‹ Les origines de l'épiscopat [microform]Chapitre 35 sur 163 · Rom., XIII. 4 à · texte numérisé non relu

Rom., XIII. 4 à

2. Rom., XV. 25 (« maintenant je me mets en route vers Jérusalem pour remplir mon office auprès des saints;» cfr. v. 31); // Cor., viii. 4 (les églises de Macédoine ont imploré le privilège de prendre part à la diakonia des saints); ix. 1, 12 (fj oiaxovJa -rv^; lei-zouQ'i'.cf.:^ TaûxT]?) .

puisque l'auteur emploie partout ailleurs le mot dans l'acception générale de « ministre » ou « serviteur », il n'y a aucune raison de lui en attribuer une autre dans le cas présent. Phœbe est au service de la communauté de Cenchrées ; elle a fait du bien à beaucoup de ses coreligionnaires et à Paul lui-même auprès duquel elle n'avait certainement pas à remplir les fonctions spécifiques d'une diaconesse. Mais ici on pense naturellement à l'institution du diaconat, qui ne tarda pas à s'établir dans les églises, et l'on recule devant l'application d'une règle d'exégèse qui s'imposerait à l'explication d'un auteur profane. Il serait bien étrange, cependant, s'il avait réellement existé un service spécial du diaconat dans les premières communautés pauliniennes, qu'il n'en soit fait mention que dans une seule des trois listes de fonctions ou de charismes que nous avons étudiées plus haut, et qu'en dehors du seul verset que nous venons de signaler, aucune des nombreuses personnes saluées par Paul à la fin de ses lettres ne soit jamais désignée comme diacre.

La suscription de YÉpîtr^e aux Philippiens, il est vrai, mentionne également des diacres: « Paul et Timothée, )) esclaves de Jésus-Christ, à tous les saints en Jésus-Christ » qui sont à Philippes, avec les évêques et les diacres. » Mais, d'une part, il n'est pas absolument certain que les diakonoi visés dans cette adresse ne soient pas, d'une façon générale, tous ceux qui sont au service de l'église; les analogies sont en faveur de cette interprétation; d'autre part, il faut observer que VÉpiti^e aux Philippiens est la dernière en date des épîtres de Paul qui nous aient été conservées. Il n'est donc pas improbable que l'organisation de la communauté de Philippes au moment où Paul lui écrit cette lettre, soit déjà plus avancée et mieux fixée que ne l'était celle des églises de Corinthe, d'Éphèse ou de Rome quelques années auparavant \ La chrétienté de Philippes était la plus ancienne

1. L' Épître aux Philippiens est écrite de Rome. Elle ne peut donc

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des créations de Tapôtre en. Europe. Elle existait depuis huit ans au moins à l'époque où cette lettre lui fut adressée et il est vraisemblable que les luttes avec les Juifs y avaient été moins absorbantes qu'ailleurs, puisque d'après le témoignage des Actes des Apôtres, digne de foi sur ce points il n'y avait guère de Juifs à Philippes lorsque Paul y apporta le christianisme. Nous avons donc le droit de supposer que la constitution de la petite association chrétienne s'y fit plus rapidement et plus facilement que dans les églises divisées et tourmentées des villes grecques où la colonie juive était nombreuse. L'exaltation religieuse, qui dégénérait si facilement en manifestations, désordonnées, semble y avoir été moins vive et la fidélité à l'apôtre, le dévouement à la personne du fondateur, d'autant plus tendres et plus serviables. Il se dégage de tout ce que nous apprenons sur les chrétiens de cette communauté macédonienne l'image d'une société où le sens pratique est plus développé qu'ailleurs et où l'on a un sentiment plus juste des nécessités de la vie matérielle'. Nous

être antérieure à l'an 61 ; elle date vraisemblablement de l'an 62 ou 63, tandis que les Épîtres aux Galates, aux Corinthiens et aux Romains s'échelonnent sur les années 55 à 58.

