‹ Les origines de l'épiscopat [microform]Chapitre 124 sur 163 · Cfr. ibidem, p · texte numérisé non relu

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2. Il faut compléter les pages suivantes par ce que nous avons dit sur le docétisme dans Rec. de L'Hist. des Rel., p. 138, 140 etsuiv., et sur l'histoire de la théologie paulinienne, ci-dessus, p. 200 à 204 et p. 451, sur le docétisme dans VÉp. de Polycarpe aux Éphésiens.

3. '0 Beoç fifi-wv 'iriaoûç ô XpLaxôç : Ép. aux Éphès., suscription ;

énergiques concernant la vie humaine réelle et la mort réelle du Christ. Ignace n'a même pas l'air de se douter des contradictions prodigieuses de sa théologie. Il est nettement subordinatien et, en même temps, il emploie des termes comme aXix% SfEoù qui pourraient le faire passer pour théopaschite. Ici encore les métaphores déterminent sa pensée plus que la raison. En tout cela il est bien de son temps et de son pays : il obéit à l'irrésistible mouvement d'idéalisation de Jésus qui emportait tous les chrétiens imbus de philosophie judéohellénique vers l'assimilation de plus en plus complète du Christ avec le Verbe de Dieu et de son apparition sur la terre avec la manifestation sensible du Logos (aôyo? ^poepopixôç) ; mais il est encore assez pénétré de la théologie de Paul et trop proche voisin des chrétiens moins spéculatifs de la Syro- Palestine, pour faire bon marché des réalités terrestres de la vie de Jésus ; — et il est aussi incapable que le furent plus tard ses compatriotes syriens de comprendre l'incompatibilité, en une seule et même personne, des deux natures affirmées ainsi dans leur antithèse. Ignace est bien l'ancêtre spirituel des Nestoriens comme les docètes des communautés helléniques d'Asie-Mineure, nourris de spéculations judéo-alexandrines, sont les ancêtres des monophysites égyptiens. Ces différences de race et d'aptitudes intellectuelles se dessinent déjà dans les premières églises et se perpétuent à travers toute l'histoire chrétienne.

Assurément Ignace ne se doutait pas de la portée théologique future des idées qu'il professait. C'est un piètre théo- .;. logien, mais d'autant plus intéressant peut-être pour nous, jparce qu'il se rapproche ainsi davantage des idées courantes chez une partie de la plèbe chrétienne. Pour la majorité des fidèles, alors comme dans tous les temps, il s'agissait surtout

xviii; Poli/c, viii; Rom., suscviption ; m. — Cfr. Éphés.,.i (àv atjjia-c ôeo'jj ; VII (âv àv6p:ÛTïciJ ôeî;); Rom., vi (-rô tz%%o^ xqù 9eo3), sans compter d'autres passages suspects d'interpolation.

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de glorifier le Christ, et l'on ne paraît pas s'être montré exigeant sur le choix des moyens théologiques ou philosophiques par lesquels cette glorification pouvait s'opérer. Le moyen le plus simple et, selon les dispositions intellectuelles du temps, le plus approprié, était la négation de la vie et de la mort réellement humaines du Christ ; de là le succès des systèmes gnostiqaes,tous plus ou moins docétisants, quoique la plupart de leurs adeptes chrétiens ne dussent pas comprendre grand'chose aux spéculations abstruses que ces systèmes comportaient. Il y avait d'autres moyens, tels que l'assimilation du Christ au souverain sacrificateur céleste, que nous avons rencontrée chez les théologiens romains^ ou la doctrine, à la fois plus philosophique et plus religieuse, de Tincarnation du Verbe, telle que l'a formulée le quatrième évangéliste, — doctrine qui implique bien un dualisme gnosticisant entre le monde des ténèbres et le monde de la lumière, impropres à se pénétrer réciproquement, mais qui affirme en même temps l'immanence du divin dans la partie de l'humanité susceptible de vie supérieure, et qui rend possible la solution du problème chrétien en supprimant l'antithèse de la nature divine et de la nature humaine, pour y substituer celle des enfants de Dieu et des enfants du diable ou du monde. Mais combien les hautes spéculations du quatrième évangile devaient dépasser le niveau moyen de l'intelligence des fidèles 1 Et combien les représentations plus vulgaires et plus imagées d'Ignace et de ses congénères devaient-elles répondre mieux à l'état d'esprit de la masse des frères! Si pour les chrétiens d'origine juive, pour autant que le syncrétispie ne les avait pas modifiés, l'idée de la déification d'un être ayant vécu d'une vie humaine était inadmissible, il faut bien nous mettre dans l'esprit que c'était la chose du monde la plus naturelle pour les fidèles d'origine païenne, habitués aux apothéoses, au culte des héros, et à toutes les traditions littéraires et mythologiques des sociétés antiques. La facilité avec laquelle le culte d'Auguste et des

