Remarquez l'insistance du TcsiÔEoes xal 0-7i£ix£T
pastorales, mais à un degré d'intensité beaucoup moindre;, la concentration de l'instruction religieuse entre les mains des dignitaires semble avoir été provoquée par les fâcheux effets de la diversité des enseignements. Il faut s'en tenir à la foi des directeurs d'autrefois. Jésus-Christ, est-il dit, est le même aujourd'hui qu'hier et de toute éternité (xiii. 8): « Ne vous perdez pas par des doctrines diversifiées et étrangères (v. 9). ))
Comme ces ^-^o^j^zwi sont plusieurs, il est évident qu'il n'y a pas encore de conducteur en chef de la communauté; en d'autres termes, il n'y a pas encore un évêque de Rome.- Ils semblent devoir être identifiés d'une manière plus spéciale avec les presby très qui sont OTtaxoTuoûvTEç. Ils sont le collège gouvernemental de la communauté romaine, le collège des archontes de la synagogue chrétienne où des synagogues chrétiennes qui existent à Rome. Leurs fonctions rappellent celles des épiscopes dans les communautés helléniques, mais sans se distinguer aussi nettement de celles des presbytres. On a l'impression que les ^iYoufjisvoi, de Rome formaient, plus que les épiscopes grecs, un pouvoir exécutif de la communauté, et qu'ils se répartissaient entre eux les diverses fonctions administratives ecclésiastiques, et même religieuses, comme pourraient le faire les membres d'un conseil d'administration.
Mais l'essentiel ici c'est de constater la première apparition de l'idée sacerdotale et d'observer qu'elle a surgi tout d'abord à Rome, avant même la constitution d'un épiscopat monarchique dans cette ville. VÉpître aux Hébreux apporte à cet égard un témoignage particulièrement précieux, parce qu'elle permet de reconnaître les dispositions spirituelles spéciales qui favorisèrent l'éclosion du germe sacerdotal dans la chrétienté romaine. Assurément il n'y a pas en apparence d'écrit moins favorable à la constitution d'un sacerdoce humain, que ce traité dans lequel on s'efforce de démontrer à grand renfort d'allégories que le Christ a mis fin au sacer-
doce lévitique, en substituant aux grands-prêtres terrestres, aux sacrifices matériels de l'Ancienne Alliance, le sacrifice céleste, unique^ suprême, définitif, dans lequel il remplit à la fois les fonctions de grand-prêtre éternel et de victime. Dès lors il n'est plus besoin de nouveaux prêtres, ni de nouveaux sacrifices. Mais les prémisses doctrinales de cette étrange conception n'en sont pas moins de telle nature, qu'elles doivent nécessairement conduire à la reconstitution d'un nouveau sacerdoce, dont l'ancien n'aura été que la préfiguration, et le fait est que déjà les dernières exhortations de rÉpître esquissent une nouvelle théorie sacerdotale, en présentant les :?iYO'jfx£voi comme les intermédiaires réguliers de l'œuvre de salut accomplie par Dieu en faveur des chrétiens. C'est que l'auteur a beau s'évertuer à prouver le caractère unique et absolu du sacrifice célébré par le Christ dans le ciel, il n'en est pas moins évident que le perpétuel parallélisme établi par lui entre les conditions du salut chrétien et les institutions rituelles de l'Ancienne Alliance, conçues comme une image imparfaite de la vérité spirituelle, doit aboutir nécessairement dans l'esprit des fidèles à un rapprochement continuel des jeunes institutions chrétiennes avec celles du livre sacré, et que l'importance même attachée par lui à l'idée rituelle du sacrifice, l'attribution du titre de (( grand-prêtre » comme dignité suprême à Jésus-Christ, ne peuvent pas manquer d'éveiller iDerpétuellement dans l'esprit des chrétiens des suggestions sacerdotales. Le christianisme universaliste romain, par le fait qu'il dérive du judaïsme par évolution, par réduction de la Loi au sens spirituel au moyen de la méthode alexandrine, et non par réaction ou par antithèse psychologique, comme nous l'avons montré plus haut, est amené très naturellement à rattacher ses institutions ecclésiastiques à celles du passé juif, par analogie, par déduction allégorique, et la valeur qu'il accorde à cet ordre de considérations l'entraîne, tout comme du reste Philon et les Alexandrins, à accorder beaucoup plus d'impor-
tance à la Loi et aux institutions symboliques de l'Ancien Testament qu'aux prophètes dont relève l'Évangile authentique de Jésus.
