
(3) Mons Marlyrum.
(4) Mons Marlis. Abbon, Bellorum Parisiacœ urhis, lib. ii, vers 193 et 324
(3) Fredegarii Chronicon, ad anniim 627. Les meilleures éditions portent m monie il/erco?-i; d'autres, in monte Cori; quelques-unes, in monte Mercurii. —Migne, Patrol. lai., t. LXXI, p. 641.
Ces appellations diverses ont disparu pour faire place au nom définitif de iMontmartre, qui consacre la mémoire du triomphe du premier évêque de Paris. Sur la colline de Montmartre, non loin de l''église où les fidèles se rassemblent encore aujourd'hui et dont le pape Eugène III célébra lui-même la dédicace en 11A7, il y avait une crypte que de temps immémorial les habitants du Parisis environnaient d'une vénération particulière. Cette crypte s'appelait Sanctum Martyrium, Suivant la tradition, Denys y aurait d'abord offert les saints mystères pendant la persécution ; ce serait aussi près de la même grotte que l'évêgue et ses compagnons auraient consommé leur propre sacrifice. Après les saints martyrs, un grand nombre de chrétiens, dit-on, furent également immolés en ce lieu.
M. le Blant, dont les magnifiques études viennent si bien appuyer nos conclusions sur les origines dé l'Église de Paris (Ij, a découvert, dans ses recherches, quelques détails curieux sur Montmartre. Nous ne .pouvons mieux faire que de les lui emprunter. Voici ce qu'il rapporte dans ses Inscriptions chétiennes de la Gaule.
Parmi les auteurs anciens qui ont parlé du martyre de saint Denys et de ses compagnons, Hilduin, qui écrivait au
(1) M. le Blanl n'a pas dû se voir sans surprise présenter par M. l'abbé Darras comme un partisan et même un défenseur de l'aréopagilisme. Le savant archéologue ne se sera certes pas réconnu dans les textes détachés de son œuvre pour plaider une cause qu'il condamne absolument quand il montre l'épigraphie, d'accord avec l'histoire, affirmant X que la foi ne s'est introduite dans les Gaules que très-tardivement ; qu'elle a suivi d'abord le littoral de la Méditerranée, puis remonté la vallée du Rhône, et pénétré au ceclre et vers le nord, mais avec des fortunes très-diverses et des progrès très-inégaux. Voir cidessus, p. 77 et 82, les témoignages de M. le Blant et de M. Vitet, et comparer avec Saint Denys l'Aréopagite, p. 176 et 291.
neuvième siècle, a le premier désigné Montmartre comme le lieu de ce martyre (1). Bien qu'une charte du roi Robert vienne attester le même fait (2), bien que deux églises du titre de saint Denys, existant sur la colline dès le temps de Louis le Gros, montrent clairement l'accord de la tradition avec les textes, quelques écrivains modernes, contestant l'autorité d'Hilduin , ont cherché ailleurs qu'à Montmartre le lieu de la passion de saint Denys (3) .
Pour moi, habitué par l'étude à compter sérieusement avec les traditions, je mettrai sous les yeux du lecteur un fait ancien et méconnu, qui me paraît contenir l'indication antique et précise du lieu où l'apôtre des Gaules a souffert pour la foi, et la preuve de la vénération attachée à ce lieu dès les premiers âges de l'Église.
Élevée, comme le montre un tableau de 1410, sur le versant de Montmartre (4), la chapelle du Saint-Martyre est nommée, dès la fin du onzième siècle, dans la donation qu'en firent alors des laïques à l'abbaye de Saint-Martin des Champs (5). Les dispositions de cet acte montrent que
(1) Surius, Passio sanclissimi Bionysii, c. 36, t. V, p. 740 j 9 octob. « Quorum memoranda ei gloriosissima passio e regione urbis Parisiorum in colle, qui antea Mons Mercurii, quoniam inibi idolum ipsius principaliler colebalur a Gallis, nunc vero Mons Marlyrum vocaUir, sanclorum Domini graiia, qui ibidem triumphale marlyrium perpetrarunl, celebraia est vu idus octobris. »
(2) D. Bouquet, Rerum Gallic. et Franc. Script., t. X, p. S93. « Nec non eiiam usque ad Montera Marlyrum, ubi ipse prtecelleiitissimus Domini tesiis agotiem sunm féliciter explevit. »
(3) Saint-Yves, Vie de sainte Geneviève, p. 2S7.
