Actes, XX. 8 (témoignage de première main
5 XIX. 8 et 9.
recueillie par le livre des Actes, les apôtres et les quelques amis fidèles du Messie crucifié s'étaient réunis au début dans une chambre haute de Jérusalem, de même les premiers chrétiens sur terre païenne s'assemblèrent dans quelque petite salle privée chez celui qui voulait bien leur offrir l'hospitalité. Mais si généreuse que fût cette hospitalité, elle ne les dispensait pas de s'organiser d'une façon conforme à leurs principes et appropriée à leurs besoins. Or, voilà justement le problème extrêmement délicat à résoudre avec les renseignements incomplets et contradictoires que nous possédons.
Il y a, sans doute, un grand avantage à disposer de quelques lettres certainement authentiques de l'apôtre Paur . Aucun autre document de l'histoire apostolique n'est aussi sûr que ces épîtres enflammées, toutes d'actualité, où la foi passionnée de l'apôtre jaillit en éclairs grandioses, au milieu de toutes les arguties de la dialectique rabbinique, sous le choc des hostilités implacables, acharnées contre lui, ou au contact des intempérances par lesquelles ses propres disciples risquent à chaque instant de compromettre son œuvre. Mais où s'arrêtent, où commencent les Épîtres d'une authenticité assurée? Et combien sont insuffisantes les instructions qu'elles renferment sur l'organisation des communautés auxquelles l'apôtre les adressait 1 Écrites pour les chrétiens de son temps et non pour la postérité, ce sont des lettres
1. Quelques critiques récents ont rejeté l'authenticité de toutes les Épîtres pauliniennes, y compris les Lettres aux Corinthiens et aux Gâtâtes. Il y a là, ce nous semble, une erreur de fait et une erreur de méthode. La critique des Épîtres pauliniennes ne peut être faite avec fruit que s'il y en a quelques-unes qui puissent servir de critère pour juger les autres. D'ailleurs, ces Épîtres aux Corinthiens et aux Gâtâtes ne contiennent absolument rien qui ne convienne parfaitement à l'époque où vivait Paul. Nous nous croyons donc autorisé à ne pas tenir compte dans ce travail des conclusions nihilistes qui ont été émises en Suisse et en Hollande.
d'occasion destinées à Tédification ou à l'enseignement religieux et morale et non à la description d'une situation ecclésiastique connue des intéressés. Paul est un semeur d'idées, non un administrateur méthodique, un contempteur des formes ecclésiastiques et du ritualisme, un puissant idéaliste tout rempli d'enthousiasme chrétien et qui ne connaît, en réalité, d'autre gouvernement de l'Église que celui du Christ lui-même inspirant à ses disciples ce qu'ils doivent dire et ce qu'ils doivent faire. Il faut donc se contenter de quelques allusions à la situation de ses chères églises, de quelques dénominations échappant à sa plume. Il faut, bien plus encore, se pénétrer de l'esprit qui souffle à travers ces quelques feuillets, seuls témoins contemporains de la première mission chrétienne, pour comprendre à quel point les questions de forme et d'organisation ecclésiastiques, destinées à prendre bientôt une si grande importance dans la chrétienté, étaient secondaires pour les ardentes petites communautés essaimées sur le monde grec et combien les dons spirituels, les talents individuels, le zèle personnel y passaient pour plus nécessaires qu'une discipline bien codifiée ou une hiérarchie rigoureusement fixée.