empereurs se répandit partout, jusqu'à devenir la religion nationale de l'Empire romain, en fournit la preuve la plus éloquente. Ces chrétiens-là, dont le nombre augmentait chaque jour, n'étaient nullement choqués d'entendre parler du « sang d'un dieu » ; ils comprenaient probablement beaucoup mieux de pareilles expressions que les savantes théories sur le Logos endiathetos ou le Logos prophorikos. Nous ne devons pas nous dissimuler, en effet, que la tendance générale à identifier, d'une façon ou de l'autre, Jésus le Christ avec le Logos de Dieu, procède en réalité du besoin qu'éprouvaient les hommes religieux de donner aux abstractions et à l'idéalisme quintessencié de la philosophie judéo-hellénique un caractère plus concret, plus sensible, surtout à partir du moment où les symboles de l'Ancienne Alliance, auxquels le philonisme avait rattaché ses spéculations, furent de plus en plus relégués à l'arrière-plan. Or, la théologie ignatienne répond entièrement à ce besoin de réalisme dans la représentation du drame sotériologique, qui se fit sentir dans beaucoup d'esprits simples et qui était probablement plus fort chez les chrétiens de Syrie, moins habitués à l'idéalisme philosophique.

On pourrait même aller plus loin. Il y a comme une infiltration d'habitudes d'esprit païennes et syriennes dans cette formule : « Jésus-Christ, notre dieu. » Dieu le Père ou plutôt Dieu, tout court, c'est le créateur, le Dieu unique, souverain, suprême, le Dieu de tous les hommes. Mais Jésus- Christ, qui, pour les philosophes, est la pensée de Dieu manifestée\ est tout spécialement le dieu des chrétiens, pour les gens qui s'en tiennent au côté pratique des questions. Et, autant ce côté pratique est clair pour Ignace, autant ses conceptions dogmatiques proprement dites sont embrouillées et sans cohésion. De plus en plus les païens du

1. "H -^vtufjtTfj Toù •îra^pô;;, Zi'yoAès., m; Smyrn., vi; Polt/c, vin; cfr. Magnés., vin : oç èa-civ aùtoû Àoyoç.

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second siècle en arrivaient à concevoir un dieu suprême, audessous duquel chaque groupe du monde avait son dieu particulier, et nulle part cette conception, qui devint générale dans la société antique à la fin du second et surtout au IIP siècle, n'était plus indigène qu'en Syrie où depuis longtemps on était habitué à considérer les divers Baals qui régnaient dans les principaux sanctuaires, comme autant de formes différentes du dieu suprême, sans que l'on semble s'être beaucoup tourmenté de mettre d'accord leurs prétentions rivales à la souveraineté.

Ignace est essentiellement un Syrien. S'il est le plus paulinien des Pères apostoliques, il en est aussi le plus indigène, — si j'ose m'exprimer ainsi ; — il est de tous ceux que nous connaissons celui qui a le moins subi l'influence du judaïsme \ soit des traditions authentiquement juives, soit de la philosophie judéo-hellénique. Il était probablement incapable de la comprendre. De là son horreur pour les spéculations philosophiques en général et pour le docétisme en particulier. Pour lui, il n'y a qu'une chose importante, c'est de marcher d'accord avec les conducteurs de la communauté. Il ne voit rien au delà, et en ce sens il est bien réellement un ancêtre de l'esprit catholique. Mais, bien loin d'être en opposition avec la situation religieuse des communautés chrétiennes au début du second siècle, la nature des doctrines qu'il combat et son attitude à leur égard s'harmonisent parfaitement avec elle.

