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Actes, VI

3. XXI. 17 et suiv. ; voir aussi le témoignage d'Hégésippe, cité par Eusèbe, Hist. eccL, iv, 22. 4.

4. Nous nous occuperons plus loin des synagogues de la Dispersion dont l'organisation pouvait différer sur quelques points de celle qui était usuelle en Palestine.

de la vie commune tendaient également à la formation d'un conseil de presbytres dans la petite société chrétienne de Jérusalem. Ainsi naissait spontanément, par la force inhérente aux choses. Tune des institutions fondamentales de l'Église chrétienne, le presbytérat, bien différent dans sa première apparition de ce qu'il sera plus tard, puisqu'il est encore dépourvu de tout caractère sacramentel et proprement clérical, mais appelé aux plus hautes destinées : car le presbytre est devenu le prêtre de l'Église catholique et le conseil des presbytres est devenu le consistoire des églises réformées, berceau du gouvernement représentatif et de la liberté politique dans le monde chrétien.

5. Le Conseil des presbytres. — La conférence de Jérusalem. — La critique s'est attaquée assez vivement aux fragments des Actes qui attestent l'existence de presbytres dans la communauté primitive de Jérusalem, et elle ne manque pas de bonnes raisons à faire valoir. Les témoignages qu'ils apportent sont en contradiction avec ceux des épîtres pauliniennes. Dans VÉpttre aux Galates Paul affirme qu'il n'est pas venu à Jérusalem entre la visite qu'il fit aux apôtres, trois ans après sa conversion (i. 18), et la démarche qu'il accomplit, conjointement avec Barnabas et Tite, auprès des chrétiens notables de cette ville pour défendre sa mission dans le monde païen. Or le premier voyage est le même que celui dont parle l'auteur des Actes, ix. 26-30, et le second correspond à celui du chap. xv; Paul lui-même n'a donc gardé aucun souvenir de la remise qu'il aurait faite, à Jérusalem, entre les mains des presbytres, des fonds collectés parmi les chrétiens d'Antioche (xi. 30). Paul ignore les presbytres de Jérusalem ; jamais il n'en parle dans ses lettres. Il ne connaît pas davantage le fameux décret de Jérusalem qui aurait, d'après le xv« chapitre des Actes, réglé d'une manière officielle et solennelle les conditions de l'admission des païens dans l'Église. Il déclare être venu à Jérusalem.

avec Barnabas et Tite pour obéir à une révélation intérieure, avoir exposé spécialement aux notables (toTç Soxoùai = ceux qui sont considérables, qui ont de l'autorité) l'évangile qu'il prêche aux païens, afin que son œuvre ne restât point vaine, avoir gardé auprès de lui son compagnon Tite, sans le faire circoncire, avoir résisté ouvertement aux intrigants qui prétendaient l'asservir, lui et ses enfants spirituels, à leurs observances légalistes, et non seulement les notables d'alors ne lui imposèrent aucune condition, mais encore les plus importants, ceux qui passaient pour être les colonnes de la communauté, Jacques, Céphas et Jean, lui donnèrent, à lui et à Barnabas, la main d'association, laissant à Paul l'évangélisation des païens et gardant pour eux celle des circoncis, à condition que Paul n'oubliât point les pauvres de Jérusalem (Ga/., II. 1-10).

Passons maintenant au récit des ^c?;es(cli. xv); les choses y sont présentées d'une façon toute difîérente et, cependant, l'on ne peut mettre en doute qu'il s'agisse du même événement. Des désordres se sont produits dans l'Église d'Antioche, du fait de certains judaïsants qui sont venus de Jérusalem pour rétablir l'autorité méconnue de la Loi mosaïque parmi les dis'ciples de Paul et de Barnabas. Ceuxci sont délégués auprès « des apôtres et des anciens » pour traiter la question. Arrivés à Jérusalem, ils sont reçus « par )) l'Église, les apôtres et les anciens » auxquels ils exposent le succès de leur mission parmi les païens. Là-dessus « les )) apôtres et les anciens » se réunissent pour délibérer et une grande discussion s'engage entre les légalistes et les indépendants. Pierre prend le parti de ces derniers. Paul et Barnabas sont admis à plaider leur cause. Enfin le personnage le plus considérable, Jacques, frère du Seigneur, introduit une résolution destinée à concilier autant que possible les partis en présence : on ne repoussera pas les convertis d'origine païenne ; on ne réclamera pas qu'ils observent toutes les prescriptions de la Loi, mais on exigera qu'ils