Dans l'étude que nous allons entreprendre, nous considérerons comme témoignages contemporains de Paul, les Epîtres aux Corinthiens, aux Gâtâtes, aux Romains, aux Philippîens, la P'^ aux Thessaloniciens et celle à Philémon. Nous écartons comme certainement inauthentiques et appartenant à une époque postérieure dont nous nous occuperons plus loin, les Épîtres pastorales et VÉpître aux Hébreux. Quant aux autres, ou bien elles sont sans intérêt pour notre étude, comme la IPÉpître aux Thessaloniciens, ou bien elles sont d'une origine trop incertaine pour être consultées d'une façon utile, comme les Épîtres aux Ephésiens et aux Colossiens. Nous ne saurions ranger celles-ci d'emblée parmi les lettres inauthentiques, mais il y a de bonnes raisons d'y reconnaître tout au moins des remaniements postérieurs à
l'apôtre \ et dans ces conditions il n'est guère possible de déterminer avec une rigueur suffisante ce qui en elles est originel et ce qui ne l'est pas, d'autant que les adjonctions supposées ne sont que le prolongement de pensées ou de tendances qui sont bien originairement pauliniennes.
Quant au livre des Actes des Apôtres nous nous sommes déjà expliqué à son sujet. Il ne peut pas être estimé à la même valeur que les épîtres authentiques de Paul, mais son témoignage n'en doit pas moins être pris en considération, parce qu'au nombre des traditions enregistrées par Fauteur, il y en a que nous avons reconnues provenir d'un contemporain de l'apôtre. Or, ces renseignements fournis par le livre des Actes ne s'accordent que malaisément avec ceux des épîtres. Le problème, déjà obscur, se complique encore de ces contradictions.
L'hypothèse la plus simple et qui, depuis les travaux de Vitringa% à la fin du XVIP siècle, a été le plus généralement admise, c'est que les premières communautés chrétiennes, composées à l'origine des dissidents de la synagogue, se constituèrent sur le modèle de la synagogue qu'ils venaient de quitter. C'était conforme à la loi de la continuité historique, et cela correspondait fort bien à la substitution de la Nouvelle-Alliance à l'Ancienne- Alliance. Était-on beaucoup plus avancé après avoir adopté cette solution ? L'organisation de la synagogue juive dans le monde de la Dispersion n'est elle-même pas bien connue. Le peu que nous en savons ne cadre guère avec la situation ecclésiastique telle qu'elle apparaît dans les Épîtres de Paul. Le livre des Actes, il est vrai, et les Épîtres pastorales renferment des indications qui se rapprochent davantage du type synagogal juif ; mais elles semblent se rapporter à une époque déjà plus tardive
1. Voir le beau travail de M. H. Holtzmann, Kriùk der Epheseruiid Kolosscrhrieje (1880).
2. Vitringa, professeur à Franeker, en Frise, De Synagoga vetere (1696).
LES PREiMIÈRES COMMUNAUTÉS EN TERRE PAÏENNE 101
OU, si l'on accepte la validité du témoignage des A des pour l'œuvre de Paul^ il faut en conclure qu'au début de la mission chrétienne il y eut des divergences assez accentuées dans l'organisation des communautés naissantes.
LES SYNAGOGUES DE LA DISPERSION ET LES PREMIÈRES COMMUNAUTÉS PAULINIENNES
1. La Synagogue juive en terre païenne. — La synagogue, dans les colonies juives de l'Empire romain\ était un orgiinisme à la fois religieux et national. Dans chaque cité du monde antique, les étrangers en général et spécialement les colons orientaux se groupaient volontiers, par nationalité, autour d'un sanctuaire où ils adoraient leurs dieux particuliers, célébraient les fêtes de leurs pays et se retrouvaient ensemble ^ Il avait été d'autant plus facile aux Juifs de se procurer cette satisfaction, que leur culte, en dehors du temple de Jérusalem, était d'une simplicité extrême. Rien de moins compliqué que l'installation d'une synagogue. Plus que tous les -autres Orientaux ils tenaient à se constituer en société à part des habitants indigènes, à cause des exigences de leur Loi qui interdisait toute promiscuité avec les païens. La syna-
1. II est inutile de s'occuper ici des colonies juives, nombreuses et souvent considérables, de la Mésopotamie et des régions asiatiques, à l'Est de la Syrie. Elles n''eurent aucune action sur la constitution des premières Églises chrétiennes. Et, d'ailleurs, elles sont encore plus mal connues que celles de l'Empire romain.
