‹ Les origines de l'épiscopat [microform]Chapitre 115 sur 163 · Voir plus haut, p. 221, n · texte numérisé non relu

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2. Pour Irénée l'ordre est le suivant : 1° Linus, 2° Anenkletus, 3° Clément, 4° Euariste, &tc.,Adc. Hae.r., III. 3. 3; mais ifttrf., I. 27.1, et III. 4. 3 (le grec dans Eusèbe, H. E., IV, 11. 1), il cite Hygin comme le neuvième évoque de Rome, alors que dans le premier passage il est

dans l'église même de Rome une liste autorisée des évoques romains, on ne constaterait pas de pareilles incertitudes. On ne peut pas échîipper à la conclusion qu'il n'y a pas eu de succession épiscopale, établie à partir des origines, dans l'Église romaine avant le dernier tiers du second siècle, au plus tôt^ et la comparaison que nous venons de faire entre les

le huitième. Cela suppose, ou bien qu'Irénée a compté Pierre ou Paul en plus, ou bien plus vraisemblablement qu'il avait deux listes dont l'une portait Cletus et Anenkletus' et l'autre seulement Anenkletus. — Eusèbe suit le même ordre qu'Irénée dans le premier passage cité, mais les données chronologiques diffèrent dans l'Histoire Ecclésiastique et dans les versions arménienne et latine (par saint Jérôme) de la Chronique. — Le catalogue dit « Libérien », ou « Philocalien », conservé dans la compilation du chronographe de l'an 354, quia été publiée pai* M. Mommsen, porte : 1° Pierre, 2° Linus, 3° Clément, 4" Cletus, 5° Anacletus, 6" Aristus, 7° Alexandre, etc. — Le catalogue dit « Félicien )) du VU" siècle a: 1° Pierre, 2° Linus, 3" Cletus, 4° Clément, 5° Anacletus, 6° Euariste, 7° Alexandre.

1. Voici comment s'exprime M. l'abbé Duchesne au début de l'introduction de son édition du Lih<'r PontiJicaUs : « Ainsi non seulement on » avait, dès le dèclla du second siècle, une liste épiscopale bien arrêtée » et connue du public, mais cette liste était établie de façon à pouvoir )) fournir des repères chronologiques. » Pour les noms entre Linus et Euariste, cette liste n'était pas aussi bien arrêtée que le dit M. Duchesne. — L'évêque Lightfoot termine la savante étude dans laquelle il s'est efforcé, — vainement selon nous, — de rapporter à Hégésippe la liste des premiers papes, en avouant : « If so, wemustfall back upon the simple » catalogue of names with the accompanying term-numbers, as oursole » authority for the chronology of the early bishops. r>{Saint-Clement, I, p. 339.) — Ainsi de Taveu même des critiques les plus érudits et que n'anime certes aucun parti pris hostile à la thèse épiscopale, les listes des premiers évêques de Rome ne nous donnent que des noms, sans aucun contenu historique. On ne savait rien sur eux. Déjà nous avons vu le peu d'autorité de la liste des premiers évêques de Jérusalem donnée par Eusèbe. 11 en est de même pour celle d'Antioche. Quand le principe de l'institution apostolique de l'épiscopat et de la succession épiscopale fut devenu le grand argument de l'orthodoxie naissante, il fallut bien reconstituer cette succession comme l'on put. Et l'on ne se montra pas exigeant. -

documents contemporains de la communauté romaine primitive à la fin du premier siècle^ d'une part, et les plus anciens textesà l'appui de la succession épiscopale, si nettement apologétiques et datant de la fin du second siècle, d'autre part, nous autorise à dire que cet établissement tardif d'une liste des évêques de Rome depuis les origines s'explique fort aisément, par le fait que durant tout le premier siècle de notre ère il n'y a pas eu d'épiscopat uninominal ou monarchique à Rome. UÊpître d'Ignace aux Romains nous apprendra bientôt qu'il en était encore de même pendant le premier quart du second siècle,et l'étude du Pasteur d'Hermas et des œuvres de Justin Martyr, dans le second volume de notre enquête, nous amènera à reconnaître la transition, plus tardive à Rome que que dans les églises orientales, de l'épiscopat collectif à l'épiscopat monarchique.

