DES ACTES DES APOTRES
Aux rares témoignages fournis parles épîtres authentiques de l'apôtre Paul sur l'organisation des premières communautés chrétiennes dans le monde païen, le livre des Actes des Apôtres en ajoute d'autres, peu nombreux également et d'une utilisation encore plus délicate. Si les renseignements apportés par l'apôtre lui-même présentent des difficultés d'interprétation, ils ont du moins l'avantage d'être contemporains des événements et de refléter la vie même de la société chrétienne primitive. L'auteur des Actes, au con-
t. Voir les exhortations de l'apôtre invitant les chrétiens de Philippes à fuir les rivalités, la recherche de la vaine gloire (ii. 1-13), Évodie et Syntyche à vivre en bonne intelligence dans le Seigneur (iv. 2).
traire, écrit assez longtemps après les événements qu'il raconte et la valeur de son récit diffère du tout au tout, suivant la nature des documents avec lesquels il a composé son histoire^ .
Pour rendre plus aisée la comparaison de son témoignage avec celui de Paul, il convient de traiter séparément ce qu'il dit des églises fondées en terre païenne par d'autres que Paul ou ses disciples immédiats et ce qu'il rapporte au sujet des communautés pauliniennes.
La revue des j)assages de la première catégorie sera courte. Ils ne nous apprennent rien de précis ni de nouveau. Déjà nous avons constaté que, dans les petites communautés voisines de la Palestine, les prophètes et les évangélistesont une situation prépondérante ' , en d'autres termes que l'inspiration individuelle y domine. Ni à Tyr, ni à Ptolémaïs, il n'y a la moindre trace d'une organisation ecclésiastique quelconque. De même à Antioche. Ici également tout se fait par inspiration; les prophètes et les didaskaloi régnent', ce sont eux qui suggèrent l'envoi de subsides aux frères de Judée, le départ de Paul et de Barnabas pour leur premier voyage missionnaire'. La communauté est souveraine; c'est elle qui décide l'envoi de Paul et de Barnabas à Jérusalem pour s'entendre avec les apôtres au sujet de l'évangélisation des incirconcis et c'est à l'assemblée commune que les délégués de Jérusalem, Jude et Silas, transmettent la réponse de leurs commettants*. Il n'y a là rien de contraire à l'état de choses que les épîtres de Paul nous font connaître, mais il n'est pas possible d'en tirer une conclusion précise à cause de la très grande insuffisance des renseignements.