‹ Les origines de l'épiscopat [microform]Chapitre 127 sur 163 · Voir plus haut, p. 405, 430 et suiv., 436 et suiv · texte numérisé non relu

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tiques exprimés par Ignace dans le langage religieux du temps et dans les formes particulières à son esprit enthousiaste. L'obéissance à l'évéque équivaut à l'obéissance envers Dieu, de même que pour l'auteur des Pastorales la fidélité cl la saine doctrine équivaut à la fidélité envers Dieu ; c'est l'évéque, en effet, qui à coup sûr enseigne la vraie doctrine, applique la saine discipline, dirige les actes du véritable culte chrétien, en un mot, c'est auprès de lui que se trouve tout ce qui est authentiquement divin dans le christianisme. « Efforçons-nous de ne pas résister à l'évéque, afin d'être » soumis à Dieu, )) est-il dit aux Éphésiens (ch. v), car celui qui s'éloigne de la seule véritable assemblée à laquelle il préside, s'exclut lui-même de la communion chrétienne. Marcher d'accord avec l'évéque, est-il dit aux fidèles de Magnésie : « ce n'est pas seulement marcher avec lui, mais 1) encore avec le Père de Jésus-Christ, l'épiscope universel. )) Pour honorer celui qui vous a voulus {i. e. qui a fait de » vous l'objet de son choix ou de sa bonne volonté) il con- » vient d'être soumis très loyalement; sans quoi l'on ne » trompe pas seulement l'évéque visible, mais l'évéque » invisible lui-même (ch. ni). » Aux Smyrniens Ignace écrit : « Il est beau de reconnaître Dieu et l'évéque ; celui qui )) honore l'évéque a été pris en considération par Dieu ; celui » qui agit en dehors de l'évéque sert le diable (ch. ix). )) Et aux Philadelphiens : « Ceux qui sont à Dieu et à Jésus-Christ, )) ceux-là sont avec l'évéque (ch. nt). » Enfin nous avons déjà vu que les Smyrniens sont invités à trouver la paix spirituelle et l'assurance chrétienne en acceptant sans hésitation comme agréable à Dieu ce que leur évêque jugera bon (ch. viii)' .

Où trouvera-t-on l'esprit authentique de Jésus-Christ, sinon auprès des évêques? Rien de plus conforme aux prin-

1. Cfr. les passages cités plus haut, p. 483 et suiv., dans le texte et en notes. Y ajouter : TralL, i; m; Srn/jrn., ix; Éphès., xxi; Philad.,n (où est le bergei' doivent être les brebis).

cipes d'Ignace que des déclarations comme celles-ci: « Jésus- » Christ, dont notre vie est inséparable (i. e. en qui sont )) pour nous les sources uniques de la vie), est la pensée du » Père, comme les évoques, selon les limites où ils ont été )) établis, sont dans la pensée de Jésus-Christ ; voilà pour- » quoi il faut se conformer à la pensée de son évêque » {Éphés., III et iv)'. » La révélation divine, générale, universelle en la personne du Christ, se localise dans chaque église en la personne de Tévêque. L'auteur affectionne particulièrement ces parallélismes entre les diverses catégories de dignitaires ecclésiastiques et la hiérarchie du gouvernement divin de la chrétienté. Dans YÉpîire aux Magnésiens il est dit de l'évêque qu'il préside l'église selon le type de Dieu, et des presbytres, qu'ils sont selon le type du sanhédrin des apôtres (ch. vi, cfr. ch. xiii); dans VÉpîireaux Tralliens

