Bell. Jud., II
cooptation, puisqu'il n'y avait pas de cooptants. Mais rien ne prouve que les citoyens n'aient pas été appelés à confirmer le choix de Josèphe. Il y a tout lieu de penser, au contraire, que celui-ci, toujours en quête de popularité, n'aura pas manqué de choisir des hommes qui avaient l'opinion publique pour eux. Ailleurs, dans des circonstances analogues, c'étaient sans doute les citoyens les plus importants qui se constituaient de leur propre autorité et en quelque sorte par la force même des choses, quitte à obtenir ensuite le consentement de leurs concitoyens.
Dans les premières communautés chrétiennes de Palestine nous voyons que les consultations de l'Église tout entière sont fréquentes : elles sortent à peine de l'état inorganique dans lequel les fonctions sociales ne sont pas encore différenciées et où tout le monde prend part à la vie collective. Il est donc vraisemblable que là, comme plus tard dans d'autres Églises d'origine païenne, lorsqu'il y eut des conseils de presbytres fermés, les membres nouveaux furent soumis à la ratification par l'Église, au moyen d'une présentation à l'assemblée des fidèles qui les acclamait à mains levées ou qui était censée confirmer le choix, lorsqu'il n'y avait pas d'opposition expresse. C'est par un semblable acquiescement tacite que s'est opéré longtemps et que s'opère encore aujourd'hui dans celles des Églises réformées où le suffrage universel n'a pas été introduit, le recrutement des consistoires et des conseils presbytéraux.
Mais toutes ces hypothèses sont dépourvues de preuves ; Nous ne savons même pas s'il y eut en Judée, avant la reconstitution des communautés qui suivit la destruction de Jérusalem, des conseils presbytéraux fermés et régulièrement constitués. 11 y a tout lieu d'admettre le contraire et je persiste à croire que la meilleure analogie que nous puissions trouver pour nous faire une idée de la situation ecclésiastique dans ces premières Églises palestiniennes, c'est celle des comités directeurs de nos divers groupes socialistes modernes.
Aussi n'y a-t-il nulle part aucune mention des fonctionnaires qui étaient attachés au service des synagogues régulièrement constituées, tels que ràp^tauvàYWYoç chargé de diriger le culte, d'y maintenir l'ordre et de pourvoir à l'entretien et à l'aménagement des locaux % les collecteurs d'aumônes et le bedeau ou servant, ùTrïjpkv)?. Plus tard les communautés judéochrétiennes de Palestine eurent, comme leurs sœurs ennemies les synagogues juives, à côté des presbytres, des archisynagôgot- ; nous aurons l'occasion de le constater. Mais ces fonctions n'existent pas encore dans les premières sociétés chrétiennes de Palestine, justement parce qu'elles sont plus que de simples synagogues, de simples associations pour la célébration du culte. Elles sont des associations fraternelles de gens intimement persuadés qu'ils sont l'avantgarde, non d'un culte nouveau, non d'un organisme ecclésiastique, mais d'une société nouvelle, animée d'une vie nouvelle, les prémices du Royaume de Dieu sur la terre. A quoi bon organiser ce qui par sa nature même n'est que provisoire ? Lorsque le Messie reviendra dans sa gloire il établira les institutions de son Royaume et celles-là seront définitives.
En attendant, l'élément proprement religieux, l'adoration, le culte, l'édification, l'exhortation incombent à tous, suivant les aptitudes que chacun a reçues en partage. Ce sont les prophètes qui exhortent, parce qu'ils ont l'esprit de Dieu à plus haute dose que les autres ; ce sont les évangélistes qui enseignent, c'est-à-dire les missionnaires, chargés de répandre la foi et de la développer chez ceux qui l'ont déjà reçue. Nous connaissons à peine les petites communautés palestiniennes ou voisines de la Palestine où s'estexercée la première mission, et les seules indications que nous ayons à leur sujet, nous apprennent justement la situation