II Cor., XI
2. Ihid., XI. 5; XII. 11 (ol uuepXtav àirôaToXoi). — Cfr. / Cor.., i. 12; ni. 4 et suiv., 21 à 23.
3. Il ne se prêche pas lui-même; il prêche Christ, / Cor.^ ni. 4 à 5, 21 ;
11 Cor., IV. 5; V. 12 et 16. — Prédication franche, iblcL, iv. 2. — Ni exploiteur, ni trompeur, ni séducteur, / Thessal., n. 5 à 9; / Cor., ix.
12 et suiv.; II Cor., vu. 2 ; xi. 7 à 15; xn. 14. — Il ne donne lieu à
132 ORIGINES DE l'ÉPISCOPAT
C'était toucher au vif l'infatigable propagateur du Christianisme naissant. Le témoignage de YÉpître aux Galates, à peu près contemporain de celui de la première Épître aux Corinthiens, nous apprend que les mêmes attaques se produisaient ailleurs qu'à Corinthe, dans toutes les communautés fondées par l'apôtre, et risquaient de compromettre à jamais l'œuvre à laquelle il avait voué sa vie. Elles ne visaient à rien moins qu'à détruire ces petites sociétés chrétiennes indépendantes, pour les ramener à l'état de variétés ordinaires des synagogues juives de la Dispersion^ . C'était inévitable. Ces accusations des adversaires de Paul, en très grande majorité judéo-chrétiens, se comprennent d'autant mieux aujourd'hui que l'étude critique des documents bibliques nous a appris à en reconnaître la justesse relative. L'évangile que Paul prêchait était une doctrine déduite de l'évangile du Christ, non la simple reproduction de l'évangile galiléen. Paul a tiré des prémisses posées dans la prédication populaire, simple, toute religieuse et morale de Jésus, les conséquences universalistes qu'elles renfermaient, et en ce sens il a achevé l'œuvre de son Maître. Mais en même temps il a construit sur la mort et sur l'œuvre de Jésus un vaste système de spéculation théologique, déjà gnosticisant, qui est de lui, non de Jésus, et qui s'est substitué pour l'Église chrétienne à l'enseignement originel du Christ et aux conceptions messianiques des premiers disciples palestiniens.
L'énergie déployée par le grand missionnaire pour défendre la légitimité et l'autorité de son ministère, nous permet justement de serrer de plus près les conditions de l'apostolat dans la première société chrétienne. Uapostolos, nous l'avons constaté, est un délégué. Il doit donc avoir reçu sa délégation
aucun scandale, // Cor., vi. 3. - Il n'est pas autoritaire, ibicL, viii. 8. — Lire à ce propos les chapitres x, xi et xii de la seconde Épître aux Corinthiens. — Voir plus bas les notes de la p. 135. 1. Voir plus haut, p. 94 et 96.
de quelqu'un, soit d'une individualité, soit d'une collectivité, mais en tout cas de quelqu'un qui soit autorisé à lui conférer sa mission. Pour être apôtre du Christ, la condition première était, semble-t-il, de l'avoir connu, d'avoir entendu ses enseignements et d'avoir été personnellement témoin de sa vie. Tout au plus pouvait-on admettre que les témoins directs et immédiats de Jésus transmissent à d'autres leurs pouvoirs, là où il ne leur était pas possible de remplir eux-mêmes leur mission. Telle était la thèse des adversaires de Paul, la même que nous avons déjà signalée en analysant la tradition judéochrétienne des communautés palestiniennes d'après le premier chapitre des Actes des Apôtres\
Paul ne contestait pas que pour être vraiment apôtre du Christ il fallût avoir reçu de lui délégation à cet effet, et connaître celui dont il fallait rendre témoignage, mais ici, comme dans tout le reste de son système, il rompait nettement avec le matérialisme de la conception judéo-chrétienne. Sans doute il ne tenait pas son apostolat de Jésus de Nazareth, qu'il n'avait probablement pas connu et dont il n'avait certainement pas suivi les enseignements. Il ne tenait même pas sa mission des autres apôtres ou de la communauté de Jérusalem. Dans la pleine conviction de son idéalisme il affirmait avoir été élu et en quelque sorte sacré apôtre par le Christ glorifié et par Dieu lui-même. Sans cesse il revient sur cette assurance fondamentale, qui est la garantie même de sa prédication. Chacune de ses épîtres, à l'époque de ce conflit avec les adversaires judéo-chrétiens qui bouleversent les communautés fondées par lui, commence par une déclaration en ce sens. Aux Galates il. s'adresse en ces termes : « Paul, apôtre, non de la part des hommes, ni par l'intermé-
1. Voir plus haut, p. 50 et suiv., spécialement 51, n. 1. — Cette thèse ne limitait pas l'apostolat aux Douze. D'autres disciples du Christ pouvaient réclamer ce titre ; de même des émissaires des disciples immédiats du Christ. Il y a des apôtres àiz àvÔpwTrwv et 8i' àvOpwTiou {Gai., I. 1).