1. A c«:es, XVI. 12 et suiv.. Ce fragment, concernant la fondation de l'église de Philippes, est justement un des témoignages de première main, insérés par l'auteur des Actes dans son récit. On ne peut en déterminer l'étendue avec précision, mais les versets 12 à 24, qui nous intéressent ici, en font certainement partie. Il n'y a pas de synagogue à Phili2:)pes, mais une simple Tïpoieuyrri hors de la ville. La femme qui accueille Paul est une prosélyte d'origine païenne. Il n'est fait aucune mention de violences exercées par les Juifs contre Paul, comme dans les autres villes. Ce sont, au contraire, des païens qui le font arrêter sous prétexte qu'il prêche des pratiques juives. — Lech. m de VÉpitre aux Philippiens, où Paul les met en garde contre les judaïsants, n'infirme pas les assertions précédentes. Il est de plusieurs années postérieur à l'arrivée de Paul à Philippes et il vise des adversaires qui sont venus s'introduire dans la place depuis la fondation de l'église (efr. i. 27-30).

2. I. 3-6. — Les chrétiens de Philippes ont constamment soutenu Paul de leurs subsides et, à cet égard, il ont été les seuls (iv. 10, 15 à 18;

serions donc assez disposé à admettre que l'on s'y rendit compte plus tôt que dans certaines autres églises, des avantages d'un gouvernement régulier et que la division du travail, par la distribution précise des fonctions, s'y établit plus rapidement que dans les autres communautés pauliniennes sur lesquelles nous possédons des renseignements. Il y avait très vraisemblablement à Philippes, peu après Tan 60 de notre ère, des membres de l'église chargés de fonctions déterminées et désignés spécialement sous le nom de diakonoi, c'est-à-dire servitem's de l'église; mais, en l'absence de données plus précises, il est impossible de décider si les attributions de ces diakonoi étaient déjà limitées aux services d'ordre pratique et matériel qui furent l'office propre des diacres ultérieurs, ou si elles comj)renaient tous les services à un titre quelconque, assignés par la communauté à certains de ses membres. L'analogie du langage paulinien est favorable à la dernière interprétation ; mais la mention des diakonoi à la suite des episkopoi semble indiquer qu'il s'agit de personnes chargées plutôt de services secondaires et subordonnées aux épiscopes.

L'analyse de tous les textes qui concernent les diakonoi dans les épîtres pauliniennes montre ainsi de la façon la plus claire qu'il ne saurait être question de l'organisation d'un ordre du diaconat dans les premières communautés en terre païenne^ mais elle' tend aussi à établir qu'il y eut de notables différences d'organisation dans les communautés fondées par l'apôtre des Gentils, suivant leur origine, leur composition, les vicissitudes de leurs premières années, et que dès avant la mort de l'apôtre, dans lesplus anciennes et chez celles qui eurent le développement le plus normal, il y

cfr. Il Cor., XI. 8-9). Les églises de Macédoine, quoique pauvres et persécutées, ont beaucoup donné pour les saints de Jérusalem {II Cor., via. 1-4; cfr. Rom., xv.26). L'administration matérielle de l'église de Philippes semble avoir été mieux organisée qu'ailleurs.

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a déjà une certaine catégorie de membres qui, en vertu des fonctions qu'ils remplissent au service de l'Église, sont appelés diacres.

Les Episkopoi.

Cette même observation est suggérée par la mention d'ÈTctay-oTroi dans la salutation de VÉ pitre aux Philippiens. Le voilà donc pour la première fois, ce mot qui doit acquérir une telle importance dans l'Église chrétienne que le gouvernement ecclésiastique sera dénommé d'après lui « gouvernement épiscopal )) ! C'est dans la communauté macédonienne de Philippes que pour la première fois apparaissent des évèques. On remarquera, en eiïet, que le mot est au pluriel. A Philippes, il y a, non pas un seul episkopos, mais plusieurs. A cela se borne malheureusement ce que nous savons sur leur compte, mais cela suffit du moins à établir d'une façon indubitable que les épiscopes de Philippes ne sont pas encore des évèques au sens que ce terme a pris bientôt, lorsqu'il devint synonyme du primus ititer pares clericos, nécessairement unique dans chaque église.