(4) D. Bouillarl, Hist. de l'abbaye de Saint-Germain des Prés, pi. ix.
(5) D. Marrier. S. Martini de Campis historia, p. 319. « Quoniam parva ecclesia, quaî in colle Montis Marlyrum est, et a vulgo appetlatur Sanctum Marlyrium, erat olim laicorum hominum. n
le Sanctum Martyrium, dont tout vient attester d'ailleurs l'antiquité, était encore, à cette époque, visité par de nombreux fidèles qui y apportaient leurs offrandes (1).
La cliapelle de Montmartre fut, en 1611, le théâtre d'une découverte constatée par procès-verbal et souvent mentionnée par les écrivains, mais demeurée sans explication jusqu'à ce jour. C'est sur cette découverte que j'appellerai l'attention du lecteur, en m' efforçant de montrer, par les faits qu'elle me semble révéler, qu'Hilduin a réellement constaté, dans son écrit, l'existence d'une tradition antique et non interrompue.
« L'an mil six cent onze, dit le procès-verbal rapporté par du Breul (2), le 13° jour de juillet... mesdames les religieuses de Montmartre... voulans faire agrandir et accroistre leur chapelle du martyre de monsieur sainct Denys et ses compagnons, vulgairement dicte la chapelle des Saincts-Martyrs... les massons travaillant aux fondemens des murs nécessaires pour faire le dict accroissement, auroient trouvé au delà du bout et chef de la dicte chapelle, qui regarde du côté du levant, une voulte sous laquelle il y a des degi'ez pour descendre soubs terre en une cave. . . En laquelle voulte... nous serions descendu... et aurions trouvé que c'étoit une descente droitte, laquelle a cinq pieds un quart de largeur. Par laquelle serions descendu trente sept degrez (3) faicts de vieille massonerie de piastre,
(1) D. Marrier, S. Martini de Campis historia, p. 319. « Doinnus autem Ursus assensu seniorum el rogalu laicorum concessit oblationem totam qua; afferretur in eam. »
(2) Le Théâtre des antiquités de Paris, p. 865.
(3) Marrier, 5. Martini de Campis historia, p. 324. « Quod vero hic 37 tantum gradus commemorentur, cum rêvera SO sinl, ex ruderum
gastées et escornées : le dessus de laquelle descente est voulté. Et au bas de laquelle descente aurions trouvé une cave ou caverne prise dans un roc do piastre tant par le haut que par les costés et circuit d'icelle. Laquelle... a de longueur, depuis l'entrée jusques au bout qui est en tirant vers la closture des dictes religieuses, trente-deux pieds. L'entrée de laquelle a huict pieds de largeur; et en un endroit, distant de la dicte descente de neuf pieds, elle a de largeur seize pieds, et le surplus d'icelle va en estressissant, en sorte qu'au bout', vers la closture des dictes religieuses, elle n'a que sept pieds de largeur. Dans laquelle cave, du costé de l'orient, il y a une pierre de piastre bicornue, qui a quatre pieds de long et deux pieds et demy de large, prise par son milieu, ayant six poulses d'espoisseur, au dessus de laquelle au milieu il y a une croix gravée avec un sizeau, qui a six poulses en quarrô de longueur et demy poûlse de largeur. Icelle pierre est élevée sur deux pierres de chacun costé, de nioillon de pierre dure, de trois pieds de hault, appuyée contre la roche de piastre, en forme de table ou autel : et est distant de la dicte montée de cinq pieds. Vers le bout de laquelle cave, à la main droicte de l'entrée, il y a dans la dicte roche de pierre une croix, imprimée avec un poinsson ou Cousteau, ou autre ferrement ; et y sont ensuite ces lettres MAR. Il y a apparence d'autres qui suivoient : mais on ne les peut discerner. Au même costé un peu distant de la susdicte croix, au bout de la dicte cave, en entrant, à la distance de vingt quatre pieds, dès l'entrée s'est trouvé