s'abstiennent de toute participation à l'idolâtrie, même indirecte, comme celle qui consisterait à manger des viandes ayant servi aux sacrifices païens, qu'ils ne se livrent pas à l'impudicité ^ qu'ils ne mangent pas d'animaux étouffés ou qui n'auraient pas été saignés. Cette proposition est acceptée. Alors il plut « aux apôtres et aux anciens^ avec toute la » communauté, » d'envoyer à Antioche, avec Paul et Barnabas, deux membres directeurs de l'Église, Jude surnommé Barsabas et Silas, pour transmettre aux chrétiens de cette ville les résolutions prises à leur égard et dégager la responsabilité des autorités de Jérusalem dans les désordres provoqués par les judaïsants : « Les apôtres, les anciens et les » frères aux frères d'origine païenne à Antioche, en Syrie » et en Cilicie, salut.... Il a plu au Saint-Esprit et à nous » de ne vous imposer (èitiTieecrôat) aucune autre charge en » dehors des suivantes qui sont nécessaires » (v. 28).

C'est ce que l'on a appelé la conférence ou le concile de Jérusalem. L'Église ne s'y est pas trompée; quoiqu'elle n'ait tenu aucun compte des décisions précitées, elle a reconnu dans les résolutions transmises par le livre des Actes le premier décret ecclésiastique officiel. La critique historique, au contraire, a vu dans ce caractère même du récit biblique une preuve de son inauthenticité. Entre le témoignage direct et formel de l'apôtre Paul et la tradition reproduite beaucoup plus tard par un écrivain étranger aux événements, elle n'a pas hésité. Non seulement Paul, dans VÉpître aux Gâtâtes, ne fait aucune allusion à une délibération solennelle des apôtres, des anciens et de l'Église de Jérusalem et à un décret quelconque par lequel les chrétiens

1. La TTopvsia (v. 20) vise les unions incestueuses ou les autres unions

prohibées par la Loi juive {Létsit., xviii. 6 à 24) et non la débauche en

général, que tout le monde condamnait d'un commun accord. Il faut

se placer ici au point de vue de la Loi juive (cf. Reuss, Bible, Hist. çtpost., p. 161).

de la communauté mère se seraient arrogé le droit d'imposer certaines conditions aux chrétiens d'origine païenne, mais il déclare expressément que dans cette circonstance les notables, — quels qu'ils fussent à cette époque, — ne lui firent aucune opposition et s'entendirent avec lui pour l'œuvre d'évangélisation; et nulle part dans ses autres écrits il n'est fait la moindre mention des prétendues conditions qui auraient été fixées dans cette pseudo-conférence de Jérusalem. Paul a toujours maintenu énergiquement qu'il tenait sa mission apostolique du Christ seul et n'a jamais reconnu à aucune autorité palestinienne le droit d'intervenir dans son œuvre d'évangélisation.

