Actes, VI. 5; viii
3. Voir le témoignage de Papias cité par Eusèbe, H. E., III. 39, 3, 4,9; celui de Polycrate d'Éphèse, ihid.,V. 24. 2; celui du montaniste Proclus, dans le Dialogue de Cajus, ihid., III. 31. 4; celui de Clément, Stromates, III. 6. 52 (cfr. Eusèbe, H. E., III. 30. 1). En rapprochant ces témoignages de celui des Actes, il n'y a pas le moindre doute que la tradition asiatique vise le même Philippe avec ses filles prophétesses, qui vécut d'abord à Césarée de Palestine. Il n'est pas moins certain qu'elle le confond avec l'apôtre Philippe. Cfr. l'article « Philippus der Evangelist » de M. Holtzmann, dans le Blbcllexlhon de Schenkel, t. IV, p. 540 et suiv. Il n'y a aucune raison de lever la difficulté en se débarrassant du témoignage des Actes, comme le fait M. Renan, qui voit dans le verset 9 du ch. xxi une interpolation et une méprise {Les
titre d'apôtre, au sens plus large et plus spiritualiste que nous venons de dégager dans les épitres pauliniennes, fut maintes fois conféré à ce Philippe qualifié d'évangéliste dans les Actes. La seule conclusion qu'il soit possible de tirer de ces données si peu précises, c'est que Philippe fut un des premiers missionnaires de l'évangile; que dans la tradition hiérosolymite où l'on s'en tenait à la transmission matérielle et concrète de la délégation apostolique et où, du reste, les hellénistes n'étaient pas en odeur de sainteté, le titre d'apôtre lui fut refusé; qu'en sa qualité de porteur de l'évangile, proprio motu, sans qu'il en eût reçu mission de personne, il fut tout naturellement appelé évangéliste; mais que la distinction entre un évangéliste et un apôtre est encore si peu claire dans la pensée des chrétiens en général, hors du petit groupe de Jérusalem^, que les deux dénominations se confondent. Ne voit-on pas l'apôtre Paul qui, certes, ne doutait pas de sa qualité apostolique, s'écrier : « Xpta-coî àrÀaxtikk fji£ EùaYyeXtÇsaOat, Christ m'a délégué pour évangéliser » {ICor., I. 17)? La distinction entre l'évangéliste et l'apôtre ne se dessina avec une certaine netteté que plus tard, à mesure que la génération apostolique disparut et que la dignité apostolique fut réservée plus exclusivement à ceux qui avaient connu le Christ durant son ministère terrestre. Si l'on accepte l'authenticité intégrale de VÈpître aux Ephésiens, sur ce point bien douteuse, il n'y a d'autre ressource que de considérer les évangélistes qui y sont mentionnés, comme des missionnaires de second rang, inférieurs non seulement aux apôtres, mais encore aux prophètes, comme une espèce de colporteurs des dires de Jésus et des récits concernant sa vie et sa mort, dépourvus de l'autorité que les apôtres tiennent du Christ, terrestre ou
Apôù-es, p. 151, note). C'est sacrifier le meilleur des témoignages à des traditions locales sans valeur historique et contradictoires, alors qu'il est si facile de s'expliquer la confusion accréditée par ces traditions.
140 ORIGINES DE l'ÉPISCOPAT
glorifié, et que les prophètes tiennent de l'Esprit divin dont ils sont inspirés \ Ce n'est pas sans bonne raison que les rédacteurs des écrits où furent consignés plus tard par écrit les faits et gestes de Jésus et les paroles de lui que la tradition orale avait conservées, furent appelés évangélistes. Ils firent en écrivant la même œuvre que leurs prédécesseurs faisaient en parlant.
2. Les Fonctions administratives. — Les fonctions que nous avons étudiées jusqu'ici dans les communautés pauliniennes, telles que les Épîtres de l'apôtre nous permettent de les reconstituer, présentent un caractère général, sans lien qui les rattache à une communauté locale déterminée plutôt qu'aux autres. Le prophète, le didaskalos, l'apôtre, même ceux qui exercent les charismes de bienfaisance, peuvent accomplir leur œuvre dans n'importe quelle association de chrétiens ; leurs fonctions relèvent à proprement parler de VhAyXf\^'.a. unique, de cette assemblée mystique, idéale, qui comprend tous les chrétiens en quelque lieu qu'ils soient dispersés'. Il n'en est plus de même de celles qu'il s'agit d'examiner maintenant, celles des itpoïsxifjievoi, desStày-ovoi et des l-K'.moTzoï. Deux d'entre elles nous sont déjà connues du tableau des fonctions spirituelles que nous avons dressé plus haut. Le proïstamenos et la diakonia y figurent comme variétés des charismes que l'Éternel accorde à certains membres de l'Église; les fonctions correspondantes sont donc considérées par l'apôtre comme des manifestations d'un don spirituel d'une nature spéciale. La troisième,
1. Voir plus haut, p. 124, notre tableau comparatif et l'observation de la p. 125 sur l'emploi du terme éoan^j'é/tsfe dans VÉpître auxÉphésiens. — Voir aussi plus loin l'usage des termes k-KÔa-zokoç dans la Didachê et eùaYYS^wcï)'; dans les Épîtres Pastorales.