illos tum operieniium massa ei acervo poslmodum ablalo, scriplum sic fuisse credendum est. »
ce mot escrit de pierre noire sur le roc, CI^EMIH, et au costé du dict mot y auroit eu quelque forme de lettres imprimées dans la pierre avec la pointe d'un cousteau ou autre ferrement où il y a 010 , avec autres lettres suivantes qui ne se peuvent distinguer. La hauteur do la cave en son entrée est de six pieds jusques à neuf pieds en tirant de la dicte entrée vers le bout de la dicte cave. Et le surplus jusques au bout est rempli de tei're et de gravois, etc. »
La nouvelle de la découverte attira en ce lieu un nombre considérable de visiteurs [i], parmi lesquels figurent la reine Marie de Médicis et plusieurs dames de qualité. Nous avons encore une preuve de la sensation produite par cet événement, dans une jolie gravure au burin donnant une vue de Montmartre et de la crypte, gravure que Nicolas de la Matthonière fit immédiatement exécuter par Jean de Halbeeck, et qui, imprimée sur une feuille volante, avec une courte notice, fut répandue dans le public (2).
Au premier coup d'ceil jeté sur l'estampe, la pensée se reporte involontairement aux chapelles souterraines des catacombes. A Montmartre, de même qu'à Rome, la crypte est creusée dans le sol même; au-dessus d'elle, comme sur les cimetières romains, s'élève un martyrium (3); auprès de la pierre qui sert d'autel figure, dit la notice de la
(t) Sauvai, Hist. et Rcch. sur les antiq. de Paris, t. I, p, 3b2,
(2) Représentation d'une chapelle souterraine qui s^est trouvée à Montmai-tre,' près Paris, le mardy, 12' jour de juillet, 1611, comme on faisait les fondements pour agrandir la chapelle des Martyrs. Bibliothèque Impériale, dép. des estampes, Hist. de France par estampes, t. XV, année 1611.
(3) Anasias. Bibliothec, In saneto Sylvestro. « Eodem tempore Constanllnus Augustus fecit basilicam beato [.aurenlio niarlyri, viaTi-
Matihonière, « une forme de fenestre pour mettre les burettes )) , c'est-à-dire une de ces petites niches que l'on remarque dans les oratoires des catacombes, et qui servaient à déposer les vases sacrés.
Un dernier point de ressemblance résulte, pour moi, de la présence d'inscriptions tracées sur les parois. En cherchant au cimetière de Saint-Calixte les sanctuaires importants dont il soupçonnait l'existence, M. le chevalier de Rossi a retrouvé, dans une vigne récemment acquise par le saint-père , et sous deux anciennes basiliques chrétiennes, une chapelle souterraine d'une dimension inusitée et d'une riche ornementation, qui avait servi de lieu de sépulture à un grand nombre de papes et de martyrs du troisième siècle.
« Outre les épitaphes des chrétiens enterrés sous ces voûtes, écrit à ce sujet mon savant ami M. Noël des Vergers, plus de trois cents inscriptions, tracées à la pointe du style ou au charbon sur l'enduit qui recouvre les murailles, témoignent de la piété des dévots visiteurs à l'époque où la crypte était encore accessible, et de leur vénération pour cette sainte chapelle. » Il est difficile de ne pas rapprocher de ces anciens actes de visite «. les mots escrits de pierre noire sur le roc, ou imprimés dans la pierre avec la pointe d'un poinsson ou Cousteau, ou autre ferrement » , relatés par le procès-verbal de 1611. La ressemblance frappante des lieux, l'identité des procédés graphiques me paraissent indiquer qu'à Montmartre, comme à Rome, des pèlerins ont laissé les marques de leur passage.
