‹ Les origines de l'épiscopat [microform]Chapitre 120 sur 163 · Timothèe. ir. 8 à · texte numérisé non relu

Timothèe. ir. 8 à

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» tructions, les épitres qu'Ignace nous a adressées et les » autres pour autant que nous les avons chez nous^ Elles » sont jointes à la suite de cette lettre. Vous pourrez en faire )) grandement votre profit, car leur contenu est foi, patience, » édification complète selon Notre- Seigneur. Au sujet » d'Ignace et de ses compagnons, mettez-nous au courant de » de ce que vous aurez appris '. »

Ces deux passages ont été considérés tantôt comme des interpolations, insérées dans l'Épitre authentique de Polycarpe par le même auteur qui écrivait sous le nom d'Ignace les Lettres destinées à fortifier l'épiscopat des églises d'Asie, tantôt comme partie intégrante de l'Épître dont ils trahiraient le caractère pseudépigraphe. La première hypothèse est assez généralement abandonnée aujourd'hui ; elle est, en effet, absolument arbitraire'. La seconde ne vaut pas mieux.

1. C'est-à-dire les deux Épitres à Polyearpe et aux Smt/rniens et les épîtres écrites par Ignace durant son passage à Smyrne.

2. Tàç lirio-roXàç 'I-cvaxiou làç ir£[ji(p6£Î<Tac ii^t-t^J ûtt' auTou, xat àXXaç ô'craî sl}(OfJL£V Tuap' Tjfi.Tv, l7rÉ|ji.tj;a[jt.£v 6[jiTv, xa6tbç IveTstXaffSe' a'ixtvsç mozE-zayiiivat elfft "zr^ ÏTziej'zoXT^ 'zo.'jxt/ k^ div [xe-^aka wc{)£XTfi9fiVat §uvTja£«î6£* i^Eptij^ouat -{à.p TTtCTXtv xat ÔTCOfxovfjV y.a.1 Tràcrav oI/Cû5o{ji.y)v TrjV eU tov Kûpiov -^jfiwv àvïîxouaav. Et de ipso Ignatio et de his qui cum eo sunt, quod certius agnoveritis, signijicate (ch. xiii). — On s'est prévalu des mots « qui cum eoswit » dans cette dernière phrase qui ne nous est parvenue qu'en traduction latine, pour opposer ce passage, où Ignace et ses compagnons sont censés encore vivants, au ch. ix où ils sont déjà traités de « bienheureux » . Mais il est évident que dans l'original grec il y avait irwv aùv aÙTtoet non o't aùv aù-uio elo-tv; c'est le traducteur qui a manqué de précision. Les mots o\ œ'jv aùxtTxdans la suscviption et loXç !£ u[jiwv, au ch. IX, sont rendus de même par: « qui cum eo sunt » ou « qui ex vobis sunt ». Cfr. édition Lightfoot, t. I, p. 588 etsuiv.; t. III, p. 349, note. — Voir La valeur du témoignage d'Ignace (Rev. Hist. desRcL, t. XXII, p. 23 et suiv., en grande partie reproduites dans la suite du texte).

3. Elle a été soutenue d'abord par Daillé dans son remarquable ouvrage: De scripiis guae sub Dionj/sit Areopagitae et Ignatii Antiocheni nominihus circumferuntur libri duo (Genève, 1666), p. 427 et suiv. — - Ritschl l'a renouvelée dan s sa célèbre E'/ife^e/iaw^ der altkatho-

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Voici, en. efEet, un auteur qui aurait fabriqué de toutes pièces une lettre sous le nom de Polycarpe, — très peu de temps après la mort de ce vénérable personnage, puisqu'elle est déjà citée par Irénée et que Polycarpe a subi le martyre entre 155. et 166^ ; — il aurait composé cet écrit dans l'intérêt de la cause épiscopale qui, en Asie, n'était sérieusement menacée que par le montanisme^, pour couvrir de ce pavillon un recueil d'épitres apocryphes d'Ignace; — et cet auteur passe complètement sous silence la qualité épiscopale de Polycarpe, la thèse épiscopale des Lettres ignatiennes, la dignité épiscopale d'Ignace lui-même et les institutions épiscopales de la communauté à laquelle il écrit, à tel point qu'il n'y a pas dans toute la littérature chrétienne primitive un seul écrit plus embarrassant pour les historiens qui défendent le caractère apostolique de l'épiscopat! Et comme si cela ne suffisait pas, il ne souffle pas un mot du montanisme, ni d'aucune des hérésies qu'il aurait dû avoir à cœur de combattre parce qu'elles opposaient de la résistance à la discipline épiscopale. Quand il parle des compagnons d'Ignace, il mentionne Zosime et Rufus, deux personnages qui ne

