Ad Ephes., i; ii; Ad ivlagn., n; vi; Ad Trall., i
par une intervention extraordinaire de l'assemblée souveraine des fidèles. En cas de conflit, selon l'esprit du système ignatien, les presbytres devaient donner l'exemple de la conciliation en subordonnant leurs préférences personnelles à celles de l'évêque, mais celui-ci n'avait aucun moyen de les y* contraindre, de sorte qu'en dernière analyse c'était à la communauté seule de choisir entre la majorité de ses presbytres et l'évêque élu par elle-même. Il ne paraît pas douteux, en eJïet, que dans les communautés helléniques d'Asie l'évêque ne fût nommé à vie (voir plus haut, p. 319 et 414).
Il n'est danc pas nécessaire de recourir à VÉptù^e de Poli/carpe aux Philippiens pour rétablir les droits légitimes des presbytres, comme s'ils avaient été sacrifiés par Ignace. Pour qui sait lire, celui-ci n'entend nullement les éliminer du gouvernement des communautés chrétiennes. Mais la véritable situation ecclésiastique, telle que nous venons de la dégager, n'en reçoit pas moins une précieuse confirmation par le témoignage contemporain de Polycarpe. C'est un excellent correctif de celui d'Ignace. Dans VÉpitre aux Philippiens, en effet, il n'est pas question d'évêque. Non seulement l'auteur lui-même ne se prévaut nulle part de sa dignité épiscopale, mais il passe complètement sous silence les épiscopes de Philippes. Récrit au nom des presbytres de son église : « Polycarpe et ceux qui sont avec lui presbytres, à » l'église de Dieu qui habite Philippes » (TioXûxapTOç xal ol aùv
aùxqj Tcpetrêutepoi xfi iy.JcXiriCTtqt xoû 3'eoù ttI TrapotîtoûcTTi ^Cki'K'KoizY • On
aurait grand tort d'en conclure que Polycarpe, lorsqu'il se présentait en ces termes, n'était pas évêquè de l'église de
1. La traduction : « Polycarpe avec ses presbytres, » dans le sens de « Polycarpe, évêque de Smyrne, entouré des presbytres de Smyrne », est arbitraire. Elle nous offre un nouvel exemple de transposition de concepts appartenant à une époque ultérieure dans des formules dont le sens primitif est parfaitement clair. — On remarquera l'expression £y./.Xir)CT'!a -irapoty-oùfra semblable à celle qui se trouve dans la salutation de V Epitre de Clément Romain aux Corinthiens.
Smyrne. Ignace lui donne expressément ce titre à plusieurs reprises\ Mais la dignité épiscopale ne lui confère encore aucune autorité en dehors de son église de Smyrne ; pour Ignace lui-même, tout épiscopaliste qu'il soit, le pouvoir de révoque est encore exclusivement local. Toutes ses épîtres en font foi ; lui-même ne s'y désigne nulle part comme évèque d'Antioche (excepté dans VÉpître aux Romains, lorsqu'il s'agit d'une question personnelle'). Ignace puise son autorité à l'égard des chrétiens d'Éphèse ou de Smyrne, nullement dans ses fonctions épiscopales, valables seulement pour Antioche, mais dans sa qualité de confesseur de la foi. De même Polycarpe, écrivant aux chrétiens de Philippes, ne songe pas à se prévaloir de son titre d'évêque; il estpresby tre, notable de sa communauté, notable par sa foi, sa fidélité déjà éprouvée, membre du conseil de son église. Voilà les titres qui l'autorisent à écrire aux frères d'une autre église. On est en droit de s'étonner que tant de critiques modernes n'aient pas saisi tout ce qu'il y a encore de primitif dans une pareille situation ecclésiastique. Elle rappelle à tous égards celle que nous avons étudiée en analysant les Pastorales; c'est le même rapport étroit entre les presbytres etl'évêque, à tel point qu'il est fort difficile de séparer leurs fonctions respectives, avec la même distinction, la même mise en évidence de l'évéque dans chaque communauté locale.
Ce qui est plus étonnant, c'est l'absence complète de toute allusion aux épiscopes de la communauté de Philippes. Polycarpe s'adresse aux presbytres, aux diacres — généralement associés avec les épiscopes; — il mentionne les femmes mariées, les veuves, les jeunes gens, les jeunes filles, toutes les catégories de fidèles^; s'il y avait eu desépis-