buriina in agrura Veranum supra arenariam cryplœ, et usque ad corpus B. Lauremii mari, in qua fecit gradum ascensionis et desceivsionis. »
Dans le liès-petit nombre des proscynèmes de Saint- Calixte qui ont été publiés jusqu'à ce jour, je remarque six formules acclamatoires s' adressant aux saints martyrs :
^Â^m Gc Jimm 6x^t^ — aiohycin 6ic mem a^T^ — m mekte habete — otia
PETITE... PRO PARENTE et fRATRIBY; EIY;... ut YIYAHT CYM BONO — PET^/e YT YERECYNDY;
CYM /Yiy BEHE NAYICxET, et enfin cette invocation nominative à saint Sixte, enseveli dans le même cimetière,
;y;te ;ahcte ;ancte ;y;te-
Si nous examinons à cette heure les fragments d'inscriptions que nous a transmis le procès-verbal, nous y reconnaîtrons sans peine de semblables acclamations. Dans ]es conditions constatées, les syllabes T MAR... — DIO... — semblent indiquer les mots ih MARïy?"es (I)... — DIOnysie... , débuts de prières adressées aux saints de la crypte; quant au nom presque entier de CIJEMIHs (2), j'y vois, en le comparant aux actes de visite de saint Sixte, soit le nom d'un pèlerin, soit celui d'un des martyrs inconnus qui ont souffert au môme lieu. La croix tracée isolément, dont parle encore le p rocès- verbal , me paraît figurer, suivant l'usage antique, com.me signe de la présence d'un visiteur illettré (3).
(1) Si l'on en juge par les inscripiions chrétiennes qui nous sont parvenues, la croix gravée en tête de cet acte de visite indiquerait une époque voisine du sixième siècle.
(2) « Je retrouve, dit M. le JBiant, cette orthographe, commune d'ailleurs à l'époque mérovingienne, dans une inscription de Lyon, datée de l'an So2. » (Dissert, n» 47.)
((S) Marini, Pap. BipL, p. 143, sixième siècle. « Propria manu pro
J'ai dit, au commencement de cette note, que la découverte de 1611 avait mis au jour un monument des premiers temps cliréliens. S'il est difficile d'apprécier aujourd'hui, à l'aide des documents qui nous sont parvenus, ce que la vue des lieux mêmes et la paléographie des inscriptions auraient permis de décider, au moins sommes-nous autorisé à nous appuyer ici sur les ressources de la comparaison et de la philologie. D'après le savant M. de Rossi, les proscynèmes du cimetière de Saint-Calixte, qui me paraissent présenter avec les nôtres des points si frappants de ressemblance, ont été tracés au troisième et au quatrième siècle. Sans même assigner aux inscriptions de Montmartre une origine aussi reculée, on trouve dans l'histoire des monuments religieux la preuve certaine de l'antériorité de la crypte sur la chapelle, élevée, suivant l'usage des premiers chrétiens, par suite de l'affluence toujours croissante des visiteurs. Or l'antiquité de cette chapelle, mentionnée, dès la fin du onzième siècle, comme un lieu ancien et vénéré, recevant de nombreuses offrandes, est mise hors de doute par son nom même de Sanction Marlyrimn , nom qui , dans les écrits des saints Pères, désigne les basiliques primitives, qui n'existe plus dans la langue de Fortunat et de Grégoire de Tours, appliqué aux constructions nouvelles, et qu'un texte, du neuvième siècle relate comme une appellation hors d'usage (1).
ignoranlia liUerarum signum venerabilem sca; cruels feci. » — Mabillon, Be re Diplomat. p. 56i.
(1) W. Sirahon, De rehus ecclesiast. « Marlyria vocabanlur ecclesiœ quac in honore aliquorum marlyrum fiebant. n Bihliolh. maxima Pairum, t, XV, p. I8i.
Si mon opinion est partagée, on verra dans la crypte de Montmartre un sanctuaire creusé aux premiers siècles, sur la place, alors sans doute bien connue, où saint Benys et ses compagnons avaient souffert pour la foi ; dans les inscriptions murales, les actes de visite des pèlerins qui y sont venus prier; dans le Sanctum Martyriiim, un antique édifice s' élevant, selon la coutume, sur le lieu sanctifié par le martyre (d ) . Les proscynèmes attesteront une' fois de plus l'usage de l'invocation des saints dans l'Église primitive, et l'ensemble de ces faits, évidemment antérieurs aux écrits des hagiographes, montrera par quelle tradition non interrompue le souvenir de l'apôtre des Gaules est arrivé jusqu'à nous.