La manière dont le livre des Actes présente la scène de Jérusalem est donc certainement inexacte et l'on ne saurait par conséquent déterminer d'après elle le rôle des presbytres dans la communauté primitive. S'ensuit-il toutefois que la tradition rapportée par l'auteur des Actes soit absolument dénuée de valeur et qu'elle ne puisse servira nous renseigner sur la situation ecclésiastique ? Non, certes. Il faut d'abord tenir compte du fait que l'apôtre Paul raconte les événements à son point de vue. Il a été à Jérusalem pour s'expliquer avec les chefs de la communauté de cette ville et non pour leur demander la permission de continuer son œuvre parmi les païens ; mais les chrétiens de Jérusalem n'ont-ils pas pu considérer cette démarche, à leur point de vue, comme une reconnaissance de l'autorité morale supérieure qu'ils s'adjugeaient en qualité de compagnons ou même de parents de Jésus? Les Juifs de Jérusalem, habitants de la capitale religieuse du Judaïsme dispersé dans le monde entier, avaient chez eux les plus hautes autorités en matière d'enseignement ou de jurisprudence ; les chrétiens de Jérusalem ne devaient-ils pas s'arroger une prééminence analogue? Les collectes de Paul et de ses disciples en faveur des « pauvres de Jérusalem » pouvaient aisément passer pour le pendant chrétien du tribut que les Juifs de la Dispersion

envoyaient au Temple \ — Les notables de Jérusalem n'ont pas fait d'objection à la mission de Paul ; ils ont reconnu que l'évangélisation de « Fincirconcision » lui avait été confiée au même titre que celle de la « circoncision » à Pierre^ et les plus importants parmi eux, Jacques, Pierre et Jean, lui ont tendu la main d'association sur ce terrain. Soit; mais les termes de cet accord n'étaient-ils pas bien vagues et susceptibles d'interprétations différentes ? A les prendre strictement, Paul n'aurait pas dû prêcher son évangile aux Juifs de race ou de complète adoption dans les terres païennes elles-mêmes, puisqu'ils étaient, eux aussi, des circoncis, et sa mission aurait dû se renfermer parmi les païens ou les prosélytes qui avaient adhéré au judaïsme sans se faire circoncire. Or les termes du décret de Jérusalem dans les Actes ne s'accordent-ils pas avec cette version ? Les conditions légales imposées aux convertis d'origine païenne constituent, en effet, une de ces réductions d'observances dont le Judaïsme s'accommodait chez les recrues de naissance païenne qui adoptaient sa foi religieuse sans consentir à toutes les exigences de la Loi, notamment à la plus dure de toutes, la circoncision, chez ceux que l'on appelait les «rsêofievoi ou les 'foêo^evot eeov «.

1. Josèphe, Ant. Jud., XIV. 7. 2; XVI. 6; Philon, De Monarchia, II. 3. Cf. Schurer, O. c, IL p. 204 et suiv., sur les revenus des prêtres de Jérusalem chez les Juifs de la Dispersion. — Le voyage de Paul à Jérusalem où il tient à arriver pour la Pentecôte (Actes, xx. 16) ne pouvait-il pas non plus être considéré comme le pendant des pèlerinages des Juifs à Jérusalem ?

2. Josèphe, Ant. JvcL, XIV. 7. 2 ; Actes, x. 2, 22 ; xiii. 16, 26, 43, 50 ; XVI. 14 ; xvn. 4, 17 ; xviii. 7. — Juvénal, Sat., xiv, parle aussi du « metuenteni sabbata » (v. 96) et de « Judaïcum ediscunt et servant ac metuunt jus » (v. 101). Les historiens et les exégètes modernes désignent ordinairement ces recrues de la religion juive sous le nom de « prosélytes de la porte », par opposition aux « prosélytes de la justice » qui auraient accepté de se soumettre à toute la Loi. M. Schùrer, O. c, II. p. 567 et suiv., montre qu'il y a là une fausse application de deux termes usités dans la littérature talmudique du moyen âge, mais inconnus à l'époque dont nous nous occupons. Il faut distin-

Paul, sans doute^ n'interprétait pas la convention dans le même sens ; pour lui Févangélisation de Fincirconcision, c'était Févangélisation en terre païenne, sans restriction, et, après comme avant son voyage à Jérusalem, il ne se fit aucun scrupule de prêcher son évangile de liberté spirituelle aux Juifs de race^ dispersés à travers FEmpire, aussi bien qu'aux prosélytes. Mais on avouera que les deux interprétations sont également plausibles et il n'est pas douteux que la chrétienté de Jérusalem ne tint pour la première.

