‹ Les origines de l'Égypte pharaoniqueChapitre 29 sur 135 · Ou bien · texte numérisé non relu

Ou bien

I ^ i, d'après Sethe, loc, cit., p. 12, n. 4.

60 Ile ET me DYNASTIES ÉGYPTIENNES

le grand maître des écritures, au dieu Imhotep, fils de Ptah de Memphis.

« Dis-moi quel est le lieu de la naissance du Nil, quel dieu ou quelle déesse y exerce son autorité protectrice (?), et quelle est sa forme? Si c'est lui qui me promet d'une manière durable, l'abondance du bienfait des récoltes, alors je me tournerai vers le dieu d'Hermopolis, qui épuise sa magnanimité envers les hommes à cause de leurs actes. J'entrerai dans la maison des hiérogrammates, je développerai les rouleaux de papyrus et poserai ma main sur eux »,

« Alors il (Madir) se mit en route et revint aussitôt auprès de moi. 11 m'instruisit sur la crue du Nil, etc. ».

La traduction partielle de Maspero* ne diffère pas sensiblement de celle de Brugsch. Si l'on examine celte version^ on remarque d^abord que les idées y sont mal liées, que l'évocation du dieu Imhotep n'a apparemment aucune raison d'être, et que le sens général du paragraphe qui suit est tont à fait impossible à saisir. On se demande ensuite pourquoi il est dit du prince d'Eléphantine qu'il re\^ient vers le roi, alors qu'auparavant il n'était pas auprès de lui, et l'on observe surtout qu'à cet endroit de la narration royale, dans la conception de Brugsch, elle ne peut plus être considérée comme adressée à Madir, puisqu'il est question de lui à la troisième personne. Le « décret royal » reçu par Madir, annoncé à la l. i et qui semble au premier coup d'œil devoir embrasser l'inscription entière, ce décret s'interromprait donc après les cinq ou six premières lignes? Gela paraît difficile à admettre.

Telles sont, sans doute, les raisons qui ont déterminé Sethe à s'arrêter, pour le passage en question, à une interprétation toute différente [Imhotep, p. 11-13); si on essaie de la convertir en traduction exacte, on arrivera à une rédaction analogue à celle que voici : « Mon esprit songeait et se retournait vers le passé. Je consultai le

1. Histoire, I, p. 240-241. Cf. l'interprétation de Maspero dans Rev. critie/ue, 1891, II, p. 152.

lecteur en c/ie/" Imhotep, fils de Ptah de Memphis, pour connaître le lieu de la naissance du Nil, quelle était la divinité qui commandait en cette place, et comment était sa figure, à ce dieu qui m'assurerait l'ouverture des approvisionnements de Raninit. — J'irai, [me répondit-il], vers Celui qui est dans Hermopolis, celui qui prête (?) sa fermeté de cœur à tous les hommes pour ce qu'ils ont à faire ; je monterai à la maison des livres, développerai les rouleaux et guiderai ma main sur eux. — Il se mit en route, et revint auprès de moi aussitôt. Il m'instruisit sur la crue du Nil, etc. ».

Cette traduction semble valoir mieux, dans l'ensemble, que celle de Brugsch, parce que les idées s'y succèdent logiquement et simplement, et parce que tout le discours du roi, d'un bout à l'autre, peut maintenant être considéré comme adressé au prince d'Eléphantine, qui ne joue plus aucun autre rôle dans l'histoire. Le texte de l'inscription, du commencement à la fin, est le contenu de la lettre royale censée reçue par Madir un certain jour.

Imhotep, dans ce mode d'interprétation, n'est plus nommé dans l'histoire comme un dieu, bien qu'il soit qualifié de fils de Ptah; c'est un savant conseiller de l'entourage de Zosir, un lettré versé dans la connaissance des anciens livres, un homme enfin, dont les traditions d'époque ptolémaïque gardaient la légende et dont elles plaçaient la vie sous le règne de l'antique souverain. Comment ce fabuleux Imhotep arriva à la déification, c'est ce que Sethe a étudié dans son mémoire, et cela ne nous intéresse point directement ici. Il nous faut observer, seulement, que le même Imhotep est nommé dans plusieurs autres inscriptions à côté de Zosir, et tout d'abord, dans l'inscription de Hammamàt dont nous avons reproduit les dernières lignes au début du présent paragraphe. L'avantdernier ancêtre de Khnoumabri est en effet le « lecteur en chef du. roi Zosir, Imhotep », fils de l'architecte Kanofir : ici comme sur la stèle de Sehel, Imhotep porte le seul titre de lecteur en chef, et il ne semble point douteux que dans l'intention des rédacteurs il s'agisse du même personnage.

62 Ile ET II[G DYNASTIES ÉGYPTIENNES

On remarque que l'inscription de Khnoumabri, qui est du temps de Darius, donne à Imhotep un père simplement humain, tandis qu'à Sehel il est appelé fils de Ptah; mais il n'en faudrait pas conclure, comme le fait Sethe [Imhotep^ p. 13-14), que de l'époque perse à celle des Ptolémées, la déification du personnage a progressé d'une manière correspondante; nous connaissons en effet une autre inscription d'époque perse, celle de la statue du prêtre Amasis (v. plus haut, p. 36-38), dans laquelle Imhotep fils de Ptah apparaît déjà à côté des deux Zosir et d'un autre roi des dynasties anciennes.

Nous avons vu que cette dernière inscription, publiée en 1900, est celle qui a tranché, en faveur du premier des deux Zosir, — celui qui n'est pas Zosir-teti^ — la question de l'attribution du nom d'Horus Noutirklia, Voici maintenant comment, lorsque le document était encore inconnu, la même identification pouvait déjà être induite des seules considérations sur Imhotep et son rôle dans les différentes formes de la tradition égyptienne.

Zosir-sa, nous le savons, est Tosorthros de la liste grecque, tandis que Zosir-teti correspond à TosertasisK Or le nom deTosorthos donne lieu, dans la version grecque d'Eusèbe*, à cette annotation singulière que le roi dont il s'agit, — Sesorthos, — avait été nomme Asklépios par les Egyptiens à cause de ses talents médicaux. Dans cet Asklépios, on reconnaît immédiatement le dieu égyptien Imhotep, et Ton voit que dans cette tradition Zosir- Tosorthros et Imhotep sont complètement identifiés. Cette affirmation, comme on sait, gêne Sethe à tel point qu'il n'hésite pas à proposer' de corriger le passage en question du texte grec de manière à comprendre : « Sesorthos, sous le règne de qui vécut Asklépios, etc. ». La correction n'est toutefois ni légitime ni nécessaire; à l'époque gréco-romaine,

1. V. § IV ci-avant (p. 21-23), où sont résumées les concordances de la liste grecque et de la liste hiéroglyphique.

2. Pour les détails de bibliographie manéthonienne, v. les notes qui accompagnent le début du § III ci-avant, p. 16 suiv;

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