Ce germe sacerdotal, qui paraît à peine dans VÉpiti^e aux Hébreux, va se dégager plus clairement dans le troisième des anciens documents romains qu'il nous reste â étudier.
l'épitre de clément romain aux corinthiens^
Valeur dé ce document.
La lettre adressée par a l'Église de Dieu qui habite* Rome à l'Église de Dieu qui habite Corinthe » a été de très bonne heure attribuée au personnage le plus célèbre de la commu-
1. Nous parlons de l'Épitre de Clément Romain aux Corinthiens au singulier. On sait, en effet, que le document qualifié dans les manuscrits de Seconde Épitrc aux Corinthiens n'a aucun droit à ce titre; c'est une curieuse homélie d'origine romaine, sans aucune relation avec l'église de Corinthe. — Nous avons suivi le texte de von Gebhardt et Ad. Harnack dans les Patrtim apostoUcoram Opéra, I. 1 (2= éd., Lipsise, 1876) et profité largeraeni; du beau commentaire de Lightfoot, Apostolic Fathers, I. Saint Clément ofRom.e(2° éd., Londres, 1890). — Il convient aussi de consulter la très ancienne traduction latine retrouvée récemment et publiée par D. Germain Morin dans le t. II des Anecdota Maredsolana et en tirage à part chez J. Parker, à Oxford.
2. 'H IxxXïifffa xou â'Eoù fj Trapotxoûffa 'P:&[jlï)v x. z. t. St. tq Tzoi.poi'/.o6(j-^ KôptvSov. C'est le premier exemple de l'expression caractéristique r/txXrjCTÎa irapot/.ouCTa pour désigner une église chrétienne, d'où les termes Ttdcootxoi, Ttaooixîa, parochia, paroisse. Le 7râpot/.oç est celui qui habite une cité en qualité d'étranger, sans posséder les droits du citoyen ; ce mot est usité dans les LXX pour rendre Thébreu "ii (étranger), expression qui, dans l'hébreu talmudique, s'applique spécialement aux prosélytes (Cfr. Weber, Die Lehren des Talmud,-p. 76.). Philon se sert des mêmes expressions pour indiquer ceux qui n'habitent pas leur véritable patrie : « Les sages d'après Moïse, dit-il, sont tous introduits comme des habi-
nauté romaine primitive, dont on n'a pas tardé à faire un évêque de Rome^ et dont certains historiens modernes ont prétendu faire aussi un consul, comme pour compenser l'épiscopat qu'ils lui refusaient. D'accord avec M. Renan et avecl'évêque Liglitfoot, nous repoussons absolument, comme dénuée de toute preuve historique et inadmissible en soi, l'identification entre le chrétien Clément, auteur présumé de VÉpître aux Corinthiens, et le consul Flavius Clemens qui, d'après Suétone et Dion Cassius, fut décapité sur l'ordre de Domitien, en 96, immédiatement après son consulat \ Il est possible que les accusations d'athéisme, de conversion au judaïsme et d'inertie des plus méprisables, alléguées par les historiens païens, trahissent des dispositions chrétiennes chez ce consul, comme il semble bien qu'il y en eut daijs son entourage.
