Épitve aux Galates, v
Érasme ou ses amis, réclamèrent la suppression de ces pratiques dénuées de valeur et propres à tromper les chrétiens sur les vraies conditions du salut, ni Érasme, ni beaucoup d'autres humanistes, ne se purent décider à tirer des prémisses posées par eux-mêmes les seules conclusions qu'elles comportassent^ et il fallut une révolution ecclésiastique pour faire passer dans la réalité de la vie sociale ce qui n'était en somme que l'application logique des principes de la Renaissance chrétienne.
Dé même dans les synagogues du monde judéo-alexandrin; la logique tendait à la suppression des observances légales devenues inutiles. Les atténuations apportées aux prescriptions de la Loi mosaïque pour permettre TafRliation des prosélytes d'origine païenne, préparaient peu à peu Tuniversalisme religieux, quoiqu'une pareille conséquence fût bien loin des intentions qui animaient les conducteurs spirituels de ce petit monde. La proportion de plus en plus considérable de participants au culte de Jahveh, qui n'étaient ni Juifs de race, ni même Juifs d'adoption, donnait corps à l'idée' d'une alliance avec l'Éternel, fondée sur le culte commun, sans distinction d'origine ethnique, plutôt que sur la descendance d'Abraham. Une Nouvelle Alliance se formait dans le sein de l'Ancienne Alliance. Toutefois pour lui donner la vie et en faire une réalité sociale, il fallut aussi une révolution ecclésiastique. Cette révolution fut l'oeuvre de l'apôtre Paul. Mais de même que les réformateurs du XVI° siècle n'auraient jamais pu accomplir leur œuvre, si l'humanisme n'avait pas fécondé les esprits et renouvelé l'iiorizon spirituel, de même l'apôtre Paul n'aurait pas pu fonder l'Église chrétienne, s'il n'avait pas trouvé dans les nombreux groupes juifs qu'il parcourut pour leur annoncer le salut par Christ, les éléments de l'universalisme religieux, un monothéisme spiritualisie dégagé des formes matérielles du rite ou du sacrifice, une religion avant tout morale et déjà virtuellement dénationalisée.
Les origines de l'Église chrétienne sont dans la synagogue judéo-alexandrine. Elle fut le berceau où l'évangile de Jésus et la mémoire du Christ furent déposés par le grand apôtre, et où ils reçurent l'empreinte indélébile de l'esprit hellénistique. Il a fallu la science moderne pour rétablir dans leur intégrité primitive l'Évangile de Galilée et la figure du Prophète de Nazareth. L'histoire des institutions ecclésiastiques échappe à la nécessité d'une restitution analogue. Ici il n'y à pas eu altération d'un type primitif, puisque Jésus n'avait pas établi d'institutions ecclésiastiques. Il y a eu formation spontanée d'un organisme social approprié aux besoins de la religion nouvelle, mais cette formation est dominée et conditionnée par la nature de la société judéo-hellénique où elle s'est opérée.
2. Les premiers effets de la Mission paulinienne. — Le culte de la synagogue se prêtait admirablement à la propagande d'idées ou de tendances nouvelles. De même que Jésus avait annoncé l'Évangile dans les synagogues de Galilée, Paul et les autres missionnaires du Christianisme naissant trouvaient aux assemblées du sabbat une merveilleuse occasion dé prêcher le Christ. Quelques intelligences nouées parmi les Juifs ou les prosélytes avant le service religieux, un peu de libéralisme de la part de V archisynagôgos qui présidait au culte, leur permettaient de prendre la parole après la lecture de la Loi et des Prophètes, et dans un milieu préparé de la façon que nous venons de décrire il était rare que leur ardente prédication ne fût pas accueillie au moins par quelques-uns. C'est ainsi que les choses se passèrent à Antioche de Pisidie, à Icône en Lycaonie, à Philippes, à Thessalonique^ à Bérée en Macédoine, à Corinthe^ et il y a
1. Actes, xiii. 14 et suiv. ; xiv. 1 ; xvi. 13; xvii. 1 et 10; xviii. 4. Le fragment du chapitre xvi, relatif à ta ville de Philippes, fait partie du petit nombre des témoignages de première main enregistrés par l'auteur des Actes. Il peut servir en quelque sorte de garant aux autres, dont il n'y a pas lieu de contester l'exactitude au moins sur ce point.
tout lieu de penser qu'il en fut de même ailleurs, du moins au début de la mission paulinienne, jusqu'au moment où la réputation d'hérésiarque acquise par l'apôtre lui ferma définitivement l'accès des synagogues juives.
Le premier résultat de cette prédication révolutionnaire était de provoquer des troubles parmi les habitués de la synagogue. Si libérale que fût leur éducation hellénistique, les Juifs de la Dispersion n'entendaient pas rompre avec la Loi de M Oise ni se séparer de leurs coreligionnaires de Palestine. En général Paul et ses amis étaient expulsés de la synagogue, soit dès la première séance, soit au bout d'un certain temps, selon les dispositions plus ou moins tolérantes de leurs auditeurs et, peut-être aussi, suivant qu'ils énonçaient plus ou moins crûment le radicalisme de leurs conclusions \ Plus d'une fois ils furent victimes de sévices et de violences ^ A Corinthe, ce fut un président de la synagogue que les Juifs firent battre de verges pour avoir toléré les blasphèmes de Paul ^ Le même sort atteignit sans doute les autres missionnaires au service de la même cause, lorsqu'ils abordèrent les colonies juives pour y implanter le Christianisme, mais nous ne sommes guère renseignés à leur sujets Il est probable que Paul, étant le plus ardent et le véritable
i. Actes, xm. 44 à 51 (Antioehe de Pisidie); xiv. 3 à 6 (Icône), 19 à 20 (Lystre) ; xvi. 23 et suiv. (Philippes); xvii. 5 et suiv. (Jason, l'hôte de Paul à Thessalonique, est dénoncé aux magistrats; Paul et Silas s'enfuient nuitamment), 13 et 14* (Bérée) ; xviii. 6 et 12 (Corinthe) ; XIX. 9 (Ephèse).
2. Actes, XIV. 19 (Paul lapidé à Lystre); xvi. 23 et suiv. (battu de verges et jeté en prison à Philippes). Ces renseignements des Actes sont confirmés, dans leur teneur générale, par le témoignage de Paul luimême :/ Cor., IV. 11 à 13; xv. 31 à 32; II Cor., i. 8 à 9; xi. 23 à 27. Le passage GaL, vi.l7, se rapporte probablement au même ordrede faits.