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Sans doute, il n'y a aucune trace d'une règle fixe à cet égard; dans certaines associations il n'y en eut peut-être qu'un seul, mais il semble, jusqu'à plus ample information, que c'était l'exception. Les mêmes différences ont pu exister à l'origine dans les églises chrétiennes. De ce que dans la communauté de Philippes il y avait plusieurs épiscopes, on n'est pas en droit de conclure qu'il en ait été de même dans toutes les communautés où les fonctions épiscopales furent établies. Mais il suffit de se reporter au temps où VÉpître aux Philippiens fut écrite pour ne plus rien trouver d'étrange à ce qu'elle mentionne plusieurs épiscopes dans la même église et pour ne plus éprouver le besoin de recourir à des subterfuges exégétiques, afin de rétablir indirectement une sorte de principat épiscopal monarchique ou de pouvoir assimiler, sans autre forme de procès, les épiscopes multiples aux presby très ^ .

Cette identification des épiscopes de Philippes avec les presbytres, pour être assez généralement admise par les

1. Dans le SûÇuys que l'apôtre apostrophe (iv. 3) on a voulu voir un nom propre ou une qualiflcation désignant le chef de la communauté. Cette interprétation est dépourvue de toute espèce de preuves. Le nom propre SjÇuyoç est invraisemblable. On ne le rencontre pas ailleurs. Cet appel à un chef de la communauté serait en complète contradiction avec toutes les autres épîtres de Paul et avec tout le contenu de la Lettre aux Philippiens. Il est beaucoup plus normal de voir là un nom commun, signifiant « compagnon de joug », c'est-à-dire « ayant partagé le même joug que moi », — par analogie avec l'expression paulinienne Éxepo^uYoijvT:eç (accouplant des êtres de nature différente sous un même joug), — et d'appliquer cette expression à Épaphrodite, le porteur de la lettre, qui vient de partager à Rome la captivité de l'apôtre ( PAî7. , ii. 25 : 'ETracppootTov tov àSsXcpov xal ctuveoyov xai aua-coaxtcoTYiv [XQu). Cfr. Lightfoot, Saint Paul' s Epistle to the Philippians., p. 158 sq. — M. Renan {Saint Paul, p. 148), traduisant S'jÇuye dans le sens d' « épouse, » comme le faisait Clément d'Alexandrie {Stromates, III. 6; cfr. Eusèbe, H. E., III. 30), suppose qu'il s'agit ici de Lydia, l'amie dévouée qui, d'après Actes, xvi. 14 sq. , hébergea Paul, lors de son premier séjour à Philippes.

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commentateurs^, n'en est pas moins dépourvue de toute espèce de preuve \ Il n'est fait aucune mention de presbytres dans la Lettre aux Philippiens, pas plus que dans aucune des autres épîtres authentiques de l'apôtre Paul. S'il n'est pas licite d'en conclure que dans les communautés auxquelles ces épîtres sont adressées, il n'y avait pas de presbytres, il est du moins légitime de constater que, s'il y en avait, leur importance devait être bien minime et qu'elle ne correspondait ni au rôle des presbytres dans la synagogue juive, ni, à la dignité que les presbytres acquirent bientôt dans toutes les églises chrétiennes. Dans la communauté de Corinthe et dans les associations chrétiennes similaires, nous avons vu qu'il n'y a pas trace de fonctions presbytérales. Assurément ce ne serait pas là une raison suffisante pour contester l'existence de presbytres dans l'église déjà mieux assise et plus régulièrement constituée de Philippes, si l'on avait la moindre indication à l'appui. La pluralité des épiscopes, dont on ne savait que faire dans les interprétations antérieures, paraissait fournir un argument suffisant pour justifier l'hypothèse d'un presbytérat philippien par le témoignage apostolique. Mais du moment que la connaissance plus étendue des associations privées du monde grec contemporain fournit une explication entièrement satisfaisante de cette pluralité cl'épiscopes dans la petite communauté de Macédoine, toute raison de les assimiler à des presbytres disparaît.

Il ne me parait pas douteux qu'il dut y avoir dans la communauté de Philippes d'autres dignitaires que les épiscopes et les diacres. Tout d'abord, évidemment, et au premier rang, figuraient les privilégiés qui avaient des dons spiri-

1. L'évêque anglican Lightfoot (O. c, p. 95) écrit à propos des épiscopes de Philij)pes : « It is a fact now generally recognized by theolo- )) gians of ail shades of opinion, that in the language of the New » Testament the same offlcer in the Church is called indifferently )) « bishop » (sTCicry-o-oc) and « elder » or « presbyter » (TrosuêÛTEpoç). ))

tuels, les prophètes, les diclaskaloi, etc. Mais, clans l'ordre même des fonctions administratives, il y avait certainement là, comme ailleurs, des conducteurs analogues à ces •npoïaxà- [jicvoi que nous avons déjà étudiés. Les fonctions des épiscopes ou des épimélètes n'apparaissent nulle part dans le monde grec comme l'équivalent de la présidence ou de la direction effective des associations. Ce sont des situations de confiance, très honorables, mais consistant plutôt dans le contrôle et l'administration que dans la conduite même de la société. Nous verrons plus loin pourquoi dans les églises chrétiennes elles étaient appelées à devenir prépondérantes, par le fait qu'il n'y avait pas, chez les chrétiens comme dans les associations religieuses païennes, de fonctions sacerdotales supérieures, de telle sorte que le dignitaire chargé du contrôle, muni du pouvoir régulateur au nom des principes constitutifs de la société, c'est-à-dire au nom de la tradition, devait nécessairement devenir le chef de la communauté. Mais ce serait anticiper sur le développement normal de cette évolution que de statuer déjà à Philippes, vers l'an 60, une pareille prééminence des épiscopes, contraire à tout ce que nous savons des églises pauliniennes et à tout ce que nous savons sur l'organisation usuelle des associations grecques.

Dans quels rapports les épiscopes de Philippes étaient-ils avec les conducteurs ou moniteurs de la petite église, et surtout avec les instructeurs, prophètes ou évangélistes? C'est ce qu'il faut renoncer à éclaircir en l'absence de tout renseignement. Il doit suflB.re pour le moment d'avoir reconnu dans la dernière en date des épitres pauliniennes, la naissance de quelques fonctions administratives déjà spécialisées, l'épiscopat et le diaconat, sans prétendre déterminer leurs contours encore fuyants, comme l'on reconnaît dans le protoplasme de l'embryon les premières différenciations qui annoncent les futurs organes essentiels de l'être en formation, mais qui sont encore à peine sensibles à l'œil. A

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Philippes comme à Corinthe, l'état social de la communauté chrétienne est encore complètement démocratique et l'individualisme se donne libre cours'.

LES FOiNCTIONS SOCIALES DANS LES PREMIERES

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