‹ Les origines de l'épiscopat [microform]Chapitre 41 sur 163 · Voir plus haut, p · texte numérisé non relu

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OU SOUS ses auspices, qui est sujet à caution. Quelle valeur peut-on accorder à ce témoignage ? Voilà le véritable problème.

La solution en serait moins délicate, si ce fragment du livre des Actes était le seul où il fût fait mention de presbytres dans les communautés pauliniennes. Il fait partie, en efîet, de cette série de renseignements de seconde main sur la première activité missionnaire de l'apôtre Paul, dont l'autorité historique n'est pas garantie. Impossible de mettre en balance un document de provenance aussi mal assurée avec le témoignage, même indirect, de l'apôtre en personne. Comme à l'époque où l'auteur des Actes écrivait, l'idée que les apôtres ou les premiers missionnaires chrétiens avaient installé des presbytres dans les églises fondées par eux était assez généralement répandue^ , il pouvait supposer que Paul avait agi de même. L'origine de son assertion ne serait pas difficile à expliquer. Mais les presbytres reparaissent dans une autre partie des Actes, dans l'un de ces fragments où l'emploi de la première personne du pluriel trahit l'utilisation de documents directs et contemporains, émanant d'un compagnon de route de l'apôtre, et cela suffit à rendre la critique plus perplexe à l'égard du premier témoignage.

Au chap. XX, nous lisons : « Lorsqu'il nous eut rejoints » à Assos, nous le prîmes à bord et nous allâmes à Mitylène » (v. 14). Le lendemain du jour où notre bâtiment eut » quitté cette ville, nous passions l'Ile de Chios et, le jour » suivant, nous abordions à Samos. Après avoir relâché à » Trogyllium, nous arrivâmes le lendemain â Milet (v. 15). » Car Paul avait jugé bon de passer devant Éphèse sans s'y » arrêter, afin de ne pas être exposé à perdre du temps en » Asie; il se hâtait, afin d'arriver à Jérusalem, si possible,

1. Cfr. Épître à Tite, i. 5; Eusèbe, H. E., III. 37 (qui repose sur des témoignages antérieurs), et toute la tradition ultérieure de l'institution apostolique du gouvernement de l'Église.

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)) pour le jour de la Pentecôte (v. 16). De Milet il envoya )) un messager à Éplièse et manda auprès de lui les pres- » bytres de l'église (v. 17). Et lorsqu'ils furent venus vers » lui, il leur dit (v. 18) : . . . Prenez donc garde à vous et à » tout le troupeau sur lequel le Saint-Esprit vous a établis » comme épiscopes, (de manière à) paître (convenablement) » l'Église du Seigneur' qu'il s'est acquise par son propre » sang (v. 28)... Lorsque le moment fut venu de reprendre » la mer, nous nous arrachâmes à eux et nous fîmes route » droit sur l'île de Cos. » (xxi. 1.)

Le discours adressé par l'apôtre aux presbytres d'Éphèse mandés à Milet est un des meilleurs que renferme le livre des Actes. De même que le récit qui l'encadre est certainement un des documents historiques les plus sûrs de Thistoire apostolique, de même les paroles que l'auteur des Actes met dans la bouche de saint Paul reflètent des souvenirs d'une authenticité moins contestable que la plupart des autres discours apostoliques, dont il a émail lé son œuvre. Mais, même dans ces conditions exceptionnellement favorables, les discours reproduits par les historiens de l'antiquité ne sauraient prétendre à une fidélité rigoureuse. Il faut ou bien l'ignorance d'un grand nombre de théologiens à l'égard des habitudes littéraires de l'antiquité, ou bien le préjugé qui considère les écrits bibliques comme des oeuvres soustraites aux mœurs littéraires de leur temps, pour supposer un seul instant que les discours du livre des Actes soient des reproductions exactes des paroles prononcées par les personnages que l'auteur met en scène. Il n'y a donc pas lieu d'attacher grande valeur à la lettre même du seul verset du discours de Milet où il soit parlé des fonctions des presbytres (y. 29). Ce verset porte le cachet de l'auteur des Actes. L'idée que les évêques d'Éphèse ont

1. La leçon ExxXYiata toû xuptou est meilleure que celle du texte reçu : èxxX. TOU â'eoù.

été établis par le Saint-Esprit se rattache à une conception qui lui est particulièrement chère, comme nous l'avons déjà constaté en étudiant son témoignage sur les premières communautés chrétiennes en Palestine \ Pour l'apôtre Paul, sans doute, le Saint-Esprit agit sans cesse dans l'église, mais en dispensant aux fidèles des dons spirituels, non pas en leur conférant des dignités administratives. Cette dernière notion est d'un temps postérieur, quand l'inspiration première tend déjà à se canaliser et que le spiritualisme primitif se matérialise.

S'il en est ainsi pour l'une des assertions contenues dans le verset 28, que faut-il penser de l'autre? Qui nous garantit que l'application du titre d'épiscopes à ces dignitaires de Téglise d'Éphèse désignés quelques lignes plus haut sous le nom depresbytres, ne soit pas, elle aussi, l'œuvre du rédacteur des Actes? Cette confusion de dénominations est bien de son époque. A cet égard comme à tant d'autres, il se rapproche du point de vue auquel se place l'auteur des Epures pastorales . Il est possible qu'il ait trouvé dans le récit de voyage du compagnon de Paul le terme d'épiscopes ; puisqu'il y en avait à Philippes, il pouvait bien y en avoir à Éphèse. Mais rien ne le prouve.

Le seul renseignement, au contraire, dont l'autorité paraisse vraiment assurée, c'est celui du V, 17; celui-ci fait certainement partie du document primitif utilisé par l'auteur des Actes. Or, ici, il est parlé de presbytres et non pas d'épiscopes. Les historiens et les commentateurs ont généralement déduit de l'emploi simultané de ces deux termes que, dans les communautés primitives, ils servaient indistinctement à désigner les mêmes personnes. Fort bien, si la lettre même du v. 28 est contemporaine de l'apôtre Paul. Comme cela n'est pas, leur conclusion ne peut valoir que pour le temps et le milieu où écrivait le rédacteur des

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