Les episkopoi ne figurent nulle part ailleurs dans les épîtres pauliniennes. Aucun des nombreux personnages salués nominativement par Paul, à cause de leur rôle prépondérant dans les églises fondées par lui, n'est désigné par la qualité d' episkopos. Il n'y a pas de don ou de charisme de l'épiscopat dans les listes d'aptitudes et de fonctions sociales dressées par l'apôtre. Par conséquent, ou bien il n'y a pas encore d'épiscopes dans les communautés pauliniennes, ou bien, s'il y en a, leur rôle est encore secondaire au point de vue religieux. Tout ce que nous avons dit précédemment

sur l'état encore inorganique de la plupart de ces églises en pays grec, aboutit à la même conclusion. U argumentum e siléntio, toujours contestable, même quand il est aussi fort que dans le cas actuel , est confirmé ici par toutes les données positives que nous possédons sur les premières communautés en terre païenne.

Les mêmes raisons qui ont permis d'expliquer la présence de diakonoi dans l'association chrétienne de Pliilippes, pendant les dernières années de la vie de Paul, rendent compte également de l'apparente anomalie que présente la mention tout isolée à'episkopot dans VÉpitre aux Philippiens. De ce qu'il n'y avait pas d'épiscopes à Corinthe, en Galatie ou à Rome, il ne résulte pas qu'il ne pût pas y en avoiràPhilippes. Du moment que l'apôtre n'imposait pas à ses églises une organisation déterminée et se désintéressait des questions d'administration pratique comme d'un sujet d'ordre tout à fait secondaire ^ il n'y a aucune raison de penser qu'elles se soient toutes constituées de la même manière, que leur développement, au point de vue de l'organisation sociale, ait été partout identique, que les mêmes fonctions administratives aient existé dans toutes et qu'elles aient porté les mêmes noms partout. C'est le funeste préjugé de l'unité du christianisme primitif qui a porté les théologiens à rechercher l'uniformité dans la constitution intérieure des premières églises, alors que dans l'organisation ecclésiastique comme dans la spéculation dogmatique, c'est la variété et la diversité des dispositions individuelles et locales qui sont primitives.

Il est très remarquable que les episkopoi, comme les diakonoi, en tant que dénominations distinctives d'une certaine catégorie de dignitaires d'associations chrétiennes,

1. Voir plus haut, p. 114. — Cette indiSérence à l'égard des q^uestions proprement ecclésiastiques a déjà été constatée chez Jésus luimême, p. 25.

fassent leur première apparition dans la dernière épître de Paul, la seule d'une authenticité assurée qui nous renseigne sur la situation d'une communauté ayant déjà traversé les crises des premières années de formation. Gardons-nous bien d'en conclure que toutes les communautés en terre païenne eurent, au bout de quelques années, des épiscopes et des diacres comme celle de Philippes ; mais notons le fait comme une précieuse indication, qui nous servira plus tard, et surtout ne contestons pas l'authenticité de la lettre aux PhilippienSj parce qull y est fait mention de personnages sur lesquels les autres lettres de l'apôtre se taisent.

Le nom même iTdmoT.o^ n'est pas une invention des chrétiens de Philippes. Il était usité dans le langage administratif chez les Grecs. A l'époque classique, les personnages désignés par les Athéniens pour diriger la réorganisation de la constitution dans les villes alliées étaient appelés £Tûta-/.oTT:ot^ . Il se rencontre aussi quelquefois dans les inscriptions provenant des associations religieuses grecques avec le sens de « surveillant », chargé de la gestion des fonds ou du contrôle de Tapplication des décrets votés par la société^ Mais, si

1. Gilbert, Handbuch der griechischen Staatsalterthûmer (2' éd.), I, p. 481. — Cl. G., 73 b; Kirchofi, CI. AU., I, 9 (reproduction de la précédente) et 10. Cfr. Harpocration, Lex., s. o., où les Itzitao-koi sont assimilés aux cp'jXay.eç des Athéniens et aux àpfjLoaxai des Lacédémoniens.