2. Voir le beau livre de M. Foucart, Des Associations religieuses ches les Grecs (Paris, Klincsieck, 1873); Georges Lafaye, Histoire du culte des dimrùtès d' Alexcuidrie hors c?er£'/////)!;e (Paris, Thorin, 1884); le chapitre sur les cultes étrangers à Athènes dans l'ouvrage de M. Michel Clerc, Les Métèques Athéniens; G. Boissier, La Religion romaine d'Auguste aux Antonins, t. II (tout ce qui est relatif aux associations).
gogue juive était ainsi en principe nettement particulariste;, et quoique l'accession de prosélytes d'origine païenne et surtout l'affluence^ peut-être considérable en certains endroits, de participants à leur culte qui refusaient de se soumettre à toutes les exigences de la Loi, eussent singulièrement élargi les cadres de l'institutibn primitive, comme nous l'avons montré plus haut, elle n'en conservait pas moins un caractère national, que les communautés chrétiennes dissidentes fondées par Paul et par ses compagnons d'œuvre répudièrent dès le premier jour. Il y a là une différence radicale de principe qui, pour n'être que le terme logique d'une évolution préparée de longue main dans les synagogues des Juifs hellénistes, équivaut néanmoins à une rupture complète avec l'organisme synagogal tel qu'il avait existé jusqu'alors. Tout un ensemble de pratiques, d'usages religieux, toute une conception de la vie sociale disparaissaient du même coup et une pareille transformation ne pouvait pas ne pas se répercuter sur l'organisation même de la communauté religieuse. L'organisation des colonies juives n'était pas la même partout. A Alexandrie, où ils étaient très nombreux, ils avaient un gouvernement central^ un ethnarque, auquel Auguste adjoignit ou substitua un conseil, appelé yôpoucrta, avec plusieurs apy ov-c£ç. Les synagogues, qui y étaient nombreuses et qui avaient sans doute chacune son administration propre, étaient régies évidemment par les autorités communes à toute la colonie \ En général, dans les villes où les
1. Josèphe, Ant. JucL, XIV. 7. 2 ; Philon, In Flaccum^ 8 et 10 ; I eg. ad Cqj'utn, 20, Cf. Schtireï, O. e., 2" éd., II, p. 514 et suivantes. L'organisation des Juifs à Alexandrie a un caractère particulier qui ne se retrouve pas ailleurs. Le chapitre 10 du Contre Flaccus de Philon distingue nettement les archontes et la gerousia : toùç ôépjrovraç, ttjv Yspouffîav, o" v.al ^iptù; xal Ttp-TJç slatv sTrwvujjtot. Les a/°c/ionic's se retrouvent partout, non la gerou&ia^ assemblée nonabreuse, puisque Flaccus fait arrêter et frapper de verges en plein théâtre trente-huit de ses membres désignés sous le nom de Tipsaê'JTai (Philon, ibid.)^ et qui est intermédiaire entre le 7ïoX'!':eu[jLa et les archontes. Y eut-il un ethnarque
Juifs étaient en moindres proportions, il n'y avait qu'une seule synagogue \ Cependant à Rome il y en avait un grand nombre, sans que l'on trouve aucune trace d'une administration centrale, commune à tous les Juifs et dont l'autorité s'étendît à toutes les synagogues -. Cette dilïërence entre les régimes politiques octroyés aux Juifs à Rome et à Alexandrie répond bien aux intérêts de l'autorité romaine. Très favorable aux Juifs depuis César, le gouvernement romain avait compris le grand avantage de s'assurer à travers tout l'Empire l'amitié de ces hommes ardents, répandus partout sans jamais se fusionner avec les peuples au milieu desquels ils vivaient. Il leur avait assuré, ce qui leur tenait le plus à cœur, le libre exercice de leur culte, et les avait protégés ainsi par avance contre les mauvaises volontés des gouver-
après l'époque de l'empereur Auguste ? On n'en trouve aucune trace ni sous Caligula, ni sous Vespasien (Philon, ibid.-^ Josèphe, Bell. JucL, VII. 10. 1). Cf. Th. Mommsen, Rômischc Geschichte,Y,Tp. 517, notel, qui déduit à tort, ce semble, de la possibilité de l'existence d'ethnarquesà leur existence réelle, d'après Josèphe, A/it. JucL, XIX. 5. 2.