» tants d'origine étrangère, car leurs âmes accomplissent une émigration )) hors du ciel : » ol xairà Mwiicivîv (tocçoî Tcâvcsç elçdcYOVTatTrapoixoùvTeç, etc. {De Conf. ling., éd. Mangey, I, 416; efr. De Cherubim, I, p. 161 ; De Sacr. Ahelis et Ca'iiii, I, p. 170). A rapprocher de cette conception philosophique d'après laquelle les sages, les hommes de Dieu, sont comme des étrangers sur la terre, — leur véritable patrie étant le ciel, — la conception concrète, matérielle, d'après laquelle le peuple de Dieu esc Tiâpoixoç en Egypte {Actes, vu. 6 ; xiii. 17), l'allégorie de Hébreux, xi. 9, où Abraham est présenté comme uâpof/oç dans le pays de Canaan, qui lui appartient déjà virtuellement par la promesse divine, mais pas encore effectivement. — Enfin, il faut rapprocher cette expression des 7rap£Tt(â-ri(jiot otaintopâç dans / Pierre, i. 1 (voir plus haut, p. 362), pour en comprendre toute la portée. Dans l'esprit de ces chrétiens universalistes, issus du judaïsme libéral, les chrétiens, comme les sages de Philon, ont au ciel leur véritable patrie; ici-bas ils sont des étrangers au monde qu'ils habitent, et en même temps^ comme leurs prototypes, les .Juifs de l'Ancienne Alliance, ils sont dispersés sur la terre. — On saisit ici le premier germe de l'opposition entre la société ecclésiastique ou les Tiâpor/ot et fa société civile ou les TcoXTTat.
1. Suétone, Dénitien, 15; Dion Càssius, LXVII. 14. — Cfr. Renan, Les ÉGanr/iles, p. 311 et suiv. ; Lightfoot, Apost.Fathers, I. 1, p. 23, 53 et suiv., 57. Il fait observer que l'on pourrait tout aussi bien identifier l'évêque de Rome, Plus, avec l'empereur Antoninus Pius, parce qu'ils sont homonymes et contemporains.
Mais ce qui est impossible, c'est que, sous Domitien, un consul en exercice ait été en même temps le principal conducteur de l'église chrétienne à Rome, célébrant les sacrifices au Capitole et flétrissant Tidolâtrie à l'église, faisant comme consul tout juste le contraire de ce qu'il faisait comme chrétien et cachant si bien cette vie en double dans la situation la plus en vue du monde romain que pas un historien antique, ni païen, ni chrétien, ne s'en soit jamais douté. On a quelque peine à se représenter comment une pareille hypothèse a pu être prise au sérieux. Le nom de Clemens {Kl-^ix-rii;) était fréquent à Rome\ il était en usage parmi les chrétiens' et il n'y a aucune raison de le confisquer au profit d'un seul personnage, qui deviendrait un véritable produit tératologique de la chrétienté primitive.
Il est assez oiseux de rechercher quelle fut la condition sociale de ce Clément qui paraît avoir joué un rôle prépondérant dans l'église de Rome à la fin du l^^ et au commencement du 11^ siècle ^ On n'en sait rien. Ce qu'il y a de certain,
1. H n'y a pas moins d'une cinquantaine de personnages de ce nom mentionnés dans chacun des t. V etX du Corpus Inscr. Lat. (Lightfoot, ïè., p.23, n. 1).
2. D'après VÉpître aux Philippiens, iv. 3, un des collaborateurs de l'apôtre Paul portait ce nom. Origène déjà l'identifiait avec Clément de Rome, probablement à tort. Le Clément mentionné par Paul se rattachait à la communauté de Philippes, tandis que l'auteur présumé de la Lettre adressée par l'Église de Rome à celle de Corinthe est d'origine romaine.
3. M. de Rossi, se fondant sur un passage des Actes des saints Nêrée et Achille, a cru pouvoir le rattacher à la famille Flavienne. Mais l'autorité de ces Actes, qui ne sont pas antérieurs au V siècle, est nulle. Les Homélies Clémentines attribuent à Clément des relations de famille, par son père et par sa mère, avec l'empereur Tibère, ce qui est manifestement faux {Hom-, iv. 7; xii. 8; xiv. 6, 10; Recogn., vu. 8; ix, 35). Les allégations fantaisistes de ce roman, jointes aux traditions plus sérieuses d'accointances chrétiennes chez quelques femmes de la famille Flavienne, semblent avoir donné naissance à la légende d'après laquelle Clément Romain était un personnage de haute naissance. Voir dans le
c'est que de nombreuses légendes se sont greffées sur son histoire et qu'une abondante littérature apocryphe se rattache à son nom. Il figure tantôt au troisième, tantôt au quatrième rang sur les plus anciens catalogues des évoques de Roule. L'histoire et la légende s'accordent ainsi à faire de ce Clément le premier chrétien influent de l'Occident.
