IV. 35-37; v. 2 ; vi. 1 et suiv
doute, se met à chaque instant en avant, prend la parole au nom de tous.mais il apparaît toujours comme l'interprète de la communauté, ou plus exactement c'est le Saint-Esprit qui règne et qui gouverne, dans le cœur de l'apôtre comme dans les cœurs des fidèles. Tout ce qui se fait et se dit, se fait et se dit sous l'inspiration du Saint-Esprit. Il n'y a pas encore à proprement parler de gouvernement dans cette petite démocratie théocratique. Ce fait est d'autant plus significatif que la tendance constante de la tradition a été d'augmenter l'autorité ou le pouvoir des apôtres et que l'auteur du livre des Actes ne l'a certainement pas atténuée sur ce point.
3. Les Diacres dans la première communauté apostolique. — Les premières fonctions administratives régulièrement instituées dont l'histoire apostolique fasse mention sont celles des diacres. A la suite des contestations qui avaient surgi entre les chrétiens hellénistes et judaïsants, les apôtres déclarèrent qu'ils ne pouvaient pas négliger la prédication pour se consacrer au service des tables et proposèrent à la communauté de choisir en vue de cet office sept hommes éprouvés, remplis d'esprit saint et de sagesse. Cette proposition fut agréée et l'assemblée choisit Etienne, homme plein de foi et d'esprit saint, Philippe, Prochore, Nicanor, Timon, Parménas et Nicolas, prosélyte d'Antioche, lesquels furent présentés aux apôtres pour recevoir l'imposition des mains (vu. 1-6).
Tel est le récit du livre des Actes qui ne laisse pas de provoquer de graves observations. Les diacres, en effet, l disparaissent de l'histoire apostolique presque tout de suite I après y avoir fait leur entrée. Il est donc inexact de voir ' dans l'épisode que nous venons de rappeler l'institution officielle de l'ordre ecclésiastique du diaconat \ Nous ne trou-
1. M. Renan écrit : « Telle fut donc l'origine du diaconat qui se » trouve être la plus ancienne fonction ecclésiastique, le plus ancien » des ordres sacrés. Toutes les Églises organisées plus tard eurent des
VOUS rien de semblable dans la suite des Actes et les diacres que l'on rencontre dans les communautés pauliniennes ne se rattachent en aucune façon aux sept élus de Jérusalem. D'autre part, il n'est pas licite de faire simplement abstraction de la tradition rapportée par les Actes ou d'assimiler les personnages nommés ici aux presbytres mentionnés plus loin et de voir dans ce passage l'institution du presbytérat*. La cause de ces exagérations en sens contraire est une interprétation trop étroitC;, trop judaïque, du passage des Actes que nous étudions. Les élus de la communauté de Jérusalem sont bien des Siâxovot, en ce sens qu'ils sont nommés pour veiller au service des tables (StaxoveTv TpaTTsÇai;) dans les réunions quotidiennes où les fidèles mangeaient en commun et pourvoyaient à leur subsistance mutuelle ; mais ils ne sont pas des diacres au sens de la hiérarchie ecclésiastique postérieure. Ils sont au service de la communauté pour tout ce qui contribue à son développement, et non seulement pour les soins matériels. L'écrivain biblique fait bien dire aux apôtres : « Il n'est pas convenable que nous négligions la » parole de Dieu pour servir aux tables ; choisissez donc des » hommes auxquels nous confierons ce service » (vi. 2-3); toutefois, quelques lignes plus loin, le plus notable des nouveaux élus apparaît, non comme serviteur des agapes ou distributeur d'aliments, mais comme serviteur de la parole,
» diacres à l'imitation de celle de Jérusalem. La fécondité d'une telle » institution fut merveilleuse. C'était le soin du pauvre, élevé à l'égal
» d'un service religieux » (Les Apôtres, p. 120). — Voir l'opinion
diamétralement contraire dans un article de M. Weingarten, Die Umwandlung der urspriXng lichen christlichen Gemeindeorganisatioii sur katholischeti Kirche (Historische Zeiéschrift, xlv, p. 459). — Déjà Vitringa, De Synagoga veûere (2" éd. 1726), p. 920 et suiv., avait vu juste, mais ses arguments sont en partie contestables.
1. C'est ce qu'a fait, après beaucoup d'autres, Ritschl, Die Entstehung der altkatholischen Kirche, 2' éd., p. 357. Mais l'auteur des Actes n'établit aucune relation entre les personnages mentionnés ici et les presbytres qui paraissent plus loin .
comme le plus éloquent défenseur des chrétiens devant les autorités juives. Et le seul des autres sur lequel il soit fourni quelques renseignements, Philippe, est avant tout un évangéliste, un missionnaire ^ .
On constate ici le même phénomène que nous avons déjà observé en étudiant les témoignages de l'auteur des Actes, relatifs aux apôtres : la tradition antique se combine dans son récit avec les institutions ecclésiastiques de l'époque à laquelle il écrit. La tradition avait conservé le souvenir d'une crise provoquée dans la communauté de Jérusalem par l'accroissement des hellénistes et de l'attribution aux hellénistes d'un certain nombre de représentants, chargés de veiller à leurs intérêts en assurant une répartition plus juste des secours mutuels -. Le rédacteur des Actes, sans les qualifier expressément du titre de diacres (8ià>tovoi), les assimile cependant à ceux qui, de son temps, remplissaient dans les églises chrétiennes les fonctions de diacres. Il peut s'y croire autorisé d'autant plus que les termes Sta-zcoveïv et Stàx-ovoç sont des expressions usuelles signifiant « servir, serviteur u ou ministre' », s'appliquant à toute espèce de services dans la communauté, aussi bien au service de la parole (vi. 4) qu'au service des tables (vi. 2). Bientôt le nom commun
1. Voir ses voyages missionnaires au ch. vm. — Cf. xxi. 8: xov olxov ^iUtztzou, xoo z\)s.^(^(zXt.azox), o^noç èx "cwv lirxà. Ces mots font partie des fragments où l'on reconnaît en général le témoignage direct d'un compagnon de l'apôtre Paul parlant à la première personne.