Supposons, au contraire, que les adversaires de l'authenticité aient raison de retarder ses Épîtres jusque dans la seconde moitié du second siècle. Sera-t-il admissible alors qu'un auteur, animé des dispositions que nous savons, plaide

1. Tandis que les écrits des autres Pères apostoliques sont presque toujours bourrés de citations de l'Ancien Testament, les Épîtres d'Ignace n'en contiennent pas. Il est aussi opposé aux pratiques judaisantes qu'au docétisme. (Voir mes Études, etc., Revue de VHist. des Rel., t. XXII, p. 137 à 139.)

avec une pareille chaleur la cause de la discipline ecclésiastique, de l'autorité ëpisCopale, sans faire la moindre allusion au montanismej qui bouleverse à cette époque les églises d'Asie, et qui est essentiellement dirigé contre l'autorité épiscopale? Peut-on concevoir que cet écrivain, passionnément opposé aux spéculations gnostiques, dédaigneux de toute philosophie pour se concentrer sur les seuls intérêts ecclésiastiques de la chrétienté, dirige toutes ses attaques contre le docétisme en général, c'est-à-dire contre une manifestation déjà ancienne du gnosticisme, et ne fasse mention d'aucun des grands systèmes gnostiques qui troublent profondément les églises soit en Orient, en Syrie même, soit en Occident, et qu'il n'ait même pas l'air de soupçonner ni Marcion, ni Basilide, ni Carpocrate, ni Valentin^? Ici encore

1. On a relevé une allusion au système de Valentin dans le ch. vin de VEpitre aux Magnésiens: ô'xt èTç STeoi; sffxtv ô cpaveptiaaç sauTov 8tà 'Iirjffoû Xpiato'j Toù uloù a'JToù oç èaxtv aùxoî) Xoyoç à'tStoç oûx àito aiy^'î TrposÀôtov, Mais MM. Zahn et Lightfoot ont montré, indépendamment l'un de l'autre, que les mots àîStoç oùv. ont été interpolés assez tardivement pour mettre le teste d'accord avec l'orthodoxie. Dans le système de Valentin, en effet, avec ses couples d'éons ou syzygies, le couple Logos et Zoê était considéré par les uns comme une émanation du couple Bythos et Sigê, tandis que d'autres intercalaient Nous et Alêtheia. — Bien loin d'être une réfutation du système valentinien, le passage incriminé doit plutôt être considéré comme un témoignage des idées qui en préparèrent la naissance. Dans les combinaisons du gnostique la conception abstraite devient un être personnifié. Ignace entend simplement que le Logos de Dieu, c'est à-dire la manifestation du Verbe en la personne de Jésus-Christ, a succédé au silence de Dieu. Cette idée se retrouve ailleurs dans ses écrits, notamment dans le curieux passage (Éphès., xix) où il est dit que Dieu avait si bien caché le plan divin sur la virginité de Marie, l'enfantement et la mort du Seigneur, que le diable lui-même ne s'en doutait pas : xpia fjLuaxrJpta x.pauYf,ç, àxiva èv -fjO-D^iq: 3"£où supâj^^Oïi. C'est une adaptation de la doctrine du Logos endiathetos et du Logos prophorikos à l'usage des. gens simples par un homme incapable d'en saisir la portée philosophique générale. Voir dans VÉpUre aux Romains, ch. ii, l'opposition de lô-foc; à tf'iùy.rj.

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nous nous heurtons à de telles invraisemblances qu'elles équivalent à une impossibilité.