» diaire d'an homme, mais par le fait de Jésus-Christ et de » Dieu Père qui a ressuscité celui-ci des morts. » Aux Corinthiens il écrit: « Paul, élu apôtre de Jésus-Christ par la » volonté de Dieu. » Aux Romains : « Paul, esclave de Jésus- » Christ, élu apôtre, mis à part pour l'évangile de Dieu. » Déjà aux chrétiens de Thessalonique il avait déclaré : « Notre ») prédication ne procède pas de l'erreur, ni d'une source )) impure ; elle n'est pas astucieuse; mais nous parlons selon » que nous avons été jugé par Dieu digne de recevoir le » dépôt de l'évangile, non pour plaire aux hommes, mais à )) Dieu qui éprouve les cœurs \ » Et aux Galates il avait fait les solennelles déclarations que voici : « Je vous affirme que » l'évangile prêché par moi ne relève pas d'une autorité » humaine, car je ne l'ai pas reçu d'un homme et ce n'est » pas un maître humain qui rae l'a enseigné, mais je l'ai reçu » par une révélation de Jésus-Christ... Et lorsque Dieu, qui » m'avait mis à part dès le sein de ma mère et qui m'a )) appelé par sa grâce, jugea bon de révéler son Fils » en moi, afin que je le fisse connaître parmi les Gentils, )) je n'en référai pas à ce qui est chair et sang, je ne me » rendis pas à Jérusalem auprès de ceux qui étaient » apôtres avant moi, mais je partis instantanément pour » l'Arabie et, à mon retour, je vins à Damas. Ensuite, après » trois ans, je montai à Jérusalem m'entretenir avec Pierre, » et je restai quinze jours auprès de lui. Et je ne vis pas » d'autre apôtre, sinon Jacques, le frère du Seigneur. )) Voici, j'affirme devant Dieu que je ne mens pas en vous )) écrivant ces choses'. » Aussi bien que les autres il a vu le
1. / ThessaL, ii. 3-4, cfr. v. 13. Voir aussi les suscriptions des Épîtres aux Éphésiens et aux Colossiens. Au contraire, en s'adressant aux Philippiens, chez lesquels son autorité apostolique n'est pas contestée, Paul n'insiste pas sur sa qualité d'apôtre (Phil., i. 1).
2. GaL, I. 11-12 et 15-20., — L'auteur des Actes des Apôtres, paulinien, mais incapable de s'élever à la hauteur de l'idéalisme de son maître, dominé d'ailleurs par le désir de concilier les tendances hostiles
Seigneur et il a reçu mission de lui. Et pour peu qu'on le pousse à bout, il dira toute sa pensée : il est apôtre plus que les autres, non seulement parce qu'il a vu le Christ glorifié, le seul véritable Christ, — puisque pour l'esprit idéaliste de Paul la vie charnelle et vulgairement humaine de Jésus le Galiléen n'a aucune importance, — non seulement parce qu'il tient de ce Christ même et de Dieu ses titres apostoliques, l'esprit dont il est animé, la connaissance des mystères qu'il enseigne \ mais encore parce que les résultats de son activité missionnaire sont la confirmation éclatante de la faveur toute spéciale dont Dieu l'a jugé digne'. Il n'a pas besoin de titres oiRciels, de lettres d'introduction ou de recommandation écrites de main d'homme'. Son garant, c'est l'esprit
qui se partagèrent la chrétienté primitive, s'efforce de légitimer l'apostolat de Paul, au point de vue de ses adversaires, en signalant que Barnabas et Saul, avant d'entreprendre leur œuvre missionnaire, reçurent la consécration de la part de la communauté d'Antioche par suite d'une inspiration divine (Acées, xiii. 2-3). De même, xiii. 31, il fait invoquer par Paul le témoignage des Douze. — Voir plus haut le récit de la conférence de Jérusalem, p. 63 et suiv.