2. Wescher (Revue archéologique, XIII, p. 246) a publié l'inscription suivante : 'A-Trooe^afJiÉvoç xàv i.TïaYY^^^'o''^ "^(^ F^^'' àpY'jptov zyScc^eîaoci -zà^ (sic)BTziay.6lnoi;] Aiwva xaî MeXéïtttuov. Les épiscopes Dion et Meleïppos sont chargés de placer l'argent offert; ils ont donc la surveillance des fonds de la société dont ils sont épiscopes. — A Rhodes, on a relevé l'existence de 3 (ou 5) ETutaxoTcot fonctionnant à côté des 5 ÈTHjj.ôXïi'ua'. twv ^évtov (Gilbert, O. c, II. p. 180, l"éd.). — M. Foucart, Des Associations religieuses ches les Grecs, après avoir parlé des épimélètes, ajoute (p. 32) : « Les mêmes fonctions semblent avoir été confiées, dans d'autres sociétés, à des magistrats qui portaient un titre différent, tTcicjy.oTioi, CTuvStzot, XoYWxaf ». Ces termes sont assez généraux; ils désignent <• ceux qui veillent aux intérêts communs, » « les contrôleurs «.Cependant

ces références suffisent à prouver que le titre n'était pas étranger à la terminologie administrative admise parmi les Grecs, elles n'établissent en aucune façon qu'il fût d'un usage assez général pour s'être en quelque sorte imposé aux associations chrétiennes naissantes comme dénomination de leurs administrateurs. Il ressort, au contraire, avec évidence de l'étude des textes et des inscriptions, que le terme l-f.ixtk-(^'zr]<; , dont la signification est toute semblable, était infiniment plus répandu aussi bien dans les sociétés privées que dans la vie publique ^ A l'époque classique, il y avait à la tête de chaque tribu athénienne des iTci^.zlr^'zoï.l x?-ç ouX^c, élus chaque année. Ils étaient chargés de l'administration de la tribu ou, plus exactement, de veiller à ce que les décisions de la tribu fussent exécutées. On relève parmi leurs attributions : la tenue des assemblées populaires, la surveillance des biens communs, l'inscription des décisions, la rentrée des fermages, l'ordonnancement des payements. A côté d'eux, il y a un x^ixlaç, c'est-à-dire un trésorier ou un caissier. Les épimélètes, en effet, prescrivent les payements, mais ne détiennent pas eux-mêmes les fonds. Leur mission est toute de contrôle", suivant les propres termes d'une ins-

le mot È-ittffy.oTioi; lui-même se rencontre très rarement dans les inscriptions. M. Hateh (The Organisation ofthe carhj Christian Churches, p. 37, n. 2) signale encore quelques inscriptions du Hauran, notamment le n° 1990 (cfr. 1989) de Le Bas et Waddington (inscription païenne, mais du IIP siècle après l'ère chrétienne). Il n'y a rien à tirer de cette dernière pour expliquer l'usage du terme episkopos dans les premières communautés grecques. Mais le témoignage qu'elles apportent en faveur de l'usage de ce terme dans les régions orientales de l'Empire romain contribuée expliquer le rapide développement du nom et de l'institution épiscopale en Orient. M . Hatch a rendu un grand service à nos études en attirant le premier l'attention sur ce côté épigraphique de la question. Cfr. même recueil, n" 2298, 2.309 (iTriax-oTrouv-Ltov PouXsutcov, du IIP siècle apr. J.-C), 2310 (sTTni/.oTCouaYiç cpuXrjç Bi-cai-rjvw';), 2412 e, inscr.de Batanée.

1. Ici les inscriptions sont abondantes et de toute provenance.

2. Cfr. Gilbert, O. c.,I,p.224 (2' éd.); cfr. CI. A., II, 564 (assem-

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CriptlOn ; 61 ï-KiyLôXri'zcà o't a'tôl xa6taTocfji,evot y.ax' sviauxov paSîÇovxeç silI xà xxrjfjtaxa Sic xoù evtauxoï) ETUKTXOTTWvxac xâ xe y^wpta, etc.^. A Délos,

répimélie occupe une place des plus hautes dans la hiérarchie administrative; les comptes des hiéropes de Délos, publiés par M. Homolle, prouvent que tous les payements pour les travaux d'entretien ou de construction du temple de Délos sont faits par les hiéropes sur Tordre de rarchitecte et des épimélètes ; ce sont eux aussi qui donnent les couronnes d'or votées par le peuple et qui surveillent l'adjudication des travaux, selon les décisions de l'assemblée ^ Le même titre se retrouve dans les inscriptions de l'époque d'Auguste, à Athènes et à Sparte, pour désigner des inspecteurs, des intendants, des surveillants d'un port, d'un