Ainsi le plus ancien écrit attribué à un évêque de Rome atteste l'inexactitude de la tradition romaine relative à l'institution de l'épiscopat uninominal dès les temps apostoliques. Mais, si VÉpître de Clément aux Corinthiens n'est pas favorable à la conception catholique des origines de l'épiscopat, elle apporte, au contraire, un témoignage singulièrement éloquent en faveur de l'antiquité des principes ecclésiastiques dont le développement a constitué plus tard l'Église catholique romaine. L'esprit des papes de l'avenir s'agite déjà au sein de la communauté romaine à la fin du premier siècle. La lettre par laquelle son conducteur le plus remarquable à cette époque inaugure la longue série d'épîtres exhortatoires, d'encycliques et de brefs adressés par l'Église de Rome aux autres églises de la Chrétienté, est bien réellement le premier document catholique de la première littérature chrétienne. Ici, comme si souvent ailleurs, les principes

ont agi avant l'établissement de l'institution dans laquelle ils devaient trouver leur expression la plus adéquate. Cène sont pas les évéques de Rome qui ont créé la notion catholique romaine de l'Église ; celle-ci est sortie spontanément des conditions particulières dans lesquelles le christianisme s'est répandu à Rome, telles que nous avons cherché à les dégager au commencement de ce chapitre. Fille du sacerdotalisme juif transformé et spiritualisé par le judaïsme libéral de la Dispersion, et de la Rome antique avec ses instincts dominateurs et ritualistes, son esprit de discipline, de hiérarchie, son respect superstitieux de ta tradition, l'Église romaine dès ses premiers bégayements révèle le caractère propre qu'elle a hérité de ses ancêtres spirituels.

Déjà nous avons signalé dans VÉpître aux Hébreux la nature particulière et l'intensité du ritualisme sacerdotal qui distingue la première théologie chrétienne à Rome. Quelle différence dans la conception des rapports de l'Ancienne et de la Nouvelle Alliance, entre les documents pauliniens ou les textes d'origine syro-palestinienne et les écrits d^origine romaine'! UÉpître de Clément, beaucoup moins théologique que VÉpître aux Hébreux, mais inspirée des mêmes principes, pousse beaucoup plus loin que cette dernière l'application pratique du parallélisme entre le sacerdoce juif et sa réplique spiritualisée au sein de l'Église chrétienne. Dans les deux écrits, le Christ est le souverain sacrificateur, la seule source du salut qui s'obtient par la foi en lui et en Dieu; mais, tandis que pour l'auteur inconnu de VÉpître aux Hébreux le parallélisme avec le ritualisme sacerdotal se concentre exclusivement en la personne du souverain sacrificateur céleste et en son sacrifice unique. Clément , beaucoup plus jDOsitif , établit une véritable relation spirituelle entre le culte lévitique avec ses règlements minutieux et le culte des chrétiens. Toute son épître

1. Voir plus haut, p. 251 et suiv., p. 363 et suiv. et 374 et suiv.

est une suite presque ininterrompue d'exemples empruntés à l'histoire juive, une application ou une transposition perpétuelle d'enseignements tirés de l'Ancien Testament à l'usage des chrétiens. Les hommes de l'Ancienne Alliance, spécialement les prophètes, sont les organes de la grâce

divine (XstToupYoî t-^ç yipi'ZQç lou Steoù otà Trveufzaxoç àyiou, VIII. 1);

c'est de Dieu que procèdent les sacrificateurs et les Lévites, tous ceux qui font le service à l'autel de Dieu, ainsi que le Jésus selon la chair; les rois, les princes et les chefs de Juda dérivent également de sa volonté^; les épiscopes et les diacres des communautés chrétiennes sont préfigurés dans les révélations des prophètes'; les prescriptions de la loi