1. Cela ressort nettement de tous les passages des Actes des Apôtres où. il est fait mention des Juifs établis dans diverses villes d' Asie-Mineure et de, la Grèce et de quelques inscriptions telles que C. I. G., III, 5361.
2. Voir tous les détails dans Schurer, O. c, p. 504 et suivantes, 516 et suivantes, et dans sa Gemeindeeerfassung der Juden in Rom in der Kcdseraeit (Leipzig, 1879). M. Salomon Reinach a cru pouvoir déduire d'une inscription nouvelle de Phocée, restituée et interprétée par lui, que la SuvaytoY'^i 'EXafaç, mentionnée à Rome par deux inscriptions (C. I. G., 9904, et de Rossi, Btdlett. di arck. crist., V (1867), p. 16), n'était pas, comme on le supposait jusqu'alors, la Synagogue dite « de l'olivier », mais la Synagogue des Juifs originaires d'Élée (Bulletin de Correspondance hellénique, X (1886), p. 329). Cette hypothèse vient à l'appui d'une autre inscription citée par M. Schurer, Gemeindeeerfassung, p. 17, n° 33 (ff'jvaYWYTj ■rtov 'PoSîcov) et nous prouve qu'à Rome, comme à Jérusalem, les Juifs hellénistes se groupaient par synagogues, tantôt suivant les régions dont ils étaient originaires, tantôt suivant la condition à laquelle ils appartenaient (synagogues des Aù^fo'jG'zriaio'. et des 'AYpOTTrr;<Ttot, C. /. G., 9902, 9907). Cf. Actes des Apôtres, vu, 9. Ils se groupaient aussi par quartiers ou par corps de métiers.
104 LES ORIGINES DK l'ÉPISGOPAT
riements locaux et les passions populaires d'une foule hostile \ A Rome cependant il n'admettait pas de juiverie centralisée, dont la turbulence aurait pu lui causer des ennuis.
En rompant avec la synagogue juive, les communautés chrétiennes naissantes s'exposaient^ semble-t-il, à jDerdre le bénéfice des privilèges dont jouissaient les Juifs et qui faisaient de leur religion une véritable religio licita. Heureusement pour elles, les autorités romaines ne se souciaient pas d'entrer dans les discussions théologiques des différentes sectes juives ni de prendre parti entre les observateurs et les détracteurs de la Loi de Moïse. Pour les Romains les querelles entre les premiers chrétiens et leurs adversaires de la synagogue n'étaient que des a querelles de Juifs, » comme les polémiques de Luther et des vendeurs d'indulgences n'étaient au début, pour Léon X, que des « querelles de moines ». L'exemple du proconsul Gallion est bien significatif : alors que les Juifs de Corinthe lui amenaient Paul parce que l'apôtre excitait les gens à servir Dieu d'une manière contraire à leur Loi, il leur dit : « S'il s'agissait de quelque )) méfait ou d'une mauvaise action, je vous écouterais comme )) il convient. Mais comme il s'agit d'une querelle au sujet » d'un enseignement, sur des noms, concernant votre loi, )) cela vous regarde ; moi, je ne veux pas être juge de ces
1. Josèphe, Ant. JiuL, XIV. 10. 7, 8 et 24 ; XVI. 6. 1 à 7; C. Apion., II. 4 ; Philon, Do Leg. ad Caj., 23 ; De Monarckia, II. 3. Sur l'importance et la situation à beaucoup d'é.ijards privilégiée des colonies juives dans les villes helléniques, voir Th. Mommsen, Rôin. Gesch., Y, p. 489 et suivantes. Strabon, dans le passage déjà cité de Josèphe, Aaé. Jud., XIV. 7. 2, nous fait connaître les quatre catégories entre lesquelles se jjartagent les habitants de Cyrène : citoyens, gens de la campagne (Yewpyo;), étrangers et Juifs ; et M. Mommsen pense que l'on peut étendre ce renseignement à toutes les villes helléniques fondées à la suite des conquêtes d'Alexandre. Les Juifs ont ainsi un statut légal spécialement assuré.