De tous les écrits qui lui sont attribués, le seul qui puisse effectivement émaner de lui est la Lettre aux Corinthiens, destinée à ramener la paix dans l'église de Corinthe profondément troublée par des dissensions intestines. Avant de discuter la nature des fonctions qu'il remplissait dans la communauté romaine, il importe donc de rechercher quels sont ses titres à la paternité de ce précieux document.
L'Épître de l'Église de Rome à l'Église de Corinthe est sans nom d'auteur. Elle est antérieure à la Lettre adressée ^diV Voljc^T^Q aux Philippiens\ Hégésippe, qui séjourna à Corinthe avant de venir à Rome (c'est-à-dire avant l'épiscopat d'Anicet, vers l'an 150 aa plus tard) la mentionne, et Denys de Corinthe, écrivant à l'évèque de Rome, Sôtêr, vers l'an 175, rappelle qu'il est de tradition dans son église de lire le dimanche, aux assemblées religieuses, la lettre jadis envoyée par Clément ^ De même Irénée, qui écrit de 180 à
t. II de cet ouvrage ce qui concerne les Homélies Clémentines. — Cfr. sur ces questions : de Rossi, Ballet, di arckeologia cristiana, années 1865 et 1875; Relier, Catacombes de Rome, I. p. 58 et suiv. ; Lipsius, Chronologie der rœmischen Bischœfe, p. 152 et suiv. ; Lightfoot, O. c, p. 23 et suiv., "p. 55 et suiv.
1. Voir la comparaison détaillée dans l'édition de Gebhardt et Harnack, p. XXIV et suiv. ; cfr. A. Harnack, Geschichte der cdtchristlichen Litteratur bis Eusebius, I. 1, p. 40.
2. Hégésippe invoqué par Eusèbe comme témoin des troubles de l'Église de Corinthe qui motivèrent la Lettre de Clément: H. E., III. 16. Les mots xaTà -côv ÔTiXo'jfjLsvov ne peuvent s'appliquer qu'à Domitien, nommé quelques lignes plus haut (cfr. Lightfoot, O. c, I. p. 165). Hégésippe témoignait donc que les troubles ecclésiastiques de Corinthe s'étaient p^'oduits spus Domitien. Notre Lettre est ainsi de la fin du
190, lui rend témoignage\ Assurément aucun écrivain chrétien avant Clément d'Alexandrie- ne l'attribue d'une façon formelle à Clément de Rome, mais ce qu'ils disent sur l'époque et les conditions de cette correspondance est mis, d'une façon ou de l'autre, en tel rapport avec la personne de Clément que la participation de ce dernier à la rédaction de la lettre s'en dégage nettement. Et l'assurance avec laquelle Eusèbe, qui disposait de leurs témoignages complets, parle de la Lettre de Clément, atteste que dans les passages perdus de leurs œuvres ils n'émettaient aucun doute à ce sujet.
Il faut bien, en effet, que l'Épitre à l'Église de Corinthe, écrite au nom de l'Église de Rome comme collectivité, ait été rédigée par une individualité déterminée. On ne se met pas à dix pour écrire une lettre qui n'est rien moins qu'un
I" siècle. — Cfr. H. E., IV. 22. 2, citation d'Hégésippe attestant qu'il séjourna à Corinthe. Eusèbe introduit cette citation en disant qu'Hégésippe avait parlé auparavant de la Lettre de Clément aux Corinthiens. Sans doute, cette détermination peut provenir d'Eusèbe, mais il est infiniment vraisemblable qu'elle était conforme au texte des Hypoinnêmata d'Hégésippe dont Eusèbe s'occupe dans cette partie dé son Histoire. — Il en est de même pour le témoignage de Denys de Corinthe. Eusèbe, rappelant la lettre écrite par cet évêque à Sôtêr, dit : « Dans cette même » lettre il mentionne celle de Clément aux Corinthiens » {H. E., IV. 23. 11) ; ces mots sont d'Eusèbe, mais il continue en citant textuellement Denys qui déclare que les Corinthiens liront la nouvelle lettre des Romains œç xao -criv Ttpôxepav tjjjli'v otà KXt^jjlev^oç yP^^^^*^*^''- Sans doute, la préposition Sià signifie: «par l'organe de » et non « ayant pour auteur » ; mais cela ne sufflt-il pas à attester que pour Denys de Corinthe c'était Clément qui avait tenu la plumé pour écrire la lettre de l'Église de Rome ? C'est là ce qui nous importe.