blées; surveillance des biens); 55 i et 557 (inscription des décisions); 565 (fermages); 558 et 559 (ordonnancement); 565 et 1209 (adjonction d'un trésorier). — Cfr. même ouvrage, p. 30-31 : à l'époque d'Auguste le KoTvov xwv Aay.£Sa'.jj.ov(u>v OU 'EXeuôepoXaxwvwv a des fonctionnaires qui portent aussi le nom d'épimélètes .

1. C. LA., Il, 564, 1. 6; il s'agit des épimélètes de la tribu des Érechthéides. Cfr. Bail, de Corr. hell., III, p. 239, n. 2.

2. Homolle, Les Romains à Délos, et Comptes des hiéropes du temple d'Apollon, dans Bull, de Corr. helL, VIII, p. 102; VI, p. 40, 41 et 51 (1. 103, 105, 216 des Comptes des Hiéropes), et p. 79; III, p. 151, 153 (épimélète des dernières années du I" siècle av. J.-C), p. 157, 158. — Je mentionne aussi une inscription du III' siècle av. J.-C. relative à un emprunt fait par la ville de Cnide, où les trésoriers [xa^ilai) sont invités à remettre sans délai aux épimélètes ce que ceux-ci devront remettre aux entrepreneui's (Bull. Corr. hell., IV, p. 341); — une inscription de Delphes publiée par M. Haussoulier dans le Bull. Corr. hell., V, reproduisant le décret qui réglait l'emploi des sommes offertes par Attale 11 à la ville de Delphes, au milieu du IP siècle av. J.-C. dans le but de pourvoir à l'instruction des enfants et à la célébration de sacrifices annuels. Le soin d'exécuter les décisions de l'assemblée du peuple est confié à une commission de trois épimélètes. Ceux-ci doivent non seulement surveiller le placement des fonds, la rentrée des intérêts et leur emploi annuel, mais encore organiser la célébration du sacrifice annuel et s'occuper des repas sacrés (p. 163, 1. 27 et suiv. ; p. 164, 1. 8 à 11-, cfr. p. 175). Ils rendent leurs comptes devant les rpôêouXot (p. 176).

marché, d'un établissement quelconque\ Dans l'organisation des mystères d'Eleusis la charge d'épimélète avait une grande importance'. Enfin, un grand nombre d'inscriptions attestent que dans les orgéons, les thiases, les éranes, il y avait généralement des épimélètes chargés tout spécialement de faire graver les décisions de l'assemblée et de veiller à ce qu'elles soient exécutées. M. Foucart, dans la très belle étude qu'il a consacrée à ces associations religieuses, qualifie comme suit leurs fonctions' : « C'était une

1. CI. A., II, 475; 476; 985 (port du Pirée); III, 68; 556; 721 (de la ville); III, 89 (du Lycée); 90 (du Prytanée). - Gilbert, O. c, I, p. 183 et 187 (2" éd.) signale encore des épimélètes du marché et des épimélètes des tribunaux. (CI. A., III, 1017; 1018.)

2. François Lenormant, Recherches archéologiques à Eleusis, n°' 1 et 2. Les épimélètes des mystères sont mentionnés par Démosthène, Harpocration, Suidas et le Grand Étymologique. Il y en avait quatre nommés par l'élection populaire; ils étaient assesseurs de rarchonte-roi pour -veiller à ce qu'aucune irrégularité ou aucune profanation ne fût commise dans l'accomplissement des rites sacrés.