» choses-là \ » La scission qui donnait naissance à une nouvelle communauté à côté de la synagogue unique de la veille, ne créait pas une situation illégale ; l'exemple de Rome et d'Alexandrie prouve que l'autorité admettait parfaitement la coexistence de plusieurs synagogues dans la même ville.
Ainsi, légalement, aux yeux de l'autorité romaine et des magistrats municipaux, dans l'esprit des populations païennes, chacune de ces communautés chrétiennes naissantes était une synagogue juive dissidente, privée sans doute du bénéfice de la participation aux biens sociaux de la synagogue mère dont elle s'était séparée, mais bénéficiant de la même tolérance et des mêmes garanties que la loi romaine assurait à la religion juive \ En réalité, au contraire, dans l'esprit des Juifs demeurés fidèles à leurs traditions et pour tous ceux qui se rendaient compte de la situation véritable, ces mêmes communautés chrétiennes en voie de formation étaient des associations nouvelles, nettement distinctes des synagogues dont elles émanaient, s'inspirant de principes tout autres, ayant un idéal social nouvetiu, une composition différente et devant nécessairement se constituer avec d'autres organes.
Ilest, en effet, très remarquable que l'on ne trouve aucune trace dans les Épîtres de Paul d'une fonction quelconque rappelant au sein des églises fondées par lui l'organisation
1. Actes, xvm. 14-15 (passage qui a toute l'apparence d'une tradition authentique). Voir aussi le célèbre passage de Suétone : « Jud^eos impulsore Chresto assiilue tumultuantes Roma expulit » ( Vita Claudii., 2h), où il s'agit évidemment de désordres provoqués par les dissidents chrétiens dans les synagogues juives.
2. La persécution de Néron contre les chrétiens de Rome n'infirme pas plus cette thèse que les rigueurs exercées par Tibère, par Caligula ou par Claude contre les Juifs, n'infirment l'existence d'une situation privilégiée pour la religion juive. L'empereur restait absolument maître de prendre toutes les mesures que l'intérêt public ou son intérêt personnel lui paraissaient exiger. De même les autorités locales conservaient le droit de réprimer tous les désordres causés par les Juifs ou les chrétiens.
de la synagogue juive. Les inscriptions nous apprennent qu'il y avait dans la synagogue de la Dispersion des ap^ovcsç,
un yspouaiâp/jQç, deS ipj i<7<Jviy(x>yoi , dos ypaiJijJLaTsT;, deS ÙTZ't\pizai,
parfois des patres et des maires synagogœ. Les archontes étaient le conseil d'administration de ia communauté. Ils étaient nommés pour une période déterminée, peut-être quelquefois à vie"*, sans que l'on puisse décider si cette difïé-
1. Josèphe, Bell. Jud., VII. 3.3 (à Antioche). TertuIlieiî,Z)e Corona, •0, cite Varchôn comme autorité juive à la suite du patriarche, du projDhète, du lévite et ànsacerdos.-— C. !. G., 5361 (inscription de Bérénice; d'après le calcul de Bœckh elle est de l'an 13 avant Jésus-Christ); 6337 ; 6547; 9906 (Julianus est présenté comme ispEÙi;, apyjav Ka[[ji';rr,crîtov] xaî ^Aypn:Tzr\(TMy. Est-ce en même temps ou successivement? La seconde interprétation est la plus vraisemblable); 9907 (ôtàp(oy);99l0(ô:çapy^cov); C. I. L., X, 3905 (Capoue). Garucci, Cimitero- degli antichi Ebrei, p. 47 (P' ap^wv) et passim ; Dissei^tasioni, II, 164. De Rossi, Bullcttino di arch. crist., lY, 40 (à Porto).