1. Irénée, Haer., III. 3. 3 (Cfr. Eusèbe, H. E., V. 6), dit que l'Épitre fut envoyée sous l'épiscopat de Clément. Quelles que soient les erreurs d'Irénée sur la constitution primitive de l'Église, la relation qu'il établit entre l'Épitre aux Corinthiens, qu'il connaissait personnellement^ et Clément n'en demeure pas moins.
2. Stromates, I. 7. 38 (p. 339); IV. 17-19 (p. lOoetsuiv. ; citations textuelles et résumés); IV. 18. 113 (p. 613); V. 12. 81 (p. 693); VI. 8. 65 (p. 773).
traité de 65 chapitres. Aucune raison valable ne peut être alléguée contre la tradition unanime de l'antiquité désignant comme rédacteur Clément de Rome. De ce qu'il lui a été attribué plus tard beaucoup d'écrits qu'il n'a jamais composés, il ne résulte pas qu'il n'ait rien pu écrire d'authentique. Tout au contraire. Pour devenir un patron recherché d'apocryphes et un héros de légendes, il faut commencer par avoir été quelqu'un; il faut posséder une certaine notoriété réelle, à moins de remonter à une très haute antiquité et d'avoir déjà acquis dans la tradition une personnalité mythique, plus vivante pour l'imagination populaire que toutes les personnalités réelles. Qui donc, au milieu du second et au troisième siècle, aurait songé à Clément plutôt qu'à Épaphrodite ou à Cletus et Anenkletus pour sanctionner l'autorité de certaines prétentions chères aux chrétiens légitimistes ou de certains principes ecclésiastiques un peu trop jeunes, si Clément n'avait pas marqué dans l'histoire de l'Église romaine en tant que défenseur du pouvoir ecclésiastique naissant? Et comment sa notoriété cléricale se serait-elle répandue de bonne heure en Orient si elle ne s'était jamais manifestée en dehors de l'Église de Rome? La Lettre à l'Église de Covinthe est certainement de la fin du P^ ou du commencement du II® siècle'' ; à la même époque il y a certainement eu à Rome un chrétien marquant du nom de Clément; il n'y a dans cette Lettre absolument rien
1 . Selon toute vraisemblance, l'Épître est de la fin du règne de Domltien ou du commencement du règne de Nerva (an 95 ou 96). Cfr. Lightfoot, O. c, I. |). 316 à 358. — Comme elle contient des allusions très nettes à deux périodes d'épreuves, dont l'une est déjà ancienne (ch. v. et suiv. et ch. i), il est impossible de la faire remonter jusqu'au règne de Néron. Mais on ne doit pas exclure absolument la possibilité de sa rédaction sous le règne de Traja.n (98-117). Il ne s'agirait que d'une différence de quelques années. Eusèbe {H. £"., III. 34) place la mort de Clément dans la troisième année de Trajan. Il est vrai que dans la Chronique (éd. Schœne, p. 160) il la place à la fin du règne de Domitien. On peut faire valoir aussi la curieuse notice du Pasteur d'Hermas
qui soit incompatible avec la personnalité ou la situation de ce chrétien ; pourquoi donc se refuser à lui en attribuer la rédaction ?
