Voir plus haut, p
des épiscopes consistait dans la réception et la présentation des offrandes apportées par les fidèles, puisque c'est pour n'avoir pas voulu les recevoir et les présenter aux jours et heures réclamés par les fidèles qu'ils ont provoqué le mécontentement de ces derniers \ Cela s'accorde parfaitement avec le rôle d'otxovo,aoç â'eoù que les É pitres pastorales assignent à l'épiscope". L'intendance de la communauté leur incombe; ils ont la gestion de l'administration financière et matérielle. En même temps le caractère proprement religieux de leur fonction ressort de VEpttre de Clément avec plus de netteté que des autres documents. Les offrandes, qui sont la principale ressource des associations chrétiennes, ne sont pas de simples contributions destinées à alimenter le budget sans lequel aucune association ne peut exister; les épiscopes ne sont pas de simples receveurs. Elles sont des consécrations à Dieu, les sacrifices des membres individuels au profit de la société des saints % et les épiscopes chargés de les recevoir ont aussi pour mission de les présenter, de les consacrer (à condition de n'attacher encore aucun sens magique à ce terme) et de les répartir entre les assistants et les frères absents, besoigneux, infirmes ou malades. Dans les associations païennes les cotisations servaient à payer les sacrifices et à couvrir les frais, d'administration ou les
1. Cfr. XL. 2-4 et xuv. 3. Voir plus haut, p. 403 à 404 et 411.
2. Voir plus haut, p. 306, et ce que nous avons dit, p. 289 et suiv., sur le système des offrandes dans les églises primitives.
3. Clément emploie les expressions 3"u<jîa, owpa, Tipoç^popat, comprenant à la fois les hommages qui sont adressés à Dieu (actions de grâce, louanges, humiliations et adorations) et les choses qui lui sont consacrées pour être bénies, donc les offrandes à la fois spirituelles et inatérielles (xxxv ; xl; xli; xliv; lu). Dans son commentaire sur xliv. 4, l'évêque Lightfoot cite fort à propos VÉpître aux Hébreux, qui offre de si grandes analogies théologiques' a,vec VÉpître de Clément, et où il est dit (xiii. 15-16): Al' aùioû o'jv àvacj)£pa)fji£v STuaôav alvsaswç Stanavcoç tôj ^zy, tout:' effTi /capTTOv ys'.kioi'/ ôjj.oXoyo'JV'otov xtjj ovôjjiaT'. auToù. Tr^ç oï eù-Koiioi.^ xai xoivcûvoaç p.-fj èTrtXavôàvsaôs' xo'.a'jiacç yàp Sruirtatç e'jaoeu'ceT'cai ô â^EOç.
réjouissances communes; les trésoriers, les épimélètes ne sont que des fonctionnaires sans caractère sacré; le sacrifice est célébré par le prêtre. Chez les chrétiens, au contraire, c'est la contribution elle-même qui constitue le sacrifice; la consécration n'est pas le don à Dieu, mais la présentation à Dieu pour qu'il bénisse, sanctifie, transforme les éléments matériels de l'offrande, de manière à leur conférer au profit.de la communauté de ses élus un caractère de sainteté, et en quelque sorte une valeur nouvelle. Autant il est absurde de transporter dans les touchantes consécrations eucharistiques des églises primitives le matérialisme grossier et le magisme du dogme ultérieur, autant il est fâcheux de ne pas reconnaître le caractère mystique de ces offrandes, où l'interprétation allégorique des sacrifices de l'Ancienne Alliance et les traditions païennes de joyeuse communion autour des restes des victimes, se fondent dans une cérémonie vraiment et spécifiquement chrétienne de communion spirituelle, — communion avec Dieu à qui l'on rend grâce de ses bienfaits et à qui l'on demande de sanctifier les éléments spirituels et matériels de Toffrande, afin qu'ils profitent en sainteté aux fiidèles, — communion avec le Christ, en souvenir duquel et pour Tamour duquel les offrandes sont faites, — et communion avec les frères, envers lesquels s'affirme ainsi la solidarité sociale et religieuse qui doit unir les saints et en faire une société à part dans ce monde d'iniquité. Aucun autre acte ecclésiastique ne traduisait mieux que Teucharistie le principe fondamental de l'Évangile : l'association intime, indissoluble, de l'amour pour Dieu et 'de l'amour pour le prochain. Aussi a-t-elle été dès le début l'acte central du culte chrétien.'
Il était inévitable que cette partie d§ leurs fonctions conférât promptement aux épiscopes un caractère sacré, surtout à mesure qu'ils réclamèrent le privilège exclusif de présenter les offrandes ou de les faire présenter par ceux à qui ils en
déléguaient le pouvoir, à des jours et à des heures fixés une fois pour toutes. Les troubles de Corinthe mentionnés par Clément témoignent des résistances que rencontra cet accaparement des actes proprement religieux du culte par les dignitaires de la communauté. Notons, en effet, que le différend entre les. épiscopes et leurs adversaires ne porte pas seulement sur la présentation des offrandes, mais sur les services de la communauté en général et sur -la détermination des personnes qui ont le droit de les accomplir : xàç te ttoo?-
tpopàç xai XetToupYtaç àTriTsXETffôat, xat oùx £Î>C7J -'q àTay-Tcoç ey.iXsuaev yîvEa- 6at, àXX' cop'.dfiivoiç xai'pois xa'. wpatç* tcoù is xaî O'.à t(vwv i'Kt'ceXsTaÔai HrÉXei auToç diptcTEv Tïi 'jTCsp'zâxaj aùzoù pouX-/;aEt (XL. 2-3 ; VOir plus
haut, p. 403-404). L'Épître de Clément ne fait pas connaître quelles étaient ces XsixoupYîat, mais il est permis de supposer qu'elles comprenaient quelques-unes des fonctions que l'ana- Ivse des documents antérieurs nous a fait reconnaître. L'essentiel, ici, est de saisir la tendance des dignitaires chrétiens à confisquer à leur profit la liberté primitive du culte, tout comme nous les avons vus ailleurs tendre à se réserver l'enseignement des fidèles.
Un autre fait capital qui se dégage d'une façon parfaitement claire de l'Épître de Clément, c'est qu'à Corinthe, à la fin du I^'" siècle, il n'y a pas encore d'épiscopat monarchique, ni même uninominal.il y a dans la communauté corinthienne plusieurs épiscopes, puisque les fidèles qui se sont révoltés contre eux ont pu en destituer plusieurs, Ivt'ouç (xliv. 6). On serait mal venu d'alléguer que dans le verset précédent il est parlé des presbytres et que les IVtot visés sont des personnages destitués du presbytérat. Dans tout le chapitre, en effet, il est question de l'institution des épiscopes; au v. 4 il est dit expressément que le péché consiste à priver de Yépiscopat ceux qui présentent les offrandes^ ; au v. 1 il est dit que c'est au sujet de la dignité épiscopale que les luttes