PÉRIODE DES CHAPELLES A STÈLE EN PIERIIE
Mariette a mis au jour, jadis, deux tombeaux qui appartiennent certainement à cette période, celui de Khabiousokarietceluiquia fourni les panneaux de Hesi, mais en ce qui concerne le premier seulement il nous a conservé quelques indications architecturales qui permettent de se rendre compte de la manière dont la grande niche de pierre s'agençait au fond de la chambre en briques. Chez Khabiousokari, dont le tombeau doit servir de type de repère à ceux de la même catégorie, cette stèle possède déjà, à la partie supérieure, le tableau carré qui domine d'une façon si caractéristique les stèles centrales des chapelles de la période suivante (Meïdoum, Abousir) et représente le défunt assis, ses noms et titres au-dessus de sa tète, et devant lui, au-dessus d'une table vers laquelle il étend la main, la liste des offrandes qui énonce le principal du repas funéraire. Or, le tableau ainsi disposé a fourni à l'origine le thème de l'ornementation et des inscriptions de la stèle toute entière, non pas seulement de la partie supérieure; nous allons le voir par les trois stèles que nous passerons en revue tout d'abord, celles d'Abnib, de Tetiankhni et de
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Nofir, très analogues entre elles par la composition générale et évidemment antérieures, surtout les deux premières^ à Khabiousokari : les inscriptions sont moins détaillées, réduites au strict indispensable, et la stèle d'Abnib est empreinte, dans sa facture, d'un cachet d'archaïsme des plus prononcés. Mais si sommaire que soit même cette stèle d'Abnib au point de vue épigraphique, elle et ses deux voisines ne renferment essentiellement rien de moins que la stèle de Khabiousokari; le groupe» ment seul est différent, et les trois stèles du premier type doivent être considérées comme complètes; elles ne proviennent point, selon toute apparence, de monuments plus vastes dont la partie inférieure ferait défaut.
Ces trois dalles rectangulaires étaient encastrées dans le mur de fond de chambres aux parois de briques, dans des mastaba en briques sur lesquels nous ne savons rien autrement. Il n'est nullement certain que ces trois tombeaux se trouvaient à Saqqarah.
A. — Stèle d'Abnib, V. 121 du musée de Leyde*.
Le personnage principal, assis devant le repas funéraire, a une chevelure frisée, représentée par une foule de petits cercles serrés les uns contre les autres, et c'est tout à fait anormal à cette époque, oii les figures d'hommes des statues et des bas-reliefs ont les cheveux invariablement arrangés en zones horizontales minces, divisées en petites cases carrées par des traits verticaux. A cette tradition se conforme, à peu de chose près, le deuxième personnage.
1. Leemans, Description raisonnée des monuments égyptiens du Musée d'antiquités des Pays-Bas à Leide, 1840, p. 298-299; Pleyte, L'art antique égyptien dans le Musée de Leide, dans Verh. des Vil. Internationalen Or.-Congresscs (Vienne, 1856), Agyptisch-Afrikanische Section, 1888. p. 47-54 (v. p. 48-50); Capart, Bec. de Monuments Egyptiens, I (1902), pl.I; Beschreihung dor Aeg. Sammlung des .\iederl. lieiclisinuseums der Altert. in Leidcn. Die Denknidler des alten Reiches, 190G, pi. XXIII et p 18.
Ilo ET III<! DYNASTIES ÉGYPTIENNES
debout derrière le premier et porteur de la canne et de la massue.
Les textes qui accompagnent ces deux figures témoignent, par leur concision et la grossièreté d'exécution de plusieurs détails, d'une expérience encore à ses débuts, mais ils n'en présentent pas moins déjà avec une netteté parfaite la division en trois catégories que nous observerons sur tous les tableaux carrés des stèles en pierre qui vont suivre, y compris celle d'Amten et celles de Meïdoum :
au-dessus des personnages représentés, une ligne de nom propre et titres ; devant eux, au-dessus de la table, une liste d'offrandes sommaire : à droite, enfin, en un tableau disposé verticalement, une liste d'offrandes complémentaire.
Inscription supérieure : « Le fonctionnaire royal*, préposé à la porte, chef du mater, Abnib », Le service inex-
1. Pour ce qui concerne la manière dont nous expliquons le titre souten iri kkit, rendu précédemment par « connu du roi », v. ce qui est dit ci-avant, chap. III, ^ I, B, à propos de la statue D 94 de Leyde.
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pliqué nommé mater a déjà été rencontré par nous, au précédent chapitre, sur les cylindres Abydos 11, XVI, 9 et Hierakonpolis 11, LXX, 10, 14, 22.
La liste d'offrandes sommaire au-dessus de la table ne comprend encore que trois éléments tout à fait fondamentaux qui sont la libation purificatrice iadil\\e vin, qui représente les boissons, et l'oie préparée, qui représente les aliments solides. Quant au tableau de droite, il est disposé déjà, quoique d'une manière plus rudimentaire, comme les grands tableaux correspondants des stèles que nous verrons tout à l'heure, avec leur division régulière en petites carfes carrées dans lesquelles des rangées de signes
, « milliers », alternent avec des rangées de noms d'objets ; et déjà aussi, ce tableau est surmonté des singulières images divines, oiseaux d'Horus sur leurs perchoirs, qui au nombre de trois, quatre ou davantage, se rencontrent invariablement à la même place sur les stèles de composition analogue. Chez Abnib, il y a deux oiseaux, surmontant un petit système de cases qui renferment le signe
« mille » trois fois répété ; au-dessous, le mot || — ^ hali^
« essence», et la mention des essences d'offrande 4 J , déterminées par deux vases au-dessous desquels se répète encore le signe « mille»; tout en bas, enfin, la tête de bœuf représentant les « viandes », et les deux têtes d'oiseaux représentant les « volatiles ». Il ne reste à lire et à expliquer que la précédente mention relative aux essences.