Au-dessus de cette crypte les Parisiens avaient élevé une petite chapelle dont l'autel fut consacré par le pape Eugène III, lorsqu'il fit la dédicace solennelle de la grande église construite sur le haut de la colline. Pendant longtemps les religieuses de l'abbaye de Montmartre se partageaient en deux choeurs pour réciter simultanément l'oftice dans l'église et dans lachapelle ; au dix-huitième siècle, elles abandonnèrent la première pour servir de paroisse à la population qui s'était groupée à l'entour, et réservèrent pour leur communauté le sanctuaire bâti sur la crypte,
(1) Avec l'église bàlie sur la tombe de saint Cyprien, une autre s'était également élevée .à la place où le martyr avait souffert. S. Augustin, sermo CGCX, édit. bénédict., t. V, p. 871. « Denique sicut noslis, qviicumque Carlhaginem noslis, iii eodem loco mensa Deo conslrucla est ; et tameu mensa dicilur Cypriani, non quia ibi est unquam Cyprianus epulatus, sed quia ibi est immolatus. » — Victor Vitensis, Persecut. Vandal., 1. i, c. S, » Duas egregias et amplas ecclesias sancli marlyris Cypriani, unam ubi sanguinera rudit,aliam ubi ejus sepulluni est corpus. »
près de laquelle l'abbaye avait étendu ses dernières constructions.
Les générations se succédèrent et le Sancium Martyrium demeura toujours pour les Parisiens l'objet d'une dévotion spéciale. L'histoire a gardé le souvenir de leur piété lorsque, en 1392, ils venaient,avecune touchante confiance, prier à Montmartre afin d'obtenir la guérison de l'infortuné Charles VL
Le peuple de Paris n'était pas seul à savoir, dans ses joies et dans ses tristesses, prendre le chemin de Montmartre; des personnages illustres par leur nom et par leur sainteté vinrent d'âge en âge chercher en ces lieux la iraee glorieuse de notre apôtre, pour apprendre de lui l'art deshéroïques'sacrifices et des sublimes dévouements. Saint Bernard, qui avait assisté comme diacre le pape Eugène 111 dans la dédicace de l'église supérieure, ofi"rit à la chapelle du Sanctum Martyrium une tunique de drap d'argent (1) , peut-être celle-là même dont il s'était servi dans la céréiisonie près du souverain pontife.
Saint Ignace de Loyola choisit la crypte de Montmartre lorsqu'il voulut tenir la séance d'inauguration de sa compagnie naissante. Le fondateur de la société des jésuites avait réuni autour de lui six hommes de cœur remplis de l'esprit de Dieu, François Xavier, Laynez, Bobadilla, Salmeron, Rodriguez et le Savoisien Pierre Favre ; le jour de l'Assomption 1534, il les conduisit au Martyrium, et là, tous ensemble s'engagèrent par vœu à se dévouer à la vie apostolique. « Arrête, voyageur, disait une inscription pla-
("1) Gallia Chrisliana, t. VIT, p. 612. La tunique donnée par saint Bernard fut consumée dans un incendie en 1559.