1. Ce passage, très incorrect, est essentiellement ignatien dans le fond comme dans la forme. Je ne puis absolument pas accepter l'interprétation qui trouve ici une affirmation de l'universalité de l'épiseopat : xa- yàp 'friToô; Xpiaroç, xh ào'.âxpiTov 'îjfAwv ÇtJv, toî> Tta-rpcK; -/j ■^'tdi\j:f\, w; xal ol STitçr/.oTtoi ol xa-uà Ta Trâpaxa ôpiaôÉvxsç sv 'iTQtToù XpttTTOù ^^^n<i\j.r\ slaîv. — L'expression xa^rà -cà Ttépa-ua signifle «selon les termes )), « selon les limites» et nullement « jusqu'aux limites »; il faudrait dans ce cas \j-t'j(oi. -rwv Trepàxtov. De plus, je ne vois aucune raison de supposer qu'il faille sous-entendre x-ï); y^'î ^^ '^°^ xoct[j,ou; c'est là une de ces suggestions qui proviennent du fait que nous attribuons instinctivement aux institutions ecclésiastiques de la chrétienté primitive, la signification et la portée qu'elles ont prises plus tard et qui en sont devenues inséparables dans notre esprit. L'idée de l'universalité de l'épiseopat, répandu jusqu'aux limites du monde, est tout à fait en dehors de l'horizon d'Ignace. Par contre, l'idée que Dieu est l'episkopos universel et que chaque episkopos local est son agent ou son organe forme le centre même de sa doctrine ecclésiastique. Voir mes Études, aie . {Rev. de l'Hist. des ReL, t. XXII, p. 283-284.) M. Vôlter (Die Ignatianischeii Briefe, p. 16, n. 2) soutient que l'article prouve que xà TrspaTx est pris ici au sens absolu. Pourquoi? L'expression est prise dans un sens déterminé, avec l'article défini. Il nes^agit pas des limites absolues du monde, mais des limites déterminées de chaque communauté locale.

les diacres sont rais en parallèle avec Jésus-Christ, l'évêque avec Dieu et les presbytres avec le sanhédrin, ou conseil de Dieu, ou encore avec l'assemblée des apôtres (ch. iii)^; dans YÉpîtreaux Smy miens {çX\. vni) il est dit de suivre l'évêque comme Jésus-Christ a suivi le Père, le conseil des presbytres comme les apôtres, et de respecter les diacres comme un commandement de Dieu.

Ces dernières cittitions montrent déjà que, si pour Ignace l'évêque est incontestablement le chef de la communauté et la personnification de la vérité chrétienne, les presbytres et les diacres ne sont pas moins dignes de vénération et ne doivent pas moins être obéis. Ici encore les passages à l'appui abondent : les chrétiens d'Éphèse, pour être parfaitement saints, doivent être soumis, dans une seule et même subordination organique, à l'évêque et au conseil des presbytres

•rspît}^) '. Ceux de Tralles doivent être soumis à l'évêque comme à Jésus-Chi'ist et aux presbytres comme aux apôtres ' ; de même ceux de Philadelphie ou de Smyrne. Pour Ignace l'autorité de l'évêque, des presbytres et des diacres, forme en quelque sorte un tout inséparable, une harmonie de forces spirituelles, modèle de l'union qui doit régner entre les fidèles. Il n'imagine pas qu'il puisse y avoir désaccord entre eux; ils sont pour lui le gouvernement, \ Autorité avec un grand A, comme pour beaucoup de braves gens de nos

1. Cfi'. Ad TralL, n; Ad Philad., m -(le presbytre de l'église assimilé aux apôtres).

2. Ad- Ep/ics., II ; cfr. iv; v; xx; Ad Magn., ii (a Soumis à l'évêque comme à la grâce de Dieu et au conseil des presbytres comme à la loi de Jésus- Christ »).