Au cours des premières périodes ihinites, au temps d'Aliou-Menes et de Zer comme sous les règnes des Horus Den, Azab, Semerkha et Qa du deuxième groupe, les petites plaquettes de bois et d'ivoire qui portent un nom royal, une désignation d'année par un événement, et le protocole, nom et titres, d'un fonctionnaire, mentionnent
1. V. ce qui est dit au sujet de celte libation et des groupes qui servent à l'écrire, ci-avant, chap. II, § V, à propos de l'inscription du socle do la statue i du Cuire.
en outre, comme on sait, un petit nombre d'offrandes funéraires particulièrement importantes et, parmi celles-ci, les « deux essences » hati, r« essence de Lybie » et r« essence de cèdre ». Ces deux essences consacrées sont bien connues par une foule d'inscriptions de l'époque memphite, où elles figurent régulièrement dans îa table d'offrandes des tombeaux, sous des orthographes variables, plus ou
moins voisines des lormes o q | r> ii et:2i q "-t^ U-
D'après les plaquettes thinites', il semblerait que la table d'offrandes memphite continue simplement, en ce qui concerne les deux essences, une tradition aussi ancienne que alênes et ininterrompue depuis lors, si l'on n était point forcé de constater que pendant une période intermédiaire, cette tradition s'oblitère de la manière la plus curieuse. En réalité, on perd complètement de vue les essences d'un bout à l'autre des troisième et quatrième groupes royaux (de Hotepsekhmoui à Noutirkha-Zosir), qui no nous ont point laissé de plaquettes; et quand les essences hati reparaissent, sur les stèles en pierre de la période dont nous commençons l'étude, la liste parfois fort longue de ces substances ignore, la plupart du temps, les deux noms consacrés de l'époque antique, comprend une foule de noms inconnus et ne revient que dans le cours de la IV*^ dynastie aux essences primitives de Lyhie et de cèdre. C'est ainsi que Rahotep, dans les grandes listes de son tombeau de Meïdoum (Mariette, Mon. divers^ pi. 19; Pétrie, Medum, pi. XIII), possède huit essences, dont les
noms, tous précèdes du mot ][ "==^ et suivis, comme determinatifs, de vases de formes variées, sont :
1. De bous spécimens sont ceux de Pétrie, HT î, XI, li, XV, 10
(Den), où l'on trouve O ■ — ' ' — '^ 4; ro » " essences de Lybie et de cèdre, par milliers et centaines », XI, 4, XV, 18, même rédaction, XII^
1, XVII, 26 (Semempses), | '=^, « essences », XI, 12, XVII, 28, | ^
^^ ^ 1/ ' — -^'f , « essences de Lybie et de cèdre ».
DE ZOSIH A SNOFUOU 223
^ ^i tîi '^ '^ '^ ^ -m-
azilit bcKjit ab ab-sa sliesit asli sefirou ba
aznit
Le premier nom, seul, est celui de la primitive essence de cèdre Ç^^ de la plaquette citée à la n. de la p. précédente, r^ de la liste de Khabiousokari qu'on va voir). Amten, sur sa stèle [LD II, 3 =z Aeg. IiiscJi. Berlin, p. 81),
ne connaît que la seule essence )| """^ H ^ /TtI ,1a troisième de la série précédente; mais dans le tableau du bas de la stèle de Khabiousokari {Mastaba^ p. 79, et beaucoup mieux Murray, Saqqara, 1905, pi. I), on trouve cinq cases consacrées aux liait, et les cinq noms, que voici, sont déjà connus par la liste de Rahotep :
Le déterminatif du quatrième nom shesit est une erreur pour le signe spécial qu'on rencontre à la môme place chez Rahotep ; nous en verrons la confirmation dans un instant. Quant au deuxième nom, il est évidemment identique au sixième de Rahotep ; le nom de cette essence est
à lire ^ j ^^, as our ou plutôt asti our, « grand parfum»:
le mot ^1 .avec le déterminatif du sachet, n'est autre chose
que I ^ , parfum, odeur, mot et orthographe bien connus à toute époque et qu'on rencontre à la môme place, comme on verra un peu plus bas, dans la liste de la chapelle de Nofrit.
Dans la liste d'offrandes de l'autre grande stèle du tombeau de Khabiousokari, publiée par Murray, Saqqara, pi. II, il y a seulement (juatre essences Jiati; leurs noms
sont: /jj*^ V^P^îS "^ S |'ô ^ q^ remarque que
224 Ile ET I1I« DYNASTIES ÉGYPTIENNES
des essences mentionnées sur l'autre stèle du tombeau, c'est justement l'essence de cèdre, az ou aziiit^ qui fait défaut ici; on remarque encore que dans l'orthographe du mot shesit figure ici le syllabique correct donné par Rahotep, au lieu de l'oiseau introduit par erreur sur Tautre stèle.
Notons ici, enfin, pour faciliter les rapprochements, la liste des essences qu'on trouve dans la chapelle de Nofrit, au même tombeau de Rahotep quia fourni la liste de huit noms citée un peu plus haut. Il reste, de la liste mutilée de Nofrit, les noms suivants :
E^ U \\^ %± ^ ps.
Presque tous, comme on voit, se trouvent également dans l'autre chapelle. Remarquons, dans la troisième case, l'essence «parfumée» asti, en toutes lettres, qui fournit l'explication, dans la cinquième, de asti our, le « grand parfum » que connaissent également les deux stèles du tombeau de Khabiousokari. Remarquons également, dans la case précédente, l'essence baqit^ — baqit aznit de l'autre chapelle, — qui paraît être une autre variété d'essence
de « cèdre » : le mot ^^ ^ y ^^^ bien connu à toute époque.
Il est intéressant d'observer, d'autre part, que dans la
liste sommaire du tableau de tête de la stèle de Khabiou-
sokari figurent ^ ^ U U, qui sont évidemment les « deux essences » traditionnelles de la période antérieure, non oubliées, mais reléguées au second plan pour des raisons inconnues.
Tetiankhni, dont nous verrons dans un instant la stèle, ne possède que les essences ab et shesit : la première, on le voit, est la seule qu'on rencontre à la fois chez lui, chez Khabiousokari, chez Rahotep et chez Amten. Pour en revenir maintenant à la stèle d'Abnib, on voit que la même essence ab s'y rencontre encore une fois, le nom écrit
sans le quadrupède et déterminé, en sa place, par le
l)K ZOSIR A SNUFROU 225
signe du sachet q'ii ne sert ailleurs, dans les listes que nous venons de passer en revue, qu'à écrire le nom différent asti; mais lorsqu'il n'est question que dune essence, on comprend que le signe du sachet puisse être employé pour déterminer, en général, l'idée d'huile ou pâte parfumée. Le même phénomène graphique s'observe, pour le même mot ab, en un endroit du tombeau d'Amten où l'on voit un homme apporter dans un récipient la substance
'-! J "Ït^ '^, « parfum ab >^ (LD II 4 z^ Aeg. liiscli. Berl , p.