— Cf. Schûrer, O. c, II, p. 513 et suivantes, et toute sa dissertation; Die Gemeindeverfassung der Juden in Rom in der Kaiser;seit nach don Inschriften dargostellt (Leipzig, 1879), où l'on trouve la plupart des inscriptions intéressantes. M. Schùrer, 0, c., II, p. 518-519, cite un passage de V Homilia in S . Johannis NcUaleni, attribuée à Jean Chrysostôme dans les éditions antérieures à celle de Montfaueon, mais généralement rejetée depuis lors comme inauthentique, où les Juifs sont accusés d'avoir été infidèles à Moïse, « qui cum a Deo secundum Mosem initium anni mensem Martium acceperunt : illi dictum pravitatis, sive superbiae exercentes, mensem Septembrem ipsum novum annum nuneupant, quo et mense magistratus sibi désignant, quos archontas vocant ». Ce passage, que M. Schùrer n'a pas pu contrôler, se lit au t. II de l'édition latine de Paris, de 1570 (chez Martin et Nivelles), col. 1111. Cette homélie est une stupide dissertation sur la signiflcation symbolique des dates auxquelles Jésus et Jean-Baptiste ont été conçus et sont nés. Marie n'y est pas appelée Mère de Dieu. Il y est fait allusion à la célébration dn 25 décembre comme « Solis natalis ». Ce doit être la traduction de quelque homélie d'un moine grec du commencement du IV siècle. Elle témoigne néanmoins qu'à cette époque l'archontat à terme était considéré comme traditionnel chez les Juifs. D'ailleurs les inscriptions en faveur de l'archontat à vie sont rares et la plupart de celles que l'on cite sont d'une interprétation douteuse (Schùrer, O. c, II, p. 519, n. 114; cf. Ascoli, Iscrisioni inédite o mal noie grcche, latine, ebraiche di antichi sepolcri giudaici, 1880,
LES PREiMIÈRES COMMUNAUTÉS EN TERRE PAÏENNE 107
rence dans la durée des fonctions provient de la variété des institutions locales ou si l'archontat à vie est simplement une distinction conférée aux membres que Ton voulait honorer d'une manière extraordinaire. A Bérénice^ d'après une inscription déjà citée, il y avait neuf archontes ; ce nombre variait probablement selon l'importance des synagogues. Nous n'avons aucun renseignement sur le mode de leur nomination. Il est permis de supposer que les Juifs s'étaient conformés sur ce point aux usages des associations de tout ordre dans le monde grec, d'autant plus que leurs propres traditions les y portaient^ comme nous l'avons montré en parlant des synagogues palestiniennes^ et que, par conséquent, les archontes étaient nommés par la communauté sur présentation des membres qualifiés pour cela. Les analogies des usages grecs auxquels la dénomination d'archonte est empruntée^ ne laissent aucun doute sur la nature générale des fonctions exercées par ces magistrats juifs ; c'étaient certainement les administrateurs de la communauté.
Le ^{tpo'j^iip-/7]'; ou président de la Yspouafa est un personnage fort énigmatique ■. M, Mommsen l'assimile à l'otpyjcruvâYWYo; ;
p. 51, n. 2). L'expression ôtà ^îoo peut fort bien s'appliquer à des personnages qui avaient été archontes jusqu'à leur mort, parce qu'ils avaient été réélus à chaque nouvelle période, ou même s'interpréter tout simplement en ce sens qu'ils avaient durant toute leur vie appartenu à cette même synagogue. Au contraire, les inscriptions qui mentionnent expressément que le défunt a été deux fois arcliôii ne laissent aucun doute sur le caractère temporaire de l'archontat. Il n'est pas impossible, d'ailleurs, que les usages fussent diflérents suivant les synagogues et qu'il y en eût de plus ou moins démocratiques. Dans les synagogues palestiniennes, moins démocratiques, les presbytres étaient très probablement nommés à vie. Peut-être en était-il de même dans d'autres synagogues orientales ?