Lischea Kirche, 2' édition, p. 584 et suiv., en s'efforçant démontrer que ces passages, avec quelques autres, étalent étrangers au plan véritable de rÉpitre, c'est-â-dire au plan que Ritschl jugait à propos d'attribuer à Polycarpe. Pour qu'un pareil raisonnement pût être valable il faudrait qu'il y eût dans cette Épître un plan organique quelconque; or, c'est Justement ce qu'il n'y a pas. D'ailleurs, la comparaison du style et de la terminologie des passages incriminés avec les autres trahit clairement le même écrivain. C'est ce qui empêche d'accepter la solution proposée par M. Renan, la seule qui puisse se défendre, d'après laquelle l'auteur des Épîtres apocryphes d'Ignace aurait profité de ce qu'il était fait mention d'Ignace dans V Épître de Polycarpe^ ch. ix, pour ajouter un post-scriptum relatif à ses lettres (Ae.s Écaagiles, p. xxx).

1. Irénée, Ach. Huer., 111. 3-4; cfr. Eusèbe, H. E., IV. 14 et V. 20. — Sur la date du martyre de Polycarpe il n'est pas possible de se prononcer dans l'état actuel des documents. Voir mon mémoire De anno dieque quibus Polijearpuà Snu//'nue niai^tyrlum tulit (1880).

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figurent pas dans les Lettres ignatiennes auxquelles il est censé rendre témoignage, mais il ne dit rien d'aucun de ceux qui paraissent dans ces Lettres mêmes. Quant à celles-ci, il ne sait pas leur nombre, il reconnaît qu'il ne les a pas toutes, il ne les mentionne pas nominativement ! En vérité, c'est trop demander à la bonne volonté des juges que de prétendre leur faire accepter une pareille série d'invraisemblances. Il n'y a pas dans toute la littérature apocryphe ou pseudépigraplie un seul exemple d'un faussaire qui ait procédé de cette façon-là ^ .

Il importe de dégager très nettement la véritable nature de VÉpttre de Poly carpe, non seulement parce qu'elle contient un témoignage de premier ordre en faveur de l'authenticité des Épîtres Ignatiennes, mais surtout parce qu'elle apporte un correctif indispensable aux données historiques que l'on a cru trop souvent pouvoir tirer de ces dernières. Pour l'authenticité des Épîtres, en effet, son témoignage est incomplet; elle garantit qu'Ignace a véritablement écrit des lettres, mais elle n'atteste vraiment que celles à Polycarpe et aux Smyrniens (Tàç ■Kz\).vj>^zla%Q iiy.~.v ÔTi'aÙToij); quant aux autres elle en parle d'une façon générale, sans les citer et sans nous apporter aucune preuve qu'elles avaient dès l'origine la teneur de la courte recension grecque à nous

1. M. van Manen, dans l'article qu'il a bien voulu consacrer à mon mémoire sur la Valeur^ du témoignage (f Ignace d'Antioche, dit à propos de VÉpître de Polycarpe : « le caractère pseudépigraphe de » cet écrit n'a plus besoin d'être démontré. Il saute aux yeux da lecteur » sans parti pris, » etc. (Theologisch Tijdschrift, 1892, p. 630.) J'avoue ne pas pouvoir comprendre une pareille assertion . Je cherche vainement sur quoi elle se fonde. Il est vrai que nous différons du tout au tout, M. van Manen et moi, sur la chronologie de la littéiature apostolique et postapostolique. Ces Messieurs dépouillent le premier siècle de l'ère chrétienne de tout son contenu pour le reporter au second siècle. Il y a là, à mes yeux, une erreur de perspective qui tient en grande partie à ce qu'ils ne reconnaissent pas l'importance du travail de préparation au christianisme opéré au sein du judaïsme hellénistique.