1. XXXII. 1-4, passage difQcile: (1) o ôcv xtç xa9' ev sxaffTov etXrxptvwç xairavor^a'fi, £7rtYvu)a-exat ^Z'fciXsix twv utî' aùxoû SsâojJiÉvtjov Swpewv (2) 1$ aÙToû lies mss. ont: s? aÙTwv qui est incorrect; la glose e? aùxoù est confirmée non seulement par la Version syriaque, mais par la vieille traduction latine : ex ipso] yàp tEpeTç le xaî AeuTTat TrâvTsç ol XEtxoupyoûvTe? Tcï) &uaiaaxTjo(ip to'j STeoû* eÇ auToû ô y.upioç 'iTiaoùç t:o y.atà trâpxa- eÇ aûioû jBaatXETç xat apjrovxeç xaî Yiyo'jfxevot xaxà tov 'louSav... (3) IlâvTEi; oùv sSo^dcaOTjerav xat l|ji£YaX'jv6ir)CTav où 8i' aùxwv ■»] twv cp^wv auxcôv... àXXà otà Toù SrsXïîiJiaToç aÙToù. — Les mots e$ aÙToù et ex t/)so, grammaticalement, ne peuvent se rapporter qu'à Dieu. Mais le sens devient meilleur si on les rapporte à Jacob dont il a été parlé à la fin du chap. xxxi : c'est de Jacob que sont issus par la volonté de Dieu les sacrificateurs, les Lévites, Jésus selon la chair, les rois de Juda, etc. Il y a certainement de l'amphibologie dans le langage de l'auteur, mais il n'est pas permis de faire fi du sens grammatical. Le pronom aùxoi; dans les deux chapitres XXXI et xxxii s'applique exclusivement à Dieu. Clément veut dire ceci : toute autorité, sacerdotale ou royale, dans l'Ancienne Alliance, existe de par la volonté de Dieu, et Tapparitiori de Jésus en chair est aussi un acte de la volonté de Dieu ; toute cette préfiguration de l'alliance céleste en Christ, seule véritable, est un don gratuit de Dieu, dont les hommes de l'Ancienne Alliance ont bénéficié par la foi, tout comme les élus de la Nouvelle Alliance doivent en bénéficier par la foi. — Pour ce qui nous concerne, quelle que soit la lecture ou l'interprétation que l'on adopte, il reste toujours ceci : c'est que le sacerdoce juif est considéré comme une institution divine, soit directement, soit indirectement, en tant que descendance d'Abraham.

2. xLii. 5, citation d'Ésaïe altérée par Clément. Voir plus haut, g; 409.

mosaïque relatives aux sacrifices et à la division du travail entre les divers ordres de sacrificateurs ou de Lévites, ont une autorité divine et doivent servir à éclairer les chrétiens sur leurs devoirs vis-à-vis de leurs dignitaires \; le Christ lui-même, comme dans VÉpîti^e aux Hébreux, est qualifié à plusieurs reprises de souverain sacrificateur et de patron céleste (àp/'.spsùî xa? TCpoaxâT7)l;)^ Il n'}^ a pas de plus haut titre pour lui. Dans la Nouvelle Alliance, en effet, il n'y a plus de souverain sacrificateur terrestre; le chef suprême est au ciel, ce qui correspond bien à la notion du gouvernement ecclésiastique dont XÉ pitre de Clément nous a conservé le souvenir, celle d'une administration collective, sans chef monarchique terrestre.

Le judaïsme libéral de la Dispersion avait si bien atténué le légalisme juif et l'avait si largement accommodé aux exigences de la vie et de la propagande en terre païenne, que le christianisme en se substituant à lui réussit presque partout, en dehors de la patrie juive, à supprimer les observances légales. Mais l'esprit judéo-alexandrin, tout pénétré de symbolisme et avide d'allégorie, tenait plus au ritualisme

1. xLi. --3:« (2) Frères, on n'offre pas partout les sacrifices perpétuels, » les sacrifices votifs ou expiatoires, mais seulement à Jérusalem; et » ici-raême l'offrande n'est pas présentée en un lieu quelconque, mais à i> l'entrée du temple, à l'autel, après avoir été soigneusement examinée » par le souverain sacrificateur et par les ministres déjà mentionnés. » (3) Quiconque ne se conforme pas à sa volonté \t. c. la volonté de » Dieu] est puni de mort. (4) Voyez, frères, plus nous avons été jugés » dignes de connaître (scil.: la volonté de Dieu), plus nous sommes » exposés au danger (scil.: d'enfreindre cette volonté). »

2. XXXVI. 1 : 'iTIffOÛV XpiTTÔv, TOV âpJ^^tSpÉa TWV Ttpoçcpopwv -f)fiCOV, tÔv

TTrpoŒTaTTiv y.at j3o-r]6ôv 'rviç àaOîvsîa; -^[Jiwv. On voit la différence avec VÉpître aux Hèhv<^ux, où le Christ est conçu à la fois comme souverain sacrificateur et comme victime. Clément, qui est un pauvre théologien, n'a pas saisi la doctrine paulinienne de la Rédemption. Il est dominé par le point de vue sacerdotal juif et païen. Décidément la première théologie romaine n'est pas paulinienne. — Ctr. lxi. 3 : àp;(^iepEÙc xat TTOoiT'râTTj!; -^éLv t}/uvél)v '^j[JLWv; LXIV.

qu'aux observances légales. On s'explique donc fort bien que le christianisme romain, qui est de toutes les formes primitives du christianisme celle qui se rattache le plus étroitement au judaïsme libéral antérieur, ce christianisme romain insuffisamment pénétré par le puissant levain de saint Paul et peu porté aux spéculations gnosticisantes ou aux rêvasseries apocalyptiques, témoigne d'une sympathie marquée pour le cérémonialisme et le ritualisme.

