‹ Les origines de l'épiscopat [microform]Chapitre 16 sur 163 · Schûrer, O. c, II. p · texte numérisé non relu

Schûrer, O. c, II. p

2, M. Schiirer déclare qu'il n'a pu trouver aucune trace d'une consultation du suffrage universel en matière de discipline et d'administration (/èfc^., p. 362).

demment que des Juifs, puisque rassemblée décide de publier un jeûne pour le lendemain. Un peu plus loin le principal magistrat de la ville, nommé Jésus, ordonne à la foule de se retirer et ne retient que le conseil^ parce que les affaires prennent une tournure différente de celle qu'il espérait; dès lors il lui parait impossible de les résoudre dans une assemblée tumultueuse \ On objectera peut-être qu'il s'agit ici d'une époque troublée, où les choses ne se passent pas d'une façon régulière et où les intrigues les plus éhontées se donnent libre cours. Ce passage n'en est pas moins très significatif, puisque les fauteurs de toutes ces intrigues veulent, chacun pour sa part^ mettre le bon droit de leur côté. Or la pratique habituelle ressort bien dans cette scène : lorsqu'il y a une question importante à traiter, le peuple s'assemble dans la synagogue, mais la délibération proprement dite a eu lieu au préalable dans le conseil, et l'assemblée populaire n'a d'autre rôle que de ratifier ou de repousser les décisions de ses magistrats. Si la réunion devient houleuse, s'il y a des dissensions populaires, il faut reporter la question devant le conseil, et c'est lui seul qui a qualité pour conduire des négociations. La souveraineté populaire ne s'exerce que par une sorte de référendum sommaire.

1. Yita Josephl, § 54 et 58 : (ruvtSœv 81 Tr,v [jieTaêoXTjV 'iTjoroûi; tôv [xlv Sfîfxov èxsXsuaev àwayjapziy, TrpofffxsTva^ SI t-^jv PouXyiv Vj^'îcûaev oô y^P ouvauôat Oopuêoujjtâvouç izepl TrpaYfJtdcTwv ttoioutwv tyjv e^siaatv TzoïziaQcci.. — Cf. §60 : les lettres que Josèphe reçoit de Jérusalem pour le confirmer contre la faction de ses adversaires, rapportent le mécontentement du peuple, lorsqu'on apprit que le grand sacrificateur et Simon, fils de Gamaliel, avaient envoyé des délégués en Galilée sans sa participation, 8x1 yjuipU YvtùfjLTjç Tou xotvou TtsfjuJ^avceç . . . Ces lettres émanent des principaux de ia ville, de l'autorité et du consentement de tout le peuple. — § 61 : pour les négociations secrètes les députés de Jérusalem s'adressent au Sénat de Tibériade et aux a principaux de Gabara ». Jean de Gischala conseille alors que l'on envoie deux accusateurs Ttpoç to ttX-^Ôoç. — Dans le conflit entre les deux grands prêtres Jésus et Ménélas, Josèphe nous dit que le peuple se partage en deux partis (Ant. JucL, XII. 5). Les exemples de l'intervention populaire ne manquent pas.

Il est vrai que les incidents de Tibériade ne portent pas sur le choix des magistrats ou des anciens. Mais il n'est pas téméraire de supposer que la procédure suivie dans les affaires importantes soit appliquée aussi lorsqu'il s'agit de la question, importante par excellence dans toute collectivité, le choix des directeurs ou des magistrats. Enfin il est incontestable qu'en Palestine les anciens représentent le gouvernement de la synagogue et qu'ils ne peuvent être assimilés à l'assemblée plénière des membres réguliers de la communauté ^ .

Nos déductions sont confirmées par un passage du De /«c^ïce de Philon, dans lequel Moïse est loué d'avoir soustrait la justice aux passions et à la méchanceté des hommes, en décidant que les juges seraient nommés, soit par voie de tirage au sort, soit par l'élection populaire x^'po'^oviQQsvTaç^ Le philosophe judéo-alexandrin cherche évidemment, à propos des institutions juives comme lorsqu'il s'agit des enseignements de la Loi^ à montrer la concordance de l'œuvre mosaïque avec les idées et les principes philosophiques ou sociaux de la civilisation grecque. Mais son argumentation, pour être valable, suppose que les Juifs de son temps appliquaient les modes d'élection dont il fait honneur à Moïse. Le tirage au sort, que nous avons vu appliquer par les apôtres pour choisir le remplaçant de Judas, était consi-

1, Il importe de relever le fait en Palestine, en vue du jugement à porter plus loin sur l'hypothèse de M. Mommsen, qui identifie la Gerousia des communautés juives de la Dispersion avec l'assemblée plénière des membres (Der BeUgionsfrevel nach rœmischen Redit, dans Voji Syhel's Historische Zeitschrift, 1890, t. LXIV. 3, p. 421-429).

2. De Judice^ début. — Dans le De Justitia ( s. De Creatione principis)j Philon s'élève contre la désignation des gouvernants par le sort, plus favorable à la fortune qu'à la vertu (ch. i); il loue Moïse d'avoir introduit le principe de l'élection et montre que Téleetion doit ^tre le résultat d'un libre choix et être précédée d'une épreuve du candidat, de manière que le chef soit celui, ôv jufJLTcaaa t) TrXrjSùç ô[j.oYvco[j(,ovoùaa

déré comme l'expression directe de la volonté de l'Éternel. Que l'élection, comme le voudrait le sens littéral du verbe ys.ipo-zo^nv/\ sc fît à main levée ou par tout autre signe extérieur, c'était toujours une sorte d'acclamation populaire destinée à ratifier les choix déjà préparés par les intéressés, et non une élection émanant directement du suffrage universel, comme nous l'entendons aujourd'hui".

L'institution de presby très par Josèphe dans les communes de Galilée au cours de la guerre juive ne saurait infirmer nos conclusions*. Il s'agit, en effet, ici de créations nouvelles. Ces communes n'avaient pas de conseil presbytéral, soit qu'elles eussent été soumises jusqu'alors à des cités voisines plus importantes^ soit que les troubles de l'époque eussent désorganisé les rouages administratifs, soit enfin que l'existence de ces conseils communaux ne fût pas aussi générale que nous le supposons. Josèphe, très désireux d'établir partout une administration modèle et surtout d'édifier la postérité sur ses remarquables aptitudes gouvernementales, s'empresse de signaler à ses lecteurs de quelle façon il combla cette lacune. Il désigne sept presbytres par cité. Évidemment ces personnages ne pouvaient être nommés par

1. Xs'.poTovsïv = manum porrigendo suffragia dare, suffragia creare (cf. Clavis N. T. de Wilke, s. v.). — Voir la discussion très approfondie du sens de ce mot dans Selden, De Synedrus,l, ch. xiv,p. 571 et suiv.,où il est montré très clairement que ce mot, aux approches de notre ère, s'applique non seulement aux élections à mains levées, mais à toute espèce d'élection oa même de désignation ou d'installation.

2. Il y aurait lieu de se demander si, aujourd'hui même, nous ne nous faisons pas illusion sur le caractère des élections par le suffrage universel. En fait, l'ensemble des électeurs est appelé à confirmer ou à infirmer par son vote les choix qui ont été faits par des comités constitués par autodélégation et comprenant le plus souvent les futurs collègues du candidat. Cependant aujourd'hui l'électeur peut en général choisir entre plusieurs candidats. Il n'est pas sûr que tout citoyen de la communauté juive eût le droit de proposer des candidats.

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