B. — Stèle de Tetiankhni, au musée de Liverpool'.
La composition de cette stèle ne s'écarte en rien des règles générales formulées, pour les monuments apparentés de cette époque, au début de la discussion de la stèle précédente. On remarque, ici, la même séparation des textes en trois catégories, nom et titres, menu sommaire du repas, devant le défunt, enfin tableau complémentaire à droite. Le monument réalise d'ailleurs un progrès très marqué sur celui d'Abnib au point de vue de la finesse d'exécution, de la régularité des signes et groupes et de leur répartition dans les cadres préparés pour les recevoir. Les listes d'olfrandes commencent également à prendre quelqu'ampleur. Cette stèle est d'une grande beauté, et par de nombreux caractères touchant la rédaction et l'épigraphie tellement voisine, comme nous le verrons, des panneaux de llesi, qu'on n'hésite pas à affirmer que les deux tombeaux étaient contemporains.
Au dessus de la tête du défunt, on lit ; « Le scribe du
<-->. fonctionnaire royal', Tetiankhni », et dans la grande colonne verticale : « Le chef des scribes du ^^, scribe du
pi hir oudbou, Tetiankhni ». Le ' ^ ctd , « service des ap-
lie ET 111^ DYNASTIES ÉGYPTIENINES
provisionnements funéraires », a déjà été rencontré par nous sur le cylindre RTU 197 au nom de Khasekhmoui, et nous avons rappelé, à celte occasion (chap. Il, § 111, A), ce qu'on sait du groupe et comment Maspero crut pouvoir l'interpréter et le lire. Quant au service désigné par le groupe ^^, il n'est pas inconnu à l'époque memphite, où l'on rencontre plusieurs fois le titre même de Tetiankhni,
=^ [Mastaba, p. 115, 150, 165; Rougé, Inscr. hié-
ro^/., pi. 86) ou Y [^1 <— p. (Rougé, Inscr. hiérog/., pi. 85, 87, 101). Nous ne voyons pas de moyen de lire et d'expliquer le nom du service. On peut seulement remarquer que le signe en forme de croissant de lune [sep? ahou?) entre également dans l'écriture du nom de la substance
n ^ .=1 — ûo
^ jr^^^:=v.o, qu'on rencontre fréquemment dans les inscriptions memphites.
Le menu du repas funéraire, au dessus et au dessous de la table, comprend quelques éléments de plus que celui
DE ZOSIR A SNOFROU 227
d'Abnib vu ci-avant : la libation iadil, l'encens, le vin, l'oie préparée et un quartier de viande; puis les pains des deux formes, les a viandes » et les « volatiles >u par milliers. Quant au tableau de droite, il comprend comme celui d'Abnib une partie supérieure divisée en petits compartiments et dominée par plusieurs images divines, et au-dessous, en une seule grande case, la mention de deux essences et de quelques autres offrandes. Les essences sont ici ab et shesit. Ah, nous l'avons vu, figure chez Abnib, et de même chez Khabiousokari, Aniten et Rahotep; 5Ae5i7, chez Khabiousokari et Rahotep. Au dessous des essences, mention des vêlements moiikhit.
Il faut nous occuper enfin du tableau supérieur dont les petites cases sontdominées par les quatre enseignes divines semblables. La stèle d'Abnib avait déjà reçu à la même place, sous une forme plus simple, la même pancarte aux désignations un peu singulières, et nous allons la retrouver, plus ou moins développée, mais toujours semblablement construite, chez Nofir, Khabiousokari, Rahotep, Nofirmat, Amten, Meri, et encore une fois chez Merab au temps de Kheops. Chez Merab, d'ailleurs, les indications de cette pancarte tendent à se fondre dans la liste des offrandes habituelles, et à la même époque à peu près, chez Ankhiris, elles ne sont plus qu'évoquées brièvement, au milieu de la liste, par un seul groupe hiéroglyphique qui disparaît lui-même ensuite : la pancarte quadrillée surmontée des oiseaux divins est donc spéciale aux monuments du règne de Snofrou, où nous sommes, et des premières années de Kheops*.
Il résulte du rapprochement de tous les exemples dont nous disposons, que cette pancarte est uniquement destinée à mentionner les «tissus», dont le nom, chez
1. Il faut remarquer cependant que des listes analogues, qui procèdent directement de la pancarte quadrillée de cette ancienne époque reparaissent beaucoup plus tard, lorsqu'on se plaît à faire revivre d'anciens usages épigraphiques ; c'est ce qu'on voit, par exemple dans le tableau des étolfes et des vêlements du tombeau de l'étéuisis à Saqqarah [Ann. du Service, I, 1900, p. 253).
lie ET III" DVNASTIKS ÊGYPTIENNtS
Tetiankhni, se trouve dans la première case supérieure de
o-auche, sous la forme apparente (o qui doit être complétée par le cadre même de la case rectangulaire de manière
(lOlLl à donner un signe unique dont la forme moyenne est[*£j :
ainsi figuré chez Khabiousokari,
chez Nofir et chez
r^ I Mil I Rahotep, { ^ ] et | (£ j chez Merab et chez Meri, ce signe
n'est autre chose que |' et représente, comme Ta observé Maspero (iT/. Égyptiennes, II, p. 250, n. 2), une pièce d'étoffe garnie de franges d'un seul côté. Pour comprendre les indications du tableau, il sera peut-être bon de commencer à l'examiner à l'époque où il est en voie de disparation par fusion dans la liste des autres offrandes : c'est le phénomène qu'on observe au tombeau déjà cité de Merab, dont la stèle centrale (.4efl-. Insch. Berl., p. 99) porte encore la pancarte aux images divines, tandis qu'une autre inscription fournit les mêmes mentions, abrégées et en conjonction avecd'autres. Cette deuxièmeinscription(.4eo. Insch. BerL, p. 90) porte en tête d'une petite liste d'offrandes qui comprend l'encens, les fards et les essences hatl, la mention suivante ^
iliiii iil i
Nous trouvons là, complètement écrit, le nom ou, plus exactement, un nom particulier de l'étoffe, dima, « tissu ». Précédé de l'image divine sur l'enseigne, cela semble sio'nifier « étoffes divines » ou u étoffes [funéraires », et
quant au signe J^ qui se multiplie en différents groupes, il semble n'être essentiellement autre chose qu'un déterminatif. Que signifient, cependant, ces groupes où les signes
X s'accolent en une progression bizarre que nous retrouverons sur quelques stèles, par une, deux, quatre et six
DE ZOSIR A SNOFKOU 2-19
unités? La meilleure explication semble être celle qua récemment suggérée Griffith (v. Murray. Saqqara, p. 33), et d'après laquelle il s'agirait de tissus à un, deux, quatre ou six brins au. fil. 11 faudrait donc traduire la mention précitée du tombeau de Merab : « Etoffes funéraires dima à six, quatre, deux et un brins au fil : mille de cliaque espèce' ».