Il convient d'ajouter que nulle part le milieu ambiant n'était plus favorable au développement d'une pareille tendance qu'à Rome. Sans doute, le paganisme, sous toutes ses formes, accorde une plus grande importance aux rites, aux pompes et aux sacrifices, qu'aux pratiques plus ou moins ascétiques de puristes qui veulent faire bande à part dans la grande société. Mais nulle part dans l'antique société païenne le ritualisme n'a été poussé plus loin que dans la religion romaine. La piété romaine a été de tout temps anxieusement cérémonielle et scrupuleusement liturgique \ La théologie romaine est à peu près nulle; la mythologie

1. Cfr. Jordan -P relier, Rœmisehe Mythologie (3' éd., 1881), p. 1 et suiv., p. 9, p. 128 et suiv.., p. 137 et suiv. — G. Boissier, La Religion romaine d'Auguste aux Antoniiis (Paris, 1878), l'introduction, surtout p. 7 et suiv. — Cicéron dit : « est enim pietas justitia adversus deos...; » sanctitas autem scientia eolendorum sacrorum.» (i)e Nat. Deorum,!. 41.) — Pline, Hist. Nat., XXVIII. 2 (les précautions prises pour qu'il n'y ait aucune erreur dans les liturgies) et 10 (sur les formules de prières). — Tertullien, ApoL, 21; De Praescr. haer., 40: a Si Numae » Pompilii superstitiones revolvamus, si sacerdotalia officia et insignia » et privilégia, si sacriflcalia ministeria et instrumenta. et vasa ipsorum- » sacrifleiorum ac piaculorum et votorum curiositates considérera us, » nonne manifeste diabolus morositatem illam Judaïcœ legis imitatus » est? » — C'est ce qui faisait dire aux Romains qu'ils étaient les plus religieux des hommes. Tertullien, ApoL, 25 ; Salluste, Catil., 12; Cicé-^ ron, De Nat. Deorum, II. 3, 8; Polybe, VI. 56. — Voir encore Cicéron, De Leg., II. 9. 21 ; Quintilien, I. 6, 40 : « Saliorum carminavix sacer- » dotibus suis satis intellecta : sed illa mutari vetat religio et consecratis » utendum est. »

italienne est pauvre. Les Romains, en dehors de l'influence des Grecs, ont peu spéculé sur leurs dieux ; ils n'ont pas de notions précises sur la nature ou les formes de leurs divinités; ils les représentent plus volontiers par des symboles, de peur de se tromper à leur sujet. Ils n'ont pas de caste sacerdotale, mais par contre leur culte est plus minutieusement réglé, plus juridique^ plus traditionnaliste que chez tout autre peuple. A l'époque où la foi aux anciens dieux s'est affaiblie jusqu'à paraître définitivement éteinte, les incrédules considèrent encore comme un devoir sacré d'observer toutes les formes extérieures de la religion traditionnelle. L'essentiel pour le Romain est de désigner exactement les dieux auxquels il s'adresse, de les appeler par leur vrai nom, d'employer les bonnes formules de prière, de ne pas commettre la moindre inexactitude dans l'énoncé des liturgies et dans le rituel des cérémonies. Même quand il ne les comprend plus, il répète encore les formules sanctionnées par l'usage séculaire, et plus soucieux d'adorer ses dieux correctement que de les comprendre ou de les aimer, il célèbre encore leur culte avec une scrupuleuse minutie, même quand ses numina ne sont plus pour lui que des nomina .

Ainsi les éléments d'origine païenne, dans la communauté romaine primitive, n'étaient pas moins prédisposés que les membres d'origine judéo-hellénique à concevoir le christianisme comme la continuation, l'achèvement, l'accomplissement spirituel des institutions et des rites dont l'Ancienne Alliance n'avait connu que les formes matérielles et la préfiguration terrestre. Et comme le ritualisme juif était sacerdotal, l'esprit positif, pratique et gouvernemental des Romains ne manqua pas de reprendre l'idée du sacerdoce, pour y loger sa pauvre théologie, mais surtout pour y rattacher sa conception sociale et ecclésiastique.

