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l'avènement de l'épiscopat monarchique 515
copales a dû, en effet, prendre toujours plus de développement, à mesure que la lutte contre les hérésies et les pratiques hétérodoxes propagées par l'initiative individuelle auprès des fidèles isolément devint plus pressante, à mesure aussi que la concentration de l'autorité morale et religieuse des presbytres entre les mains d'un episkopos unique, considéré comme la personnification de la puissance gouvernementale, transforma peu à peu l'évêque en chef spirituel par excellence de la communauté. Polycarpe doit justifier la haute dignité dont il est revêtu en témoignant autant de sollicitude pour les choses spirituelles que pour les choses matérielles. Il doit faire bon accueil à tout le monde, connaître chacun par son nom, évangéliser chaque fidèle individuellement, en tenant compte du caractère et du tempérament d'un chacun. Il doit veiller sans cesse sur tous. Rien dans réglise ne doit se faire en dehors de lui, pour que rien ne s'y fasse en dehors de Dieu. Ceci nous ramène à lldée centrale de toute la conception ecclésiastique ignatienne. L'évêque devient directeur de conscience pour la même raison qui a fait de lui le garant de la vérité doctrinale. En dehors de lui, en qui se personnifie le gouvernement ecclésiastique, le simple fidèle, tiraillé par des enseignements ou des conseils contradictoires, ne peut pas savoir où est la vérité morale, la bonne résolution chrétienne. On le consultera, aussi bien lorsqu'on veut vivre dans la continence que lorsqu'on veut se marier, afin que tout se passe selon le Seigneur.
Mais plus Ignace insiste sur la grandeur de la mission qui incombe à l'évêque, plus il enseigne la nécessité d'une soumission complète à l'évêque, plus il est frappant qu'il ne lui reconnaisse nulle part aucun pouvoir disciplinaire autonome. Les hérétiques sont traités de bêtes fauves, mais nulle part il n'est dit que l'évêque puisse les expulser de sa propre autorité. Celle-ci est encore toute morale ; Polycarpe est appelé à gagner par la persuasion ceux qui sont le plus gangrenés. Il doit recourir uniquement aux moyens spirituels.
à la prédication et surtout â ce commerce individuel avec les membres de la communauté qui a été de tout temps le meilleur moyen de propagande religieuse.
Voilà qui est caractéristique et qui montre bien tout ce qu'il y a de théorique dans les déclarations épiscopalistes d'Ignace. Incontestablement i'évêque, même dans ces communautés helléniques d'Asie, ne dispose pas encore des moyens d'action que suppose l'absolutisme ignatien. Nous avons déjà vu comment la nécessité de l'union avec les presbytres et les diacres est en réalité une limitation de cette autorité épiscopale, qui n'est vraiment forte que lorsqu'elle est l'expression de la volonté collective du gouvernement ecclésiastique. Mais à l'égard des fidèles que peut-il faire par lui-même? Ignace ne nous en dit rien, et il ne nous en dit rien probablement parce qu'il n'y avait rien à dire, parce que les jugements disciplinaires, dans ces églises d'Asie comme à Philippes, dans le cas de Valens, dépendent du conseil presbytéral ou même de l'assemblée souveraine du peuple chrétien.
Ignace ne nous renseigne pas davantage sur le mode d'élection de l'évêque dans chaque église. Toutefois, comme il est certain que l'évêque n'était pas tiré au sort, comme l'épiscopat n'était pas davantage héréditaire de père en fils, il y avait certainement élection, A Magnésie, on a choisi un jeune homme. A Philadelphie, l'évêque est loué de ce qu'il ne doive pas sa situation à ses propres démarches ou aux brigues de ses partisans, mais à la bonne réputation qu'il s'est acquise par sa charité \ Il y avait donc des brigues pour obtenir l'épiscopat. Était-ce le suffrage universel qui décidait du choix de l'évêque? Étaient-ce les presbytres? Faute de données nouvelles, il faut s'en tenir au système déjà décrit et admettre que, du temps d'Ignace comme du temps des Pastoj^ales, le conseil des anciens soumettait à une sorte de