‹ Les origines de l'épiscopat [microform]Chapitre 18 sur 163 · Épiphane, Hœv., xxx · texte numérisé non relu

Épiphane, Hœv., xxx

prépondérante des évangélistes et des inspirés dansées groupes encore en voie de formation ^ . La chrétienté de Jérusalem, pour les raisons que nous avons vues, devait d'ailleurs y exercer une grande influence, et il est fort probable que son organisation intérieure était plus avancée que la leur. Mais si elles ne réalisèrent pas dès les premières années une organisation régulière complète, il importe néanmoins de bien saisir le type social vers lequel elles tendaient, à cause de l'influence qu'il exerça ultérieurement sur le développement des Églises.

7. Episcopat. — On aura remarqué que dans l'analyse détaillée des textes à laquelle nous venons de procéder, il n'a pas été une seule fois parlé de l'épiscopat. C'est qu'il n'y a aucune trace de la fonction épiscopale dans les documents qui ont conservé les traditions delà première Église de Jérusalem. L'épiscopat est une institution d'origine grecque ; il est né en terre païenne. Plus tard le titre d'évêque est décerné à Jacques, le frère du Seigneur, dans la tradition ébionite recueillie par Hégésippe vers la fin du IP siècle % en même temps que le rôle sacerdotal de Jacques comme grand prêtre chrétien s'est développé. Ce dernier point de vue se dessine déjà dans la tradition beaucoup plus ancienne enregistrée par les Actes des Apôtres, où le conseil presbytéral de Jérusalem, aspirant à figurer le grand Sanhédrin chrétien, a pour président Jacques, de même que le Sanhédrin juif est présidé par le grand prêtre '. C'est bien là, en effet, la véri-

\. Actes, XXI. 4 à 16 (le prophète Agabus, l'évangéliste Philippe, ses quatre filles vierges qui prophétisent).

2. Dans les Hr/pomnêmata d'Hégésippe cités par Eusèbe, H. E., IV. 22. 4.

3. La tradition talmudique juive, dominée sur ce point comme sur tant d'autres par les idées préconçues des rabbins et dépourvue de sens historique, affirme que le président du Sanhédrin était toujours l'un des deux chefs des grandes écoles rabbiniques pharisiennes, l'autre étant vice-président. C'est tout à fait inexact pour l'époque de Jésus et des

table tendance de la tradition hiérosolymite. Mais le titre ni la fonction d'évêque ne figurent dans les Actes ou dans les passages des épîtres pauliniennes qui concernent les rapports de l'apôtre avec les chrétiens de Jérusalem. Au 11^ siècle, quand le nom d'èTrcoxoTOç se fut généralisé, il servit à désigner la situation prépondérante de Jacques dans l'Église de Jérusalem, suivant l'usage de la langue d'alors.

On observe, il est vrai, que les évoques étant les successeurs des apôtres, n'ont que faire dans une communauté dirigée par les apôtres eux-mêmes. Cette raison ne peut satisfaire que les gens assez peu familiers avec les études sur le christianisme primitif pour accorder quelque valeur à la doctrine de l'institution apostolique de l'épiscopat. Nous verrons bientôt à quoi nous en tenir sur ce point. Si nous reconnaissons à l'épiscopat des origines toutes différentes de celles que lui prête la théorie de l'Église, il ne sera pas sans intérêt d'avoir constaté que dans TÉglise apostolique justement de Jérusalem il n'y en avait pas. A la fin des Actes, dans ce passage déjà signalé (xxi. 18) où un témoin très sûr nous raconte l'arrivée de Paul, les apôtres ont complètement disparu; il ne reste plus que Jacques et les anciens, et cependant il n'est pas fait la moindre allusion à la fonction épiscopale de Jacques.