Les griefs invoqués par la critique moderne contre la déportation d'Ignace à Rome, les détails de son odyssée et les circonstances de son voyage ne soutiennent pas l'examen ^ Le transfert d'un condamné à Rome pour l'alimentation des jeux du cirque était une chose usuelle'. L'administration militaire se chargeait de ces transports pénitentiaires. La route suivie par Ignace est la route normale de ce genre d'expéditions. L'escorte qui le conduit et qui n'est évidemment pas destinée à lui seul, s'arrête en chemin suivant les besoins du service et, tout en agissant à son égard avec la rudesse habituelle aux soldats, lui laisse la liberté de voir ses coreligionnaires dans les villes où l'on fait halte. Les exemples abondent dans l'ancienne littérature chrétienne, de visites faites par les chrétiens à leurs frères prisonniers, même dans les plus sombres périodes des persécutions. La station la plus prolongée a lieu à Smyrne; les églises qui envoient ici des délégués à Ignace sont justement celles qui sont le moins éloignées de cette ville et qui se trouvent sur la grande route de Colosses par Laodicée à Éphèse; or, Ignace a passé à Colosses, en se rendant à Smyrne par Philadelphie, de telle sorte que la nouvelle de son prochain martyre a pu facilement se propager jusqu'à Éphèse. Quoiqu'il ne soit fait ailleurs aucune mention d'un séjour à Philadelphie, VÉ pitre aux Philadelphiens trahit

1. Voir mes Études etc., dans Reo. de l'Hist. des Rel., t. XXII, p. 129 et suiv., et surtout la belle discussion de M. Lightfoot, O. c, t. I, p. 354 à 373.

2. Gfr. Mommsen, Rœmische Gèschichte, V. p. 522: « Wenn hervor- » gehoben wird dass diesé Blutgerichte besondeus hâuflg in Rom voU- » zogen wurden, so ist damit diei VoUstrechung zum Fecht- oder zum » Thierkampf gemeint,' welche am Gerichtsorte oft nich statt finden » konnte und bekanntlich vojzugsweise eben in Rom erfolgte (Modesr » tinus, Dig., xlviii, 19. 31): »

une connaissance personnelle de cette communauté chez l'auteur. Comment s'expliquer cette particularité? De la façon la plus simple : la route suivie par Ignace passait par cette ville. Le faussaire qui aurait observé de pareilles finesses aurait été un merveilleux diplomate et n'aurait certainement pas commis toutes les maladresses que l'on est forcé de lui imputer, comme nous l'avons montré, si l'on repousse l'authenticité des ÉpîtresV

. Enfin, toute autre considération àpart^ pourquoi un défenseur de la cause épiscopale, au milieu ou dans la dernière moitié du second siècle, aurait-il été se mettre à couvert derrière un évéque syrien, médiocrement connu et d'autorité en tout cas secondaire, pour inculquer aux chrétiens de l'Asie hellénique la discipline ecclésiastique et vaincre leurs résistances à l'extension du pouvoir épiscopal monarchique? Quand on admet l'authenticité de là seule Épître aux

1. On a voulu voir une preuve d'inauthenticité dans la manière dont sont désignées les villes où habitent les destinataires: iv 'EcpÉa^ji x-^ç 'Aaîaç (de même pour Philadelphie, Tralles, Smyriie). Je ne comprends pas la portée de l'argument. Cette détermination, superflue lorsqu'il s'agit de villes aussi connues qu'Éphèse ou Philadelphie, est aussi anormale sous la plume d'un faussaire écrivant dans la deuxième moitié du second siècle que sous la plume d'Ignace. Pour l'un comme pour l'autre ces villes étaient également illustres. — Il s'agit donc ici d'une habitude épistolaire qui peut avoir été le fait d'Ignace aussi bien que d'un Pseudo-Ignace. Il y a bien des personnes, de nos jours, qui, habituées à mettre sur le§ enveloppes de leurs lettres le nom du pays ou du département à côté de celui de la ville où habite le destinataire, libellent des adresses comme celles-ci : Paris (Seine); Londres, Angleterre, quoique la notoriété de ces grandes cités rende une pareille détermination parfaitement inutile. — Cette habitude s'expliquerait mieux chez un Syrien, pour lequel ces villes de l'Asie hellénique sont éloignées. Elle n'est pas inconnue à d'autres auteurs. Irénée (Ado. Haer., III. 1. 1) parle aussi de: Iv 'Eipiatp -cfji; 'Ao-i'aç. — Enfin il ne faut pas oublier que de toutes les parties d'une lettre transmise par les manuscrits, la suscription, — surtout lorsqu'elle est aussi longue que dans les Épitres d' Ignace, — est celle où la fidélité littérale du texte est le plus sujette à caution.