2. Les noms des sept élus sont tous des noms grecs (vi. 5) ; cependant un seul d'entre eux est expressément qualifié de « prosélyte ». Les autres étaient donc juifs de naissance. Faut-il voir dans le nombre 7 une réminiscence da nombre habituel des notables qui administraient les communes juives ? (cf. E. Schûrer, Geschichte des jûdischen Volkes im Zeitalter Jesu Christi, 2' éd., II. p. 134).
3. Ataxovéw, de otà et xovsco (« travailler, se donner de la peine»; vieux mot ionien) signifie littéralement: «être Torgane par lequel se fait un travail •> ; de là : être ministre, magistrat, domestique, gérant^ préparateur. Voir plus loin l'usage fréquent de ce mot dans les épltres pauliniennes.
8iàîcovo<; prit dans le langage chrétien un sens plus restreint, plus déterminé, pour désigner les titulaires de certaines fonctions administratives. Mais les traditions mêmes recueillies dans le livre des Actes prouvent qu'il est abusif d'appliquer déjà ce sens plus précis au verbe SiaxovÉw dans le récit que nous étudions ici. Peut-être l'écrivain biblique a-t-il cru^ comme l'Église ultérieure, reconnaître dans les incidents de Jérusalem l'institution du diaconat ecclésiastique; ce serait conforme à la tendance prédominante chez lui à montrer qu'il n'y a pas de différences essentielles entre les communautés de Palestine et les communautés fondées par l'apôtre Paul en pays grec. Mais on voit clairement qu'il fait erreur parce qu'il n'y a pas d'institution du tout. Les hellénistes choisis par la communauté de Jérusalem se dispersent presque aussitôt pour échapper aux rigueurs des autorités juives, et l'on ne constate pas qu'ils soient remplacés par d'autres personnages spécialement chargés des services matériels. Quand il est de nouveau fait mention de l'un d'eux, plus tard dans un des fragments les plus sûrs des Actes, il ne porte pas là le titre de diacre, mais il est appelé évangéliste, « l'un des sept ».
4. Les Presbr/tres. — Que s'est-il passé à Jérusalem entre la dispersion des hellénistes et les premiers conflits avec l'apôtre Paul ? Nous ne le savons pas. Toute cette partie du récit des Actes, destinée à mettre l'évangélisation des païens sous le patronage de l'apôtre Pierre, est^ en effet, sujette à caution ^ . En tous cas, l'aspect de la communauté chrétienne, pour autant que le témoignage imparfait et incomplet des Actes permet de se la représenter, s'est bien modifié dans l'espace de ces quelques années. L'exaltation perpétuelle
1. Sans entrer ici dans une discussion étrangère à notre sujet, il suflSra de renvoyer aux renseignements très sûrs de l'apôtre Paul, dans Gai. , II. 11 et suiv., pour démontrer que l'apôtre Pierre du ch. x des Actes n'est pas le même homme que celui auquel Paul a affaire à Antioche.
des premiers temps s'est calmée. Il y a bien encore des prophètes qui font entendre les libres inspirations de l'esprit sainte mais l'espèce d'anarchie que présentait la petite communauté directement régie par l'Esprit de Dieu, a fait place à une organisation plus régulière. A côté des apôtres et des frères il est fait mention de irpeaSuTepot, d'anciens, qui reçoivent les subsides envoyés par Barnabas et Paul pour les fidèles de Jérusalem et qui délibèrent sur les questions intéressant l'ensemble de la communauté (xi. 30 et xv. 4, 6, 22, 23), tandis que la préséance dans l'assemblée a passé de l'apôtre Pierre à Jacques, frère du Seigneur.
A quelle occasion, quand, comment ce conseil presbytéral a-t-il été établi? L'auteur des Actes n'en dit rien, sans doute parce qu'il n'avait aucun renseignement à ce sujet. S'il avait connu une installation du presbytérat dans l'Église de Jérusalem, il eût été trop heureux de faire valoir les titres antiques et sacrés de cet organe du gouvernement ecclésiastique, en pleine fonction au temps où il écrivait. Ce n'est pas là une raison suffisante pour contester l'existence même d'un conseil presbytéral dans la communauté de Jérusalem aux environs de l'an 50, mais c'est un motif de plus pour ne pas donner à la réunion des presbytres que mentionne le livre des Actes le caractère d'une institution régulièrement constituée, fermée, de composition et de compétence déterminées, comme s'il s'agissait d'un rouage de gouvernement ecclésiastique établi en vertu d'une sorte de délibération constitutionnelle.
Rien de plus contraire à l'état de fermentation spontanée que tous les documents autorisés nous révèlent dans la première société chrétienne, que l'idée même d'un gouvernement ecclésiastique, tel que nous le concevons depuis que les Églises chrétiennes sont devenues de grandes puissances sociales . Les premières ébauches d'organisation au sein de