cée par les jésuites à Montmartre, pour rappeler que cette crypte avait été le berceau de leur société (1) ; arrête, et vois dans ce tombeau des martyrs les origines de notre ordre. La société de Jésus, qui reconnaît saint Ignace pour son père et Paris pour sa mère, prit ici naissance, l'an du Christ 153/i, le 15 août, lorsque Ignace lui-même et ses compagnons firent à la sainte table vœu solennel de se consacrer pour toujours à Dieu. »
En mémoire de ces serriients donnés et reçus, un tableau fut placé au-dessus de l'autel : le peintre avait représenté Ignace tenant la sainte hostie qu'il allait distribuer à ses héroïques compagnons, et l'un d'eux lisait devant le Dieu de vérité la formule solennelle des vœux qui assuraient les fondements de l'immortel institut. A Feutrée delà chapelle, une colonnette portait cette autre inscription (2) : u Saint et cher berceau de la compagnie de Jésus : aux meilleurs des pères les fils reconnaissants. >«
Un siècle plus tard, un autre fondateur, M. Oilier, premier supérieur du séminaire de Saint-Sulpice, venait, en 1642 et 16Zi5 (3), dans le même sanctuaire, avec ses premiers compagnons, ofïrir à Dieu son magnifique projet, et déposer aux pieds de l'apôtre de Paris le plan de la maison
(1) SiSTE, VIATOR, ATQUE IN HOC MARTYRUM SEPDLCHRO PROBATI ORDIKIS CUNAS LEGE : SOCIETAS JESU, QUjE SANCTCM IGNATIGM PATREM AGNOSGIT, LUTETIAM MATREM, ANNO SALHTIS 1534, ADG. XV, HIC NATA EST, CDM IGNATIUS IPSE ET SOCII, VOTIS SDB SACRA3I SYNAXIM RELI- GIONE CONCEPTIS, se DeO in PERPEinUM CONSECRARENT. »
(2) (I Sacra et pia societatis Jesd incdnabdla : parentibus OPTiMis FiLii POSDERE. — GalUa Christiana, t. VII, p. 618. Vie de saint Ignace, par le P. Bouhours, 1. II, xxv.
(3) Faillou, Vie de M. Oilier, t. I, p. 541.
- 46o — qui devait abriter dans le silence et la modestie tant de vertu jointe à tant de science.
Le lieu consacré par ces grands souvenirs n'existe plus. Le sanctuaire a été profané dans des jours mauvais ; le terrain même où était creusée la crypte sur laquelle s'élevait la chapelle a été entièrement enlevé, et l'on chercherait en vain quelque vestige marquant la place où mourut en martyr saint Denys, le premier évêque de Paris.
Dieu, qui garde, suivant l'expression des Écritures, les ossements de ses saints, ne pouvait permettre que la sépulture de son serviteur demeurât inconnue ou ignorée. Les actes de saint Denys racontent qu'une dame fit enlever par ses serviteurs les restes des martyrs, qui furent déposés dans un champ labouré, à six milles de Paris. Puis (1), « quand la persécution fut apaisée, elle rechercha la place qui conservait les précieuses reliques, et l'ayant trouvée, la marqua par l'érection d'un petit mausolée (2). Dans la suite, les chrétiens élevèrent à grands frais, au même endroit, sur le tombeau des martyrs, une splendide basilique où chaque jour le Seigneur manifestait par de nombreux miracles la puissance de ses saints. »
On ne peut guère révoquer en doute que ce lieu situé à six milles de Lutèce (3) , et où furent ensevelis les corps de saint Denys et de ses compagnons, ne soit le même que l'ancienne vie de sainte Geneviève désigne sous le nom de Vicies Catolocensis, bourg de Gatulla [k). Quand Hilduin,
(1) Passio SS. Marlyrum Dinnysii, Rastici et Elcullierii.
(2) C'est principalement la première invention de saint Denys que le diocèse de Paris célèbre par une fêle spéciale le 22 avril. •
(3) « In sexlo ab urbe niemorala lapide. »
(4) Launoy voulait trouver le lieu du martyre et de la sépulture de
dans ses Aréopagitiques, appelle ainsi la dame qui doniîa la sépulture au premier évêque de Paris, c'est que de son temps, ou peut-être avant lui, on croyait qu'elle avait attaché son nom au lieu qui gardait le tombeau de saint Denys (1). Et en effet, des écrivains postérieurs le nomment Vicus Catulliacensis (2). Depuis le septième siècle, ce lieu n'a plus été connu que sous le nom de Saint-Denys.