Si VÉpître aux Corinthiens est bien de lui, comme nous le pensons, elle nous éclairera mieux que des traditions, postérieures à lui d'au moins cinquante ans, sur sa situation et son caractère. Mais, même si elle n'est pas de lui, elle n'en apporte pas moins le seul écho contemporain de la chrétienté romaine à l'époque de Clément et, par conséquent, le témoignage le plus digne de foi sur la situation ecclésiastique, les dispositions prédominantes, l'état d'âme en un mot, de l'Église que la tradition a incarnée en lui. Or, il ressort très nettement de la Lettre aux Corinthiens que la communauté romaine et son rédacteur sont des chrétiens hellénistes, pour lesquels la question des observances
{Visio II. 4. 3) : -^pâ^'Etç oùv S-jo ptêXtSàptaxal itspnJ^eK; ëv KX-!r][XEVTi y.at 'èv TpaixT^* 7Tj{Jii|^ei OUV KXï^fATQç eîç xàç l'?co TrôXeiç* exeîvf}) yàp £7ri,T£Tpa7TTat. S'agit-il ici du même Clément qui écrivit aux Corinthiens et doit-on en conclure que celui-ci était contemporain de l'auteur de la Vision ? Cfr. l'édition de Harnack, p. lxxiv et G. Heynius, Quo iempore Herrnae Pastor scriptus sit (1872). Dans un écrit expressément allégorique comme le Pasteur les noms propres n'ont aucune valeur concrète. Ils sont des symboles. Il est inadmissible qu'il s'agisse du même Clément, parce qu'à l'époque ou écrivait Hermas l'auteur de VÈpîcre aux Corinthiens n'existait certainement plus. Il est possible, mais invraisemblable, qu'à l'époque d'Hermas un autre Clément occupât de hautes fonctions dans l'Église de Rome. Mais la désignation de Clément comme « celui auquel sont confiées les relations de l'Église de Rome avec l'extérieur » est extrêmement précieuse. Elle confirme l'attribution de rÉpître à Clément Romain et pourrait bien nous mettre sur la voie de la véritable cause pour laquelle Clément fut choisi dans la littérature chrétienne ultérieure comme le porte-parole de l'Église romaine primitive. Il avait si fortement personnifié l'esprit de cette église, notamment pour ce qui concerne ses relations avec les autres communautés, que dans le langage allégorique d'un visionnaire comme Hermas, celui qui était chargé de la correspondance avec les autres églises, avant la constitution définitive de l'épiscopat monarchique à Rome, était un Clément. Tous les lecteurs comprenaient.
rituelles et légales est une question résolue et que, soit par leur connaissance approfondie de l'Ancien Testament d'après la seule Version des LXX, soit par leur méthode d'interprétation alexandrine, soit par leur conception des rapports de l'Ancienne et delà Nouvelle Alliance, ils appartiennent à cette chrétienté, issue du judaïsme libéral par évolution normale, que nous avons décrite en parlant de VÉpître aux Hébreux. Dès l'antiquité, cette parenté spirituelle a frappé les historiens doués de la critique la plus élémentaire \ Et il ressort non- moins clairement de la correspondance entre l'Église de Rome et celle de Corinthe que ni dans l'une, ni dans l'autre de ces deux grandes communautés, il n'y a encore d'épiscopat monarchique. Mais si l'épiscopat uninominal n'y est pas encore, l'esprit épiscopal y règne déjà; c'est là ce qui donne une saveur toute spéciale à la Lettre de Clément et ce qui lui assigne une place de premier rang, à côté des Épîtres pastorales, parmi les documents dans lesquels se révèle la genèse de l'épiscopat catholique.
Renseignements sur V organlsatian ecclésiastique.
L'Église de Corinthe était une communauté modèle, distinguée par la fermeté de sa foi, par sa piété, par sa science ;
1. Voir plus haut, p. 3fi6 et suiv. Cfr. Eusèbe, i^. fi"., III. 38. 2 et 3; VI. 25. 14 (opinion d'Origène). — Il n'y a pas lieu de discuter ici longuement ce caractère jadéo-heliéniste de VÉpître du Clément. Il ressort très nettement de tout l'ensemble de la Lettre; cfr. Renan, Les Écangiles, p. 313; Lightfoot, O. c, t. I, p. 59 et suiv.
tous les fidèles s'y conformaient aux lois de Dieu, soumis à leurs conducteurs et respectueux envers leurs presbytres ; il y régnait une paix profonde et le Saint-Esprit y était abondamment répandu sur tous les saints; ils avaient horreur des factions et des schismes (ch. i et ii). Mais, de même qu'Israël, lorsqu'il fut devenu gras, abandonna son Créateur et l'irrita par ses abominations % de même l'Église de Corinthe n'a pas su porter une pareille prospérité spirituelle; des ambitions malsaines ont semé des jalousies entre les frères; il s'en est suivi des' luttes et des séditions qui ont provoqué à leur tour des persécutions. Les fidèles obscurs se sont élevés contre leurs coreligionnaires les plus honorés ; les insensés se sont dressés devant les sages et les novices se sont révoltés contre les anciens. Plus de paix, plus de justice! Dès lors, chacun a écouté ses passions au lieu d'obéir aux préceptes du Christ (ch. m). Les rivalités intestines n'en font jamais d'autres (ch. iv et suiv,).
