Jbid., XV. 12 et suivants
4. I Cor., VII. 6,10, 12, 17, 25, 40; x. 14-15; xi. 13; xiv. 37-38; // Cor., VII. 15-16 ; x. 10 ; xiii. 2-10.
adversaires judaïsants acquièrent la majorité ou que ses partisans universalistes s'abandonnent à leurs déplorables tendances anarchiques et s'émiettent en groupes minuscules hostiles les uns aux autres, et c'en est fait de son pouvoir ! De là ses inquiétudes, l'angoisse mortelle qui l'étreint, lorsque l'oeuvre à Itiquelle il s'est sacrifié menace de se perdre.
Ce tableau de la communauté corinthienne ne saurait passer pour une image fidèle de toutes les autres communautés fondées par l'apôtre. Parmi les Églises issues de son apostolat, la chrétienté de Corinthe a dû être celle où la fermentation des idées, des tendances et des mœurs diverses groupées autour de l'espérance commune en Christ, fut le plus intense et le plus riche en incidents de tous genres. Cette ville cosmopolite, véritable capitale de la Grèce d'alors, où se croisaient tous les vices grecs et orientaux sur la trame de la civilisation la plus raffinée dans les gracieux et légers dessins de l'esprit hellénique, offrait plus qu'aucune autre les éléments complets d'une communauté agitée, ouverte à toutes les influences. Mais ces mêmes éléments se retrouvaient ailleurs, moins variés, moins nombreux, peut-être moins, turbulents, de même nature néanmoins que dans la brillante cité qui les concentrait et leur donnait une force d'expansion plus grande. L'Église de Corinthe, tout en présentant une individualité très caractérisée, n'est donc pas d'une essence différente des autres ; elle n'est pas une exception dans l'histoire de la première mission chrétienne. Il semble même que l'apôtre ait pour elle une certaine préférence, comme pour un enfant richement doué, mais de caractère difficile, sur lequel il fonde de grandes espérances. Les éloges qu'il lui adresse dans les neuf premiers chapitres de la première Épître aux Corinthiens ne j)euvent pas être mis entièrement au compte de la diplomatie apostolique; on y sent une émotion sincère et non pas seulement l'habileté du directeur spirituel, commençant par flatter ses pénitents afin
de leur faire accepter les graves remontrances qui suivront. Pour Paul l'Église de Corinthe n'est nullement une communauté de rebut, une chrétienté mal venue, mais la plus vivante de toutes les Églises semées par lui en terre grecque. Ce n'est donc pas manquer aux exigences de la critique;, de juger la situation des communautés pauliniennes d'après celle de l'Église de Corinthe, la seule sur laquelle nous ayons des renseignements autorisés.
LES FONCTIONS SOCIALES DANS LES PREMIÈRES COMMU- NAUTÉS PAULINIENNES D'APRÈS LE TÉMOIGNAGE DES ÉPiTRES.
1. Les Fonctions spirituelles. — Aucune société ne peut vivre sans que les fonctions sociales s'accomplissent dans son sein. Si dans les communautés pauliniennes il n'y a pas de dignitaires ou de fonctionnaires attitrés et spéciaux pour les accomplir, qui donc s'en chargera ? Ce seront ceux qui en reçoivent mission de Dieu, ceux qui possèdent les dons spéciaux que ces fonctions réclament. Chacun est appelé à contribuer à la vie de l'ensemble en apportant spontanément le concours des aptitudes particulières dont il est doué. L'un a , un talent marqué pour l'enseignement ; il enseignera. L'autre est enthousiaste, exalté; il prophétisera. Un troisième est exceptionnellement bon et serviable ; il s'occupera des pauvres et des malheureux. Chacun, ainsi, se rendra utile et la société ne s'en portera que mieux. Qu'il prenne garde seulement de ne pas exagérer l'importance, de ses fonctions et de ses privilèges naturels ! Car il ne vaut que par sa collaboration à la vie collective. Tous sont membres d'un même corps dont le Christ est la tête ^ . C'est de lui que doit venir
1. / Coi\, XII. 4-28 ; vu. 7 ; xiv. 26 et suiv.; Rom., xii. 4 et suiv. — Cf. Éph., IV. 4-16.
rinspiration commune, la direction ; c'est en lui qu'est l'anité. Ici encore l'idéalisme entraîne l'apôtre dans le monde des utopies; aucune société ne peut se passer d'administration ni de gouvernement organisé. L'unité purement théorique se traduit, dans la réalité, par le morcellement indéfini des interprétations individuelles. Le temps et l'expérience se chargeront de corriger cette confiance exagérée dans la iDuissance de la vérité abstraite. Pourquoi l'apôtre et ses disciples se tourmenteraient-ils à ce sujet ? La société qu'ils fondent est-elle destinée à durer longtemps ? Non certes ; la grande révolution qui mettra fin à l'ordre de choses actuel doit éclater dans un avenir prochain. Alors le monde sera renouvelé et le Christ régnera seul dans la communion avec le Créateur. L'organisation des communautés pauUniennes n'est qu'une organisation provisoire.
Les Épîtres nous ont conservé deux dénombrements des fonctions spirituelles qui s'exercent dans ces églises primitives. Dans la première Épître aux Corinthiens (xii. 28) on lit : « Ceux que Dieu a établis dans l'Église, ce sont d'abord )) les apôtres, deuxièmement les prophètes, troisièmement » les instructeurs, ensuite (il a établi) les puissances spiri- » tuelles, ensuite les dons de guérison, les secours, les direc- » tiens, les genres de langues. » Nous traduisons littéralement; il s'agit évidemment des fidèles qui possèdent ces puissances, ces dons ou ces aptitudes, c'est-à-dire la puissance de faire des miracles ou d'opérer des guérisons, le talent de rendre service à leurs frères ou de les diriger dans la bonne voie, le don de parler un langage extatique, celui d'interpréter les extases pour l'édification de tous. Dans V Épître aux Romains, l'apôtre, toujours désireux de maintenir l'union entre les frères d'une même communauté trop disposés à considérer chacun le don qui lui est départi comme le plus important, rappelle une fois de plus que l'organisme de la communauté chrétienne est constitué par le concours harmonique des membres divers, fonctionnant
chacun en vertu de la grâce qui lui a été dévolue, et il distingue les xap'-'^tJia'c» suivants : « la prophétie, selon la mesure y> de la foi, le service dans la diaconie, l'instructeur dans » renseignement, Texhortant dans l'édification, celui qui » donne dans sa générosité, celui qui préside par son zèle, » celui qui exerce la miséricorde avec joie. » (Rom., xii. 6-8.) On peut encore joindre à ces deux énumérations la liste plus courte deVÉpitreauœ Éphésiens (iv. 11), comme terme de comparaison emprunté à des communautés pauliniennes, sans lui accorder la même valeur qu'aux précédentes dont l'authenticité est plus sûrement établie, et dresser le tableau suivant des fonctions spirituelles distinguées par l'apôtre : .