V, l'inscr. du n» 19, p
4. "V. sa note résumée dans Ann. du Service, loc. cif.^ p. 257-259.
5. Sur la rédaction primitive et l'évolution de la titulature royale complète, v. ce qui est dit plus haut, p. 75.
6. Les deux inscr. de vase au nom de Noutirui qu'on a vues plus haut, pp. 150, 151.
MOMMKMS ROYAUX DATÉS 161
de caractériser l'usage, et comme l'inscription de Zaouiet el Aryân est en général assez difficile à expliquer, il n'est nullement impossible que dans son cas, il faille attribuer à l'expression ra nib son sens simple. L'Horiis Ranib disparaîtrait alors du monument, et le nom d'Horus de Nùfirkari resterait inconnu. Ce qui nous incline à cette dernière conclusion, est le rapprochement de la liste classifîée des Horus des monuments, telle qu'elle est annoncée à la p. 68 ci-avant, puis démontrée tout le long du présent chapitre (v. notamment^ V, p. 142 suiv.), et de la liste des noms royaux de la tradition hiéroglyphique classique unifiée (v. p. 13-15).
Dans cette dernière liste, en effet, Nofirkari occupe le 14« rang à partir de Menés, tandis que dans la liste monumentale, Ranib est le 10^ Horus seulement à partir d'Ahou (iMenes) ; en outre, Nofirkari précède de cinq rangs seulement le premier Zosir, qui est l'Horus Noutirkha, et comme il y a entre Ranib et Xoutirkha de la liste monumentale, au moins quatre Horus, Noutirni, Sekhemab, Perabsen et Khasekhmoui, cela permettrait juste leur identification chacun à chacun avec les quatre rois qui séparent Nofirkari de Zosir, à condition encore de reporter Sanakht après Noutirkha et de renoncer par suite à l'identifier avec le roiNibkari. On voit que Nofirkari occupe une place trop avancée de trois ou quatre rangs, dans la liste, pour pouvoir être identifié sans objection avec l'Horus Ranib.
Même conclusion lorsqu'on envisage les caractères architecturaux du monument de Zaouiet el Aryân, dont les affinités, comme il sera expliqué au chap. V, sont avec la pyramide de Noutirkha- Zosir à Saqqarah et avec celle de Snofrou à Meïdoum, de telle sorte qu'on apprend sans surprise que ce monument appartient au Nofirkari de la tradition classique, mais qu'il paraît beaucoup moins satisfaisant d'y placer un Horus Ranib dont la position historique est trop ancienne. En pareil cas, cependant, le mieux est de ne pas conclure d'une manière trop positive'.
Résumé du § V.
Les monuments des Horus Hotepsekhmoui, Ranib et Noutirni, dont le voisinage immédiat et la succession dans
1. Il y a, en eflet, des indicalious eu sens cojitraire, et l'on relève, dans les inscriptions en question de Zaouiet el Aryàn, de curieux témoignages d'archaïsme, comme celui que constitue la présence (n" 28, loc. cit., p. 272)
du groupe 'l'i'ii , inexpliqué, mais qu'on rencontre dans une inscription gravée sur plusieurs vases de pierre au nom de l'Horus Qa, à Abydos (Pétrie, BT I, IX, 2, ',, 5).
162 II« ET me DYNASTIES ÉGYPTIENNES
cet ordre sont prouvés par plusieurs circonstances (statue 1 du Caire, présence simultanée dans les tombeaux de Perabsen et de Khasekhmoui, usurpation d'un vase de Ranib par Noutirni), se manifestent comme apparentés surtout avec ceux des rois de la période thinite ancienne, principalement ceux du groupe Den-Azab-Semerkha-Qa. Des formes et expressions caractéristiques de cette dernière époque et qu'on trouve dans les inscriptions de Hotepsekhmoui-Ranib-Noutirni, sont le groupe de la main
arrosée (statue 1 du Caire), le château '"' ^ (vases de
Ranib et de Hotepsekhmoui)( le château ^ \ (cylindre
de Ranib), le château |jj avec une titulature royale à l'intérieur (cylindres de Hotepsekhmoui), le signe de Yhomme
nageant et la qualification funéraire '^ (cylindres de Hotepsekhmoui et Ranib). D'autre part, un petit nombre de circonstances indiquent avec une probabilité suffisante que le groupe des trois rois, intimement apparenté d'après ce qui précède avec le groupe d'Azab, doit être placé après lui, de manière à se rapprocher autant que possible du groupe moins ancien de Sekhemab à Noutirkha. Deux expressions caractérisques de l'époque de ce dernier groupe se rencontrent en effet sur des monu-
ments de celui qui nous occupe, le groupe ^ ,^__( (vases de Hotepsekhmoui) et le groupe constitué par une figure divine debout, avec son nom, en face d'un cartouche d'Horus royal (cylindre de Hotepsekhmoui); le cylindre sur lequel figure cette représentation est en outre, dans son entier, remarquablement analogue à certains cylindres de Khasekhmoui et de Perabsen.