3. Foucart, O. c, p. 32; p. 189 (fragment de loi des orgéons du Pirée, I, 15 et 16 : les épimélètes sont chargés d'inscrire sur une stèle les noms de ceux qui sont condamnés à l'amende et exclus de la participation aux affaires communes; ils doivent convoquer l'assemblée, àyopàv xat ^ûXXoyov, de concert avec les sacrificateurs, dans le temple au jour prescrit). D'après une inscription du Pirée, p. 191, n° 4, 1. 17, c'est un ypaixixazz-'jc; qui est chargé de faire graver un décret sur une stèle; cfr. p. 192, n°5, 1.24; mais, p. 194, n°6, 1. 27, ce sont des épimélètes; — p. 195, n°7, 1.19 à 21, les épimélètes sont chargés de couronner une prêtresse et de rappeler annuellement cette récompense décernée par l'association (inscr. du Pirée); cfr. p. 197, n" 9, 1. 20; — p. 207, n. 24 (C. /. G., 120), 1. 2 à 3, un épimélète honoré par une association de sérapiastés, de concert avec un Tafjtîaç et un ypafi.fi.axe'j';, pour avoir bien rendu leurs comptes en toutes les matières pour lesquelles ils avaient été nommés; — p. 208, n° 25 (CI. G., 109, où l'inscription est rappoi'tée à Salamine), le TafxîaçetlesduvsTr'.p.eXiQ'uat sont honorés par les thiasotes de Bendis, au Pirée, pour avoir veillé avec zèle aux cérémonies du sacrifice et le ypaiiixoLTei:; est chargé de l'inscription du décret; — p. 210, n° 27, inscr. du Pirée (cfr. Reoue archèol., 1865, t. I, p. 498), où les épimélètes sont honorés par un érane conjointement avec le tamias,

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» charge régulière et permanente, mais dont les attributions )) un peu vagues se confondaient avec celles d'autres magis- )) trats. Nous avons déjà constaté chez les orgéons, qu'ils » étaient associés avec les sacrificateurs pour la convocation )) de l'assemblée, qu'ils tenaient la place du secrétaire pour » l'inscription des amendes sur une stèle ou pour l'expo- )) sition des décrets honorifiques. Les épimélètes des séra- )) piastes paraissent avoir eu des fonctions communes avec » le trésorier. Dans un thiase de Salamine, ils sont adjoints )) à ce magistrat et récompensés avec lui pour avoir veillé à )) la célébration des sacrifices . »

D'autres inscriptions permettront peut-être de préciser davantage, plus tard^ la valeur exacte des fonctions des épimélètes et des épiscopes dans les villes grecques ou dans l'administration des sociétés religieuses privées; mais dès maintenant les témoignages de l'antiquité déjà recueillis permettent d'affirmer que ces fonctions étaient de même nature et qu'elles consistaient essentiellement, comme la signification des noms mêmes l'indique, en un contrôle administratif, s'exerçant soit sur les finances, soit sur l'application des décrets ou des règlements organiques. Ils remplissent une mission analogue à celle des censeurs dans

le grammatetts et les hieropoioi ; . — p. 212, n° 30, 1. 5 et suiv. : Démétrius est loué par des.thiasotes de ce que, ayant été élu grammateus, il ait bien pris soin (£7r6|ji.£Xr;97i) des biens communs et bien rendu ses comptes.

Voyez encore : Bulletin de Corr. hellénique, III, p. 22, inscr. de Chic, de la famille religieuse des Klytides (fin du lY" siècle), où les épimélètes sont chargés de faire graver les décisions prises après consultation de la divinité; — IV, p. 3^ inscr. du thiase d'Aphrodite, au Pirée (fin du IV siècle), en l'honneur de Stephanos, épimèlète, puis hicvopoios, pour avoir bien rempli sa charge et avoir veillé à ce que la fête des Adonia fût célébrée selon les rites nationaux: — VII, p. 71: décret d'un orgéon du IIP siècle, au Pirée, chargeant le trésorier et les épimélètes de veiller à l'inscription des honneurs décernés à Agathon et à sa femme Zeuxios, tandis que le trésorier est chargé seul de payer.

les conseils d'administration de nos sociétés privées modernes et sont en quelque sorte chargés de faire la police de leur association.