3. Ad TralL, ii; vu; xiii; Ad Philad.. v; vu; Ad Smyrii., viii ; xii.

jours le Gouvernement ou Y État est une sorte de puissance abstraite, dont tous les membres sont toujours d'accord, sans qu'ils se doutent le moins du monde des dissensions^ des rivalités ou des intrigues qui se déroulent constamment dans le cénacle des détenteurs de ce pouvoir gouvernemental. '• Celui qui esta l'intérieur du sanctuaire est pur, » écrit-il aux TralUens (ch. vu); mais celui qui est hors du )) sanctuaire n'est pas pur, c' est-à-dire celui qui agit en )) dehors {'/j^^k) de l'évêque, du conseil des preshytres et des » diacres, c'est celui-là qui n'a pas la conscience pure. » En écrivant à Poly carpe (cli.vi) il dit aux chrétiens de Smyrne: « Attachez-vous à l'évêque, afin que Dieu aussi s'attache )) à vous. Je suis de toute mon âme avec ceux qui sont » soumis à l'évêque, aux presbytres, aux diacres....» Et, s'adressant d'une façon spéciale à ces dignitaires qu'il vient d'énumérer , il leur dit : « Travaillez ensemble ^ , luttez » ensemble, marchez ensemble, souffrez ensemble, mourez

» ensemble, ressuscitez ensemble, comme des intendants ', » des auxiliaires et des serviteurs de Dieu. » Les presbytres et les diacres sont la couronne spirituelle de l'évêque {Magn. , xiii). Le conseil des presbytres de la communauté éphésienne, auquel Ignace accorde les plus grands éloges, s'ac-corde avec son évêque comme les cordes sur une guitare ; aussi tous les fidèles chantent-ils à l'unisson les louans-es du Christ (^/)/iés., Iv)^

L'exaltation du pouvoir épiscopal qui se donne libre cours à travers les Épîtres d'Ignace, fait trop souvent perdre de vue aux commentateurs cette intime association de l'autorité

1. Notez l'expression a-JY-z-oTnàTe qui rappelle le verbe xoTrtdcw déjà usité dans / Thessaloniciens et dans / Tiniothée. Voir plus haut, p. 288, n. 1.

2. Notez les mots tbç â'eoù o'txovôfjLot qui rappellent l'expression déjà relevée dans VÉpitre à Tite. Voir plus haut, p. 306.

3. Cfr. les passages déjà cités, p. 494, sur le parallélisme des dignitaires ecclésiastiques avec le Christ et les apôtres.

l'avènement de l'épiscopat monarchique 497

presbytérale et de raiitorité épiscopale, qu'un examen plus attentif dégage très clairement. Sans doute l'évêque pour Ignace est bien réellement la tête de la communauté, le premier de tous, le détenteur de la vérité et du pouvoir disciplinaire. Mais il est déjà tout cqI^l dans les ÉpW^es pastorales et, à partir du moment où Tépiscopat uninominal s'est substitué à l'épiscopat plural, — ce que ces mêmes Pastorales attestent déjà pour les églises de l'Asie hellénique — il était inévitable que la cause de l'autorité ecclésiastique s'identifiât avec celle de l'autorité de l'évêque, puisque l'évêque, détenteur du pouvoir administratif et disciplinaire, gardien de la saine tradition, déjà porté à s'adjuger une bonne part dans l'activité didactique de la communauté, était par excellence le représentant de cette autorité ecclésiastique. Les Epttres à Timothée et à Tite ne lui donnent-elles pas déjà les qualités ^intendant de Dieu, à'êpimêlète de l'église de Dieu, et l'auteur des Actes ne considère-t-il pas déjà les évêques comme institués par le Saint-Esprit ^ ?

Les revendications d'Ignace en faveur de l'autorité épiscopale sont encore plus des revendications en faveur de l'autorité ecclésiastique et de l'autoritarisme en soi, qu'en faveur de l'évêque proprement dit au détriment des autres dignitaires des associations chrétiennes. S'il avait écrit à des églises où il n'y eût pas eu d'évêque, comme à Philippes, ou à des communautés où l'épiscopat plural régnât encore, comme à Corinthe au temps ou Clément Romain écrivait sa Lettre aux Corinthiens, il eût tenu un langage semblable en faveur des episkopoi, au pluriel, ou simplement des presbytres et des diacres ou de quelque autre nom que l'on eût désigné les détenteurs de l'autorité administrative et spirituelle. Il eût développé et exagéré, avec son ordinaire intempérance d'expressions, le précepte que Polycarpe adresse aux chrétiens de Philippes : « Soyez soumis aux presbytres

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