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connue. Mais pour la mise au point des déclarations épiscopalistes passionnées d'Ignace, cette Épitre, où il n'est même pas fait mention d'un évèque, a une valeur incomparable. Nous ne tarderons pas à le constater.

Le contenu des sept Épîtres d'Ignace est, en général, de médiocre valeur. Aucune vigueur de pensée; mais beaucoup de vivacités et d'originalités de langage. Le malheureux épiscope d'Antioche qui apostrophe ses coreligionnaires des villes grecques d'Asie, au cours du voyage qu'il fait comme prisonnier pour aller subir le martyre à Rome, rappelle ces prédicateurs qui frappent très fort sur le rebord de la chaire et prodiguent les éclats de voix, pour faire oublier le vide de leur discours et masquer la pauvreté de leurs idées. Seule VÉpître aux Romains atteint à la véritable grandeur. Elle renferme quelques-unes des plus belles pages de la littérature chrétienne j)rimitive, la première confession de cette recherche passionnée du martyre en qui la folie de la croix se perpétue à travers les siècles à la stupéfaction de la société païenne. Dans les six autres, Ignace adresse des conseils et des exhortations aux églises qui lui ont délégué des députés ou à celles qu'il a visitées au cours de sa transportation à travers l'Asie -Mineure: demeurez unis, leur dit-il; fuyez les fausses doctrines, surtout les enseignements des docteurs qui nient la réalité de la vie charnelle et de la passion du Christ, ou les dangereuses erreurs de' ceux qui judaïsent; soyez en exemple aux païens par vos mœurs et votre piété, afin de manifester la puissance du Christ et d'avoir part à la glorieuse résurrection qui suivra la fin prochaine du monde; soyez les temples vivants de Dieu ; et j^our être sûrs de ne manquer à aucune de ces obligations, soyez soumis à vos

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évéques, ne faites rien en dehors d'eux; car c'est le seul moyen d'être soumis à Dieu et fidèles au Christ.

Deux épîtresse détachent sur le groupe : celle àPolycarpe et celle aux Romains. La première, en effet, donne la contrepartie des exhortations aux fidèles, savoir les conseils destinés à Tévêque. Elle est plus évangélique," plus simple que les autres. Il y règne un ton paternel. On a voulu voir dans ce parallélisme et ce contraste des prescriptions à l'usage des églises et des instructions à l'usage des évoques, une preuve du caractère artificiel de la correspondance tout entière. N'est-ce pas là, cependant, une attitude bien naturelle? N'est-il donc permis qu'à un faussaire de traiter une question sous les deux aspects qu'elle comporte ? Tous ceux qui ont l'expérience de la parole en public ne savent-ils pas que le ton n'est plus le même quand on parle à une assemblée que lorsqu'on s'adresse à une personne en particulier? Voilà un homme qui, avant de mourir, s'attache passionnément à une seule idée : le salut des églises par l'union de tous les fidèles sous la direction de l'évêque. Et l'on trouve inadmissible qu'il ait envisagé aussi les obligations incombant à l'évêque par suite de la haute mission qu'il lui destine !

Poly carpe, dit-on, était trop jeune à l'époque du martyre d'Ignace pour pouvoir être évêque de Smyrne. Même en plaçant le martyre de Polycarpe en 166, et non en 155 ou 156, celui-ci, qui mourut à un âge très avancé% devait avoir en l'an 115 de trente à trente-cinq ans, c'est-à-dire un âge qui n'est nullement incompatible avec les fonctions épiscopales. UEpître aux Magnésiens atteste, même pour les adversaires de son authenticité, qu'au second siècle il y avait des évéques jeunes', et les Pastorales nous ont appris

1. Irénée, Adv. Haer., III. 3, 4; Martyriuni PoUjccwpi, 9. —Voir plus haut, p. 454, n. 1.

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