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Romains [lest encore explicable, jusqu'à un certain point, que Tavocat de répiscopalisme ait jugé opportun de placer sa thèse sous le patronage d'un martyr illustre, quoiqu'une pareille supposition ne soit en elle-même rien moins que vraisemblable : il ne manquait pas de personnages autrement mieux qualifiés et il est permis de trouver étrange, qu'un fougueux partisan de l'épiscopat monarchique rattache son plaidoyer à un écrit comme VÉpttre aux Romains, où il n'est parlé que d'épiscopes au pluriel et où l'évêque de Rome est passé sous silence'. Mais la disjonction même de cette Épître, qui est la condition indispensable d'un pareille hypothèse, n'est pas possible : nous l'avons montré plus haut. Elle est du même auteur que les autres ; si ces dernières sont pseudépigraphes, elle l'est aussi. Il n'y avait donc aucune raison qui désignât spécialement un évèque d' Antioche à devenir le grand patron de l'institution épiscopale; aucun écrit de lui ne le désignait à cet ofiBce, tandis que d'autres noms se présentaient en quelque sorte d'eux-mêmes. Si Pierre ou Paul étaient déjà trop anciens et presque canoniques, il y avait Timothée, Tite, Clément de Rome ou quelqu'un des conducteurs connus des communautés les plus importantes. Les fabricants do pièces pseudépigraphes ne procèdent pas autrement dans tous les temps : quand ils veulent répandre de nouveaux principes de droit ecclésiastique, ils ne les mettent pîis sous l'autorité d'un archevêque d'Espagne ou d'Allemagne; ils attribuent tout droit leurs fausses décrétales aux papes. Quand les auteurs successifs de règles et de constitutions apostoliques ont besoin d'un patron, pour garantir l'authenticité d^s préceptes ou des institutions qu'ils prétendent faire remonter à la première antiquitéchrétienne,

1. Aussi le plus brillant défenseur de l'authentieité de la seule Épître aux Romains, M. Renan, est-il amené à supposer que celle-ci n'était pas connue de l'auteur qui composa plus tard les Lettres aux Églises d'Asie (Les Évangiles, p. xxxvm).

ils ne choisissent pas Claudius Êphebus ou Valerius Bito % mais Clément de Rome en personne. Le rédacteur des Pas-, torales écrit sous le nom de saint Paul, les auteurs d'apocalypses attribuent la paternité de leurs œuvres à Hénoch, à Moïse, à Noé ou aux patriarches. Pourquoi l'auteur des Épîtres ignatiennes aurait-il agi autrement? Du moment qu'il faisait de la pseudépigraphie, il fallait au moins que cela lui servît à quelque chose. Il n'avait que la difficulté du choix; ce n'est pas la critique de ses contemporains qui eût pu lui inspirer des craintes.

La véritable raison, et la seule vraiment forte, qui, depuis les origines de la critique historique moderne jusqu'à nos jours, ait fait disqualifier les Épîtres d'Ignace, dans leur recension première, c'est l'épiscopalisme ardent qui les a inspirées d'un bout à l'autre. L'histoire de la critique le prouve et l'examen des autres arguments auquel nous venons de procéder le confirme. « Le grand signe des écrits )} apocryphes, dit M. Renan, c'est d'affecter une tendance; )) le but que s'est proposé le faussaire en les composant s'y » trahit toujours avec clarté \ » Or, personne ne peut contester que les Epîtres ignatiennes n'aient été écrites avec l'intention de fortifier l'autorité épiscopale dans les communautés chrétiennes primitives. Donc il faut les considérer comme des apocryphes.

Nous avons déjà eu l'occasion de faire observer que, si "les écrits apocryphes sont généralement des oeuvres de ten-

1. Deux des délégués de l'Église de Rome à l'Église de Corinthe {Ép. de Clément, hxy).

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