Le groupe Hotepsekhmoui-Ranib-Noutirni doit donc être laissé à la place où l'ont mis Pétrie et Sethe, place qu'il occupe dans notre tableau général du début du présent chapitre. Mais il ne faudra pas perdre de vue ce fait, essentiel au point de vue d'une classification vraie,
que les analogies du troisième groupe sont avec les monuments qui précèdent plutôt qu'avec ceux qui suivent : ce n'est pas avec Hotepsekhmoui, c'est avec Sekhemab que des formules d'un type nouveau apparaissent, et cet archaïsme relatif des inscriptions du troisième groupe est bien d'accord avec celui que manifestent, à Zaouïet el Aryân, certaines inscriptions du monument du roi Nofirkari qui est peut être l'Horus Ranib.
Classification monumentale et listes classiques.
Voici donc la seconde moitié de la liste royale thinite et thinito-memphite arrêtée, dans la mesure oîi le permet notre connaissance actuelle des monuments, qu'exprime le rangement des troisième et quatrième groupes du tableau général établi entête du présent chapitre*. Nous ne pousserons pas plus loin vers Tamont, pour le moment, l'étude comparative des monuments et des inscriptions; comme nous l'avons fait remarquer à plusieurs reprises, le groupement et l'ordre de succession des rois des deux premiers groupes reposent sur des observations antérieurs assez sûres pour qu'on puisse, jusqu'à nouvel ordre, les considérer comme acquises, et nous nous en tiendrons là en attendant de pouvoir réunir, dans une étude qui fera suite au présent ouvrage, tout ce qui a trait aux rois de la « P^ dynastie » de Sethe-Meyer, nos premier et deuxième groupes, et à la période antépharaonique. Quant aux chapitres qui suivent, ils ne traiteront que des monuments de Tépoque dont nous venons de réunir les inscriptions datées par un nom royal, et de l'époque inter-
1. Rappelons que nous avons laissé de côté, dans l'analyse qui précède, l'Horus Khasekhera, qui est peut-être voisin de Khaseklmioui (v. la note finale du § III, A, présent chapitre), mais dont les luouuiuouts d'un type spécial qui seuls se sont révélés jusqu'à présent ne permettent de rien aflîrmer à ce sujet.
Ile ET me DYNASTIES ÉGYPTIENNES
médiaire entre celle-là et le début de la IV'' dynastie. Le chapitre III sera consacré, tout d'abord, aux inscriptions non datées, — c'est-à-dire dépourvues de nom royal, — contemporaines des rois du quatrième groupe', nous n'aurons aucune peine, dans la plupart des cas, à déterminer par analogie leur emplacement chronologique. Avant d'aborder l'examen de cette série complémentaire nous rapprocherons, pour une comparaison d'ensemble, les listes classiques étudiées aux premiers paragraphes du précédent chapitre, et les résultats de la classification monumentale que résume le tableau général établi ciavant.
A la fin du § IV du chap, I, nous avons réuni en un tableau de noms classiques probables les éléments communs à la liste hiéroglyphique unifiée et à la liste grecque : ces noms probables sont au nombre de 16. Or, la liste monumentale des Thinites comprend actuellement, dans les mêmes limites, c'est-à-dire antérieurement à Nibmat- Snofrou, 18 noms* : il y a là une espèce d'accord, même lorsqu'on songe que nous avons rayé, comme non probables, cinq unités sur lesquelles l'accord n'existait pas entre les documents grecs et hiéroglyphiques, et qu'il n'est pas sûr qu'on possède encore tous les Horus thinites.
Parmi les 18 Horus antérieurs à Snofrou, il en est 11 dont on connaît plus ou moins certainement le nom royal. Ce sont les Horus :
Ahou
Narou
Zer
\Den
Azab
Semerkha
Qa
Sekhetnab
Khasekhmoui
Noutirkha
Sanakht
roi
M en
Mer Kal
Siti'>
Merbap
Samsou (?)
Sen
Perenmat
Noutiroui hotep-am (?)-/
Zosir
Nibka (?)
1. Il y en aurait 19, si l'on donnait une place à part au roi Ka, que nous considérons provisoirement comme identique à l'Horus Zer.
Parmi ces 11 noms royaux de nature et de lecture plus ou moins avérées, il en est seulement 6 qu'on retrouve dans la liste des classiques probables, et ce chiffre donne la mesure de l'accord qui existe, en fin de compte, entre les monuments contemporains et les documents postérieurs. Ces six noms sont ceux de Men Menés, Siti (^e5ey0/i)(?)-0usaphais, Merbap-Miehïs, Samsou[?)-Semempses, Nibha [Nibkari)-^ec\\eYoch.\s et Zo5i/'-Tosorthros ^ Au point de vue du rangement, les noms correspondants ne sont dans aucun cas assez loin l'un de l'autre pour qu'il y ait impossibilité de correspondance réelle ; au contraire, Ousaphais, Miebis et Semempses se suivent bien comme se suivent, dans la classification monumentale, Den-Siti, Azab-Merbap et SemerkhaSamsou, et immédiatement avant Snofrou,la concordance serait complète si les monuments nous avaient seulement révélé le deuxième Zosir. Mais seuls sont retrouvés, jusqu'à présent, les deux premiers rois de la IIP dynastie manéthonienne, Nibkari-^ec\\erbc\\\s et Zosir {Zosir-sa^)-Tosovthros.