On se rend compte que tous les problèmes qu'on rencontre réunis sur cet étroit espace sont encore loin d'être résolus : pourquoi l'image divine, et pourquoi la singularité du jeu arithmétique qui semble attribuer aux étoffes une importance si disproportionnée avec celle des autres offrandes? Contentons-nous d'observer ici, car il faut en finir avec la stèle de Tetiankhni, que d'une manière géné-
1. Le signe de l'image divine sur l'enseigne semble être un vrai dcier-
minatif dans le mot '==-' ^ ,=^, qui figure dans la pancarte des étoffes deMeri (v. plus loin, même chap., § IV, C), et il en est de même dans plusieurs autres cas, notamment sur la stèle de Noutirnofir (/.e Musée
Egyptien, I, pi. XXIV), où l'on rencontre le mot ^~— ^ X ^.m>- 1111 dans une série de titres mutilée et difficile à expliquer, et dans une inscription de Saqqarah {LD II 96) que cite Maspero {Et. Egyptiennes^ II, p. 250-251) et dans laquelle des pièces d'étoffe au nombre de iOOu,
JL JL ^ 1) sont ensuite désignées par les mots V e-="^ ^^^ X 1 1 •
A peu près à l'époque de Merab, chez Ankhiris [Mastaba, p. 1»"*), un dernier vestige, pour l'époque memphite, du tableau des étoffes apparaît
sous la simple forme du groupe ^^^ A A A A ' ''" milieu d'une liste d'offrandes du type memphite ordinaire. Dans d'autres cas, un signe iini-
que arrive à prendre naissance par soudure des groupes de signes I
au signe II plus ou moins développé ; c'est ainsi que s'est formé le signe curieux noté par Brugsch [Dict. hiérogl., p. 1315) ilans un mot
^j^-^ qu'il détermine et qui a le sens de « toile blanchie ». — IS'oler eniin que sesher et dima ne sont pas les seuls mots susceptibles d'être
délermiiiés par Ti ^ ou ses v,ii iarrlcs ; il on est de même de Ions les autres noms d'élofies, nolammoiil la toile sut (v. par exemple Miistalni ^ p. iS5).
raie, sur ces pancartes, nous trouverons toujours mentionnées sur un pied d'égalité deux sortes d'étoffes, «>-==- «a, et < — m. sounouK Les deux catégories donnent lieu, chez Tetiankhni, aux mêmes déterminations graphiques et au même jeu de progression numérique, d'ailleurs très simple et qui figure dans le tableau une troisième fois, au début, à propos du terme général d'«( étoffes ». Les indications de ce petit tableau très régulier peuvent être comprises, d'après ce qui précède, de la manière suivante :
« Etoffes funéraires à un brin, deux brins et quatre brins au fil, par milliers :
!•» Etoffes sounou à un brin, deux brins et quatre brins au fil, mille pièces de chaque espèce ;
2" Étoffes aa à un brin, deux brins et quatre brins au fil, mille pièces de chaque espèce».
G. — Panneaux de Hesi, 1037 à 1039 et 913 du musée du Caire.
Avant de poursuivre l'examen des stèles de la même famille, celle de Nofir et celles du tombeau de Khabiousokari où s'essaie pour la première fois, à ce qu'il semble, la grande niche verticale en pierre sculptée dont la forme caractérise l'époque suivante, il faut insérer ici, à leur place chronologique, les panneaux de bois de Hesi et le panneau très apparenté de Merab au musée du Louvre. Ces monuments se rattachent, par la matière et le procédé de décoration des chambres de briques dans la paroi desquelles les panneaux étaient encastrés, à la période des premières chapelles à stèles ou fausses portes en bois que nous avons étudiées au § I du présent chapitre; mais l'usage du panneau de bois, nous l'avons vu, devait se
1. Elles ne sont pas toujours seules. Dans un cas, chez Nofir (ciaprès, même §, E), il est distingué trois sortes d'étoffes, aa, sounou et sont nofir, « lin fin », et dans deux autres, chez Nofirmat à Meidoum et chez Meri (ci-après, même chap., § IV, B, C), outre ces trois catégories, une quatrième, dima, <( étoffe tissée » ; dans un autre cas encore, sur une stèle non attribuée de Meïdoum que nous verrons en même temps, les trois catégories dima, sounou et aa.
DE ZOSIR A SNOFROU 231
conserver concurremment avec l'usage plus récent et plus général des stèles en pierre, et n'avait pas encore disparu au temps de Kheops et de Khephren, comme le montre la chapelle de Sitou à Saqqarah'. En ce qui concerne les panneaux de Hesi, ils peuvent être considérés avec certitude comme contemporains de la stèle de Tetiankhni qu'on vient de voir, tant à cause d'une certaine identité dans la facture parfaite et la régularité de disposition des hiéroglyphes, que de la similitude de composition de certains ta])leaux. Rien de plus frappant, à cet égard, que l'identité presque absolue des légendes du repas funéraire vers lequel le défunt assis étend la main, sur la stèle de Tetiankhni et sur celui des panneaux de Hesi que nous allons voir en premier lieu.
Des cinq panneaux que possède le musée du Caire, trois sont publiés en autographie dans les Mastaba, p. 80, 81, 82; les deux autres sont restés inédits jusqu'à ce jour'. Nous les donnons en fac-similé côte à côte, tous cinq, sur notre pi 111.
Premier panneau.
Hesi assis devant le repas funéraire, porteur de la canne et de l'attirail du scribe. Devant lui, au-dessus de la table, en trois colonnes, la lil^ation iadit, l'encens et le vin; plus bas, les viandes, représentées par une tête d'animal ran et un quartier de viande sur le plateau. Au-dessus, les titres de Hesi remplissent toute une moitié du panneau, en cinq colonnes que l'absence de traits de séparation rend au premier coup d'œil un peu difficiles à démêler : l'inscription n'est pas sans analogie de disposition et d'aspect avec celle des statues de Sepa que nous verrons au § suivant. Un nombre notable de ces titres seront nouveaux pour nous, et leur traduction rien moins que sûre; on sépare les groupes qui constituent chacun d'entre eux en se fondant sur la répétition des mêmes titres sur plusieurs panneaux, dans un autre ordre.
