Voir plus haut, p
au contraire, ne figure ni dans les Épitres aux Corinthiens et aux Romains, ni même dans VÉpître aux Éphésiens, et ne correspond à aucun charisme particulier. Elle n'est mentionnée que dans VÉpîtr^e aux Philippiens. Mais elle a en commun avec les deux autres d'être, par sa nature même, une fonction locale, s'exerçant dans une communauté particulière, à l'exclusion des autres églises, et d'offrir déjà un caractère administratif, ^o\xv autant qu'il peut être question d'administration dans ces petites sociétés en pleine fermentation et encore dépourvues d'organisation régulière.
Les ProUtam.enoi.
Les renseignements fournis par les épîtres de Paul sur le rôle de ces personnages sont bien maigres. Dans la lettre aux Romains (xii. 8) la qualité distinctive attachée à leur fonction c'est le zèle (a-âouor]). Le seul passage où il soit encore fait mention d'eux est dans la première Epître aux Thessaloniciens : a Nous vous demandons, frères, de recon- » naître ceux qui travaillent parmi vous et qui sont à votre » tête dans le Seigneur et qui sont vos moniteurs, et d'avoir )) pour eux la plus extrême considération affectueuse à » cause de leur œuvre. Vivez en paix entre vous. » (/ Thess., V. 12-13.) Le sens du terme 'Kpoxaxiixevoi n'est pas douteux; nous l'avons traduit littéralement par « ceux qui sont à la tête », c'est-à-dire « ceux qui dirigent », « ceux qui président aux affaires » ; c'est la signification usuelle. Elle est précisée par les qualifications adjacentes; les trois participes xoTTtwvTOç, TTpoïatafxÉvoui; et vouesToîjvTaç, groupés SOUS le même article, se rapportent à une seule et même catégorie de per-
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sonnes, hefi proïstamenoi, ce sont donc ceux qui travaillent au bien de la communauté de Thessalonique, ceux qui se donnent du mal pour elle; ce sont aussi ceux qui adressent aux fidèles des avertissements, de bons conseils, de sages directions, ceux que l'on peut désigner fort exactement par le mot français moniteurs. Ce sont bien les mêmes auxquels l'apôtre, écrivant aux Romains, assigne le charisme du zèle : les plus actifs, les plus dévoués, ceux qui, soit par l'ardeur de leur tempérament, soit par les ressources matérielles dont ils disposent, sont à la tête du mouvement de propagande. Le verbe -/.o-jnàw qui caractérise leur activité est employé par l'apôtre pour désigner un travail qui absorbe toutes les forces et dont les résultats sont appréciables au point de vue matériels Ainsi, dans la première Épître aux Corinthiens (xvi. 15-16) Paul prie les chrétiens de cette ville d'avoir de la déférence pour la famille de Stéphanas^ qui a été les prémices de l'Achaïe et qui s'est mise au service des saints, comme pour tous ceux qui agissent de même, pour quiconque collabore à la même oeuvre et y travaille de toutes ses forces (7ravx> tcï) auvspYoùv-ci xat xoTitwvct). Il s'agit bien évidemment d'une œuvre religieuse', de nature morale, puisque soit à Thessalonique, soit à Corinthe, les fidèles sont exhortés à suivre docilement les conseils de ces conducteurs, mais, d'autre part, cette œuvre ne se confond pas avec celle du prophète. ou du didaskalos ; elle ne vise pas tant l'instruction des nouveaux disciples du Christ que l'organisation et la consolidation de la communauté naissante, la confirmation de chaque fidèle dans sa nouvelle profession, par des conseils, des avertissements, par une
1. Rom., XVI. 6, 12; Gai., iv. 11 ( « Je crains d'avoir travaillé sur vous en vain, « c'est-à-dire sans obtenir de résultats) ; cfr. PhiL, ii. 16; Coloss., I. 29; Êphés., iv. 28 (travailler, afin d'avoir de quoi donner); / Cor., IV. 12 (travailler de ses propres mains); xv. 10 (« J'ai travaillé plus qu'eux tous, » c'est-à-dire mon travail pour la propagation de la foi chrétienne a produit plus de résultats que le leur).
fraternelle sollicitude et en fournissant les moyens pratiques indispensables à la réalisation de l'œuvre.