Est-ce â dire que dans l'histoire des origines de l'épiscopat

apôtres. Les témoignages du Nouveau Testament et de Josèphe sont unanimes à désigner le grand prêtre comme président du Sanhédrin (Schûrer, O. c, II. p. 155 et suiv.). — M. Stapfer (La Palestine, ip- 97) distingue dans le Talmud deux traditions ; il admet que les docteurs célèbres ont été présidents et vice-présidents du Sanhédrin jusqu'à Hillel et Schammaï ; le grand prêtre ne serait devenu de droit président qu'après la mort de Hillel. Nous ne saurions avoir autant de confiance dans la tradition talmudique dont on s'explique fort bien l'erreur. Les passages cités par M. Schiirer, I. Macch., xiv. 44, et Josèphe, Ant. Jud., XIV. 9. 3 à 5, ont à nos yeux plus d'autorité. Quoi qu'il en soit, M. Stapfer admet, lui aussi, qu'à l'époque de Jésus et des apôtres le président du Sanhédrin était de droit le grand prêtre.

on puisse faire entièrement abstraction de la situation particulière du chef spirituel de la communauté mère à Jérusalem? Certes non. De même que les presbytres de Jérusalem n'ont guère de ressemblance avec les prêtres de l'Église ultérieure, mais que l'idée d'un sanhédrin chrétien renfermait en germe une longue et grandiose évolution organique de l'Église : de même ce Jacques, dépourvu de toute espèce de fonction épiscopale et aspirant bien plutôt à être considéré comme le succédané chrétien dugrandprêtre juif qui préside le Sanhédrin de Jérusalem, apparaît comme le plus ancien représentant du principe sacerdotal que l'Église catholique naissante recueillit soigneusement dans l'héritage de l'ancienne alliance au profit de ses prêtres et de ses évêques, lorsqu'elle s'organisa dans la grande société païenne du second et du troisième siècle. L'application qu'elle en fit. certes, fut tout autre que celle à laquelle songeaient les chrétiens judaïsants de Jérusalem. Ceux-ci vivaient encore confinés dans l'horizon judaïque. S'ils rêvèrent pour le conducteur de leur petite société un rôle correspondant à celui du grand prêtre juif, c'est que celui-ci était considéré par les Juifs comme le chef véritable de leur nation. Les fidèles de Jérusalem, qui avaient la prétention d'être l'Israël vrai, le petit peuple élu de Dieu au sein de la nation devenue infidèle et adultère, en vue du prochain avènement messianique, devaient être amenés facilement à voir dans la personne de leur chef le véritable grand, prêtre, puisqu'ils étaient euxmêmes le véritable Israël. Bien plus, ce chef était le propre frère du Messie, l'héritier de ses droits, et, si Ton ose risquer le mot, le régent désigiié par dès liens sacrés pour gouverner la société messianique jusqu'au jour où l'Envoyé de Dieu lui-même reparaîtrait pour faire valoir ses droits divins sur le monde entier. On sait par l'exemple de l'Islamisme quelle importance ces questions de parenté et de consanguinéité possèdent aux yeux des populations sémitiques, lorsqu'elles croient que le Prophète, le Messie ou le Mahdi est apparu.

Le Messie lui-même n'était-il pas le descendant de David? Son frère, par conséquent, était, lui aussi, de race royale. Nous verrons par la suite que ce même principe légitimiste fut appliqué dans l'Église de Jérusalem après la mort de Jacques.

Les chrétiens de Jérusalem se plaçaient donc à un point de vue national juif, bien étranger à l'Église ultérieure. Celleci, habituée à la méthode allégorique par son éducation judéo-alexandrine ou hellénistique, ne cherche dans les institutions sacerdotales juives qu'un prototype idéal, en quelque sorte abstrait, pour justifier sa propre constitution cléricale. Il n'y a ainsi aucun lien historique direct entre la situation de Jacques dans la première communauté de Jérusalem et l'épiscopat chrétien, mais il y a eu des deux parts, à des points de vue différents, invocation des mêmes précédents juifs pour légitimer des prétentions sacerdotales.

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