Mais dans cette cité de Saint-Denys, est-il certain que le tombeau des martyrs s'est trouvé, dès l'origine, à la place occupée aujourd'hui par la basilique? Quelques auteurs en ont douté ; ils ont cru que la sépulture primitive de notre apôtre devait se prendre dans une autre église de la même ville, qui n'existe plus aujourd'hui, Saint-Denys de l'Estrée (3), ainsi nommée parce qu'elle avait été construite sur le bord d'une ancienne voie romaine. Cette opinion n'est fondée que sur le témoignage si peu estimé de l'auleur anonyme des Gestes de Dagobert. Après avoir raconté plusieurs anecdotes qui semblent fabuleuses, sur les motifs qui décidèrent le roi Dagobert à ériger la basilique de Saint-Denys [h) , cet écrivain suppose qu'il la fit bâtir dans
saint Denys à la place de l'église de Saint-Denis du Pas. Le P. Toussaint Duplessis, dans ses Antiquités de Paris, p. 22, le cherchait en un point de la rue Saint-Denys à peu de dislance du ileuve. Le savant Tillemont, Mém. Ecdes., i. IV, Saint Denys de Paris, noie V, p. VIA, avait d'abord imaginé que Yicus Catolocensis pouvait signilier Chaillot, ou bien une rue des faubourgs de Paris coùdaisant à Chaillot ; mais il ne larda pas à laisser celte conjecture "a laquelle le nom même de Chailioi, Calloclum ou Callogelum, enlevait louie vraisemblance.
(1) Gesla Domini Dagoberli', c. 3. « Qnœdara maler familias vocabulo CaïuUa, a qua ei vico deduclura nomen dicunt. n
(2) Lebeuf, Dissertation sur le Vicus Catolocensis,
{3)'Ecclesia S. Dionysii de Strata, <;"esi-à-dire du grand chemin. (4) Gesta Domini Dagoberli, c. li.
un endroit éloigné de la petite chapelle construite par sainte Geneviève (1)» où reposaient les corps des martyrs, fort négligés à ce moment par les habitants de Lutèce et du Parisis. C'est ce qui donna lieu à la translation rapportée dans les Gestes (2).
L'autorité de cet ouvrage est si légère, le récit est accompagné de circonstances si suspectes et si mêlées de fables, qu'il n'a pu ébranler la conviction des savants bénédictins de l'abbaye de Saint-Denys. Presque tous ont cru que leur église était bien celle qui avait succédé au premier sanctuaire élevé par les chrétiens sur le tombeau de l'apôtre de Paris, et successivement rebâti par sainte Geneviève, par Dagobert, par Pépin et Charlemagne, par Suger et par Geoffroy de Vendôme (3) .
Saint-Denys est illustre entre tous les lieux consacrés à Paris et dans les Gaules par la mémoire du premier évêque de Lutèce. 11 garde sous ses arceaux gothiques, dans la majesté silencieuse- de ses voûtes, le nom, les reliques et le souvenir de notre apôtre : c'est l'éternel honneur de la vieille basiUque, sa plus grande gloire entre toutes les autres, car aucune ne lui fut refusée. Les papes, les rois et les empereurs, les princes et le peuple ont accumulé d'âge en âge les preuves les plus éclatantes de leurs sentiments
(1) Gesta Bomini Dagoberti, c. 3. « Vilis quippe lanium cedicula, quam, ut probatur, beala Genovefa super sauclos martyres dévote cousiruxerat. n
(-) W. , c. 17. « Sicut in soinnis prscnionitus fuerat, sanclorum martyrum l)ionysii, Rusiici et Eleulherii corpora requirens, digesla eorum m sarcophagis noraina repevit, quie et in allum ejusdem vici lociim summa cum veneralione x ka]. maias transtulit. »
(3) Féliblen, Hist. de l'abbaye de Saint-Ben ij s, dissertation préliminaire.
de vénération et de confiance pour le fondateur de notrt Église. Dieu lui-même a souvent récompensé cette piété filiale par des signes non équivoques de la protection de son saint martyr. A travers les feuillets de notre histoire nous aimons à voir Denys proclamé presque à chaque pagt le défenseur de la France et le soutien de la monarchie. Puissent ces souvenirs ranimer au cœur des petits et des grands, du clergé et du ])euple, la dévotion envers celui que nous saluons le patron spécial du diocèse, saint Denys de Paris.