1. Décrite au § précédent en vue de déterminer les limites de la période des stèles en bois.
2. Mention de l'un d'eux dans Maspero, Guide du Visiteur (1883), p. 214.
A partir de la droite : « Le chef de la corne et de la flèche {a), hak uesit rou [b), chef du service (c) des offrandes, porteur de carquois (d) du dieu Khem, fonctionnaire royal (e), scribe des charpentes royales (/), préposé aux écritures (g), chef du sachet [h), prêtre {i) du dieu Khem, charpentier... (;), grand de Pe, coureur (/r), grand du Sud {l), prophète d'Borus de [RMasnit (m) et de Pe, Hesi ».
a. « Chef de ^ \ », peut-être « de l'épieu et de la flèche »; titre afl"érent au service des chasses?
b. Titre inconnu que nous retrouverons au troisième panneau.
c. ^ |j^, « chef de service », si le premier signe est bien
le signe ^j comme on le pense généralement. Titre d'ailleurs assez fréquent au début de la période memphite; se reporter pour ce qui le concerne, ainsi que pour le litre
*!•<___' et les autres groupes contemporains où entre le signe de la botte à ligature pendante, à ce qui a été dit au chap. 11, § II, à propos des cylindres Mahasna IX 5 a, b de l'Horus Noutirka.
d. Le'second signe, mal dessiné, laisse à peine reconnaître le mot ^X^jJ m(^iii qu'on rencontre plusieurs fois aux tombeaux du début de la période memphite, et dont le second signe pourrait représenter un paquet de flèches lié, dans une enveloppe. Rahotep, à Meïdoum [Mon. divers.
pi. 18, 20), sur sa stèleetsur sa statue, accole le titre \ ^ ]J
ou I ]) y "^ à celui de mir mashaou, « chef de troupes» ;
louzefa, de même [Mastaba,^. 134), est l __J^ jj ^ et
Ptahmerira. [Mastaba, p. 154-155), \) ^ ~ • H est vrai que Ptahmerira, qui est un chanteur, n'aurait que faire d'un titre militaire, de sorte que le sens de ce mot mal est en somme des plus incertains.
DK ZOSIR A SNOFHOU 233
e. 4 û » souten irikhit. Se reporter, pour ce qui concerne l'interprétation de ce groupe, à ce qui a été dit ciavant, ch, III, § I, B, à propos de la statue D 94 de Leyde.
f. Voir, pour le titre « charpentier royal » et son histoire ancienne, ce qui est dit ci-avant au chap. III, § I, A (fin), à propos du cylindre K5, 7 de Bêt-Khallâf.
g. Bi a, titre qu'on rencontre plus habituellement, à
l'époque memphite, écrit ^^^^ ou ^^.
h. ^^ '^, certainement identique au mot connu ^^ ^ « sac », dont le sens général est « saisir, empoigner, lier » .
La racine ■k^ . '< lier, envelopper », qu'on trouve à l'état primitif chez Hesi, est également celle à laquelle se rattachent les mots ]^^ ô etc., « bandeau de tête, capuchon, envelopper, etc. ».
i. « Tefàu dieu Khem ». Père ?
y. Le même groupe se retrouvera, semblablement disposé, sur les quatre autres panneaux. Il est impossible de savoir quel nom propre ou quel nom de service royal ou divin représente le second signe, celui du lion avec l'objet \ planté verticalement au milieu du dos. Ce signe, cependant, n'est pas spécial aux inscriptions de Hesi. On le connaît, à l'ancienne époque de Zer et d'Ahou-Menes, sur plusieurs cylindres d'Abydos et de Negadah où le signe du
lion couché surmonté d'un faisceau vertical m est associé à la représentation connue de la chapelle primitive merti^. D'autre part, le même titre écrit par le lion couché avec l'objet vertical se rencontre,, plus tard, dans lesremar-
1. RTU, XVI, 115, 116; Catalogue du Musée du Cuire, t. XXIV, pi. 13, n° 11.231, pi. 14, n° 11.302. Ces diverses empreintes proviennent d'Abydos ; mais le fragment 11.302 est une empreinte du même cyliiidie que l'empreinte entière de Negadah publiée par Morgan, Recherches, II, p. 170, fig. 561, et que les fragments également trouvés à Negadah et classés sous les n»» 11.302, -15, -16, -17, -21 et -23 du Musée du Caire [Catalogue, t. XXIV, pi. 15).
234 11" ET m» DYNASTIES ÉGYPTIENNES
quables inscriptions du tombeau de Meri (Louvre B 49 a, b) que nous décrirons plus loin, même chap., IV, C.
k. <Q) ^, cœur, marcheur, chef?
l. "^^ ^, titre très fréquent sous l'Ancien Empire, mais non expliqué encore avec certitude ; cf. Maspero, Et. Egyptiennes, 11, p. 202-204. ^ p=àîfc=d^ n
m. Le même titre se retrouve, écrit ^^ ^^^^^^ | \, « prophète d'Horus de la Masnit », chez louzefa [Mastaba, p. 134). Le sens de cette appellation d'Horus, comme on
sait, est « Horus Seigneur de la forge sacrée », ^^^ ^ © des textes d'Edfou. Pour ce qui concerne la Masnit, la forge et les forgerons d'Horus, se reporter au mémoire connu de Maspero, notamment aux pp. 321-324 du t. II de la Bibl. Egyptologique.
Deuxième panneau, Mastaba, p. 81.
Hesi debout, face à droite, la massue courte dans la main droite, la canne et l'attirail du scribe en un faisceau dans la main gauche. Au-dessus du personnage, série restreinte de titres tous rencontrés déjà au panneau précédent, en quatre colonnes. A partir de la droite : « Le chef du service [c des notes précédentes) des offrandes, prêtre (t) de
Khem, charpentier (y), fonctionnaire royal (e), scribe
des charpentes royales (/"), grand du Sud (/), préposé aux écritures [g), Hesi ».
Troisième i^?inneain, Mastaba, p. 82.