Cette concordance au début de la IIP dynastie permettrait, si l'on tenait absolument à faire rentrer notre classification monumentale dans le cadre manéthonien, de dire que l'Horus-Sît Khasekhmoui, roi Noutiroui-hotep-am[?)-ff est le dernier roi de IP dynastie. Quel en serait le premier ? L'Horus Hotepsekhmoui, peut être, parce qu'il occupe le neuvième rang dans la liste monumentale ? On voit en tout cas que le groupe monumental si compact, si
1. Ne pas oublier, eu outre, que le nom de Se/irft-Selhenes, qui ligure parmi nos classiques probables et n'a encore été revendiqué par aucun Horus thinite, est historiquement confirmé, d'autre part, par les inscriptions du tombeau de Sheri, et que son successeur des listes, Nofirkarl- Nepliercheres, qui esi peut-être identique à l'Horus Ranib, fut le possesseur du grand édifice funéraire, récemment déblayé, do Zaouiot el Aryàn.
2. Rappelons qu'on sait depuis 1900, par la statue d'époque perse de Berlin publiée par Erman {Zeitschrift^WXWW,^. li'j-123), que l'Horus Noutirklia est le premier des deux Zosir, Zosir-sa.
166 Ile ET ni» DYNASTIES ÉGYPTIENNES
bien caractérisé de Sekhemab-Perabsen-Khasekhmoui- Noutirkha, serait partagé entre la 11^ dynastie et la IIP, ce qui serait une absurdité manifeste.
Une classification d'après les monuments, nous l'avons vu, n'aboutit qu'à la définition des quatre groupes de notre tableau, qui n' ont rien de commun avec la division manéthonienne. Il paraît sans inconvénient, toutefois, de continuer à réunir sous la dénomination de « P* dynastie », pour la commodité du langage, les huit rois de nos deux premiers groupes; la difficulté ne commence que lorsqu'on cherche à séparer une 11*^ et une IIP dynasties dans la liste monumentale. En réalité, il n'y a après la « P^ dynastie », jusqu'à Noutirkha inclusivement, qu'un seul groupe royal bien défini, de sorte qu'à moins de supprimer la « IP dynastie », ou de la réduire — combien arbitrairement — aux trois rois du troisième groupe^ c'est la « IIP dynastie » qui disparaît, faute d'éléments intercalaires entre Noutirkha et Snofrou et le début de la IV''.
1. A rapprocher de ceci, la curieuse remarque d'Ed. Meyer sur la pierre de Palerme, laquelle, dit-il, semble passer complètement sous silence la 111^ dynastie {Aegyptische chronologie^ p. 201). Dans la 1. 5 de la première face on est encore, en effet, dans la IP dynastie (mention de la « naissance de Khasekhmoui »), et dans la 1. 6, en plein développement des années de Snofrou, ce qui fait que la IIP dynastie devait tenir dans moins d'une ligne de l'inscription entière, Meyer observe immédiatement, d'ailleurs, que si ces conditions sont en contradiction absolue avec les chiffres de Manéthon et d'Eratosthênes pour la IIP dynastie, elles confirment au contraire heureusement les indications de la liste hiéroglyphique, qui depuis Nibkari, ne connaît que quatre rois avant Snofrou. Nous pourrions ajouter, maintenant, que de ces quatre rois, trois seulement prennent place dans la liste des probables connus à la fois de tous les documents classiques, et que parmi ces trois probables, le premier Zosir, seul, et peut-être son prédécesseur Nibkari, ont été restitués jusqu'ici par les documents contemporains : deux règnes, peutêtre trois, ont très bien pu prendre place entre Khasekhmoui et Snofrou, dans l'inscription de Palerme complète. Rien en tout cas, miejx que ' l'observation de Meyer, ne saurait souligner l'inanité de la liste manéthonienne examinée au jour des témoignages anciens; et c'est pourquoi les divisions manéthonienues, d'ailleurs suspectes en général dans un grand nombre de cas, doivent surtout être perdues de vue lorsqu'il s'agit d'organiser l'histoire de la période antememphite.
MONUiMENTS ROYAUX DATÉS 167
De même que le système des dynasties manéthoniennes, notre liste des classiques probables et l'ensemble des documents hiéroglyphiques et grecs dont elle résume les concordances, sortent notablement diminués de l'épreuve du rapprochement avec la classification monumentale. Des noms royaux des monuments qui se retrouvent sur la liste, quatre étaient reconnus dès 1897, et depuis lors, sauf l'apparition probable du nom de Nibka sur un cylindre de THorus Sanakht et la découvertes du grand monument funéraire de Nofirkari à Zaouiet el Aryàn, les révélations qui se sont succédé n'ont provoqué la manifestation d aucune concordance nouvelle. Tout se passe, jusqu'ici, comme si les documents classiques avaient fourni, à l'époque de la découverte des premières inscriptions thinites, la majeure partie de la contribution de vérité dont ils étaient capables.