Étant ainsi fixés sur la signification que le terme imixBX-ri'z-^,(; ou ÈTTt(Tx.o7co<: avait pour un Grec contemporain de saint Paul, nous observons ensuite que si, chez les Grecs proprement dits, le mot épimélète était beaucoup plus usité que son synonyme episkopos, il a dû en être tout autrement chez les Juifs hellénisés et en général chez tous ces hellénistes dont le langage nous est connu par la Version des LXX, par les écrits judéo-alexandrins, ou par un certain nombre d'œuvres chrétiennes primitives. Ici, le terme épimélète est très rare, tandis que celui d'episkopos est très fréquent, de même que les mots sTC'.axo-îrsTv et siriffxoT:-/]. Dans la Version des LXX la comparaison avec l'original hébreu permet de serrer de plus près la signification précise de ces expressions. Leurs diverses acceptions dont nous donnons en note un relevé analytique complet' se groupent toutes autour de l'idée

1. Dans la Vei^sion des LXX sTrîaxoTïoç est employé fréquemment pour rendre l'hébreu ipa ou ses dérivés = fixer ses regards sur quelqu'un ou quelque chose; d'où: visiter, surveiller, passer en revue, inspecter (avec de bonnes ou de mauvaises conséquences; d'où les sens dérivés de : prendre à cœur ou punir), recenser, — et au sens causatif : préposer : Nombi'es, iv. 16 (Eléazar aura sous sa surveillance l'huile du chandelier); XXXI. 14 (les chefs des troupes, les préposés; cfr. IV Rois, XI. Ib); Jufjes, ix. 28 (Zebul, ap^wv if^^ -ôXewç, est dit iTtia-Ao-^oç d'Abimélech, c'est-à-dire le gouverneur ou l'intendant délégué par Abimélech); // C/(7"o/i., xxxiv.l2, 17 (les lévites Jeth et Abdias sont les ïrAay.o'Koi des entrepreneurs qui réparent le Temple et leur remettent l'argent qu'ils ont reçu pour les réparations; — à rapprocher des épimélètes de Délos et de Cnide mentionnés plus haut, p. 154, n. 2); Néhèinie, xi. 9, 14, 22 (le chef des fils de Benjamin, celui des prêtres, celui des lévites qui s'établissent à Jérusalem, sont appelés episkopos).

Les LXX traduisent encore par sTiiaxo-oc le nom de Dieu ^K dans Job, XX. 29, où l'Eternel apparaît comme celui qui punitle méchant; — l'hébreu tyj: (= pousser, conduire, presser) dans Ésaïe, lx.17 : « Jeté donnerai des archontes qui feront régner la paix et des èpiscopes qui

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centrale àHnspection. Qu'il s'agisse de l'Éternel ou des hommes, du gouvernement du monde ou du commandement des troupes, de la punition des méchants ou de la récompense des fidèles, de la surveillance des constructions ou du recensement des peuples, Vï-rzioxo-Ki consiste dans la surveillance, le contrôle exercé sur les hommes et sur les choses pour que l'ordre soit maintenu, pour que la volonté du maître ou la loi soit observée, et que chacun reçoive la rétribution de ses actes ' .

feront régner la justice » (les ap^ovcâç aou mis ici pour Thébreu '^ty^p^ de ce même verbe phakad rendu si souvent ailleurs par le grec èTTtffxoTrsTv OU STûtaxoTroc).

On trouve encore episkopos dans / Macchabées, i. 51, où il est dit du roi Antiochus : •/cat h—o'.r^ijtv èrts-xô— ouç ^tti TràvTa tov Xadv, et dans Sapience, i. 6, oùDieuestdit ^-^c -/.xoSlcuq imiayMizaç àXTiOv^ç. Ici c'est le sens de « inspecteur » qui l'emporte-