Hesi debout, face à droite, les bras pendants, l'attirail du scribe jeté sur l'épaule droite. Devant lui, petite liste d'offrandes, détruite à la partie inférieure, où se lisent encore, par milliers toujours, l'encens, les libations, les pains, les liquides, le vin, les bestiaux ran représentés par une tête de bœuf et une tête d'antilope à longues cornes fines. Au dessus de l'ensemble, en quatre colonnes, série restreinte de titres qui tous, comme ceux du précédent panneau, font déjà partie de la série développée du premier. A partir de la droite : « Le grand du Sud [l des notes précédentes), hak nesit rou (b), prêtre (i) de Khem, porteur de
DE ZOSIK A SNOFROU 235
carquois {d) de Khem, scribe des charpentes royales (/j, charpentier... (/), préposé aux écritures (^), Hesi ».
Quatrième panneau, inédit jusqu'à ce jour.
Hesi debout, face à droite, la massue courte dans la main droite, la main gauche sur la canne, Tattirail du scribe jeté sur l'épaule droite : ce dernier détail fait la seule différence de disposition entre ce panneau et le panneau n° 2 ; la titulature au-dessus du personnage est celle même du panneau n^ 2, présentée de manière identique.
Cinquième panneau, meV/iV jusqu'à ce jour.
Hesi debout, face à droite, avec la massue courte et l'attirail du scribe de la même manière qu'au précédent panneau, mais la grande canne, dans la main gauche, ramenée devant le milieu du corps. Au-dessus, titulature identique à celle des panneaux no^ 2 et 4. Devant le personnage, petite liste d'offrandes très analogue à celle du panneau n°3.
Lorsqu'on cherche à se rendre compte, maintenant, de la manière dont était aménagée la chapelle qui a fourni tous ces panneaux, on ne peut guère que déplorer l'ignorance absolue dans laquelle nous a laissés Mariette. Il est probable, cependant, qu'une chambre aux parois de briques était ménagée dans un mastaba en briques du type ordinaire, qu'une niche en plan à redans s'ouvrait dans la paroi du fond, et que les panneaux s'encastraient dans les facettes verticales du tracé à redans; le motif central était peut-être fourni par le panneau n" 1, dont nous avons remarqué l'analogie de composition avec la stèle de Tetiankhni.
D. — Panneau de Merab, G. 5 du Louvre*.
Hesi n'a pas été le seul personnage de son époque dont la chapelle funéraire fût décorée par ce procédé remarquable. Voici en effet, au Louvre, un panneau de facture extrêmement analogue, probablement contemporain, et qui a fait partie du tombeau d'un certain Merab ; il ne doit
1. Décrit par Pierret, Catalogue de la salle historique de la galerie égyptienne, etc., i877, p. 7.
236 Ile ET nie DYNASTIES ÉGYPTIENNES
s'agir ni du Merab du tombeau de Berlin, qui est du temps de Kheops, ni du Merab des cylindres de Bêt-Khallêf (K 5, 6, V ci-avant, chap. III, § I, A), contemporain de Noutirkha-Zosir.
Le panneau du Louvre, encore inédit et d'une beauté égale à celle des panneaux de Hesi, est malheureusement très détériorée la partie inférieure. Merab est debout face à gauche, porteur de la canne et de la massue, coiffé en zones minces horizontales comme la plupart de ses contemporains. Devant lui, au lieu d'une liste d'offrandes, le
simple signe de la libation, le vase |]( sur son support; au-dessus de sa tète, une titulature réduite à sa plus
simple expression : 4 ^ A -i — r '^ ^^ « Le fonctionnaire royal*, Merab ». Derrière lui est figuré à plus petite échelle
un de ses fils, ^^ [^^j ) \ '^, « le chef de service Nezemab »,
Il faut noter, enfin, qu'au procédé des panneaux de Hesi et de Merab, se rattache un fragment d'un très beau panneau de bois, grand et massif, que ses inscriptions ne datent pas avec netteté et qui pourrait appartenir aussi bien, d'après le style de la sculpture, à l'époque de Hesi ou au règne de Kheops. Cette pièce remarquable se trouve au musée Guimet. On ne peut la faire descendre plus bas que Kheops, mais on se rappelle qu'au temps de Khephren, le motif central de la niche de la chambre de Sitou, à Saqqarah, est encore constitué par un panneau en bois.
E. — Stèle de Nofir^ de la collection Barracco, à Rome*.
Ce beau monument, qui appartient tout à fait, par l'ordonnance générale du tableau, à la famille des stèles pré-
1. Pour ce titre et la manière dont nous l'interprétons, souten iri khit, V, ce qui est dit ci-avant, chap. III, § I, B, à propos de la statue D. 9'« de Leyde.
2. Collection Barracco, publiée par F. Briickmann d'api-cs la classification et avec le texte de G. Barracco et W. Helbig ; Munich, 1892. PI. I et texte, p. 11. Reproduite pi. IV ci-contre.
nt ZOSIH A SNOFKOU 237
céderament étudiés, constitue en même temps un terme de transition des plus remarquables entre répo([ue de Tetiankhni et celle des stèles de Khabiousokari que nous verrons tout à l'heure. Nofir possède, en efl'et, comme ses prédécesseurs, une large stèle de pierre, carrée, massive, dont les inscriptions mentionnent au complet tout ce qu'il est nécessaire d'avoir nommé dans la tombe, et qui était encastrée au fond de la niche centrale d'une chapelle aux parois de briques anépigraphes; le défunt, ici encore, est assis face à droite dv3vant le repas funéraire; deux lignes en gros caractères mentionnent son nom et ses titres, la première au-dessus du tableau, la seconde, disposition nouvelle, couvrant toute la largeur d'un socle massif qui saille en avant à la partie inférieure; à droite, enfin, se développe au-dessous des oiseaux divins la singulière pancarte des étoffes que deux fois déjà nous avons trouvée à la même place. Voici maintenant ce qu'on rencontre ici de nouveau. Tandis que chez Abnib et Tetiankhni, chez Hesi également, les mentions qu'on lit tout autour de la table sont des plus succinctes, — eau à laver, encens, vins, essences hati, volaille préparée, pains, viandes et volatiles, — ce menu sommaire est remplacé, chez Nofir, par une longue énumération qui remplit huit lignes en petits caractères et garnit, en outre, l'intervalle libre au-dessous de la pancarte des étoffes. Cette liste d'offrandes développée ressemble beaucoup, parla nature des objets nommés et par de nombreux détails, à celles du tombeau de Khabiousokari; la principale différence consiste en ce que, dans ce dernier tombeau, la pancarte des étoff'es et la liste d'offrandes développée sont transportées au-dessous du tableau rectangulaire, donnant ainsi naissance à une stèle développée en hauteur qui sera celle des chapelles en pierre de la période suivante.
