Voir plus haut, p. 254 et 304 à
i2. Voir plus haut, p. 315 à 319.
3. Il est assez curieux, en effet, que les TTpsaê'JTepot sTrta/.oTroùvTCi; ne
D'autres indices, moins contestables, dénotent, en effet, que la chrétienté de Rome était par excellence une de celles où les fonctions épiscopales, telles que nous avons appris à les connaître, étaient exercées par des presbytres et où le gouvernement presbytéral était le plus fortement organisé. Non seulement aucun des documents primitifs émanant des chrétiens occidentaux ne mentionne les évêques à part des presbytres, mais ici même, dans cette Lettre qui est, après quelques Épîtres de Paul, le plus ancien texte chrétien écrit à Rome, dans cette encyclique placée expressément sous le nom et sous l'autorité de l'apôtre Pierre, celui-ci ne fait valoir d'autre titre à la confiance des chrétiens que celui de pr.eshytre. Il importe de faire ressortir dès à présent à quel point un pareil texte détruit la légende de l'épiscopat de Pierre à Rome ; l'origine même de cette légende ne pourra être discutée que plus tard, lorsque nous rencontrerons des documents où elle figure. Pour demeurer fidèle à notre méthode, nous devons nous borner à relever ici que nulle part encore nous n'avons trouvé la moindre trace de l'épiscopat de Pierre. Ce qui résulte avec une entière évidence de ce curieux passage, c'est qu'à l'époque où écrit l'auteur de / Pierre il n'y avait pas encore à'episkopos à Rome ; l'auteur connaît des Trpsaêu'uspoi ÈTita-xoTroùvce!;, et lorsqu'il s'agit de prouver aux destinataires de VÉpître que celui qui l'a écrite a le droit d'adresser des exhortations, même à des presbytres, ce n'est pas à ses fonctions épiscopales qu^il fait appel, c'est à sa dignité presbytérale : « Je suis presbytre comme vous, » leur dit-il (v. 1), Et qu'on ne prétende pas que l'auteur, ayant conscience d'usurper le nom de l'apôtre Pierre, n'a pas osé se qualifier d'apôtre oud'évêque;
se trouvent que dans un document qui ne vise aucune église déterminée et que les TzptaS'j'zspoi ne sont crûment qualifiés d'ÈTuiaxoTcot, que dans un discours fabriqué par un auteur de la fin du premier siècle sur des données plus anciennes d'une vingtaine d'années au moins. Voir plus haut, p. 302.
car, dans la salutation, il n'a pas eu de pareils scrupules et dans le contexte il s'appelle a témoin des souffrances du Christ «. Cette hypothèse même est d'ailleurs un pur anachronisme. L'autorité est donc inhérente au presbytérat et, puisqu'il y a des £TTta/.o7roùv-c£;, ils ne doivent l'être que comme délégués des presbytres, en quelque sorte comme leurs agents. L'Êpître ne contient aucun renseignement sur le recrutement de ces presbytres, ni sur la nature ou la durée de la délégation aux fonctions épiscopales. Mais il y a dans cette attribution de la qualité de « presbytre » à l'apôtre Pierre un indice qu'il ne faut pas négliger. Déjà nous avons signalé que les notables spirituels qui furent les presbytres des communautés helléniques, étaient en général « des » hommes d'âge et d'expérience, des fidèles de vieille roche, )) qui ont eu l'occasion de prouver, déjà depuis de longues )) années, leur zèle pour la communauté et le dévouement en- )) vers leurs frères » [v. s., p. 327). L'association du titre TroEaSjTspoç à la qualité de « témoin des souffrances du Christ » pour désigner saint Pierre, de préférence même à sa dignité d'« apôtre », dénote, serable-t-il, que dans la communauté romaine on accordait une valeur toute particulière au fait d'être chrétien de longue date, capable de témoigner directement du passé, et que la notabilité spirituelle qui vous rendait digne d'être presbytre y impliquait, plus expressément encore qu'ailleurs, la qualité de senior. Cette disposition est bien conforme au caractère distinctif de l'Église romaine primitive tel que nous avons essayé de le dégager, avec son tour d'esprit plus pratique, moins spéculatif, moins révolutionnaire à l'égard de la tradition de l'Ancienne Alliance. Nous verrons bientôt, en étudiant VÉpître de Clément Romain aux Corinthiens, à quel point ce sentiment de la tradition et du respect dû aux gens qui avaient fait leurs preuves y était développé ' .