Enfin la petite incidente de Paul, — au v. 6 : « Quant aux no- )) tables (SoxouvTwv) — quels qu'ils Jussent alors, peu m'im- » /îorife (Dieu ne fait pas acception de personne), ilsnem'im- )) posèrent rien », — semble prouver que dans l'intervalle entre son voyage à Jérusalem et la rédaction de YÉpî&e aux Galates, c'est-à-dire dans l'espace de 4 ans (51 à 55), les dispositions à son égard avaient changé à Jérusalem par suite d'un changement dans le personnel des notables. Serait-ce téméraire de supposer que cet accroissement de l'esprit ju-

guer les c£66[i.£voi ou cûoêou[j.evot Oeov, d'une part, les Trpoffï^Xuxot, d'autre part : ces derniers se faisaient circoncire et adoptaient toute la Loi. — La nature et la quantité des observances auxquelles les premiers se soumettaient^ a dû varier beaucoup suivant les temps et les lieux. En général elles consistaient surtout dans l'observance du sabbat et ^abstention des mets impurs (Josèphe, C. Apionem, ii. 39). Dans le traité talmudique Sanhedi^in, 56, ils sont soumis aux sept préceptes dits noachiques, applicables à toute l'humanité puisqu'ils avaient été donnés, les six premiers à Adam, le septième à Noé et à tous ses descendants : obéissance à l'autorité, sanctiflcation du nom de Dieu, abstention de l'idolâtrie, des unions interdites, du meurtre, du vol et de toute nourriture vivante, c'est-à-dire de viande non saignée, parce que le sang était censé renfermer l'âme de Tanimal (cf. "Weber, Die Lehren cl. T., p. 253 et suiv.). — On voit que dans le passage des Actes que nous étudions les observances énumérées ne sont pas à proprement parler les préceptes noachiques. Il est remarquable que l'observance du sabbat n'y soit pas mentionnée. Il y a dans cette omission une preuve de plus dé la médiocre valeur historique de la lettre même des décisions qui auraient été prises à Jérusalem.

daïsant dans la communauté de Jérusalem, fut motivé par le succès inquiétant des missions pauliniennes, de même que le succès des hellénistes à Jérusalem, du temps d'Etienne, avait provoqué le premier mouvement de réaction judaïque, lequel fut accompagné d'un accroissement d'influence et de dignité de ce Jacques, frère du Seigneur, qui éclipse si bien les apôtres dans la tradition hiérosolymite, et qui, dans la tradition des Actes, apparaît pour la première fois comme chef de la communauté dans le fragment relatif à la conférence ? La contradiction du témoignage de Paul et de la tradition conservée par l'auteur des Actes n'est donc pas aussi absolue, pour le fond des choses, qu'elle paraît au premier abord. Tous les éléments essentiels de la seconde version peuvent se retrouver dans la première. Seulement, dans les Actes, toute la scène se transforme, parce qu'au lieu d'un échange d'explications entre deux groupes de chrétiens divisés sur la question des observances légales, la tradition originaire de Jérusalem présente les directeurs de la chrétienté dans cette ville comme constitués en une sorte de tribunal arbitral, chargé de prononcer entre Paul et ses adversaires en vertu d'une autorité supérieure. Il ne saurait guère être mis en doute que ce récit est dominé par l'assimilation latente du conseil directeur de la communauté de Jérusalem au grand Sanhédrin de Jérusalem. Ce que celui-ci est pour les Juifs, non seulement de Judée, mais du monde entier^ l'autorité suprême en matière de jurisprudence, le conseil national statuant en- dernier ressort sur tout ce qui intéresse la constitution intérieure du judaïsme, la cour d'aj)pel où aboutissaient les litiges intéressant la nation entière, le tribunal universellement respecté, quoiqu'il n'eût hors de Judée ou même de sa circonscription particulière en Judée ^ , aucun pouvoir matériel pour assurer la sanction de ses décisions, — le conseil directeur de la communauté chrétienne de Jérusalem

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