1. Il est apôtre au même titre que les autres : il a vu le Seigneur; Gai., I, 11-12 et 15-20 (déjà cités); / Cor., ix. 1 ; xv. 9; // Cor., xii. 2 à 5; il est apôtre par la grâce de Dieu, ibid., xv. 10; // Cor., m. 6; IV. 1; v. 18; — celui qui a fait de Pierre l'apôtre des circoncis, est le même qui a fait de Paul l'apôtre des incirconcis. Gai., ii. 8; Rom., i. 14 et suiv.; xv. 16; — Christ l'a délégué, / Cor., i. 17; // Cor., v. 20; Rom., I. 5; — il est à Christ autant que nul autre, ibid., x. 7; — Dieu lui a révélé par son Esprit ce qu'il enseigne, / Cor., n. 6 à 13; — il est le dispensateur fidèle des mystères de Dieu et ouvrier de Dieu, / Cor., IV. 1 et 2; // Cor., vi. 1; xii. 4; — personne, d'ailleurs, ne connaît plus le Christ selon la chair, // Cor., v. 16.
2. 11 ne se glorifie pas des travaux d'autrui (sous-entendu : comme le font ses adversaires), // Cor., x. 14 à 18; — son apostolat se recommande par ses vertus intrinsèques, i.bid., vi. 4 à 10; xii. 12; cfr. Rom., viii. 35-39; — par les fruits qu'il porte, / Cor., iv. 15; ix. 1; — il a travaillé plus que tous les autres, I Cor., xv. 10; // Cor., xi. 23 et suiv.; Rom., XV. 17-22.
3. Il ne se recommande pas lui-même ou ne se fait pas recommander,
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du Christ qui est en lui\ et ses répondants, ce sont ses enfants spirituels, sa gloire dans le Seigneur, le sceau de son apostolat'.
Ainsi, Paul oppose à la conception judéo-chrétienne^ concrète, positive, de l'apostolat considéré comme délégation immédiate ou médiate conférée par Jésus de son vivant à ses disciples ou par ceux-ci à leurs compagnons, une conception mystique, idéaliste, de raj)ostolat conféré par une révélation spirituelle du Christ glorifié, procédant directement de l'action de Dieu dans l'âme de l'apôtre, et sans lien sensible avec la carrière terrestre de Jésus. Et, en vertu du principe bien évangélique qu'il faut juger l'arbre à ses fruits, il prétend que le succès éclatant de sa mission, la protection divine évidente qui lui a permis d'échapper à d'innombrables dangers et de vaincre toutes les fatigues, l'efficacité incontestablement supérieure de sa prédication comparée à celle des apôtres désignés par le Jésus terrestre, sont autant de confirmations a posteriori de la légitimité de cet apostolat d'origine mystique et peut-être même de sa supériorité- Plus tard, dans l'Église catholique naissante, la thèse réaliste judéo-chrétienne de la transmission régulière et concrète des pouvoirs apostoliques prévalut et l'on s'efforça, par toute sorte de stratagèmes, de rattacher à Jésus, à ses disciples immédiats, au groupe des Douze ou au groupe des Soixante et Dix, tous ceux qui avaient exercé dans l'Église primitive un ministère apostolique en vertu d'un appel divin, comme saint Paul, ou qui, en leur qualité de premiers missionnaires et de fondateurs de groupes chrétiens dans une localité jusqu'alors dépourvue de communauté, pouvaient se réclamer d'une délégation idéale conférée par le
// Cor.^ m. 1; X. 12, 18; — ne recourt pas à des manœuvres secrètes, // Cor.^ IV. 2; — ne recherche pas la gloire des homnies, / T/iessal., ii. 6; Gai., J. 10.