Les LXX emploient aussi fréquemment le verbe sTnaxoTcsïv ; Deutéronome, xi.l2, l'Éternel prend soin tout spécialement de la Terre- Promise (hébreu ty^T = chercher); Proverbes, xix. 23 (hébreu : phakad) — et le mot ETC'.tr/coTiTJ (correspondant presque toujours à l'hébreu phakad ou à un de ses dérivés) avec les sens suivants : surveillance (Nombres, IV . 16), sollicitude pour quelqu'un ou pour quelque chose {Genèse, l. 24, 25; Exode, m. 16; xni.l9; Ésaïe, xxni. 17), providence divine (Job, VI. 14; vu. 18; x. l'2;xxiv. 13;xxix. 14\ Proverbes, xxix. 13), punition ou jugement divin (Lèvitique, xix. 20; Job, xxxi. 14; xxxiv.9; Ésaïe, X. 3; xxiv, 22; xxix. 6; Jèrémie, vi. 15; x. 15), recensement {Exode, XXX. 1:2 ; Nombres, i. 21 ; xiv. 29; xxvi. 22, 43, avec la variante £7rtCTZE(|;tç qui se retrouve aussi ailleurs), fonction ou dignité {Psaumes, cvin. 8, cité dans les Actes des Apôtres, i. 20). Lepassagele plus topique est Nombres, vu. 2 : ou'zoï o\ apj^ovxsç couXwv, oStot ol TrapsaT-rixÔTeç ètc? T-7,<; sTriaxoTcyjç. — Voir le même mot dans Sapience, ii. 20; m. 7, 13 ; xiv. 11; XIX. 15, avec le sens de jugement; iv. 15, avec le sens de sollicitude; Sirascide, xvi. 18 (gouvernement de Dieu); xviii. 20 (jugement); xxni. 24 (punition); III Macchabées, v, 42.

1. Dans le Nouveau Testament le mot sttcctxotîtj est employé dans le même sens : / Pierre, n. 12 (« au jour de l'inspection », c'est-à-dire où la vérité sur les actes des chrétiens se fera jour). De même tmT/,o'Ko<;, dans / Pierre, ii. 25, avec le sens de « surveillant», « gardien », comme qualification complémentaire de ■KQi.\t:f\v appliquée au Christ.

Il y a ainsi la plus intime analogie entre la notion que le mot ÈTTioxoTToç éveilkit dans l'esprit d'un helléniste, familiarisé avec le texte grec de l'Ancien Testament, et celle que les Grecs païens exprimaient plus volontiers par le terme ÈTrt[ji£XTiT:-4<; \ Cette différence de dénomination ne pouvait pas les induire en confusion; il n'y avait pas d'uniformité dans la constitution des sociétés religieuses privées, pas plus que dans celle des cités ou des groupements civils. Comme l'observe fort bien M. Foucart, l'organisation de ces sociétés dispersées et indépendantes les unes des autres, est loin d'être identique. On y retrouve partout des fonctions analogues, parce que les besoins et les nécessités auxquels il faut donner satisfaction sont à peu près partout les mêmes ; mais leurs titres varient dans les différentes sociétés, et ■elles sont partagées entre un nombre plus ou moins grand de personnes*. Lecteurs assidus de l'Ancien Testament greCj les hellénistes parmi lesquels se recrutèrent les premières communautés pauliniennes choisirent de préférence la dénomination consacrée par les documents religieux qui faisaient autorité pour eux.

1. L'historien Josèphe, qui fait ressortir volontiers les analogies entre les institutions des Juifs et celles des Grecs, se sert du mot Ijzi.nelr^'z-f,!: pour désigner les chefs des Esséniens chargés de maintenir parmi eux l'observance delà discipline, de gérer leurs biens et de diriger toute leur activité. Ils étaient nommés au suffrage universel pour une période qu'il n'est plus possible de déterminer. Ils étaient distincts des prêtres qui récitaient les prières aux repas communs et des personnes chargées de préparer ces repas. Ils n'avaient pas de pouvoir judiciaire (BeZ^. JucL, II. 8. 3à6; Ant. JucL, XVIII. 1, 5; Vita, 10.) — Il est évident que ni le nom employé par Josèphe ni l'institution essénienue ne peuvent avoir exercé une influence quelconque sur les communautés fondées par l'apôtre Paul en terre grecque. — La preuve que chez les Chrétiens le terme s-irtaxoTToç éveillait l'idée d'sTrtfjLsXeTaOat est fournie par le v. 5 du m° chap. de la /" Épître à Timothée, où il est dit de l'episkopos : el os ti!; toù ISt'ou olxou Trpoffx'^vai oux oTot, Tiôiç IxxXrjcriac Steoù sTTip.sXrjde'ca!.;

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