Le judaïsme traditionnel fournissait la matière du moule dans lequel l'Église romaine coula l'enseignement de Jésus;

la théologie judéo-alexandrine fournissait la méthode de fabrication; le vieil esprit romain lui imprima sa marque, son cachet, en lui assignant sa destination.

Toute VÉpttre de Clément s'éclaire d'un jour nouveau quand on la replace ainsi dans son véritable milieu et devient un document de premier ordre pour l'explication des origines du gouvernement ecclésiastique. Combien romain est ce principe de Clément que Dieu a réglé toutes les formes dans lesquelles il veut être adoré, que Dieu a assigné à chacun sa tâche, que le premier devoir de chacun est de ne pas sortir des attributions qui lai sont réservées ! Ah ! ce n'est pas lui qui se creusera l'esprit pour connaître la véritable nature de Dieu ou pour sonder les mystères du plan divin. Ce qui lui importe, c'est que les offrandes soient présentées en temps voulu par les dignitaires qualifiés pour cela et que l'on s'en tienne à la tradition établie par Dieu ' ,

Car, alors même qu'il cite perpétuellement l'Ancien Testament, l'Écriture sainte se présente à lui sous l'aspect de la tradition. C'est là pour lui la grande autorité. Après avoir exposé les malheurs et les catastrophes de toute nature que les rivalités et les dissensions ont produits dans l'humanité et spécialement parmi les chrétiens, il conclut ainsi : « Abandonnons, par conséquent, ces vaines et creuses préoc- )) cupaticns et marchons selon la glorieuse et sainte règle

» de notre tradition » ('ÈXôwfjisv InX ■rov eûxXs^ xal ct£[jivc.v t^ç Tiapa-

oo'ffswc ■\\iM'i xavova, VII. 2). Toutc la suito de l'Épître est destinée à montrer quelle est cette tradition, quels devoirs elle impose^ combien elle, est sacrée, a Je vous ai sufïisain- » ment écrit, ô hommes frères, — ainsi conclut l'auteur, — » au sujet de ce qui convient pour notre culte et de ce qui

ht àyaO/j a'jvE'.Oi^tTSi ÙTticp^cùv, j-irj TraoîxSaîvwv tov wptdfJLiVOv il^q, Àsfcoup- Ytaç aù-coù xavôva, sv aôfxvô'CTi':'., et tout le chapitre, notamment le v. 3; ct'r. le ch. XL, cité plus haut, p. 403.

» est le plus utile en vue d'une vie excellente pour ceux qui » veulent se conduire avec piété et avec justice. Nous avons . » pris en considération tout ce qui concerne la foi, la repen- )) tance, le véritable amour, la tempérance, la modération, » la patience, . . . de même que nos pères cités par nous ont » Jugé bon de s'humilier devant Dieu, père et créateur, et )) devant tous les hommes. » La tradition, en effet, émane de Dieu ; s'élever contre elle, c'est une profanation et une impiété. Assurément l'Éternel éclaire encore par son Esprit- Saint les adorateurs fidèles; Clément a la prétention de parler, lui aussi, en son nom\ Mais en lui Dieu ne parle pas, comme chez les apocalyptiques et chez les idéalistes paulinicns ou gnostiques, pour révéler à ses élus les mystères de sa sagesse ou les secrets de la Providence : c'est pour les exhorter à la fidélité envers les institutions fondées sur ses révélations antérieures aux prophètes et aux apôtres. Dans la Rome chrétienne comme dans la Rome païenne, la tradition rituelle sera sacro-sainte -.

On saisit dès lors de quelle importance il est pour Clément d'établir que les fonctions constituées au sein des communautés chrétiennes ne sont pas des innovations, mais sont couvertes par l'autorité de la tradition. Nous avons vu comment il en trouve la préfiguration dans les prophéties d'Ésaïe et de quelle façon il affirme leur institution apostolique ^ Non seulement les apôtres, obéissant aux instructions de Jésus et se conformant au phm divin, ont installé les épiscopes et les diacres dans les régions où ils ont apporté l'Évangile, mais encore ils ont déterminé les règles qui doivent présider au choix des successeurs de ces premiers

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