La surface de la stèle de Nofir est malheureusement détériorée par endroits, ce qui gène la lecture sur une photographie. Les grandes arêtes sont écornées, surtout à gauche et en bas, comme si la pierre avait soull'ert d'un arrachement violent de son encastrement dans la brique.
238 11" ET 11I« D^NASTIES ÉGYPTIENNES
Ligne horizontale supérieure : « Le préposé aux écri-
tures de la chancellerie royale (g==d au lieu de =^=. plus
fréquent, cf. Maspero, Et. Egyptiennes., II, p. 214-216),
préposé au trésor, fonctionnaire royal, Nofir ».
Ligne horizontale du socle : « Le préposé aux écritures des approvisionnements [aperoul), préposé au trésor, Nofir ».
Pancarte des étoffes, à droite. — L'explication suggérée à Griffith par l'examen des inscriptions de Khabiousokari, et que nous avons rapportée plus haut à propos de la stèle de Tetiankhni, permet de comprendre à peu près complètement les mentions de cette pancarte. Au-dessous des trois enseignes divines, tout d'abord^ en quatre cases, le
mot j' ^ . et le signe k une fois, deux fois et quatre fois; au-dessous, le mot « mille » répété comme nous l'avons déjà vu. Gomme nous rencontrerons plus bas le même mot sef en relation semblable avec les groupes de signes
, il est naturel de le considérer comme le nom de l'objet que ce signe représente; si donc l'explication de Griffith est exacte, il faut admettre que sef signifie « brin du fil ». Nous retrouverons plusieurs fois le même mot dans
le même rôle, mais sous la forme | ^^, notamment chez Khabiousokari, chez Meri, dans les tombeaux deMeidoum et au tombeau de Merab.
Cette partie supérieure de la pancarte est une sorte de titre succinct : « Étoffes funéraires, à un, deux et quatre brins, mille pièces de chaque espèce ». Voici maintenant
le détail, et d'abord un sous-titre : « Tissus <-=» aa, 4 A, lin de première qualité', et sounoii ». Le mot sounou est écrit ici, comme on l'a déjà vu chez Tetiankhni, par un signe de main très allongée au lieu de la flèche régulière.
1. Sont no frit n'est pas, comme on pourrait le croire, une dénomination générale s'appliquant à aa et sounou; car dans les pancartes de Nofirmat et de Meri, qu'on verra plus loin, sont distinguées les quatre catégories d'étoffes dima (étoffe tissée), sounou, an et sout nofrit (lia Hn).
DE ZOSIR A SNOFROU 239
Quant à l'expression sout nofir, que nous n'avions point rencontrée encore, nous la retrouverons plusieurs fois dans les mômes circonstances.
Ce qui vient au-dessous est une énumération arithmétique qui occupe trois lignes, supportées chacune par une ligne de signes a mille». Il faut commencer en bas, où l'on
trouve, à droite, un mot ^^j^^ dont la fonction reste
inexpliquée, puis le mot | .-^.^ déjà rencontré en haut et
qui introduit la série des groupes de j[, par un, deux, trois, quatre, cinq, — écrit simplement par le chiffre 5 parce qu'il n'est plus possible, à partir de là, de faire tenir ce nombre
de signes J[ dans une case, — six, sept, huit et neuf : la dernière case, à gauche, est occupée par le signe (g, qui ne signifie pas 100, comme on a pu le croire, mais constitue,
avec son cadre, un signe équivalant à |' ,« tissus»; nous avons vu cela à propos de la stèle de Tetiankhni. Le tout esta interpréter, en somme, depuis le sous-titre : « Tissus des catégories sout nofir (lin fin), sounou et aa, à neuf, huit, sept, six, cinq, quatre, trois, deux et un brins au fil, mille pièces de chaque espèce ».
Pourquoi l'énumération arithmétique s'arrête-t-elle, en haut, au chiffre 9? Nous observerons chez Khabiousokari la même progression arithmétique de 1 à 9.
Au-dessous, deux lignes encore, surmontant chacune une rangée de signes «mille », appartiennent non à la pancarte des étoffes, mais à la liste d'offrandes développée. Nous les verrons tout à l'heure.
Table d'offrandes. — Devant le défunt assis on remarque
d'abord, en tête de toute la liste, la mention % ^ , qui constitue le plus ancien exemple actuellement connu de celte formule. Au dessous, le groupe connu de deux vases sur leurs supports, le second servant de déterminalif au vase qebhou qui exprime la libation à l'eau pure ; audessous encore, le môme vase rond à bec recourbé déler-
■2i0 Ile ET m» DYNASTIES ÉGYPTIENNKS
mine le nom de la seconde libation, celle à l'eau de natron,
N t^^ o hoLiza. A droite do cet ensemble habituel commence la liste d'offrandes proprement dite.
Première ligne. L'encens; les essences hati\ le fard
vertu ( |o o oile fard noir j ^^.^^; une substance
au nom difficile à lire; quelque pain? puis un nom jl qui
ne peut avoir été que celui de la bière liiqit ou de la
substance % j^ que nous trouverons chez Khabiousokari
et à Meïdoum; puis un pain ^— — ^ ^^^ ta nen, identique sans
doute à ^ 4* *t" de Khabiousokari; puis une jarre | ^^^, « breuvage», avec un qualificatif illisible; cette orthographe de sed rappelle singulièrement celle qu'on rencontre dans le nom du vignoble royal à l'époque la plus ancienne (Den et auparavant; v. ce qui est dit à ce sujet plus haut, à propos des cylindres du vignoble de Noutirkha, chap. II, § II); puis deux gâteaux qu'on rencontre fréquemment ensemble à l'époque memphite, tout
et ta rethou <-;> q • *^*^ dernier, seul, figure régulièrement dans les listes de l'époque qui nous intéresse.
Deuxième ligne. Le beurre ou crème zosirîl, qu'il ne faut pas confondre avec le meuble du môme nom spécial aux listes de l'époque ancienne et que nous trouverons
chez Khabiousokari et à ISIeidoum ; la bière douce )('^ C); un nom illisible ; encore une fois le pain ta nen de la première ligne ; deux autres noms de pains, dont le dernier
<^st ^^„^„„ , — , ? une boisson sed, d'espèce différente de celle
rencontrée à la première ligne,) '-^ "^Jj ^0 sed ah, « boisson désaltérante? ». Voici maintenant pour la première fois, de la viande, le quartier bien connu .«o«^, après quoi la liste parait s'interrompre pour évoquer une seconde fois la libation à l'eau et la libation au natron. La ligne se termine par la mention des pains connus neher.
