Voir plus haut, p. 402 et suiv
l'avènemen^t de l'épiscopat monarchique 491
dables dont ils sont détenteurs? Comment saura-t-il ce qu'il doit croire, ce qu'il doit faire, qui il doit suivre, pour être sauvé? Car il ne s'agit de rien moins que de son salut dans ce monde et pour l'éternité. Tous, sans doute, sont convaincus que l'union doit régner entre les chrétiens, qu'il n'y a qu'un seul Christ, un seul Évangile, qu'il ne doit y avoir qu'une seule église. Mais où est cette église? Où est cet Évangile? Où est ce Christ? C'est exactement le même problème que nous avons vu se dresser, dans des conditions difEérentes, il est vrai, avec une acuité moins troublante, mais néanmoins avec une réelle gravité, dans la Didachê, dans les Pastorales, dans VEpitre de Clément.
L'auteur de la Didachê a répondu : Jugez les prophètes d'après leurs oeuvres; s'ils se conduisent conformément aux principes moraux énoncés par le Seigneur et résumés dans le recueil, déclaré authentique, des préceptes qui conduisent à la vie, ils sont dignes d'être écoutés. La norme, ici, c'est l'enseignement religieux, morale de Jésus lui-même, l'Évangile galiléen \
L'auteur des Pastorales a répondu: Attachez- vous à la saine doctrine, à la doctrine régulièrement transmise par l'apôtre Paul à ses disciples .les plus intimes et par ceux-ci aux presbytres et à Vepiskopos. La norme, ici, c'est la spéculation du grand apôtre, par l'intermédiaire duquel le Christ s'est révélé au monde en dehors des étroites limites de la Palestine, la tradition doctrinale paulinienne, certifiée par l'intégrité de la transmission ^
L'auteur de YEpître de T Église de Rome ci celle de Corinthe, développant le principe déjà énoncé dans VÉpître aux Hébreux, a répondu : Soyez soumis à vos conducteurs; ne vous préoccupez pas des discussions, des rivalités personnelles, des inspirations individuelles ; accomplissez fidè-
lement les actes de culte prescrits par la tradition de vos églises, sous la conduite de vos presbytres et de vos épiscopes, parce que ces institutions dont ils ont ,Ia garde et la direction viennent des apôtres et de Jésus-Christ, par leur intermédiaire. La norme ici, c'est la tradition rituelle, remontant jusqu'au Lévitisme de la Loi juive et fidèlement transmise par les anciens \
Ignace, qui n'est ni grand théologien, ni traditionnaliste alexandrin, répond avec la logique simpliste de son esprit intransigeant, allant droit jusqu'au bout du peu d'idées qu'il a: « Attachez-vous à l'évêque; c'est lui l'unité. » Voilà qui n'est pas difficile à comprendre; voilà qui est clair ; et voilà, à tout prendre, lorsqu'on a perdu le sens de l'unité mystique telle que la comprennent les saint Paul et les saint Jean, ce qui est seul logique. Comment savoir, en efîet, dans une ville grecque d'Asie, au début du second siècle, quel recueil de préceptes moraux est authentiquement celui du Christ qui a vécu près de cent ans auparavant dans un coin perdu de la Palestine? Comment juger des garanties plus ou moins grandes de fidélité des diverses traditions doctrinales ou rituelles qui se prétendent toutes les meilleures et les plus sûres? Ce qu'il y a de plus simple, c'est de s'en remettre sur ce point à ceux qui président l'association, aux presbytres qui sont les fidèles de vieille roche, aux épiscopes où à l'episkopos mieux placés que personne pour connaître la vérité, puisqu'ils sont l'élite de la communauté et qu'ils la personnifient. Le premier devoir du soldat dans la bataille, c'est de suivre ses chefs sans discuter. Si la saine doctrine est garantie par l'intégrité de sa transmission, ce sont les agents mêmes de cette transmission qui seront les plus sûres autorités. L'orthodoxie ecclésiastique des Pastorales mène tout droit à l'épiscopalisme d'Ignace.
Tels sont, en effet, les principes très simples et très pra-