hes pr^oïstamenoi sont donc bien ceux qui président aux affaires de la communauté, mais il faut se garder d'interpréter ce terme d'une façon trop étroite et juridique, comme s'il s'agissait rigoureusement de ce que nous appelons un (( président » dans les administrations ou dans les sociétés régulièrement organisées, ou comme s'il y avait ici, dans les communautés pauliniennes, un patronat analogue à celui qui^ dans la société romaine, groupait autour d'un personnage plus puissant un nombre plus ou moins considérable de clients \ S'il en était ainsi, on ne comprendrait ni pourquoi dans rénumération des fonctions de la p. 124 le proïstamenos, ou les kubernêseis et les poimenes qui lui correspondent, sont cités chaque fois à la fin de la liste, parmi les fonctions de moindre importance, ni comment à une fonction nettement déterminée ne correspond pas un nom précis, ni comment l'apôtre peut demander aux Thessaloniciens de reconnaître (siSsvat) quels sont leurs proïstamenoL S'il y avait eu une présidence ou un patronat régulièrement institués, il ne pouvait y avoir la moindre hésitation au sujet des personnes auxquelles ces fonctions étaient dévolues. Au contraire, Paul demande aux chrétiens de Thessalonique, comme à ses disciples de Corinthe, de ne pas être ingrats, de savoir reconnaître quels sont ceux qui sont vraiment leurs conducteurs et qui méritent d'être leurs chefs, par le zèle qu'ils ont déployé, la sollicitude qu'ils leur ont témoignée et la peine qu'ils se sont donnée, et cette reconnaissance il ne
1. Cette interprétation est défendue par les exégètes qui veulent retrouver dans les premières communautés pauliniennes l'organisation des éranes et collèges de la société païenne. Voir ci-dessous, même chapitre, §5, où nous discutons aussi le sens du terme Tupoo-xâTi!; {Rom., XVI. 2) qui n'a rien à faire avec les proïstamenoi que nous étudions
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la demande pas pour tel ou tel individu déterminé, mais pour tous ceux qui ont travaillé, pour des familles entières. Les proïstamenoi ce sont donc les moniteurs des groupes de chrétiens qui se constituent dans les principales villes du monde hellénique. Leur autorité encore bien mal assurée, comme on voit^ est toute morale, fondée uniquement sur leur activité et limitée aux intérêts locaux. La véritable autorité spirituelle est ailleurs : dans l'assemblée souveraine des fidèles, chez l'apôtre qui parle au nom du Christ, chez le prophète qui est inspiré de l'Esprit de Dieu. Mais il faut bien avoir un local pour se réunir, fixer Tordre des délibérations, assurer la régularité et la bienséance des assemblées religieuses, organiser la propagande, exécuter les mesures prises par la communauté souveraine, s'occuper de ses intérêts matériels^, si minimes soient-ils, faire la correspondance en son nom, veiller à la conservation des nouvelles recrues et empêcher les frères de se laisser séduire par d'autres enseignements ou entraîner par leurs mauvais penchants. Qui s'acquittera de toutes ces fonctions, ou qui sera désigné par la communauté souveraine pour les remplir? Ce seront naturellement les plus zélés, ceux qui ne se ménagent pas, qui mettent leur temps, leurs ressources et leurs forces à la disposition des frères, par exemple, ceux qui auront fourni au début, dans leur propre domicile, le local où se sera réunie la petite àxxXYiat'a xax' olxov, ou ceux qui, étant un peu plus à leur aise, peuvent disposer de leur temps sans être retenus par les servitudes de la vie matérielle. Là, comme partout^ ce sont les travailleurs qui font l'ouvrage et là, comme partout, ils sont exposés à ce que d'autres, qui n'ont rien fait, mais qui sont plus habiles, s'en fassent adjuger l'honneur.
Les Diakonoi.
Dans le tableau dressé plus haut la diakonia ne figure que sur une des trois listes, celle de VÉpître aux Romains, et ici même il est extrêmement douteux qu'il s'agisse de la fonction ecclésiastique spéciale désignée plus tard par le nom de « diaconat ». Dans ce passage comme dans presque tous les autres où les mots « diakonos » et « diakonia y> paraissent sous la plume de l'apôtre Paul, ils ont le sens général de «ministre, ministère », ou de «serviteur, service,» et nullement le sens restreint de « diacre »\ Ainsi, le Christ lui-même est appelé « serviteur de la circoncision ))j, quand l'apôtre veut rappeler aux chrétiens de Rome que le ministère de Jésus a été consacré tout d'abord aux Juifs ^ A mainte reprise, Paul désigne son propre ministère ou celui des autres missionnaires par ces mêmes expressions ^ Les agents de Satan sont aussi appelés diakonoi''. Aux diverses aptitudes conférées par l'Esprit de Dieu correspondent diverses espèces de « services », mais qui sont tous au profit du même Seigneur ^ Le pouvoir civil lui-même est reconnu
2. Rom., XV. 8; cfr. II Cor., v. 18 (ministère ou oflBce de la réconciliation).
3. Rom... XI. 13; // Cor., m. 6 (ministres delà nouvelle alliance); iv. 1; VI. 3 et 4 (agents de Dieu); xi. 8, 23 (il s'agit du ministère des apôtres ou de leurs délégués); Éphés., m. 7 (ministère apostolique confié à Paul); Col., i. 23, 25; 1 Cor., in. 5 (ministères de Paul et d'Apollos); / ThessaL, m. 2 (Timothée); Col.^ i. 7 (Epaphras); iv. 17 (Archippe).