Pi. IV
CoLLiicnox Barracco, à Rome. — Stclc de Xohr,
// Di'iiioii/in, se.
DE ZOSIR A SNOFROD 241
Troisième ligne. Sur huit plateaux en deux rangées sont présentées les pièces diverses de la série des viandes et volailles, les deux cuisses de bœuf khopesh et sotep, le quartier aoua^ le quartier seper et le quartier sout qu'on vient de voir, trois volailles préparées. La fin de la ligne est occupée par la série des fruits, présentés intacts ou en pâtes : les fruits ashed^ les figues deba^ un nom mutilé. ..6,
le « pain de figues de symocore » ,,^^^^ Jj i , enfin la substance ]( Jf o o o qui est un grain.
Quatrième ligne. Le vin arp et une autre boisson dont le nom, au-dessus de la jarre, est mutilé.
Cinquième ligne. Les fruits connus sekhpit^ « melons, concombres (?) », suivis d'un nom en lacune^..., peut-être
le fL-^ j^ que nous retrouverons en relation avec sekhpit chez Khabiousokari.
Sixième ligne. Le grain connu agoiit, puis trois substances qui ici sont des grains en corbeilles, khenfoii, hebennitou et sati\ dans les listes habituelles, khenfou etheberi' nit sont représentés de préférence sous la forme de pains.
Septième ligne. On retrouve ici des noms très connus, le gâteau shat^ les deux grains skhat, le blanc et le vert, puis « toutes les choses sucrées » et « tout ce qui pousse ». On remarque que ces dernières mentions appartiennent à la période postérieure, de la IV à la VP dynastie; Khabiousokari, comme nous verrons, les ignore encore.
La huitième ligne, enfin, nomme le grand et le petit bétail ranou et les quatre volatiles connus zaii, rou^ torpou et sarou. On remarque que les deux derniers noms sont écrits, abréviativement, par leurs initiales. Ces six animaux, par milliers.
Sous la table on lit encore, en grands caractères, devant les jambes du défunt : « Aliments solides et liquides, tissus et vêtements, par milliers ».
Il ne reste plus à parler que du complément à la liste qui figure dans le coin inférieur de droite, au-dessous de la pancarte des étoft'es. On trouve là, rangés sur deux lignes
dans une disposition que nous retrouverons, pareille, au tombeau de Khabiousokari, huit signes A, — le monceau ou le grenier, — et dans l'intérieur de chacun d'eux le nom d'une substance, grain ou fruit. Plusieurs de ces
noms, ici, sont devenus illisibles ; on distingue encore*» ° 4>
le blé du Sud, et dans la seconde ligne, Jj o o o, connu
chez Khabiousokari, un autre grain j^ (?), et en dernier
lieu le X ^ o o o déjà rencontré. Le tout par milliers.
La stèle de Nofîr, en résumé, est du type des stèles anciennes d'Abnib et de Tetiankhni par la composition générale, mais se montre surtout apparentée avec celles de Khabiousokari par la nature des textes et les détails de leur arrangement. Certaines mentions de la liste d'offrandes tendraient même à faire croire que Nofîr est postérieur à Khabiousokari, et l'on ne peut affimer qu'il n'en est pas ainsi en réalité; il faudrait admettre, dans ce cas, que le tombeau de Nofîr, avec sa dalle de pierre unique encastrée au fond de la niche en maçonnerie de brique, était une survivance d'usages architecturaux sensiblement plus anciens.
F. — Stèles du tombeau de Khabiousokari, au musée du Caire.
Les seuls renseignements architecturaux publiés sur le tombeau de Khabiousokari à Saqqarah étaient, jusqu'à ces temps derniers, ceux de Mariette, par qui nous savions [Mastaba^ p. 71-79) que dans la grande face est de ce vaste mastaba rectangulaire en briques, au voisinage de l'angle sud-est, s'ouvrait un étroit couloir qui donnait accès, par le milieu, à une petite galerie intérieure parallèle à la façade; la grande paroi du fond était ornée de ces rainures verticales, tracées à redans, dont les édifices de briques de l'époque ancienne nous ont déjà fourni nombre d'exemples, et au milieu, face au couloir d'entrée, la paroi s'approfondissait en une large niche dont le fond, qui encadrait une petite niche centrale avec linteau, était bâti en
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pierre*. Mariette avait copié, assez exactement, les figures et inscriptions de cette stèle, c'est-à-dire du fond de la niche centrale, et des deux montants qui l'encadraient, et aussi, celles de deux montants en pierre très analogues aux précédents et provenant évidemment du même tombeau, mais qu'on ne savait où mettre : leur adaptation serait aujourd'hui encore un problème, si l'on ne possédait au musée du Caire, en même temps que les pierres diverses qu'on vient d'énumérer, la haute dalle de pierre à droite et à gauche de laquelle les montants supplémentaires de Mariette prennent place. Mariette, qui selon toute apparence a trouvé cette deuxième stèle avec niche en même temps que tout le reste, n'en a jamais parlé nulle part, non plus que de la seconde chambre, de disposition identique à la première, au fond de laquelle le deuxième dispositif de stèle et montants de pierre était encastré. Cette autre chapelle était consacrée à Hâthornofirhotep, épouse de Khabiousokari, et il est certain, par les exemples de disposition analogue que fournissent les tombeaux de Meïdoum, quelle prenait jour dans la même façade du tombeau que celle consacrée au mari, mais à l'autre extrémité, près de l'angle nord-est. 11 ne faut pas trop s'étonner de ce que le plan de Mariette, assez inexact quant aux dimensions et aux détails, n'en porte aucune trace.
Miss M. A. Murray, en 1905, a donné pour la première fois une publication convenable et intégrale de ces admirables monuments en pierre [Saqqara Mastabas^, part. 1, pi. I, 11). Cette publication, qui contrôle, corrige, complète et en quelque sorte supprime les dessins hâtifs de Mariette, nous dispense de fournir ici des reproductions en disposition originale; nous procéderons simplement à l'examen méthodique des inscriptions.
1. Borchardt, en 1898 (Zeitfickrift,XX\l, p. 92), a fort habilement reconstitué le plan primitif de cette chambre, montrant en détail comment les différentes pièces de la niche en pierre étaient assemblées entre elles et comment elles s'agençaient avec les murailles de briques environnantes. Nous y reviendrons au chap. suivant,