Foucart, O. c, p
160 ORIGINES DE L^ÉPlSCOÎ>AT
Est-ce à dire maintenant que nous ayons le droit d'assimiler purement et simplement les ÈTcîaxoTcoi de l'église de Philippes à des épimélètes d'associations religieuses grecques? Sous une forme aussi absolue cette assimilation serait téméraire. Mais, à défaut de tout autre renseignement positif sur leurs fonctions, alors que tous les textes concernant les episkopoi jusque dans les dernières années du premier siècle ne nous apportent aucun témoignage assuré concernant leurs attributions, il me paraît légitime de déterminer celles-ci d'après les analogies du milieu social et de l'époque où cette dénomination se présente pour la première fois. Quand les chrétiens de Philippes donnèrent à certains membres de leur association religieuse privée le titre à'episkopoi, ce nom correspondait pour eux à la nature des fonctions exercées par ces membres. Il ne leur était pas fournipar la tradition évangélique; il ne leur venait pas de la synagogue juive ; il ne figure nulle part dans les autres documents authentiques sur la prédication de l'apôtre Paul, pas même dans ces passages où sont énumérés les fonctions et les dons que le vaillant missionnaire distingue dans ses églises. A Philippes^ dans cette communauté particulièrement dévouée à Paul, où les troubles provoqués ailleurs par l'opposition des Judéo-Chrétiens sont inconnus, il n'y a pas la moindre trace de l'institution des épiscopes par quelqu'un des autres apôtres, lequel, d'ailleurs, aurait dû avoir une raison de choisir ce titre-là plutôt que l'un quelconque de ceux qui étaient en usage chez les Juifs. Il ne reste donc pas d'autre alternative que d'admettre, ce qui en soi est le plus naturel et ce qui en toute autre occurrence serait accepté d'emblée sans la moindre difficulté, savoir que certains membres de l'église de Philippes furent appelés Irdcy.Q'noi, parce qu'ils remplissaient les fonctions généralement désignées sous ce nom ou sous le nom tout semblable à'épimélète dans la société ambiante de cette époque, c'est-à-dire qu'ils exerçaient un contrôle administratif sur les biens de l'église et
LES PREMIÈRES COMMUNAUTES EN TERRE PAÏENNE 16l
sur l'application des règles qui présidaient à Factivité de l'association. Administrateurs, censeurs, inspecteurs, — quel que soit le terme moderne que Ton préfère, — ils sont dans les associations religieuses chrétiennes ce que les épimélètes ou, suivant la terminologie helléniste, les épiscopes sont dans toute espèce d'associations privées du temps. Comme dans les sociétés grecques les fonctions des épimélètes, par leur nature même, sont assez vagues et insuffisamment déterminées, on ne s'étonnera pas que dans une église chrétienne naissante la mission des épiscopes soit encore plus indéterminée. L'état extrêmement démocratique de ces premières communautés, l'absence de constitution déjà sanctionnée par le temps et par l'expérience, la prépondérance incontestée de l'inspiration religieuse au sein de la société nouvelle, le manque de tradition disciplinaire faisant autorité, ce sont là des conditions peu favorables à l'exercice d'un pouvoir administratif régulateur. Aussi ne faut-il pas forcer l'assimilation des épiscopes chrétiens aux épimélètes grecs et prétendre retrouver chez ceux-là toutes les attributions que le dépouillement d'inscriptions dispersées permet dégrouper sous le titre correspondant des dignitaires grecs. Mais le caractère distinctif des fonctions épiscopales dans la communauté paulinienne de Philippes se dégage néanmoins de ce rapprochement avec une suffisante netteté, pour fournir un point de départ ferme à l'étude historique de l'évolution par laquelle a passé l'institution épiscopale.
Quoique VÉpttre aux Philippiens, passé la suscription, soit muette sur les épiscopes, elle renferme néanmoins certains indices qui confirment la conclusion précédente. A quelle occasion cette Jettre a-t-elle été écrite? Pour remercier les frères Philippiens des subsides qu'ils ont envoyés à l'apôtre jusqu'à Rome, par l'intermédiaire d'Épaphrodite^. Il s'agit par conséquent d'une question d'ordre financier.