Les fauteurs de tous ces désordres sont quelques individus que l'auteur ne daigne malheureusement pas nommer, mais qu'il qualifie fort durement : ils sont téméraires, présomptueux, insensés, stupides, imbéciles, sans éducation; ils n'ont de confiance que dans leurs propres pensées et se croient supérieurs au reste des fidèles; ils sont pleins de forfanterie et ne trouvent leur satisfaction que dans le désordre", bref, ils sont déjà accablés sous toutes les épithètes que l'orthodoxie cléricale a de tout temps généreusement fulminées contre quiconque se permettait de ne pas penser comme elle. Quel crime ont-ils donc commis? Ils se sont révoltés contre leurs presbytres \; ils ont privé de
1. Deutéronome, xxxn. 15. Clëment cite très librement d'après les LXX.
2. 1. 1: ok'.-^a. TzoQciodTza T^^o'izz'zr\ xat aùôàSiQ. — Cfr. XLVII. 6: sv •?) Suo TTpôçtoTra; xxxix. 1; xiv. 1-2; xv. 1; xvi. 1-2; xxr. 5; xxx. 8, etc.
3. « Il est honteux, bien-aimés, plus que honteux, il est indigne de » la vie en Christ, d'entendre que la très solid« et ancienne église de .
leurs fonctions épiscopales des hommes qui s'en acquittaient depuis longtemps d'une façon parfaitement honorable \ En agissant ainsi ils ont commis un grave péché, et ils ont fait tort à la cause du Christ auprès de ceux mêmes qui lui sont étrangers, en forçant la police â intervenir ^
Les mobiles auxquels ils ont obéi sont moins clairs. Quoiqu'ils soient accusés de présomption et de confiance exagérée en leurs propres pensées, il ne semble pas que ce soient des gnostiques en lutte avec leurs presbytres à l'effet de faire prévaloir leurs spéculations individuelles. Il n'y a rien dans l'Épître qui trahisse chez l'auteur des préoccupations de cet ordre; il ne connaît encore qu'une bonne gnose chrétienne (TsXeîa Y.a.1 àit^cà-qç Yvwatç, i. 1). Le conflit semble plutôt avoir éclaté à propos de questions liturgiques ou rituelles. En effet, après avoir insisté sur les avantages de la solidarité -et de la discipline et avoir rappelé que toute aptitude vient de Dieu, Clément continue en ces termes (ch.xL) : «(1) Ces choses étant claires pour nous, et maintenant » que nous nous sommes penchés sur les profondeurs de la » science divine (r7jç Sreîaç yvtiaswç), nous devons faire avec » ordre toutes les choses que le Maître^ a ordonné d'accom- » plirà des moments déterminés. (2)11 n'a pas ordonné que
» Coi'inthe, à cause d'une ou deux personnalités, soit en conflit avec les » presbytres » (crtacriàÇeiv iipo; loùç TipecjêuTspouÇjXLVii. 6. La vieille traduction latine publiée par G. Morin a: « eontendere contra seniores »). Gfr. Lvii, 2.
1. XLiv. 6: « Car nous voyons que vous avez écarté de la fonction » qu'ils remplissaient d'une façon irrépréhensible et à leur honneur » quelques bons administrateurs. » — La fonction dont ils ont été destitués est qualifiée quelques lignes plus haut de sTutff/coTcv] (tràd. lat. : episcopatus).
2. xuv. 3-5; xLvir. 7. — Ce passage, combiné avec m. 2, où il est parlé de aly^ij.otluxy'iix parmi les conséquences des troubles à Corinthe, semble indiquer que le conflit avait été assez vif pour motiver l'intervention de la police.